Interview de Damien Martin

Coordinateur du volet développement organisationnel pour le compte du PPI en Afrique de l’Ouest et membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Damien, vous travaillez aujourd’hui en tant que Consultant en charge du développement organisationnel des acteurs de la société civile d’Afrique de l’Ouest pour le Programme de Petites Initiatives (PPI). Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? Alors que dire de plus pour me présenter…peut-être commencer par dire que j’ai la chance de vivre – depuis une 20aine d’année – au Sud du Bénin, dans un petit coin de campagne situé au bord d’un marécage verdoyant plus connu sous le nom de ‘’Vallée du Sitatunga’’. Ajouter qu’avec mon épouse, Chantal, nous avons deux filles : Divine-Nature (13 ans) et Sagesse (10 ans). Avec elles, et l’aide précieuse de trois supers collègues : Sathurnin, Henock et Naomie nous faisons vivre une petite ferme pédagogique avec l’objectif à l’échelle de notre agrosystème de puiser dans la richesse de la biodiversité cultivée pour tendre vers notre souveraineté alimentaire collective tout en observant les effets de nos pratiques agroécologiques sur le retour de la biodiversité sauvage. Et ce faisant travailler sur nos capacités à cohabiter avec elle tout en essayant de réduire les risques potentiels sur les humains et les dégâts sur nos productions. A ce jour, depuis notre petite parcelle d’1,25 hectare nous avons ainsi pu observer 72 espèces d’oiseaux, 40 espèces de reptiles et 14 espèces de petits mammifères. Pour ce qui est de l’origine de mon engagement pour la Nature, il prend sa source dans mon enfance et je le dois à ma mère. C’est elle, qui petit nous a transmis à mon frère et moi, son respect et sa grande curiosité envers toutes les autres formes de vie (humaines comprises) avec lesquelles nous co-existons. Elle a également su me partager son goût pour les paysages de forêts et de bocages et sa grande fascination pour les arbres, merveilles végétales que trop souvent nos yeux ne voient plus ou du moins ne contemple plus. Grâce à elle, enfant, nous avons notamment passé le plus gros de nos temps libres à courir les champs, à construire des cabanes dans les bois, à nous baigner dans les lacs ou à patauger dans les rivières ! Animée d’une puissante fibre militante, ma mère met jusqu’à ce jour cette énergie au profit d’initiatives associatives diverses qui contribuent à penser et / ou à défendre une certaine vision politique du monde auquel elle aspire. C’est donc aussi d’elle que je tiens ma propre appétence pour la vie associative au service de sociétés humaines plus équitables et respectueuses de tous nos autres cohabitants à feuilles, épines, poils, plumes, écailles… Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? Comme beaucoup, mon parcours professionnel n’est pas vraiment linéaire et donc pas forcément simple à raconter en quelques mots. Ainsi, après avoir obtenu un BTS en aquaculture en France (au cours duquel j’ai eu à faire mes premiers pas en Afrique de l’Ouest), j’ai tout de suite migré vers le Bénin pour intégrer un dispositif de volontariat franco-allemand-béninois. Celui-ci avait pour objectif de contribuer à réaliser le 1er inventaire des petits poissons à potentiel aquariophile des plans d’eau du Bénin. C’est au cours de ce volontariat que j’ai fait équipe et me suis lié d’amitié avec Martial, agronome béninois fraichement diplômé. C’est avec lui que naitra l’idée, en 2004, de créer CREDI-ONG, une association béninoise de protection de la Nature devenu assez tôt partenaire historique du PPI (un clin d’œil au passage à Gaëtan QUESNE qui nous aura accompagné dans nos toutes premières démarches de rédaction de projet PPI en 2007). J’aurais occupé la fonction de Directeur Technique de cette organisation pendant 15 ans avant de rejoindre le PPI comme consultant en 2020. Une fonction qui m’aura ouvert les portes à un feu d’artifice d’expériences extrêmement diverses et enrichissantes qu’il me sera malheureusement compliqué de relater ici faute de place… Toutes puisaient leurs origines dans notre volonté de contribuer à l’émergence d’une génération de citoyens du monde apte à proposer et mettre en œuvre des solutions locales et durables pour un développement humain respectueux de la nature. Aussi, si dans cette mission on remplace ‘‘citoyens du monde’’ par ‘‘société civile’’, je trouve que mes fonctions actuelles au PPI vont dans la même direction me permettant ainsi d’avoir la chance de vivre économiquement de ce qui donne sens à ma vie. Enfin, de tous les cadeaux que ma vie professionnelle m’a offert jusque-là, je suis convaincu que le plus beau d’entre tous c’est la multitude de belles personnes qui m’ont accueilli à leur côté (souvent chez elles, dans leur famille) et ont partagé avec moi leur passion pour leur métier, leurs diverses façons d’être au monde ou leur univers de vie et de pensée. Il me plait d’en citer ici quelques-unes à qui je dois beaucoup : Arnaud LEFEVRE, Sandrine MARCHAND, Jan KAMSTRA, Yann HUCHEDE, Romain CHANOINE, Samuel MARTIN, Anne-Marie PEYRE, feu René SEGBENOU, Mère Jah et bien sûr aujourd’hui tous mes collègues actuels au PPI Nicolas, Paul, Marie, Hafida, Aurélien, Emmanuel et Thomas qui m’accompagnent avec beaucoup de patience et de bienveillance dans mes fonctions actuelles de coordinateur. