Position sur le projet minier IamGold/Cambior en Guyane
Position sur le projet minier IamGold/Cambior en Guyane Contribution à l’enquête publique – 29 mars 2007 Dans le cadre de l’enquête publique relative aux demandes d’autorisation déposées par la société CBJ Caïman, filiale de la société IamGold/Cambior, pour l’exploitation à ciel ouvert d’un gisement d’or primaire sur la montagne de Kaw en Guyane, au lieu dit « Camp Caïman », le Comité français de l’Union mondiale pour la nature (UICN) adresse ce jour sa contribution à la Commission d’enquête. Le Comité français de l’UICN rappelle que la précédente demande d’autorisation déposée par la société CBJ Caïman, sur laquelle il s’était positionné défavorablement, avait été rejetée en octobre 2006. Ce rejet avait été décidé sur la base de réserves émises par la mission d’inspection complémentaire mandatée sur place par les deux ministères de l’Industrie et de l’Ecologie. Des insuffisances importantes avaient en effet été montrées par le projet concernant la prise en compte des milieux naturels, l’impact des rejets de cyanure et les mesures compensatoires proposées. Le projet avait également suscité de très fortes préoccupations exprimées par les élus, la population locale et les associations de protection de l’environnement, tant locales que nationales. Après avoir analysé le nouveau dossier en lien avec ses organisations membres, locales et nationales, le Comité français de l’UICN fait part des observations suivantes : Le site proposé à l’exploitation est l’un des sites majeurs de Guyane en termes de richesse écologique. Couvrant 30 km² de forêt tropicale primaire, il abrite 700 espèces de végétaux, dont 18 endémiques, près de 100 espèces de mammifères et 254 espèces d’oiseaux, sans compter des milliers d’insectes. Le site empiète à la fois sur le domaine du Parc naturel régional de Guyane et sur une ZNIEFF d’importance majeure (de type 1). Il se situe à proximité directe de deux réserves naturelles, dont l’une est une zone humide d’importance mondiale reconnue par la Convention de Ramsar. Or, le dossier soumis à l’enquête publique révèle toujours d’importantes lacunes concernant la description de l’état écologique initial du site, l’évaluation et le suivi des impacts du projet, et les mesures de limitation et de compensation de ces impacts pour les milieux naturels. Le procédé industriel de traitement des effluents cyanurés, présenté comme innovant par la société, n’apporte pas les garanties suffisantes sur les risques de pollution sur le milieu naturel. L’analyse du dossier montre des incertitudes techniques nombreuses (un grand nombre de tests complémentaires sont indispensables), des choix peu précautionneux (comme l’absence de géomembrane au fond des parcs à résidus), et de sérieuses lacunes rendant quasiment impossible la garantie du respect des normes sur le rejet des cyanures (insuffisante évaluation de la perméabilité des sols, évaluation très sommaire de l’érosion des résidus épaissis, aucune quantification du phénomène d’atténuation naturelle des cyanures, etc.). Concernant l’hydrologie de la zone proposée à l’exploitation, le dossier montre des incohérences manifestes avec les éléments connus issus d’observations directes de terrain et de photographies aériennes. En particulier, les limites indiquées des bassins versants sont contestables et les affirmations concernant le sens d’écoulement des eaux apparaissent insuffisamment étayées. En l’état actuel des études menées et des informations connues, rien ne permet d’assurer qu’il n’y aura pas de connexions entre les effluents de l’exploitation minière et la zone de la réserve naturelle des marais de Kaw. En conséquence de ces observations, le Comité français de l’UICN fait part de son avis défavorable à l’autorisation en l’état du projet d’exploitation minière de la société CBJ Caïman sur la montagne de Kaw.
