Interview de Daisy Tarrier
Directrice d’Envol Vert et Membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Daisy, vous êtes aujourd’hui Directrice d’Envol Vert. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? Travailler dans l’environnement a toujours été une évidence pour moi. Mon père est entomologiste. Petite je passais toutes mes vacances dans la nature, les forêts, les rivières, et plus je grandissais plus j’étais sensible à son discours de destruction des écosystèmes et comment les espèces, même les plus petites, en étaient victimes. Bien que je n’aie pas eu l’opportunité de faire des études scientifiques, dès mes premiers stages il a été naturel pour moi de rechercher des structures en lien avec la conservation de la nature. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? J’ai travaillé presque 10 ans au WWF. J’ai eu plusieurs postes mais le premier reste mon coup de cœur. J’étais en charge d’un programme de conservation de la Loire. J’étais jeune, je ne connaissais pas grand-chose en environnement et c’était particulièrement gratifiant de réunir plus de 12 organisations autour de sujets comme la morphodynamique des rivières, les tourbières. Un quotidien partagé avec des personnes passionnantes et engagées. J’ai aussi travaillé sur le premier guide de consommation des ressources halieutiques. Puis je suis partie au Pérou, en volontariat, pour travailler sur la forêt et les communautés autochtones. Ça a été l’occasion de m’isoler profondément dans l’Amazonie (un vrai régal), mais aussi de me confronter à la réalité des communautés autochtones. J’ai pu, entre autres, permettre la légalisation d’un territoire de communautés locales. J’ai aussi réalisé de nombreuses évaluations de projets de coopération internationale comme consultante. C’est toujours extrêmement enrichissant de sortir de son domaine pour découvrir ce qu’il se fait ailleurs. Enfin, le meilleur pour la fin, ma plus belle expérience a été la création d’Envol Vert bien sûr. Partir de zéro, réfléchir à tout, toucher à tout puis intégrer peu à peu des professionnels engagés qui on mit leur pierre à l’édifice pour que l’ONG soit ce qu’elle est aujourd’hui. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? D’abord parce que je trouve la forêt tropicale extraordinaire. Son humidité, le foisonnement de vie, l’exubérance de la chlorophylle. Ce que certains appellent l’enfer vert est pour moi un paradis. Ensuite, car je pense qu’il y a en Amérique latine d’énormes défis qui méritent toute notre attention : conservation du poumon de la planète, pays avec la plus grande biodiversité au monde. Ce n’est pas rien. Et finalement parce que tout ceci se mélange à des aspects de bien être humain, qui sont passionnants. Quand on arrive à reconnecter la forêt avec l’humain au point qu’elle ne soit plus sa limite mais son vecteur de développement et de bien-être, c’est qu’on a gagné. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? On travaille depuis toujours sur des projets d’agroforesterie pour obtenir moins de compétition entre l’agriculture et la forêt mais, plus récemment, on se recentre sur des projets de conservation de l’existant. De façon surprenante, il est plus difficile de conserver que de planter des arbres. Alors qu’il serait bien plus efficace de ne pas détruire ce qui existe depuis des milliers d’années. Ce travail va de pair avec celui de développer des alternatives économiques à la déforestation pour améliorer les conditions de vie locale. En Colombie, nous avons créé une marque communautaire (Tamandua) dont je suis particulièrement fière. Nous faisons aussi un gros travail de capitalisation pour rendre disponible l’expérience acquise depuis 2011. Dans un tout autre registre, nous avons créé l’outil Empreinte Forêt qui calcule le risque de déforestation lié à nos consommations. Nous l’avons développé dans 3 pays et nous travaillons à ce qu’il devienne un référentiel public en France. Pour finir, nous développons depuis quelques années des actions de plaidoyer, notamment sur les questions de traçabilité. Nous faisons partie d’une coalition qui a assigné en justice le groupe Casino pour non-respect de la loi de devoir de vigilance, au Brésil et en Colombie. Un sujet complexe et difficile à vulgariser. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Le Noyer Maya, un arbre qui pousse du Mexique au Pérou. D’abord il est magnifique et en plus il est plein de vertus. Sa graine est un riche aliment plein de protéines pour nous comme pour la faune (singes, tapirs…). Il permet aussi d’alimenter les vaches en fourrage (feuilles) quand il est planté en système sylvopastoral, et en plus il fixe le CO2 dans le sol pour le transformer en calcaire. Comment voyez-vous l’avenir de la planète et le nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ? J’aurais préféré avoir un joker car je suis connue de mes amis pour être assez pessimiste sur la capacité de l’humain à se développer durablement. Quand tout le monde veut manger de la viande, avoir une voiture, prendre l’avion pour aller en vacances, acheter un téléphone dernier cri tous les ans, et j’en passe, il est difficile d’imaginer être soutenable avec 8 milliards d’habitants. Et ce n’est pas très éthique de dire aux populations des pays en « développement » qu’ils ne peuvent pas eux aussi accéder aux mêmes « avantages ». Que vous apporte votre participation au groupe de travail Pays en développement et Biodiversité et vers quelles actions le collectif doit se tourner aujourd’hui ? Je crois dans les synergies, je ne pense pas que travailler chacun de notre côté permette d’avancer aussi vite que la planète en a besoin. Le groupe de travail « Pays en Développement et Biodiversité » permet de mettre en relation des acteurs majeurs. Personnellement, ça peut aussi bien m’apporter des contacts, des connaissances que des
Interview de Charlotte Meyrueis
Directrice de Cœur de Forêt et Membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Charlotte, vous êtes aujourd’hui Directrice de Cœur de Forêt. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? Depuis toute petite, j’ai baigné dans un univers familial sensible et ouvert vers le jardin et la nature. Aux côtés de semis, boutures, crassula, bonsaï, orchidées, … j’ai découvert les époustouflantes capacités du monde du végétal et ai voulu en faire mon métier pour produire des végétaux en France. J’ai rapidement bifurqué vers des actions à l’international avec Cœur de Forêt pour aller à la rencontre, mieux connaître et préserver la biodiversité tropicale et les populations locales qui la préservent. