Mise à jour de la Liste rouge de l’UICN : des succès assombris par le déclin de nombreuses espèces

Des mesures de conservation réussies ont permis d’accroître les populations du Lynx ibérique et de l’Otarie de l’île Guadalupe, tandis que le Chat doré africain, le Lion de mer de Nouvelle-Zélande et le Lion sont confrontés à des dangers de plus en plus forts qui menacent leur survie, d’après la dernière mise à jour de la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN™. D’autre part, 99% des orchidées cypripèdes d’Asie tropicale, qui font partie des plantes ornementales les plus prisées de la planète, sont actuellement menacées d’extinction.

Cette mise à jour, rendue publique aujourd’hui, montre également que la destruction des habitats et un prélèvement excessif font peser des pressions très fortes sur bon nombre de plantes médicinales.

Lynx_pardinus

Lynx ibérique © Antonio Rivas

La Liste rouge de l’UICN comprend maintenant 77340 espèces évaluées, dont 22784 sont menacées d’extinction. La perte et la dégradation des habitats représentent les menaces les plus importantes pour 85% de l’ensemble des espèces décrites par la Liste rouge ; le commerce illicite et les espèces envahissantes sont également des causes majeures du déclin des populations.

“Cette mise à jour de la Liste rouge nous rappelle que des actions de conservation efficaces peuvent faire des merveilles”, déclare Mme Inger Andersen, Directrice générale de l’UICN. “Sauver le Lynx ibérique de l’extinction, tout en assurant des moyens de subsistance aux populations locales, en est un exemple parfait.”

“Mais cette publication est aussi une sonnette d’alarme qui nous rappelle la vulnérabilité croissante de notre environnement naturel. La communauté internationale doit intensifier d’urgence ses efforts en matière de conservation si nous voulons sauvegarder cette biodiversité qui nous nourrit, nous inspire et nous surprend jour après jour.”

Après six décennies de déclin, la population du Lynx ibérique (Lynx pardinus) est passée de 52 individus mâtures en 2002 à 156 en 2012. L’espèce, classée “En danger critique d’extinction”, passe désormais en catégorie “En danger” sur la Liste rouge de l’UICN. Ce résultat a été atteint grâce à des actions intensives de conservation, allant de la restauration de population de lapins – la principale espèce proie du Lynx ibérique -, à la surveillance continue du piégeage illégal, en passant par l’élevage en captivité, ainsi que par des programmes de réintroduction et des mécanismes de compensation pour des propriétaires fonciers qui ont fait en sorte que les écosystèmes présents sur leurs propriétés soient compatibles avec les besoins du Lynx ibérique. L’espèce est présente dans deux régions du sud-ouest de l’Espagne ainsi qu’au sud-est du Portugal, où se trouve une petite population réintroduite.

“C’est une excellente nouvelle pour le Lynx ibérique, et elle prouve également l’efficacité des mesures de conservation”, indique Urs Breitenmoser, Co-président du Groupe de spécialistes des félidés de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN. “Cependant, beaucoup reste encore à faire, et nous devons poursuivre nos efforts de conservation pour assurer la croissance de la population de cette espèce et l’expansion de son aire de répartition à l’avenir”.

L’état de conservation de l’Otarie de l’île Guadalupe (Arctocephalus townsendi), une espèce que l’on a cru éteinte à deux reprises, à la fin du 19e siècle et dans les années 1920, s’est amélioré. Elle passe de la catégorie “Quasi menacée” à celle de “Préoccupation mineure” grâce à la mise en oeuvre de mesures de protection de son habitat et à l’application de textes législatifs tels que la Loi de protection des mammifères marins des Etats-Unis. La population de l’espèce est passée de 200 à 500 individus dans les années 1950 à près de 20000 en 2010. Avant l’exploitation de l’espèce pour son épaisse fourrure, l’Otarie de l’île Guadalupe était probablement l’espèce de phoque la plus abondante des îles du sud de la Californie, avec une population qui était à 200 000 individus.

D’après cette mise à jour de la Liste rouge, plusieurs espèces de mammifères sont exposées à des menaces croissantes du fait de la chasse et de la perte de leurs habitats. Le très discret Chat doré africain (Caracal aurata) est passé de la catégorie “Quasi menacé” à “Vulnérable” en raison du déclin de ses effectifs. Le Lion de mer de Nouvelle-Zélande (Phocarctos hookeri), l’un des lions de mer les plus rares de la planète, précédemment “Vulnérable”, est reclassé “En danger”, surtout en raison de maladies, de la modification des habitats due à la pêche et de morts accidentelles suite à des prises accessoires. L’espèce ne s’est jamais remise du grave déclin de ses effectifs dû à la chasse commerciale au début du 19e siècle.

