Réaction à la révision du statut de protection du Loup en Europe

Le Conseil de l’Union européenne (UE) a adopté aujourd’hui la révision du statut de protection du Loup gris (Canis lupus), entérinant l’affaiblissement de la protection de l’espèce sur le sol européen. Après le vote du Parlement de l’UE en ce sens en mai dernier, le loup est désormais retiré de l’Annexe IV de la Directive Habitats Faune Flore qui lui conférait une protection stricte, pour être placé dans l’Annexe V qui autorise l’application de mesures de gestion. La gestion de l’espèce restant malgré tout encadrée dans l’UE, les Etat membres devront s’assurer de prendre les mesures nécessaires pour garantir que les tirs de loups dans la nature soient rigoureusement compatibles avec son maintien dans un état de conservation favorable. Cependant, selon la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN, six des neuf populations de loups présentes dans l’Union européenne sont classées vulnérables ou quasi-menacées. L’espèce est également classée vulnérable en France. La priorité devrait donc être d’atteindre et de garantir à long terme l’état de conservation favorable du loup, avant d’envisager des mesures de contrôle de ses populations. Alors que le Comité permanent de la Convention de Berne et l’Union européenne avaient jusqu’ici toujours basé leurs décisions sur la réalité des données établies, ce déclassement sans précédent suscite la préoccupation du Comité français de l’UICN. Cette décision soulève des interrogations sur la place accordée aux connaissances scientifiques dans les décisions relatives à la préservation des espèces, faisant craindre une gestion inefficace pour réduire la prédation sur les troupeaux domestiques et constituant un recul supplémentaire dans les engagements en faveur de la biodiversité. Le Comité français de l’UICN continue à plaider en faveur d’une cohabitation durable entre le loup et les activités humaines, notamment d’élevage, et appelle instamment à poursuivre la recherche déterminée d’une approche équilibrée. Il souligne pour cela la nécessité de fonder les décisions prises sur la base des connaissances scientifiques les plus récentes, et d’appuyer les options retenues sur les expériences de terrain ayant fait la preuve de leur efficacité. À l’heure où les Etats membres préparent leur plan national dans le cadre du règlement européen sur la restauration de la nature, le Comité français rappelle le rôle primordial des grands prédateurs, dont le loup, dans l’équilibre des écosystèmes. Une politique ambitieuse en matière de restauration de la nature devrait donc pleinement inclure le maintien de cette espèce essentielle et organiser sa coexistence durable avec les activités humaines. >> Consulter les recommandations du Comité français de l’UICN pour une cohabitation durable avec le loup Photo bandeau :Loup gris (Canis lupus) © Roland Clerc

L’UICN se félicite de la stratégie de l’Union Européenne pour la biodiversité à l’horizon 2030 et recommande aux États membres de faire également preuve d’une ambition élevée

L’UICN salue la nouvelle stratégie de l’UE pour la biodiversité jusqu’en 2030. Compte tenu de la situation mondiale post COVID-19, il est essentiel que les États membres de l’UE s’emparent de cette stratégie et adoptent toutes les mesures nécessaires pour garantir l’atteinte de ses objectifs. Nous devons également définir de nouvelles actions spécifiques en consultation avec les parties prenantes, afin de garantir le rôle central de la nature, qui conduira à une reprise efficace et durable et à une société future résiliente. En plus de l’urgence environnementale, nous sommes maintenant confrontés à l’une des plus grandes crises sanitaires du siècle dernier : l’épidémie de COVID-19. Dans ce contexte, la stratégie de l’UE pour la biodiversité à l’horizon 2030 doit être une pierre angulaire de la feuille de route européenne vers la reprise, car elle est un outil fondamental pour restaurer une relation homme-nature saine et mutuellement bénéfique. Cette stratégie est une première étape pour un leadership européen fort lors des négociations de la Convention sur la diversité biologique l’année prochaine : c’est l’occasion pour l’Europe de s’affirmer comme un chef de file ambitieux sur la scène mondiale, lors des préparatifs en cours sur le futur cadre mondial de labiodiversité. En ce sens, il est également essentiel que les États membres fassent preuve d’ambition au niveau national. À cet effet, le Congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille en janvier 2021 offre une excellente plateforme. L’UICN appelle à la définition de nouvelles actions concrètes qui définiront la manière dont la stratégie sera mise en œuvre dans l’UE et dans les États membres. Cela fournirait également l’occasion d’une importante consultation avec les parties prenantes. Grâce à l’allocation des ressources nécessaires – en particulier grâce à une PAC renouvelée et respectueuse de l’environnement – et en faisant de la biodiversité une priorité dans l’agenda politique, l’Europe pourra mettre la nature au cœur de la reprise et montrer l’exemple au niveau mondial. L’UICN attend avec intérêt le soutien du Parlement européen et du Conseil européen pour la stratégie et sa mise en œuvre. Selon la Liste rouge européenne des abeilles de l’UICN, ces espèces sont soumises à de fortes pressions dans toute l’Europe. Les abeilles ne sont que l’un des nombreux pollinisateurs, fournissant un service fondamental pour la survie de notre écosystème. Leur déclin n’est pas seulement une perte pour la nature, il menace les écosystèmes dont nous dépendons, y compris notre production alimentaire. Par conséquent, la publication aujourd’hui de la stratégie de la « Ferme à la Fourchette » est un signe positif : nous devons trouver des moyens de réfléchir ensemble à la conservation de la nature et à l’agriculture durable. « Ces deux stratégies doivent être fortement interconnectées : cela représente une excellente occasion de rassembler tous les efforts et d’assurer une transition vers une utilisation durable des terres européennes à l’avenir. Pour une mise en œuvre réussie des objectifs liés à l’agriculture, il est essentiel que la PAC et la stratégie de l’UE en matière de biodiversité soient alignées de manière cohérente », a déclaré Luc Bas, directeur du Bureau régional européen de l’UICN.   Plus d’informations – Article original (anglais) – La stratégie biodiversité de l’UE – La réaction de l’UICN sur cette stratégie Photo bandeau ©  Markus Spiskeon Unsplash