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? Je suis ingénieure en horticulture et paysage, avec une spécialité pour la production de végétaux. J’ai intégré Cœur de Forêt à la sortie de mes études en évoluant sur des missions très variées de gestion de projet, d’appui technique, de recherche de fonds, de gestion administrative et financière, … une aptitude à être multi-casquettes à l’image des besoins des petites associations. Mes plus belles expériences sont les rencontres humaines faites sur le terrain lors des missions et des immersions dans la forêt ou les campagnes de nos zones d’intervention (Cameroun, Bolivie, Madagascar, Indonésie, …). Même si j’en suis consciente au quotidien, c’est toujours un choc émotionnel de voir par ses propres yeux la réalité du terrain, la misère, les difficultés, … mais aussi la force de caractère, l’espoir, la gratitude, la fierté, … qui peuvent se voir dans les yeux des équipes et bénéficiaires avec qui nous travaillons. C’est avec cette énergie et responsabilité que je vis d’autres belles expériences aux côtés de nos soutiens financiers qui nous font confiance pour agir sur la vie de ces personnes et les écosystèmes dans lesquels elles vivent. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? J’ai toujours été fascinée par l’histoire des explorateurs, par les découvertes de nouvelles espèces végétales et leurs usages par les populations locales. Cette biodiversité et ces savoirs accumulés depuis des millénaires se perdent malheureusement par la destruction des espaces naturels ou la perte de transmission entre les générations. En m’investissement dans la recherche d’un modèle de développement qui préserve la biodiversité locale et respecte les capacités de renouvèlement des ressources naturelles, j’ai le sentiment d’accomplir un pas vers plus d’équité et de participer à une course contre la montre pour préserver ce qui peut encore l’être. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? Aujourd’hui, nous rencontrons de nombreux défis au sein de Cœur de Forêt, et en particulier celui de répondre aux enjeux titanesques de la préservation des forêts avec nos moyens financiers et humains limités. Nous travaillons sur l’adaptation des solutions fondées sur la nature telles que l’agroécologie et la gestion ou restauration d’écosystèmes forestiers, ainsi que leur appropriation par les populations locales. Ces actions s’inscrivent dans le temps long, et la mesure de leurs impacts d’autant plus ! Dans une société habituée à tout avoir en peu de temps, cette vision rencontre encore trop peu d’adhésion pour soutenir et attendre des résultats palpables qui arriveront dans plusieurs années. Ce qui n’empêche pas de mettre en place les moyens pour pouvoir mesurer d’ores et déjà les premiers résultats de nos actions. C’est un sujet sur lequel nous souhaitons travailler plus en profondeur car il permet d’avoir un retour d’expériences sur nos propres actions en vue de les améliorer mais aussi de pouvoir valoriser et être transparents sur nos actions. Depuis 15 ans, il y a beaucoup de réalisations dont je suis fière ! Que Cœur de Forêt soit devenue ce qu’elle est aujourd’hui : une association à l’écoute et agissant sur le terrain, avec une vision pragmatique et ambitieuse, des équipes engagées, intègres et compétentes, c’est beaucoup ! Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? La biodiversité est si riche qu’il est difficile d’avoir une espèce favorite ! J’apprécie le port libre des grands arbres majestueux comme les hêtres, les chênes sous nos climats, mais aussi les couleurs des feuillages qui se panachent pour créer une autre lecture des arbres que leur échelle individuelle. Sous climat tropical, c’est la densité et le foisonnement de la végétation que j’aime observer pour identifier les familles botaniques, la structure des forêts et le monde du vivant qu’elles abritent. Comment voyez-vous l’avenir de la planète et le nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ? Je suis convaincue que ces nombreux défis reposent sur une meilleure connaissance des humains au monde du vivant. C’est en améliorant cette connaissance auprès du plus grand nombre que nous saurons comment préserver ses richesses. Cette prise de conscience s’accompagne d’une évolution des modèles économiques. C’est pourquoi nous avons fait le choix dès la création de notre association en 2005 d’intégrer des actions de développement et de sensibilisation, en complément des actions de reforestation. Agir sur ce dernier axe sans intégrer les deux premiers ne peut apporter une réponse durable à l’action menée. Que vous apporte votre participation au groupe de travail Pays en développement et Biodiversité et vers quelles actions le collectif doit se tourner aujourd’hui ? Le groupe de travail rassemble des acteurs qui agissent dans les conditions difficiles des pays en voie de développement. Se rassembler permet de se sentir moins seuls ! C’est aussi l’occasion de mieux percevoir l’étendue des actions de préservation de la biodiversité. J’y découvre des structures agissant dans des contextes similaires aux nôtres ou au contraire des enjeux autour de la faune (braconnage, trafic, conflit humain-faune) sur lesquels nous travaillons peu chez Cœur de Forêt. Notre contribution
Interview d’Aliénor Scrizzi
Membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Aliénor, vous travaillez aujourd’hui en tant que consultante indépendante. Pouvez-vous présenter les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la conservation de la nature, en particulier dans les pays en développement ? Originaire de Bretagne, j’ai grandi à la campagne et passé mon enfance à jouer dehors. La nature représentait pour moi une source inépuisable d’aventures possibles et de choses à découvrir. En même temps j’ai pris très tôt conscience de la disparition des espèces, de notre impact en tant qu’humains sur l’environnement. Je pense que mon envie de préserver la nature remonte à cette époque. Plus tard, j’ai compris que protéger les espèces sauvages voulait aussi dire considérer les besoins des humains qui vivent avec, et qui dépendent des mêmes ressources. Depuis 2022, je propose, en tant que consultante indépendante, d’accompagner les acteurs de terrain dans le développement, le suivi et l’évaluation d’approches visant à réduire les conflits Homme-faune auxquels ils font face. En plaçant l’humain au cœur de mon approche, j’aborde la question des conflits entre groupes d’acteurs autour de la gestion de la faune, centrale dans la résolution des problèmes de coexistence sur le long terme. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? En parallèle d’une formation initiale en biologie et en agronomie, j’ai d’abord abordé les questions de conservation à travers l’écotourisme, en tant que guide de safari au Botswana et en Afrique du Sud. J’ai complété mon diplôme d’ingénieure en agronomie en 2015, en contribuant à un programme de recherche sur l’atténuation des conflits humains-éléphants mené par le Cirad au Zimbabwe. En 2017, j’ai rejoint l’ONG française Awely. J’y ai d’abord coordonné une étude commanditée par l’IUCN/KfW, sur les pratiques mises en œuvre par les organisations bénéficiaires du programme tigre ITHCP – Integrated Tiger Habitat Programme – afin d’améliorer la coexistence humains-tigres/léopards. Entre 2019 et 2022, j’ai travaillé pour Awely comme responsable des programmes, où j’ai coordonné les projets de conservation des grands singes (RD Congo, Cameroun) et d’atténuation des conflits Homme-faune (France, Népal). Mes plus belles expériences… difficile de choisir ! Je crois que la plus instructive d’entre elles a été la réalisation de l’étude sur les conflits Homme-tigre pour l’IUCN. J’ai eu la chance de visiter de nombreux projets sur le terrain, interrogeant plus d’une centaine de personnes sur place… cela a été une expérience très riche ! Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Au départ, je voulais travailler pour la conservation des grands mammifères en Afrique australe. J’ai toujours adoré le bush… après mon expérience dans le monde du safari, j’avais envie d’y retourner pour faire quelque chose pour la conservation. Aujourd’hui, mon engagement pour la conservation dans les pays en développement me permet de sortir de notre système occidental, de m’ouvrir à d’autres cultures, à d’autres rapports à la nature, et au vivant. Les pays en développement sont ceux qui souffrent le plus des effets du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité, et j’ai la sensation que nous avons une part de responsabilité, ou en tout cas un rôle à jouer pour la conservation et le développement dans ces pays. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? La période actuelle est pour moi une période de « transition », car j’ai quitté mon poste au sein d’Awely tout récemment. A présent, je développe mon activité de consultante indépendante, et j’ai en parallèle repris un Master de recherche en écologie et en dynamique des populations. Je n’en suis qu’au début, mais mon premier défi va être de trouver ma place en tant que consultante, auprès des organisations qui œuvrent sur le terrain. En parallèle, je réfléchis à la meilleure manière de pouvoir orienter mes actions de recherche pour qu’elles servent au mieux la conservation. Les réalisations dont je suis la plus fière… et bien je dirais que je suis plutôt fière de mon parcours, qui n’est pas très linéaire mais qui finalement me ressemble pas mal. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Difficile de n’en choisir qu’une… mais spontanément je réponds le tigre. D’abord pour une raison très personnelle, car c’est avec cette espèce que j’ai fait mes premiers vrais pas dans la conservation. Aussi car le tigre et plus largement les grands prédateurs et l’homme entretiennent une relation particulière : ce sont des bêtes féroces dans notre imaginaire, mais timides et discrètes en réalité. Je trouve qu’ils cristallisent le problème de partage de l’habitat et de cohabitation avec la faune. Si, dans nos sociétés, nous parvenions à cohabiter avec eux, cela voudrait dire que nous aurions fait un sacré pas en avant dans notre acceptation de la présence des autres êtres vivants ! Comment voyez-vous l’avenir de la planète et le nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ? Si je me laisse aller, je suis un peu inquiète. J’ai du mal à imaginer comment il nous sera possible de concilier la demande en énergie et en matières premières des sociétés humaines avec la protection de la biodiversité, quand on voit à quel point les ressources se font rares… Mais le pessimisme ne pousse pas à l’action, et j’ai plutôt envie d’être à fond dans tout ce que je peux faire pour apporter ma pierre à l’édifice. Et j’ai confiance en la prise de conscience actuelle, en tous les mouvements de contestations et toutes les initiatives qui sont nées pour que cela change. Que vous apporte votre participation au groupe de travail Pays en développement et Biodiversité et vers quelles actions le collectif doit se tourner aujourd’hui ? J’aime l’idée de partage et d’échanges. Je suis convaincue que l’on peut aller très
Interview de Romain Calaque
Membre du Bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Romain, vous travaillez aujourd’hui en tant que consultant indépendant. Pouvez-vous présenter les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la conservation de la nature, en particulier dans les pays en développement ? J’ai grandi dans le 6ème arrondissement à Paris (Quartier latin). Mes parents me disent que depuis que j’ai 4-5 ans, je souhaite partir protéger les animaux en Afrique. Il y avait un lien avec toutes les images de l’Afrique que nous recevions à cet âge (télé, images, etc…). En grandissant, il s’imposait que les animaux et cet univers était en train de disparaître, passant d’une hypothèse à une affirmation puis à la 6ème extinction. Cela a conforté mon intérêt pour travailler dans la conservation de la nature. J’ai aussi été très sensibilisé à cette question à la lecture de Romain Gary, notamment des Racines du ciel et de la Lettre à l’éléphant. Pour l’anecdote, lorsque j’étais en études vétérinaires, je rêvais de travailler avec la faune sauvage mais on m’avait averti qu’il y avait peu de places dans ce domaine. Pour un stage, j’avais candidaté au zoo de la Palmyre (l’un des rares zoo avec un vétérinaire résident) et je m’étais dit que si j’arrivais à obtenir ce stage alors je continuerai dans la faune sauvage. J’ai eu ce stage et cela a sûrement été déterminant dans mon engagement. Par la suite, j’ai participé à la création d’une association étudiante sur la faune sauvage qui nous permettait de rencontrer de nombreux professionnels puis je suis parti au Gabon pour un premier emploi de volontaire. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? Je suis vétérinaire de formation, c’est ce qui m’a conduit en Afrique. Puis je suis devenu expert. Je suis parti en brousse pour la première fois à la fin des années 90, en Afrique Centrale, pour un projet de soutien à des Chimpanzés orphelins. A cette occasion, je suis allé voir Jeff, qui était un chimpanzé orphelin remis en liberté un peu particulier car asocial. Nous avons passé plus de deux heures ensemble, à interagir et jouer. Cet évènement a ancré en moi les raisons pour lesquelles j’étais parti, a cristallisé mes rêves d’enfant. C’est aussi grâce à cet évènement que j’ai commencé à se faire rapprocher la protection de la nature et ma passion pour la politique. En effet, cet évènement a mis en exergue l’empathie (théorisé par Frans de Waal dans La politique du chimpanzé) et l’altruisme (effet réversif identifié par Darwin par lequel la sélection naturelle tend à faire émerger un mécanisme de groupe : le groupe prend soin de tous ses membres, en particulier les plus faibles) dont sont dotés les chimpanzés. Par la suite, je suis parti dix ans au Gabon, d’abord pour les Grands Singes (gorilles) puis j’ai obtenu mon premier emploi pour une ONG de conservation américaine (Wildlife Conservation Society) en tant qu’administrateur d’une équipe. J’ai évolué petit à petit en tant que chef de projet jusqu’à manager de la protection de la nature, Directeur adjoint pour le Gabon. Suites à des problèmes budgétaires, mon chef perd son poste et un des bailleurs se désengage engrangeant une perte de 50% du budget total. Je prends donc sa suite pour gérer l’organisation et engager un plan social de plus d’une vingtaine de personnes. Ceci m’a fait plonger dans le monde « merveilleux » du langage du management et de la recherche de financements. C’est avec cette expérience que je me rends compte des liens étroits de notre activité de conservation de la nature avec la politique, je décide de partir du Gabon où j’avais passé 10 ans de ma vie. Je décide également de rompre avec le management et devient conseiller-expert pour WCS. A ce moment-là, j’ai commencé à travailler