Interview de Charlotte Meyrueis

 Dans PPI

Directrice de Cœur de Forêt et Membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité

Charlotte Meyrueis © Cœur de Forêt

Charlotte, vous êtes aujourd’hui Directrice de Cœur de Forêt. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? 

Depuis toute petite, j’ai baigné dans un univers familial sensible et ouvert vers le jardin et la nature. Aux côtés de semis, boutures, crassula, bonsaï, orchidées, … j’ai découvert les époustouflantes capacités du monde du végétal et ai voulu en faire mon métier pour produire des végétaux en France. J’ai rapidement bifurqué vers des actions à l’international avec Cœur de Forêt pour aller à la rencontre, mieux connaître et préserver la biodiversité tropicale et les populations locales qui la préservent.

Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ?

Je suis ingénieure en horticulture et paysage, avec une spécialité pour la production de végétaux. J’ai intégré Cœur de Forêt à la sortie de mes études en évoluant sur des missions très variées de gestion de projet, d’appui technique, de recherche de fonds, de gestion administrative et financière, … une aptitude à être multi-casquettes à l’image des besoins des petites associations.

Mes plus belles expériences sont les rencontres humaines faites sur le terrain lors des missions et des immersions dans la forêt ou les campagnes de nos zones d’intervention (Cameroun, Bolivie, Madagascar, Indonésie, …). Même si j’en suis consciente au quotidien, c’est toujours un choc émotionnel de voir par ses propres yeux la réalité du terrain, la misère, les difficultés, … mais aussi la force de caractère, l’espoir, la gratitude, la fierté, … qui peuvent se voir dans les yeux des équipes et bénéficiaires avec qui nous travaillons. C’est avec cette énergie et responsabilité que je vis d’autres belles expériences aux côtés de nos soutiens financiers qui nous font confiance pour agir sur la vie de ces personnes et les écosystèmes dans lesquels elles vivent.

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ?

J’ai toujours été fascinée par l’histoire des explorateurs, par les découvertes de nouvelles espèces végétales et leurs usages par les populations locales. Cette biodiversité et ces savoirs accumulés depuis des millénaires se perdent malheureusement par la destruction des espaces naturels ou la perte de transmission entre les générations. En m’investissement dans la recherche d’un modèle de développement qui préserve la biodiversité locale et respecte les capacités de renouvèlement des ressources naturelles, j’ai le sentiment d’accomplir un pas vers plus d’équité et de participer à une course contre la montre pour préserver ce qui peut encore l’être.

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ?

Aujourd’hui, nous rencontrons de nombreux défis au sein de Cœur de Forêt, et en particulier celui de répondre aux enjeux titanesques de la préservation des forêts avec nos moyens financiers et humains limités. Nous travaillons sur l’adaptation des solutions fondées sur la nature telles que l’agroécologie et la gestion ou restauration d’écosystèmes forestiers, ainsi que leur appropriation par les populations locales. Ces actions s’inscrivent dans le temps long, et la mesure de leurs impacts d’autant plus ! Dans une société habituée à tout avoir en peu de temps, cette vision rencontre encore trop peu d’adhésion pour soutenir et attendre des résultats palpables qui arriveront dans plusieurs années. Ce qui n’empêche pas de mettre en place les moyens pour pouvoir mesurer d’ores et déjà les premiers résultats de nos actions. C’est un sujet sur lequel nous souhaitons travailler plus en profondeur car il permet d’avoir un retour d’expériences sur nos propres actions en vue de les améliorer mais aussi de pouvoir valoriser et être transparents sur nos actions.

Depuis 15 ans, il y a beaucoup de réalisations dont je suis fière ! Que Cœur de Forêt soit devenue ce qu’elle est aujourd’hui : une association à l’écoute et agissant sur le terrain, avec une vision pragmatique et ambitieuse, des équipes engagées, intègres et compétentes, c’est beaucoup !

Quel est votre espèce favorite et pourquoi ?

La biodiversité est si riche qu’il est difficile d’avoir une espèce favorite ! J’apprécie le port libre des grands arbres majestueux comme les hêtres, les chênes sous nos climats, mais aussi les couleurs des feuillages qui se panachent pour créer une autre lecture des arbres que leur échelle individuelle. Sous climat tropical, c’est la densité et le foisonnement de la végétation que j’aime observer pour identifier les familles botaniques, la structure des forêts et le monde du vivant qu’elles abritent.

Comment voyez-vous l’avenir de la planète et le nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ?

Je suis convaincue que ces nombreux défis reposent sur une meilleure connaissance des humains au monde du vivant. C’est en améliorant cette connaissance auprès du plus grand nombre que nous saurons comment préserver ses richesses. Cette prise de conscience s’accompagne d’une évolution des modèles économiques. C’est pourquoi nous avons fait le choix dès la création de notre association en 2005 d’intégrer des actions de développement et de sensibilisation, en complément des actions de reforestation. Agir sur ce dernier axe sans intégrer les deux premiers ne peut apporter une réponse durable à l’action menée.

Reboisement à Madagascar © Coeur de Forêt

Que vous apporte votre participation au groupe de travail Pays en développement et Biodiversité et vers quelles actions le collectif doit se tourner aujourd’hui ?

Le groupe de travail rassemble des acteurs qui agissent dans les conditions difficiles des pays en voie de développement. Se rassembler permet de se sentir moins seuls ! C’est aussi l’occasion de mieux percevoir l’étendue des actions de préservation de la biodiversité. J’y découvre des structures agissant dans des contextes similaires aux nôtres ou au contraire des enjeux autour de la faune (braconnage, trafic, conflit humain-faune) sur lesquels nous travaillons peu chez Cœur de Forêt. Notre contribution lors de cette première phase a été ma participation aux réflexions sur les modalités d’un nouveau dispositif de financement à destination de projets petits à moyens de préservation de la biodiversité. Elle met en avant la difficulté de trouver des financements sur des actions moins « marketables » que celles liées aux grands fauves, à la plantation d’arbres, … et le peu d’accompagnement des OSC de biodiversité sur le développement interne de leur structure et sur leur positionnement vis-à-vis des OSC locales.

Mes attentes sont un rassemblement plus massif des associations environnementales au sein de l’UICN afin d’optimiser les actions portées et un meilleur partage de bonnes pratiques sur des méthodologies d’actions et de mesure de la préservation de la biodiversité. Ainsi que des liens plus forts avec d’autres acteurs au sein de l’UICN et des organismes de recherche. Nous sommes souvent au contact d’espèces indigènes ou endémiques sur nos zones d’intervention sans toujours pouvoir les identifier et savoir quel niveau de préservation il serait judicieux de mettre en place. Une meilleure connaissance de la biodiversité aide à sa préservation !

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