Interview de Martial KOUDERIN, CREDI

Interview Martial

Martial KOUDERIN

Martial, tu reviens de New York, où tu étais pour recevoir le Prix Equateur 2019 dans le cadre du travail réalisé avec CREDI. Félicitations… Que représente pour toi cette récompense?

C’est un sentiment de joie et de satisfaction qui m’anime et qui anime toute l’équipe de CREDI-ONG en ce moment mémorable de notre histoire. Le Prix Equateur représente pour nous, d’une part une marque très encourageante de reconnaissance internationale de nos efforts pour la conservation et la gestion durable des ressources naturelles notre patrimoine commun.  Et d’autre part ce Prix vient mettre en lumière les effets et impacts que ces efforts du quotidien – depuis déjà plus d’une dizaine d’années – ont généré sur la biodiversité et les communautés du Parc Naturel Communautaire de la Vallée du Sitatunga (PNCVS).   Aujourd’hui, plus que jamais nous nous sentons investi d’une lourde responsabilité aux yeux de la communauté internationale et avons à cœur de conserver toute notre CREDIbilité pour « contribuer à l’émergence de générations de ‘‘citoyen∙ne∙s du monde ’’ aptes à proposer et mettre en œuvre des solutions locales et durables pour un développement humain respectueux de la Nature ».

 Que retienstu de ton séjour à New York, notamment des rencontres avec les autres lauréats du Prix  en 2019 ? Ce séjour a-t-il fait changer ta vision des choses et quelles sont les leçons apprises ? 

Mon séjour à New York était une opportunité pour se rendre compte de l’importance accordée à notre travail dans notre petit coin au Bénin. La rencontre et les échanges avec les autres lauréats m’a tout d’abord permis de me rendre compte que nous ne sommes pas seuls dans ce combat pour la protection de l’environnement. Comme nous de nombreux acteurs à travers le monde ont opté pour une approche communautaire de gestion des ressources naturelles. C’est assez réconfortant et galvanisant d’avoir la chance d’en découvrir autant et en si peu de temps dans un même lieu… Je ne pourrais pas cacher mon envie de faire le tour pour aller découvrir, admirer et s’enrichir davantage de ces différentes réalités et actions diverses de terrain mis en œuvre à travers le monde. L’occasion pour moi de constater que les problématiques touchant à la conservation de la Nature sont partout les mêmes mais s’exprimant à des degrés divers. Face à cela, il me paraît important de faire marcher l’intelligence collective et – j’en ai l’intime conviction – nourrir nos solutions actuelles des Sagesses et Savoirs Ancestraux.

En termes de vision, ce séjour vient renforcer mes convictions par rapport à la capacité des peuples autochtones à développer des modes d’existence basées sur une gestion durable des ressources naturelles de leur territoire. J’ai davantage d’inquiétude vis-à-vis des peuples urbains comme celui de New-York – où je mettais pieds pour la première fois – qui vivent quasiment ‘’hors sol’’ et auront selon moi davantage de difficultés à y parvenir faute de racines à arroser. Cela questionne nos propres modèles de villes et territoires durables au Bénin et en Afrique.

Aujourd’hui, CREDI-ONG a le sentiment d’appartenir à une grande famille – celle des nombreux lauréats du Prix équateur. Cette appartenance filiale nous oblige. Nous souhaitons y prendre une part active pour impulser collectivement des changements de pratiques et politiques globales plus favorables aux peuples autochtones et initiatives locales de conservation de la Nature.

Quels sont les défis pour CREDI à l’heure actuelle, les perspectives et les priorités pour les années à venir ? Ton séjour t’a t’il donné de nouvelles idées à expérimenter sur le terrain ? 

En se référant à la vision développée dans le Plan d’Aménagement et de Gestion (PAG) de la Vallée du Sitatunga, je cite « A horizon 2030, le PNCVS est un modèle intercommunal de conservation qui assure l’amélioration de l’état des ressources naturelles et la durabilité des services écosystémiques pour le bonheur des populations » fin de citation. Le défi majeur de CREDI-ONG est d’œuvrer pour une autonomisation institutionnelle et opérationnelle du PNCVS. En effet, à l’étape actuelle de l’initiative « Vallée du Sitatunga »,

CREDI-ONG reste encore très indispensable dans le dispositif de gestion. En même temps que cela apparaît tout à fait normal au regard de notre histoire, le souci de pérennisation nous oblige en ce moment à mettre en place un cadre institutionnel qui responsabilise davantage les collectivités locales et qui renforce le statut juridique de l’aire protégée. A cet effet, CREDI-ONG dans les années à venir va œuvrer pour :

  • Renforcer le système de gestion et le doter des outils adéquats
  • Conserver la biodiversité et les habitats de manière participative
  • Améliorer les connaissances sur les espèces, les écosystèmes et leur fonctionnement
  • Valoriser les ressources par le développement touristique et l’éducation environnementale
  • Améliorer durablement les conditions de vie des couches vulnérables par le développement
    d’activités culturelles et écologiques.

Ce prix vient récompenser des individus et leur leadership. Selon toi, être un bon leader c’est quoi ? 

Pour moi un bon leader est celui qui est le premier à incarner pour lui-même les changements qu’ils souhaitent voir se réaliser autour de lui. Ainsi, il veille à la cohérence entre ses actes et ses paroles ce qui lui confère toute sa crédibilité. Humble, un bon leader se rappelle toujours que ce qu’il récolte n’est souvent pas le fruit de son seul labeur mais aussi celui de la pluie, du soleil et de cette magnifique biodiversité qui dans l’ombre et souvent en silen

ce a transformé une matière en milles autres…

Un conseil à donner à de jeunes acteurs de la société civile africaine souhaitant travailler sur des problématiques environnementales en Afrique de l’Ouest ?

Un adage dit: “Ne craignez pas d’être lent, craignez seulement d’être arrêté!” C’est le conseil principal que je donnerais à mes jeunes frères de la société civile africaine. En effet, je remarque que la patience est une espèce de vertu en voie de disparition. Or, le développement d’initiatives comme les nôtres – un peu à contre courant des trajectoires de nos sociétés africaines actuelles –  nécessite des changements profonds et longs de rapport à notre territoire, à sa culture – toujours fortement dévalorisée – et à sa nature. Ses changements doivent être semés aujourd’hui tout en sachant qu’ils peuvent rester longtemps en dormance, pour germer un beau jour, puis croître doucement quand les conditions leurs sont favorables… Nous sommes jeunes et avons le temps pour nous. Alors patiemment, semons, semons sans relâche, une graine finira bien par germer!

“Beaucoup de petits gens faisant beaucoup de petits pas dans beaucoup de petits endroits peuvent beaucoup changer le monde”. Soyons tous de petits gens et le monde irait beaucoup mieux.

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