dans tous les pays de la région. Une mission dans l’est de la RDC a été tout particulièrement marquante étant donné le contexte de guerre. J’ai découvert une espèce incroyable, on aurait dit un photo-montage, un couplement de zèbre et de girafe. C’est l’Okapi. Je suis donc arrivé dans cette réserve d’Okapi 6 mois après une grosse crise avec les Maï-Maï. Un jour, ils ont tué le garde (sectionné les deux jambes) puis sont rentrés dans le village. Le lendemain matin, alors que la plupart des collègues de l’ONG avaient fui dans la forêt, sur la place du village, les autres ont été regroupés et tués (en tout, 12 personnes) puis tous les okapis du refuge ont été abattus. Un garde et une femme de garde ont été brulés vifs au milieu du village, l’horreur absolue… Cette situation a fait apparaître la question sous-jacente du foncier et des ressources naturelles (minerais exploités par les militaires) et le fait que notre métier était pris dans un cadre politique beaucoup plus large. Par la suite, j’ai commencé à travailler avec mes amis camerounais sur la gouvernance car c’est un très bon cheval de Troie : Comment utiliser la gouvernance pour traiter de la question politique sans le dire (afin de conserver les financements) ? C’est à ce moment que je suis devenu consultant pour des ONG et des bailleurs. Maintenant je conseille principalement l’Union Européenne. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Actuellement, je travaille principalement sur les projets biodiversité de l’Union Européenne en Afrique du Centre et de l’Est. Depuis le début d’année, mon portfolio de projets s’est agrandi vers les pays classés en crise par l’UE (Soudan et Soudan du Sud, Afghanistan, Haïti, etc…). Mon rôle est de conseiller l’UE au siège mais aussi dans les pays partenaires via les délégations de l’UE sur leurs initiatives biodiversité et de conservation. Avec le non-renouvellement des Accords de Cotonou, c’est une phase particulière avec des procédures plus souples et concurrentielles dans le cadre du lancement de la nouvelle programmation. Ceci
La préservation des tortues marines en Afrique : la société civile se mobilise

Du 7 au 12 mars 2022 s’est tenu le premier Congrès africain des tortues marines. A cette occasion, Alexandre Girard, Président du Réseau des Acteurs de la Sauvegarde des Tortues Marines en Afrique Centrale (RASTOMA) dresse un état des lieux de la situation des tortues marines en Afrique et présente la dynamique de leur protection, notamment grâce aux réseaux régionaux de la société civile. Les côtes atlantiques de l’Afrique accueillent 5 espèces de tortues marines, classées sur la liste rouge de l’UICN : la tortue olivâtre et la tortue luth (toutes deux classées vulnérables), la tortue verte (en danger), la tortue imbriquée (en danger critique), et la tortue caouanne (vulnérable). L’Afrique atlantique abrite des sites de ponte d’importance mondiale pour ces espèces : les plages du Gabon et du Congo accueillent actuellement le plus grand nombre de pontes au monde pour la tortue luth. Les tortues olivâtres pondent régulièrement le long de l’ensemble de la côte atlantique de l’Afrique depuis l’Angola jusqu’à la Mauritanie ; l’Afrique centrale et de l’Ouest héberge ainsi l’une des plus importantes populations d’olivâtre non-arribadas. Les tortues vertes pondent quant à elles en masse sur certaines îles, notamment l’île de Poilao dans l’archipel des Bijagos (Guinée Bissau) en Afrique de l’Ouest avec plusieurs dizaines de milliers de ponte de cette espèce chaque année et sur l’île de Bioko (Guinée équatoriale) en Afrique centrale. La tortue imbriquée est très rare dans la région, elle pond à Sao Tomé et cette population relictuelle de l’Atlantique Est, réduite à quelques dizaines de femelles seulement constitue une priorité de conservation à l’échelle mondiale. Enfin l’archipel du Cap-Vert est le site de ponte le plus important de l’Atlantique Est pour la tortue Caouanne. Les eaux côtières des plateaux continentaux d’Afrique centrale et de l’Ouest sont également des aires d’alimentation où les tortues vertes et imbriquées se développent, se nourrissant sur les herbiers, et sur les fonds rocheux riches en faune et flore benthiques. Les statuts de la liste rouge de l’UICN sont fondés sur des évaluations globales à l’échelle mondiale de ces espèces. Mais la situation régionale reste globalement inconnue en raison du manque de données pour ces espèces en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. C’est pourquoi il est urgent d’évaluer l’abondance et les tendances des populations de tortues marines en recueillant des données sur leurs sites de ponte et d’alimentation dans l’Atlantique Est. Principales menaces et pressions Les menaces sont nombreuses et la pression anthropique sur les tortues marines et leurs habitats est forte le long des côtes atlantiques de l’Afrique. Les tortues sont fréquemment braconnées lorsqu’elles sortent sur les plages pour pondre. Leurs œufs sont régulièrement collectés. La consommation de la viande de tortues et des œufs est une pratique coutumière. Il existe pourtant des lois pour protéger ces espèces dans la plupart des pays d’Afrique atlantique mais leur mise en application est faible. Les captures accidentelles des tortues marines par les pêcheurs artisanaux et les pêcheries industrielles constituent aussi une menace de premier ordre pour les tortues marines le long de la côte Atlantique de l’Afrique. Les pêcheries artisanales côtières, notamment les filets maillants interagissent fortement avec les tortues marines. La pêche industrielle et semi-industrielle à la palangre, au chalut, à la seine sont également responsables de captures accidentelles. L’impact de ces pêcheries sur les tortues marines est encore mal évalué en Afrique Atlantique et mérite d’être mieux suivi. A cela s’ajoute le développement côtier : les constructions et extensions d’installations portuaires, l’urbanisation galopante des côtes en lien avec l’exode rural, la création de complexes touristiques, les installations pétrolières, etc. détruisent ou dégradent les habitats côtiers des tortues marines. Le réchauffement climatique provoque également une accélération de l’érosion côtière et la survenue plus fréquente d’évènements climatiques extrêmes. Ces phénomènes concourent à une plus grande vulnérabilité de la côte et à la détérioration des plages de ponte des tortues marines en Afrique. Enfin, la pollution physique (macro et micro-plastiques) et chimique (marée noire, dégazage, etc.) sont également responsables d’une détérioration de l’habitat des tortues marines. Les plastiques déversés dans la mer peuvent en outre être ingérés par les tortues marines, provoquant une surmortalité chez ces espèces déjà menacées. Les outils et solutions disponibles pour protéger les tortues marines Sur le terrain ces vingt dernières années, les Etats d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont accéléré la sanctuarisation de zones côtières et marines en créant des aires marines protégées (AMP). Ces AMP sont une bonne nouvelle pour les tortues marines et certaines d’entre-elles ont été créés pour protéger ce groupe d’espèces sous l’impulsion des ONG (Grand bérébi en Côte d’Ivoire sous l’impulsion de CEM, Pointe Indienne en cours de création en République du Congo sous l’impulsion de Rénatura). Toutefois, la délimitation d’une AMP promulguée par la loi sur le papier ne protège pas. Les Etats oublient très souvent d’allouer des moyens humains et financiers pour la gestion de ces AMP et, le plus souvent, la protection effective de ces territoires dits protégés n’est pas réelle. Dans le meilleur des cas, de grandes ONG internationales de la conservation lèvent des fonds et créent des partenariats avec les Etats pour cogérer les Aires Protégées. Cette situation n’est pas souhaitable sur le long terme et il convient que les Etats africains s’emparent du sujet et fasse de la conservation de la biodiversité et de la gestion des Aires protégées une priorité méritant des moyens importants. Les tortues marines sont des espèces qui se déplacent parfois sur des milliers de kilomètres au cours de leur développement et entre leurs sites de reproduction et leurs sites d’alimentation. Elles peuvent utiliser l’ensemble de la bande sableuse littorale pour pondre et broutent dans les eaux côtières peu profondes pour les espèces herbivores et omnivores, ou chassent dans l’Océan ouvert pour les espèces carnivores. La protection de territoires circonscrits dans les AMP n’est donc pas une approche suffisante pour les protéger. C’est pourquoi l’action des communautés, des usagers de la mer et de la société civile est cruciale : les acteurs non-étatiques sont les seuls à assurer la protection de ces
Interview de Sébastien Pinchon
Président du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Sébastien, vous travaillez aujourd’hui en tant que responsable des opérations au sein de Parcs de Noé. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la conservation de la nature ? J’ai étudié la biologie avec une option marine à l’université. J’ai toujours été passionné par la mer et les grands espaces sauvages. J’ai eu la chance de vivre trois mois à Mayotte en 1988 ce qui m’a ouvert au monde, et accru mon attrait pour l’Afrique. Je suis également passionné par les cétacés, que j’ai étudié, mais j’ai arrêté mes études en 3ème cycle car je souhaitais privilégier le travail sur le terrain. Ce sont les raisons pour lesquelles je travaille dans la conservation de la nature : ma passion pour l’environnement, la faune, les grands espaces sauvages et le continent africain. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? A la suite de mes études, je suis parti deux fois six mois en République du Congo (RC) pour accompagner un ami primatologue dans son travail au sein de l’association HELP, au sein du parc national de Conkouati-Douli. Par la suite, de 2004 à 2009, j’ai été volontaire pour la conservation des baleines à bosse dans l’Océan Indien (Madagascar, Mayotte, Comores, Djibouti) avec l’association Megaptera et Cetamada pour laquelle j’ai contribué à sa création. J’étais en charge de collecter des données sur les baleines, de coordonner les volontaires, de conduire des sorties écotouristiques… Après 8 ans de bénévolat/volontariat, j’ai rejoint un réseau d’associations de médiation scientifique et d’éducation populaire en France, Planète Sciences. J’y ai été responsable national de l’éducation environnementale pendant 7 ans. J’ai ainsi construit des projets scientifiques basés sur la démarche expérimentale avec des jeunes en partenariat avec des instituts de recherche (IRD, CNRS, IRSTEA…). Si j’adorais faire de l’éducation populaire et travailler avec la jeunesse, l’appel des grands espaces résonnait toujours. J’ai eu l’opportunité de rejoindre Noé en 2014, avec une progression linéaire, de chargé de projets à responsable de pôle jusqu’à mon poste actuel de responsable des opérations pour Parcs de Noé. Chaque expérience m’a apporté des moments très forts mais mes plus belles rencontres sont certainement les six mois passés en forêt à Conkouati-Douli et celles avec les baleines à bosse. En République du Congo, ça a été une claque monumentale, de vivre avec une flore et une faune si riche, côtoyer les chimpanzés au quotidien, se retrouver face à face avec des gorilles, des éléphants… Les rencontres avec les baleines à bosse sont inoubliables, ce sont des interactions qui ont fait vibrer mon âme toute entière et qui m’ont marqué à vie. Ensuite, les rencontres avec les enfants, les bénévoles, les chercheurs à Planète Science ont été toutes aussi incroyables et m’ont permis de développer une culture scientifique très large. A Noé, j’apprends tous les jours. J’ai développé une certaine expertise sur énormément de sujets, notamment sur les aspects de développement, de gouvernance et même sécuritaires… j’ai pris conscience de l’approche large et holistique de ce qu’est la conservation et ai eu la chance de pouvoir me confronter à l’ensemble de ces champs, ce qui est extrêmement enrichissant. Le but de la conservation étant de trouver des solutions à des problèmes d’intérêts généraux pour les communautés et la biodiversité, y arriver est extrêmement satisfaisant. Ce n’est pas redondant car les difficultés et les problèmes ne sont jamais les mêmes. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Les grands espaces dans le monde ont toujours eu un fort pouvoir d’attraction sur moi et, de par mon histoire familiale et personnelle, j’ai un lien particulier avec l’Afrique. Depuis tout petit, je suis attiré par ses grands espaces mais aussi par ses communautés et sa richesse culturelle. Lors de mon premier séjour en Afrique, à 11 ans à Mayotte, j’ai développé des amitiés incroyables et cela m’a ouvert au monde. Et à chacune de mes expériences j’ai eu la chance d’y rencontrer des personnes d’une grande richesse. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Au sein du programme Parcs de Noé, je suis le superviseur opérationnel de nos activités au Niger. Nous intervenons également au Tchad et au Congo, et j’y assiste mes collègues. Je suis aussi référent sécurité et contribue aux réflexions stratégiques et à toutes les autres activités de notre programme. Les principaux défis auxquels nous sommes confrontés dans le cadre de nos actions sont les défis liés à la délégation de gestion des aires protégées : mettre en place une stratégie de gestion adaptée et efficiente. Pour cela, nous avons une gestion adaptative permanente. Il y a aussi un enjeu financier car nous portons la responsabilité de gestion financière et de financement des aires protégées dans lesquelles nous intervenons. C’est un défi lorsque l’on multiplie les sites et notamment, dans le cadre des mandats de longue durée qui nous sont attribués. Il y a aussi le défi sécuritaire au Niger, qui est lié à la sous-région, qui cause beaucoup de crispations et de tensions. Le prisme sur les ONG évolue avec la présence de trafiquants, de terroristes et djihadistes et cela complexifie notre travail. Depuis quelques années, le personnel ONG peut être pris pour cible (comme cela a pu être le cas au Bénin, au Burkina Faso ou au Niger) et cela a un impact sur notre travail, et une réflexion est nécessaire pour se protéger dans le futur avec l’ensemble des acteurs des aires protégées, la société civile, les communautés, les autorités et même le secteur privé. Les réalisations professionnelles chez Noé dont je suis le plus fier sont le succès de conservation des Pélicans Frisés dans les Balkans mais aussi et surtout que Parcs de Noé soit impliqué sur
