Interview d’Alexis Kaboré, Natudev

     

Alexis, avec quelques collègues, vous avez créé NATUDEV dont vous assurez la présidence. Pouvez-vous présenter brièvement votre organisation, les missions qu’elle poursuit et vos principales réalisations ?

NATUDEV a été créée en 2014 à Ouagadougou. Les périphéries des complexes d’aires protégées dont celles du WAP (Parcs W-Arly-Pendjari à l’Est du Burkina Faso) et de PONASI (Parc National de PÔ- Ranch de Gibier de NAzinga-Forêt Classée de la SIssili  au Centre-Sud du pays) constituent les zones de concentration de nos actions où nous accompagnons les communautés en vue d’une gestion plus efficace des ressources naturelles de leurs territoires. En termes de résultats atteints, il faut souligner la mise en route du processus de sécurisation et de reconnaissance officielle du corridor N°1 de déplacement de la faune, dont les éléphants, situé entre le Parc National Kaboré Tambi (PNKT, anciennement Parc National de Pô) et le Ranch de Gibier de Nazinga (RGN) ; la génération de connaissances sur les zones d’intervention à la suite d’inventaires et d’études réalisées sur diverses thématiques ; la mise en place d’associations villageoises de gestion des ressources naturelles et leur opérationnalisation ; la facilitation de la participation des structures villageoises aux instances de gouvernance du corridor ; l’appui des communautés au développement des filières vertes ainsi qu’à la promotion des bonnes pratiques agricoles.

NATUDEV intervient essentiellement au niveau de corridors écologiques reliant des aires protégées nationales d’importance. Pouvez-vous nous expliquer les raisons d’un tel positionnement et les défis qui y sont liés ?

La focalisation des efforts de NATUDEV sur le corridor N°1 d’une superficie de 4 500 hectares entre le PNKT et le RGN fait suite à une préoccupation fortement exprimée par les acteurs impliqués dans la gouvernance de cette entité et relative à l’absence de statut juridique au profit du corridor en dépit de son importance écologique en termes de connectivité notamment.

Ainsi, quand nous y arrivions en 2016, les menaces étaient multiples et pressantes : empiètement par le front agricole, coupe du bois et carbonisation, pâturage par le bétail, contamination par les pesticides et autres engrais de synthèse utilisés massivement dans les champs environnants, etc. Ces pratiques compromettaient à la fois l’intégrité du corridor et par conséquence celle du continuum écologique PONASI et les biens et services écosystémiques qui y sont associés.

Dans un tel contexte, l’urgence pour NATUDEV a été de travailler avec la diversité de parties prenantes pour doter le corridor d’un statut juridique. L’option retenue consiste à classer la forêt au nom des collectivités décentralisées situées à sa périphérie. Du reste, il est important de souligner qu’il s’agit d’une démarche longue et nécessitant des capacités techniques que les collectivités n’ont pas encore acquises. Aussi, l’autre défi majeur sera d’amener les communautés à ancrer dans leurs pratiques, les formes de valorisation plus durables des ressources naturelles.

Votre organisation bénéficie d’une subvention PPI.5. Quels sont les objectifs visés par ce projet ?

 Le soutien reçu du PPI.5 est destiné à accompagner les acteurs concernés pour améliorer l’efficacité de la gestion du corridor N°1 et à en renforcer la gouvernance locale. Pour cela, les actions comprennent l’opérationnalisation du processus de reconnaissance juridique du corridor et la mise en place de ses instances locales de gouvernance, la réalisation d’aménagements permettant d’améliorer la visibilité et la fonctionnalité du couloir des éléphants, la promotion des filières miel et karité dans les six villages attenants au corridor…

Effectivement, vous initiez des actions importantes conciliant conservation et amélioration des conditions d’existence des communautés riveraines des ressources naturelles. Selon vous, quels sont les leviers à actionner pour assurer la viabilité économique et la durabilité écologique d’un tel modèle ?

Les modèles économiques que nous promouvons visent l’autonomisation des bénéficiaires en assurant à la fois la rentabilité économique et la durabilité écologique des filières. Pour y arriver, nous renforçons des capacités des bénéficiaires sur les meilleures pratiques de collecte et de production, adaptons les produits aux marchés locaux et urbains, améliorons la commercialisation à travers une diversification des formats de vente afin d’atteindre une large clientèle, etc. Aussi, une attention est portée sur les possibilités de certification de nos produits, permettant d’accroître la plus-value à en tirer. Dans ce cadre, nous sommes heureux d’indiquer que le processus de certification du miel est entamé, en attendant celui du beurre de karité.

Alexis, vous jouez également un rôle clef dans la promotion des APAC au Burkina Faso et en Afrique de manière générale. Pouvez-vous nous expliquer brièvement en quoi consistent les actions que vous menez dans ce cadre ?

Je suis le coordinateur du Consortium mondial sur les APAC (Aires du Patrimoine Autochtone et Communautaire) pour le Sahel. Les APAC désignent des sites naturels conservés volontairement par les communautés locales, pour peu qu’ils répondent à trois critères fondamentaux : (i) l’existence d’un lien fort entre la communauté et le site ; (ii) le caractère communautaire du modèle de gouvernance en place et (iii) la contribution effective du site à la conservation de la biodiversité. Cinq types d’APAC sont distingués au Burkina Faso : i) les bois sacrés ; ii) les points d’eau sacrés ; iii) les espaces pastoraux communautaires ; iv) les forêts villageoises ; et v) les zones villageoises d’intérêt cynégétique. Environ 50.000 sites sont actuellement répertoriés comme de potentiels APAC et couvrant plus d’un million d’hectares gérés par les communautés. Notre action a permis la mise en place d’une association nationale des APAC mais également des associations à l’échelle des APAC, le renforcement des capacités opérationnelles des acteurs concernés, la réalisation d’aménagements au sein d’APAC…

Plus d’informations

La fiche de présentation du projet mené par Natudev

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