Bilan annuel de la Stratégie nationale pour la biodiversité
Bilan annuel de la Stratégie nationale pour la biodiversité Stopper l’extinction de la biodiversité en France en 2010 : réalités ou illusions ? Le gouvernement publie aujourd’hui le premier bilan global de son action pour la biodiversité. Le Comité français de l’UICN a évalué la stratégie nationale pour la biodiversité et ses 10 plans d’action. Même si des avancées intéressantes sont constatées en ce qui concerne les ministères de l’Ecologie et des Affaires Etrangères, le bilan demeure globalement insuffisant. La France prend du retard, et seuls une très forte impulsion politique et des moyens largement accrus nous rapprocherons de l’objectif de stopper l’extinction de la biodiversité d’ici 2010. Adoptée en février 2004, la stratégie nationale pour la biodiversité est le principal dispositif d’action du gouvernement sur ce thème majeur pour l’avenir des territoires et du patrimoine naturel français. Il mobilise à travers 10 plans d’action les ministères de l’écologie, des affaires étrangères, de l’agriculture, de l’équipement, de l’outre-mer et de la recherche, ainsi que le secrétariat général de la mer et la Délégation interministérielle à l’aménagement et la compétitivité des terrioires (DIACT). Malgré ce cadre interministériel prometteur, peu d’actions annoncées dans les plans ont pu être concrétisées à l’exception des plans « patrimoine naturel » et « action internationale ». Si la biodiversité constitue bien un axe stratégique d’intervention pour les ministères de l’Ecologie et des Affaires Etrangères, les résultats attendus ne sont pas au rendez-vous pour les autres ministères. La biodiversité n’a pas été réellement appropriée ni intégrée dans leurs politiques, où elle n’est souvent vécue que comme une contrainte imposée, en particulier pour les politiques de l’urbanisme ou des infrastructures de transport. Pour les plans « agriculture « et « mer » où la biodiversité constitue une ressource, les mesures prises en faveur de sa protection ne sont pas assez significatives pour limiter les impacts importants engendrés par des pratiques encore très productivistes. Alors qu’un des objectifs premiers fixés par la stratégie était de mobiliser tous les acteurs de la société civile, le processus de mise en oeuvre d’une stratégie et de plans d’action est resté confiné au domaine des services de l’Etat. Les entreprises, les collectivités, les associations et le grand public n’ont pas été suffisamment associés à la démarche, malgré l’importance des enjeux en termes d’alimentation, de qualité de l’eau, des sols, etc. En publiant son évaluation de la stratégie nationale pour la biodiversité (voir l’analyse détaillée ci-joint), le Comité français de l’UICN recommande une action politique renforcée avec des moyens financiers nouveaux et clairement identifiés au sein de chaque ministère. L’appropriation des enjeux de la biodiversité au sein de la société civile doit également devenir une priorité pour mobiliser tous les acteurs à agir pour sa préservation. Le Comité français de l’UICN a identifié les 5 avancées significatives et les 5 obstacles importants suivants : 5 avancées significatives à retenir de ce bilan : • Création des deux parcs nationaux de la Guyane et de la Réunion, et des parcs naturels marins • Désignation des sites du Réseau Natura 2000 (1703 sites couvrant 12% du territoire terrestre métropolitain) • Renouvellement du Fonds Français pour l’Environnement Mondial (70 M€) et de son programme pour les petites ONG des pays du Sud. • Mise en place d’outils de sensibilisation : campagne de communication nationale et publication d’un guide pour les gestionnaires de sites industriels. • Mise en place d’un financement pérenne du Conservatoire du Littoral (30 M€) et création de nouvelles mesures fiscales intéressantes pour le patrimoine naturel. 5 obstacles importants à résoudre : • Aucune avancée sur le plan « territoires » visant l’intégration de la biodiversité dans la gestion des territoires. • Quasiment aucune avancée sur les plans « urbanisme » et « infrastructures » montrant la difficulté de prise en compte des enjeux de la biodiversité dans les politiques liées à l’équipement. • Quelques progrès sur les plans « agriculture » et « mer » mais pas d’avancées importantes sur les principaux défis : diminution de la consommation des pesticides, développement de l’agriculture biologique, OGM, gestion durable des pêches. • Pas encore de mise en oeuvre des trois derniers plans d’action (« forêts », « recherche » et « outremer ») adoptés en septembre 2006. • Appropriation insuffisante de la stratégie et des plans d’action par les associations de protection de l’environnement et de la société civile au sens large, dont les collectivités locales et les entreprises. Documents joints Bilan UICN SNB 2006 Communiqué de presse – bilan UICN SNB 2006