Interview de Victor Narat
Membre du bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Victor, vous travaillez aujourd’hui en tant que chercheur au sein du laboratoire d’éco-anthropologie (CNRS/MNHN/Université de Paris). Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont mené à conduire des recherches sur la conservation de la nature ? Primatologue, je travaille sur les interactions entre les humains, l’environnement et les animaux (plus précisément sur les Grands Singes), sur les questions de conservation de la biodiversité et de santé globale. La conservation de la nature est mon objet de recherche en termes de dynamiques politiques, sociales ou écologiques mais aussi un mode d’action avec la formulation de conseils à des partenaires. C’est l’amour des animaux qui m’a poussé vers ce secteur. Né en 1985, je fais partie de la « génération WWF », j’ai été sensibilisé à la conservation de la nature depuis tout petit, puis vers l’âge de 10-15 ans par l’intermédiaire des documentaires animaliers. Au début, je souhaitais comprendre les Bonobos en tant qu’espèce puis après ma première expérience de terrain en République démocratique du Congo (RDC) en 2008, je me suis plutôt intéressé au contexte local, au socio-écosystème. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? En 2011, après avoir été diplômé de l’école vétérinaire de Nantes et un master 2 « Environnement, Développement, Territoires et Sociétés » au MNHN, j’ai réalisé une thèse universitaire sur les relations bonobos-habitats-humains en RDC (soutenue en 2014 au MNHN). Après un an en tant qu’ATER, j’ai rejoint en post-doctorat l’Institut Pasteur sur les maladies émergentes en Afrique Centrale, pour analyser les contacts entre humains et animaux et les risques d’émergences de maladie. Depuis 2018, je suis chercheur permanent au CNRS au sein du laboratoire d’éco-anthropologie (CNRS/MNHN/Université de Paris). Ma plus belle expérience est ma première mission en RDC en 2008 car c’était mon premier voyage, ma rencontre avec l’ONG congolaise Mbou Mon Tour. Depuis mes 15 ans, je voulais travailler sur les bonobos donc dans le cadre de mes études vétérinaires et de mon stage à l’étranger obligatoire de 4 semaines, c’était l’occasion d’aller en RDC. Les rencontres faites lors de ce voyage m’ont fait prendre conscience que ce qui m’intéressait c’était la complexité du contexte humains-bonobos. Ce voyage a donc orienté mon parcours professionnel vers la conservation communautaire, l’implication des populations humaines dans la conservation. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Tout d’abord car mon point d’entrée dans la conservation a été les bonobos et par conséquent la RDC. Puis un peu plus largement l’Afrique centrale lors de mon expérience en post-doctorat avec des missions au Cameroun. J’ai une attirance particulière pour l’Afrique centrale qui est une région très intéressante du point de vue biodiversité et santé. C’est aussi une région fantasmée par les occidentaux, sans connaissances des dynamiques historiques très riches de ce territoire. Si l’on s’intéresse à ces questions, on a une appréciation complétement différente de cette région. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos recherches ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Aujourd’hui, je travaille sur 4 grands types de projets. Le premier, depuis 2008-2010, est l’étude de long terme sur les bonobos (écologie, socialité, santé, statut de conservation…) rendue possible par la communauté de bonobos que nous avons habitué à la présence humaine avec Mbou-Mon-Tour (ce qui prend plusieurs années !). Cela nous permet de faire des observations quotidiennes des comportements des bonobos. Le deuxième concerne les contacts humains-animaux en Afrique centrale (à quelle fréquence, quels types de contacts, etc…) afin de mieux les conceptualiser et comprendre les risques associés aux différents types de contacts. Le troisième a pour sujet l’anthropologie de la conservation (au niveau mondial) avec l’animation d’un groupe de travail sur la conservation communautaire des primates au sein de la Société Francophone de la Primatologie (SFDP). L’objectif est de définir ce qu’est la conservation communautaire au niveau mondial, qu’entends-on par ce concept ? Quels sont les cadres juridiques le concernant ? Etudier les différences entre sa définition théorique et son utilisation pratique. Enfin, le quatrième projet de recherche a une entrée changements climatiques. Il vise à étudier les dynamiques d’habitat des bonobos et des humains dans le passé et son évolution sur le temps long. La question principale dans ce dernier volet concerne la migration des bonobos en lien avec la connectivité des forêts à une échelle régionale. C’est de la recherche appliquée à la conservation, le but étant de formuler des recommandations précises importantes pour orienter les acteurs de la conservation de cette région. Les principaux défis auxquels je suis confronté sont principalement les financements pour mener à bien mes recherches, mon terrain d’étude étant éloigné et par conséquent le transport onéreux. Il y a aussi une instabilité potentielle des sites d’études qui ajoute une difficulté à maintenir un projet de recherche sur une communauté de bonobos sur le temps long. De plus en plus de questions éthiques apparaissent, nécessaires et positives mais qui complexifient le travail en nécessitant davantage de délais, de financements, par exemple avec l’application de la RGPD. Enfin, la collecte, l’acheminement et le transport des échantillons biologiques pour les recherches sur les contacts et la santé constituent un défi à part entière. Je suis fier de toutes mes réalisations étant donné ma liberté d’action en tant que chercheur, j’étudie ce qui m’intéresse. Toutefois, s’il fallait choisir une réalisation en particulier, ce serait d’avoir participé à habituer une communauté de bonobos nous permettant aujourd’hui de réaliser un suivi de long terme en y associant le socio-écosystème. Nous avons ainsi 10 ans de données et de recul sur les bonobos, les pratiques et savoirs des populations locales mais aussi les conséquences du développement de la conservation communautaire sur ce socio-écosystème en RDC. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Même si je suis attendu sur le bonobo, je dirais l’humain. C’est passionnant
Solutions fondées sur la Nature, une réponse aux enjeux de biodiversité, climat et développement

