TRIBUNE : Pour sauver la biodiversité mondiale, parions sur la francophonie

« L’avenir accuse le passé et convoque Prométhée à la barre » parce que demain nos enfants ne sauront peut-être plus ce qu’est le Rhinocéros noir d’Afrique, le Phoque moine de Méditerranée ou le Vison d’Europe. La sixième extinction de masse est désormais de notre temps et de notre lieu. La disparition des espèces est 10 à 100 fois supérieure au taux naturel d’extinction et elle est exclusivement liée aux activités humaines. Nous sommes face à l’un des défis mondiaux les plus importants de notre époque : la réduction de la biodiversité et des services écosystémiques qui sous-tendent la quasi-totalité des Objectifs de Développement Durable. 75 % du milieu terrestre est sévèrement altéré à ce jour par les activités humaines, de même que 60 % du milieu marin. Dans le même temps, le nombre d’espèces exotiques envahissantes a augmenté d’environ 70 % depuis 1970, tant à cause de la multiplication des échanges commerciaux que du réchauffement climatique. Des changements majeurs devront être opérés pour assurer la préservation, l’utilisation durable et la restauration de la biodiversité dont la vie humaine dépend. La perte de biodiversité n’est pas seulement un problème environnemental, elle est un défi majeur pour nos sociétés. Et sa sauvegarde doit s’appuyer sur la diversité culturelle des peuples dans une alliance renouvelée des nations pour sauvegarder ce bien commun.

Avec ses 88 États et gouvernements membres et ses 300 millions de francophones dans le monde, la Francophonie peut et doit jouer un rôle déterminant pour le succès des prochaines grandes échéances internationales sur ce défi : le Congrès mondial de la nature de l’UICN et la COP 15 Biodiversité de l’ONU qui auront lieu en 2021.

Plusieurs pays francophones se sont engagés dans la coalition pour la haute ambition pour la nature et les hommes, coordonnée par la France et le Costa Rica, soutenant l’objectif d’avoir un réseau d’aires protégées couvrant 30 % de la planète en 2030. Dans cet engagement, il faut soutenir une extension de la superficie des aires protégées, qui représente aujourd’hui 15,4 % sur terre et 7,6 % en mer, mais aussi la gestion efficace des aires protégées existantes et à créer. À cet effet, l’UICN a lancé la Liste verte des aires protégées pour accompagner et évaluer l’efficacité de la gestion mise en place. Aujourd’hui, plus de cinquante pays sont impliqués dans cette initiative, parmi lesquels dix sont francophones. Ce nombre est suffisant pour constituer un réseau francophone de la Liste verte, qui par l’usage commun du français, peut promouvoir son déploiement, faciliter les échanges d’expériences et contribuer in fine à améliorer la performance des aires protégées. C’est l’initiative qu’a lancée le Comité français de l’UICN avec des gestionnaires d’aires protégées d’Algérie, du Bénin, du Canada (Québec), de la Côte d’Ivoire, du Liban, de Madagascar, du Maroc, de la Suisse et de la Tunisie.

Tandis que la pression des zoonoses s’accroît, nous prenons conscience que l’être humain est partie intégrante, et non surplombante, de la Nature. Il faut développer de nouvelles solidarités avec la biodiversité et agir concrètement pour sa préservation en soutenant des initiatives locales. C’est en ce sens qu’il est crucial de mobiliser davantage la société civile des pays francophones en faveur de la biodiversité. Le Programme de Petites Initiatives (PPI), géré par le Comité français de l’UICN avec les financements du Fonds Français pour l’Environnement Mondial et de la Fondation MAVA, montre que des résultats concrets peuvent être obtenus pour la conservation de la biodiversité et le développement local des populations. Depuis 14 ans, le PPI a soutenu 245 projets portés par 190 associations dans 33 pays, essentiellement en Afrique Centrale et de l’Ouest. Plus de 500 000 hectares d’aires protégées ont été créées, des espèces menacées ont vu leur protection s’améliorer, et 120 projets de création ou d’appui à de 25 filières économiques durables ont été soutenus. Notre objectif est de continuer à renforcer l’influence et la contribution de la société civile d’Afrique Centrale et de l’Ouest à la préservation de la biodiversité mondiale et à la lutte contre les changements climatiques à travers des Solutions fondées sur la Nature.

En accueillant le Congrès mondial de l’UICN en septembre prochain, la France doit donner l’impulsion nécessaire et vitale pour renforcer la coalition mondiale de la conservation de la nature en développant le réseau d’expertise francophone.

La francophonie est une chance, un levier essentiel pour favoriser la mobilisation des États, travailler ensemble à un programme convergent de mobilisation des acteurs de terrain, des ONG et de la société civile. Des rives du fleuve Congo aux mangroves du Sénégal, du Parc Marin de la Côte Bleue en France à la Réserve naturelle du Chouf au Liban, du grand glacier d’Aletsch en Suisse au parc national forestier de la Mauricie au Québec, nous partageons une même langue pour échanger notre savoir-faire et nos solutions afin de préserver notre patrimoine naturel commun.”

Maud LELIEVRE,
Présidente du Comité français de l’UICN

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