Malgré la réussite des mesures de conservation prises en Afrique du Sud, le Lion (Panthera leo) est toujours classé dans la catégorie “Vulnérable” sur le plan mondial à cause de son déclin dans d’autres régions. La sous-population d’Afrique de l’Ouest est classée “En danger critique” d’extinction en raison de la dégradation de son habitat, du déclin de ses proies dû à la chasse non durable et des conflits avec les humains. Un déclin rapide est également constaté en Afrique de l’Est, où l’espèce était pourtant historiquement abondante, principalement en raison des conflits avec les humains et du déclin de ses proies. Le commerce des os et d’autres parties du corps, utilisés en médecine traditionnelle, tant dans la région elle-même qu’en Asie, apparaît comme une nouvelle menace pour l’espèce.

L’évaluation des 84 espèces d’orchidées cypripèdes d’Asie tropicale, qui comptent parmi les plus belles plantes ornementales de la planète, montre que 99% de ces espèces sont menacées d’extinction, essentiellement à cause d’une cueillette excessive à des fins horticoles et de la perte de leurs habitats. Tout commerce international de ces espèces est interdit en vertu de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), mais il persiste en raison de l’insuffisance des dispositifs d’application sur le plan national. Malgré le fait que ces espèces soient pour la plupart représentées dans les collections cultivées, leur perte à l’état sauvage porterait atteinte de façon importante à leur diversité génétique et à leur pérennité. Ainsi, Paphiopedilum purpuratum, une espèce rare présente au Vietnam, en Chine et à Hong Kong, est classée “En danger critique d’extinction”. Elle est menacée par la fragmentation et la dégradation de son habitat, et par une cueillette excessive à l’état sauvage pour le commerce horticole régional et international.

Cette mise à jour incorpore 44 espèces de plantes médicinales Indiennes, qui sont toutes menacées d’extinction en raison de la perte de leurs habitats et d’un prélèvement excessif.Aconitum chasmanthum, une plante extrêmement toxique, endémique de la région himalayenne de l’Inde et du Pakistan, est classée “En danger critique d’extinction” en raison du prélèvement excessif de ses racines et ses tubercules, ainsi que de la perte de son habitat suite à des avalanches et à la construction de routes à haute altitude. Les racines et les tubercules, qui contiennent des alcaloïdes, sont utilisés en médecine ayurvédique et homéopathique et sont cueillis en grandes quantités.

Deux espèces de crabes, Karstama balicum et Karstama emdi, sont classés “En danger critique d’extinction” parce que leur seul habitat connu – la grotte Giri Putri à Bali – est menacé par le tourisme croissant et les cérémonies religieuses qui s’y déroulent. Des études sur ces espèces sont menées actuellement afin de définir des stratégies de conservation appropriées.

Dix-neuf des 143 espèces de gobies évaluées dans la région des Caraïbes sont menacées d’extinction, essentiellement en raison d’un déclin de 59% des habitats de récifs coralliens entre 1979 et 2011 et à cause Poisson-lion envahissant (Pterois volitans). Les gobies sont l’une des plus grandes familles de poissons marins, avec plus de 2000 espèces, dont quelques-unes comptent parmi les plus petits vertébrés de la planète, comme le Gobie pygmée (Pandaka pygmaea), classé “En danger critique d’extinction”, qui ne mesure que 1 à 1,5 cm. Un autre gobie, Coryphopterus lipernes, qui n’atteint que 3 cm, est classé dans la catégorie “Vulnérable”. Coryphopterus hyalinus, précédemment classé en “Préoccupation mineure”, est maintenant passé dans la catégorie “Vulnérable” en raison de la menace croissante que représente le Poisson-lion envahissant.

Si aucune nouvelle espèce n’a été incorporée dans la catégorie “Eteint”, 14 espèces ont été classées “En danger critique d’extinction (peut-être éteint)”, dont le sempervirent Magnolia emarginata, un arbre endémique d’Haïti, qui a subi une réduction estimée à 97% de son habitat forestier depuis un siècle. Dix espèces d’orchidées endémiques de Madagascar, dont l’Angraecum mahavavense à fleurs blanches, sont également entrées dans la Liste rouge de l’UICN dans la catégorie “En danger critique d’extinction (peut-être éteint)”, principalement en raison de la perte de leurs habitats forestiers et de la cueillette illicite.

“Il est encourageant de constater l’amélioration du statut de plusieurs espèces grâce à des actions de conservation”, déclare Jane Smart, Directrice du Programme mondial des espèces de l’UICN.“Cependant, cette mise à jour met aussi en lumière un déclin dévastateur dans les populations de certaines espèces. La Liste rouge de l’UICN est la voix de la biodiversité qui nous indique où nous devons focaliser notre attention urgemment, et elle nous dit clairement qu’il faut agir aujourd’hui afin de mettre en place des politiques de conservation et des programmes de terrain plus forts afin de protéger les espèces et d’arrêter leur déclin.”

 

Contacts

  • Ewa Magiera, Relations médias UICN, tel. +41 76 505 3378
  • Lynne Labanne, Programme mondial pour les espèces UICN, tel. +41 79 527 7221

Toutes les informations sur la Liste rouge mondiale 2015 sur le site de l’UICN International >> ici (en anglais).

Pour en savoir plus sur la Liste rouge des espèces menacées >> voir ici (en français).

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