Dans le cadre du Congrès Mondial de la Nature, le Comité français de l’UICN a rédigé une note sur les Solutions fondées sur la Nature (SfN) comme réponse aux enjeux de biodiversité, de climat et de développement dans les pays du Sud. Les Solutions fondées sur la Nature développés dès 2009 permettent à répondre à divers enjeux sociétaux comme l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques tout en répondant au bien-être humain et à la préservation de la biodiversité. Cette note revient sur l’émergence de ce concept et sa définition, en présentant le standard mondial des SfN publié en 2020, et analyse sa contribution aux enjeux de changements climatiques et de préservation de la biodiversité avec deux retours d’expériences dont celui de Planète Urgence. Etant donné la diversité́ des outils et des approches écologiques s’appliquant dans le champ des SfN et compte tenu de la popularité́ grandissante de ce concept, il apparait nécessaire de le préciser pour les organisations qui travaillent dans le secteur de la solidarité internationale et de la lutte contre les changements climatiques. En effet, l’articulation entre changement climatique et biodiversité est aujourd’hui une question essentielle, le changement climatique constituant l’une des principales menaces qui pèsent sur la biodiversité. Par ailleurs, dans les pays en développement plus qu’ailleurs, les défis liés à la protection de la biodiversité sont immenses et indissociables des enjeux de développement. C’est dans ce cadre que la Commission Climat & Développement et le groupe de travail Pays en développement & Biodiversité ont décidé de se rapprocher pour renforcer la collaboration des acteurs et imaginer des solutions communes. Cette note paraît juste avant l’ouverture du Congrès Mondial de la Nature de l’UICN, évènement majeur de mobilisation internationale avant la COP 26 sur le climat et la COP 15 sur la biodiversité organisées dans les prochains mois. PLUS D’INFORMATIONS Télécharger la note Contact : Nicolas Salaün, Chargée de programme “coopération internationale” et Magali Pausin, Chargée de mission ” Pays en développement & Biodiversité” Les Solutions fondées sur la Nature La Commission Climat & Développement Le groupe de travail Pays en développement & Biodiversité
Congrès mondial de la Nature de l’UICN : mobilisation du groupe de travail Pays en développement & Biodiversité

Le Congrès mondial de la nature de l’UICN, confirmé en format hybride, se tient du 03 au 11 septembre au Parc Chanot de Marseille. Il est décomposé en plusieurs temps forts et formats : Le 03 septembre se tiendront la cérémonie d’ouverture (format hybride) ainsi que les sommets des villes et autorités locales (format hybride), des entreprises (format hybride) et des peuples autochtones (uniquement en virtuel). Le Forum (uniquement accessible avec un pass), composé de plusieurs formats comme des e-posters (uniquement en virtuel), de sessions thématiques (en présentiel, virtuel ou au format hybride), de cafés actions nature (en présentiel) et de plénières (présentiel avec retransmission en direct), se tiendra du 04 au 07 septembre. L’espace exposition (accessible gratuitement et sans inscription de 10h à 17h30 en fonction des capacités de l’espace) est ouvert du 04 au 09 septembre et est composé de plusieurs stands et pavillons sur lesquels se dérouleront nombre d’évènements. L’assemblée générale de l’UICN (accessible avec pass mais le vote est réservé uniquement aux membres de l’UICN) se tient du 08 au 10 septembre en présentiel avec retransmission en direct. Les votes électroniques sont acceptés donc les membres n’étant pas sur place peuvent faire une procuration auprès d’autres membres ou des comités nationaux. Les Espaces Générations Nature sont ouverts au grand public gratuitement du 04 au 11 septembre et seront composés de diverses conférences, activités et stands. Pavillon du Comité Français de l’UICN Plusieurs temps forts sur le sujet Biodiversité & Développement sont prévus sur le pavillon du Comité français, dont l’inauguration du Pavillon le samedi 4 septembre de 12h à 14h, et d’autres avec la participation des membres du groupe de travail « Pays en développement & Biodiversité » dont : Les enjeux de la gestion à long terme des Aires protégées Africaines (le 4 septembre de 15h à 16h) avec Noé et Nitidae ; Les aires protégées françaises au service de la coopération internationale (le 4 septembre de 17h00 à 18h00) avec RNF, FCEN, FPNRF et les Parcs Nationaux ; Soirée : Pour sauver la biodiversité mondiale, parions sur la francophonie (le 5 septembre de 18h15 à 20h00) avec le lancement du réseau francophone Liste Verte ; Engagements pour la protection des Grands Singes (Attention : évènement hybride – SALLE DU FORUM HALL H8 – 10 (Alpilles)) (le 6 septembre de 11h00 à 12h00) avec Nicolas Hulot (FNH), Sabrina Krief (MNHN), Stéphanie Bouziges-Eschmann (FFEM), l’Alliance pour la Conservation des Grands Singes d’Afrique Centrale (AGSAC) et des OSC locales ; Vers une meilleure coexistence entre l’élevage et la grande faune sauvage (le 7 septembre de 9h30 à 10h30) avec Philippe Chardonnet (Antelope Specialist Group Co-Chair), Mamadou Karama (AGEREF Comoé-Léraba), Violeta Barrios (SCF), Brahim Haddane, (Comité Marocain de l’UICN) et Pierre Peyret (FERUS) ; Les conflits homme-faune : enseignements tirés, bonnes pratiques et solutions concrètes (le 7 septembre de 10h30 à 11h30) avec Aliénor Scrizzi (Awely, des animaux et des hommes), Grégory Breton (Panthera France), Thomas Prin (Fondation François Sommer) et Marie Nourtier (Nitidae) ; Le Programme de Petites Initiatives (PPI) : un levier d’influence pour la conservation de la biodiversité en Afrique avec des représentants des OSC soutenues par le PPI et des membres du Comité de sélection (le 7 septembre de 11h30 à 12h30) ; Quel financement de la biodiversité dans les pays en développement ? (le 7 septembre de 18h00 à 19h00) avec Sébastien Pinchon (Parcs de Noé et Président du GT), Gilles Kleitz (AFD), Romain Calaque (R2C et membre du bureau du GT), Olivier Langrand (CEPF) et Guillaume Tati (Alliance pour la Conservation des Grands Singes d’Afrique Centrale). Pavillon France Plusieurs temps forts sur le sujet Biodiversité & Développement sont prévus sur le pavillon France avec la participation des membres du groupe de travail « Pays en développement & Biodiversité » dont : Création d’un Forum d’affaires pour la mise en place de chaines de valeur durables en Afrique (le 6 septembre à 17h en format hybride) Signature des conventions PPI et PPI OSCAN en présence de la Secrétaire d’Etat à la Biodiversité (le 7 septembre de 14h00 à 15h15) ; Mobiliser tous les acteurs pour la protection des Grands Singes (le 8 septembre de 10h30 à 11h00) Alliance pour la préservation des forêts tropicales et humides (le 8 septembre à 18h30 en format hybride) Stand Capacity Development for Conservation Plusieurs évènements seront organisés sur ce stand situés dans le Hall d’exposition en A12 dont : Renforcer la société civile en Afrique pour la conservation de la biodiversité : le Programme de Petites Initiatives le samedi 4 septembre de 10h30 à 11h15 (Espace Exposition – A12 Capacity Development for Conservation) Présence des membres sur l’espace exposition et les Espaces Générations Nature De nombreux membres seront présents au Congrès sur l’espace exposition au travers de pavillons ou de stands dont : France Nature Environnement (G15) avec un évènement sur la déforestation importée prévu le 7 septembre de 16h45 à 17h30 sur la scène centrale B avec Adeline Favrel (FNE), Aurélien Sautière (FSC France), Alain Karsenty (CIRAD), Sébastien Mabile (CF UICN) et Michèle Rivasi (EELV). Office Français de la Biodiversité (A10) Solutions Méditerranéennes (A28) LPO (L10) WWF – Post 2020 Alliance (A29) D’autres auront également un stand au sein des Espaces Générations Nature dont : L’Agence Française de Développement autour de 3 espaces de sensibilisation composés d’animations variées dont un de présentation de la biodiversité comme bien commun, un second sur les menaces pesant sur la biodiversité et un troisième sur les solutions ; L’Alliance pour la Préservation des Forêts avec des ateliers Quelle ambition pour ma planète ? et Tuto : « Quels sont les bons gestes à adopter au quotidien pour préserver notre planète ? » ; Envol Vert avec le Superbosquet ; Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme ; France Nature Environnement ; Ligue de Protection des Oiseaux ; Museum National d’Histoire Naturelle ; Office français de la Biodiversité ; Office national des forêts ; WWF France. Interventions des membres du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Plusieurs membres du groupe de travail organiseront des évènements ou interviendront lors du Congrès Mondial de la Nature, que ce soit au sein du Forum, de l’espace
Interview de Jean-Marc Civière
Membre du bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Jean-Marc, vous travaillez aujourd’hui en tant que Responsable du développement au sein d’HUMY. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? J’ai 53 ans. J’ai fait mes études dans le marketing des achats et ne suis donc pas issu d’un sérail scientifique lié à l’environnement. En 2006, j’ai eu une annus horribilis d’un point de vue professionnel et personnel avec comme point culminant le décès de ma mère. J’ai eu l’impression d’être dans une lessiveuse. J’ai perdu mes repères. Cette année fût fondamentale et charnière dans ma vie. Confronté à la mort de celle qui m’avait donné la vie, j’ai été confronté au temps qui passe et qui ne revient jamais. Que faire de ma vie à l’approche de la quarantaine ? J’ai eu ma crise un petit peu plus précocement que des quadragénaires. Ces bouleversements m’ont conduit à une réflexion profonde sur ma vie et mes choix professionnels. J’ai voulu utiliser le temps qui me reste à vivre à faire quelque chose qui me fasse vibrer. Protéger l’environnement me fait vibrer, aussi j’ai fait une dinguerie en quittant un confort relatif pour aller dans un inconfort épanouissant. J’ai créé Humy le 25 décembre 2006, comme un cadeau de Noël. Je ne connaissais rien au domaine associatif et rien au domaine environnemental. J’ai appris sur le tas avec une vision intuitive qui n’a pas changé depuis : travailler avec des partenaires locaux pour déployer une vision holistique des projets de conservation. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? J’ai travaillé dans les achats, le marketing de produits, et le développement de partenariat dans différentes structures, toujours en lien avec les composants électroniques et l’informatique. J’ai eu aussi une expérience courte de création d’entreprise. La plus belle expérience est celle que je vis maintenant, mais je ne pourrais la vivre si je n’avais pas vécu mes autres expériences antérieures. Je ne jette rien de ma trajectoire professionnelle, tout m’a servi et me sert encore aujourd’hui. Cependant, malgré les difficultés innombrables, j’ai du contentement à faire ce que je fais aujourd’hui alors que ce n’était pas toujours le cas avant. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Si l’on a conscience de l’importance de la protection de la biodiversité, il est alors naturel de travailler dans les pays en développement car très souvent la biodiversité est exceptionnelle. Les moyens financiers et parfois humains sont faibles, aussi cela devrait être une priorité de la communauté internationale de se préoccuper concrètement de projets de conservation et de protection de l’environnement dans ces pays. La sauvegarde de la biodiversité dans les pays en voie de développement est le parent pauvre de l’aide internationale alors qu’elle ne devrait pas l’être. D’une part parce que cette richesse est intégrée au patrimoine mondial terrien, d’autre part parce que protéger la biodiversité, et en particulier les écosystèmes, permet aux riverains de ces zones de ne pas s’appauvrir davantage de par les services rendus par la Nature gratuitement. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Nous travaillons conjointement avec d’autres structures à la protection d’une quinzaine d’espaces naturels remarquables au Bénin, Cambodge, Colombie, Indonésie et Madagascar. Les défis sont immenses pour chaque zone. Les stratégies ne sont pas simples à être conçues et encore moins à être déployées. Les réalités locales de certaines zones nous rattrapent bien vite. Comment œuvrer dans un cadre de corruption généralisée, de démographie importante nécessitant l’accaparement d’espaces forestiers toujours plus nombreux ? Parfois, je me sens dépassé par des situations inextricables où la bonne volonté n’est pas grand-chose face à l’avidité, la médiocrité humaine ou le désintérêt complet pour la protection de l’environnement. Tous les acteurs de taille modeste dont nous faisons partie sont confrontés à des manques de ressources humaines et financières. Nous devons être poly-compétents ce qui est difficile. Idéalement, nous devrions pouvoir intervenir avec des équipes composées de spécialistes en ethnologie, biodiversité, développement économique local, médecine, éducation, etc. Dans la pratique, à l’instar de beaucoup de mes confrères, je me contente de faire du mieux que je peux, ce qui n’est pas tout le temps à la hauteur des enjeux. Je n’ai pas de fierté par rapport à ce que j’ai pu faire à travers la structure que j’ai créée. Il m’arrive, en revanche, d’avoir du contentement. Dans notre milieu, j’ai rencontré quelques personnes abjectes, d’autres sans intérêts, mais majoritairement des personnes remarquables qui ne comptent pas leurs heures pour protéger la Nature. J’aime travailler avec des gens qui ont leurs tripes sur la table, qui ne connaissent pas forcément le chemin pour l’accomplir, mais qui ont un but simple : protéger et/ou restaurer une zone remarquable. Confrontés à des difficultés et à des avenirs parsemés de nuages plus ou moins noirs, ces moments appréciables liés au devoir accompli ne sont pas très nombreux. Je vis plutôt dans des problèmes permanents à résoudre. Concernant les projets en cours, nous avons un défi de taille actuellement au Bénin. Nous intervenons pour la protection de la forêt de Hlanzoun (connue aussi sous le nom de Lokoli) depuis quelques mois. Différentes structures ont essayé et échoué durant les 15 dernières années dans cette zone. Le contexte est complexe. Notre écologue s’est rendu sur place pendant 4 mois et a pu travailler avec les équipes d’Ecodec, notre partenaire béninois que nous avons intéressé à la protection de cette forêt. Elle est la seule d’Afrique de l’Ouest à être traversée par un cours d’eau permanent. Le nombre de problèmes à gérer est colossal. Si rien n’est fait, dans peu d’années il ne restera plus grand chose de cette forêt déjà bien amochée. Elle