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Comme expliqué précédemment et un peu comme Obélix, je suis tombé dedans quand j’étais petit ! J’ai ainsi passé des journées de mon enfance à capturer tout un tas de petites bêtes diverses tels que couleuvres, orvets, crapauds, grenouilles, limaces, escargots, vairons, porte-bois, crevettes, crabes… qui ont malgré eux nourri mon instinct de petit prédateur (et oui, même si je ne tuais pas ou peu, il doit y avoir un peu de ça !) et mon appétit naturaliste. Aussi, jusqu’à ce jour cette passion (potion ?) magique pour le vivant m’habite et j’ai plaisir à essayer de la transmettre autour
Interview de Chloé Orland
Référente Ecologue au sein d’Action Contre la Faim France et membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Chloé, vous travaillez aujourd’hui en tant que Référente Ecologue au sein d’Action Contre la Faim France. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? J’ai toujours été attirée par le monde naturel, avec un grand désir de comprendre comment il fonctionnait. J’ai grandi à Paris mais une année passée en Californie durant mon enfance a éveillé ma passion pour les milieux aquatiques, des rivières à l’océan. En découvrant la richesse de ces écosystèmes et de la nature dans son ensemble, j’ai compris que je voudrais consacrer ma carrière à mieux la comprendre pour mieux la protéger. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? J’ai étudié la biologie à l’Université d’Oxford, où j’ai découvert l’écologie comme discipline scientifique. Ma passion pour l’océan m’a ensuite conduite à un master en biologie marine à l’Université de Plymouth durant lequel j’ai exploré la complexité structurelle des algues en tant qu’habitats pour invertébrés marins. Après des stages sur la pêche et au sein de la Commission Océanographie Intergouvernementale de l’UNESCO, j’ai effectué mon doctorat à l’Université de Cambridge sur les liens entre les écosystèmes terrestres et aquatiques. C’est à cette occasion que j’ai découvert l’écologie moléculaire : je séquençais l’ADN environnemental dans les sédiments de lac afin d’identifier les différentes espèces microbiennes présentes et leurs fonctions. Cette expérience m’a amenée à me spécialiser en génomique environnementale lors de mon postdoctorat à l’Université de Californie Santa Cruz, où j’ai également été très impliquée dans l’enseignement. Mes expériences sur le terrain restent parmi mes souvenirs les plus marquants. On ne mesure pas toujours l’importance de la créativité dans les projets d’écologie. Les obstacles sont nombreux – météo, prédateurs, rapports humains, limitations technologiques – et il faut constamment faire preuve d’ingéniosité et d’adaptabilité, sur les plans technique comme humain. J’ai tiré un grand enseignement de ces expériences, que j’ai eu la chance de vivre dans des lieux extraordinaires comme les forêts boréales canadiennes, la côte ouest des Etats Unis ou encore la savane rwandaise. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? J’étais précédemment chercheuse dans le monde universitaire. Bien que mes sujets de recherche me passionnaient, je commençais à me lasser de l’aspect méthodologique de mon travail. Il était temps pour moi de quitter la paillasse pour aller à la rencontre des communautés directement affectées par des projets de conservation. Mon intérêt pour les liens entre changements climatique et environnemental et sécurité alimentaire s’était renforcé durant ma thèse. J’avais rejoint la Fondation JR Biotek, dont l’objectif est de former des chercheurs africains dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, tout en favorisant la santé et la durabilité environnementale. Intégrer une organisation d’aide internationale, comme ACF, qui n’est pas spécialisée dans la conservation, m’offrait une opportunité unique d’y apporter mes connaissances scientifiques et de combiner mon intérêt de toujours pour les enjeux sociaux et environnementaux. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? Mon rôle aujourd’hui est multiple. Le mandat d’ACF est de lutter contre la faim et ses causes profondes, notamment le changement climatique et la perte de biodiversité. Je travaille à développer l’approche écosystémique d’ACF pour décloisonner cette lutte, en identifiant les enjeux environnementaux et climatiques auxquels sont confrontées les communautés avec lesquelles nous collaborons. Ce travail est nécessairement multisectoriel, car ces enjeux impactent aussi bien la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau, la santé ou la nutrition. Ils doivent également être intégrés aux problématiques liées au genre. J’accompagne les équipes sur le terrain dans le développement de nouveaux projets, que ce soit lors de leur conception, leur mise en œuvre ou même dans le cadre de projets de recherche. Par exemple, j’ai participé à un projet d’agroécologie au Zimbabwe visant à diversifier les pollinisateurs alternatifs aux abeilles mellifères en enrichissant les parcelles agricoles avec des semences attractives pour ces pollinisateurs. En Sierra Leone, nous travaillons actuellement sur la protection des mangroves, en promouvant des moyens de subsistance alternatifs à l’exploitation du bois. Je propose également des formations, guides et manuels à nos équipes, qui viennent principalement du monde humanitaire et ont souvent moins de connaissances sur les thématiques environnementales. Enfin, au-delà de cette transformation en interne, il existe un véritable enjeu de visibilité externe. Je m’efforce de bâtir des ponts avec des organisations environnementales et de conservation, qui sont des partenaires indispensables si nous voulons réellement intégrer la gestion durable des ressources naturelles dans nos actions. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Difficile de choisir ! J’ai toujours eu un faible pour les invertébrés marins, et en me plongeant dans le séquençage de l’ormeau noir j’ai découvert une espèce fascinante. Sa capacité à résister aux vagues et à s’adapter aux conditions changeantes des marées en fait une espèce d’une résilience extrême. J’aime aussi la symbolique de son apparence physique : son extérieur, terne et discret, cache une beauté intérieure spectaculaire, avec un nacre argenté, irisé. Cette coquille nacrée, d’une solidité unique dans la nature, est d’ailleurs ce qui lui donne toute sa force physique face aux vagues et aux prédateurs. Enfin, son importance culturelle et historique est immense : des traditions des peuples autochtones du Pacifique à son commerce, en passant par son lien avec les loutres de mer, cette espèce dépasse son rôle écologique pour marquer profondément l’histoire et la démographie de toute une région du continent américain. Comment voyez-vous l’avenir de la planète et les nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ? J’essaye de rester positive. J’ai le sentiment qu’il y a un désir de mieux concilier
COP 16 Biodiversité: organisation et mobilisation du groupe de travail Pays en développement & Biodiversité

La seizième Conférence des Parties de la Convention sur la Diversité Biologique se tient du 21 octobre au 1er novembre à Cali en Colombie. Elle aura pour thème « la Paix avec la Nature – Paz con la Naturaleza » et traitera de nombreux sujets depuis la dernière COP qui a vu l’adoption du Cadre mondial sur la biodiversité de Kunming-Montreal dont la mobilisation de financements pour la mise en œuvre, le cadre de suivi-évaluation, l’alignement des stratégies biodiversité nationales (NBSAP) avec le cadre mondial et le mécanisme de partage des avantages liés à l’utilisation des informations de séquençage numérique (DSI). Elle est décomposée en plusieurs espaces dont : la Zone Bleue qui comprend la partie de négociations, l’exposition de plusieurs stands et pavillons ainsi que de nombreux évènements parallèles. la Zone Verte qui comprend un agenda politique et académique, un agenda multicolore dédié à l’inclusion et à la diversité ainsi qu’un agenda culturel. D’autres évènements se tiennent en marge de la COP 16 à Cali comme : Bloom pour accélérer l’action des entreprises à la COP 16 du 24 au 25 octobre à l’hôtel Intercontinental de Cali ; Le septième symposium sur l’investissement du Global Landscape Forum le 25 octobre au Musée La Tertulia ; Le Sommet mondial sur la Biodiversité le 26 octobre au Musée La Tertulia. Une délégation du Comité français de l’UICN sera présente ainsi que du groupe de travail Pays en développement & Biodiversité dont les organisations suivantes : Action Contre la Faim, All4trees, Envol Vert, Nature Conserv’Action et Play for Nature. La Zone Bleue Elle se situe au Centro de Eventos Valle del Pacífico, au nord de Cali. Pour y accéder, il est nécessaire d’être accrédité par la Convention sur la Diversité Biologique. Voici le programme de la Zone Bleue : Plusieurs journées ou sommets thématiques vont être organisés dans le cadre de la Zone Bleue dont : Forum sur le développement et renforcement de capacités le 19 octobre : https://www.cbd.int/conferences/2024/parallel-meetings/capacity-forum Forum des parlementaires le 23 octobre ; Forum des femmes le 25 octobre ; Forum des gouvernements sub-nationaux et des villes le 26 octobre ; Sommet Nature & Culture les 26 et 27 octobre : https://www.cbd.int/conferences/2024/parallel-meetings/nature-culture-summit Forum Entreprises & Biodiversité le 27 octobre : https://www.cbd.int/conferences/2024/parallel-meetings/business-biodiversity-forum Journée Financements & Biodiversité le 28 octobre : https://www.cbd.int/conferences/2024/parallel-meetings/finance-day Il y aura également de nombreux stands et Pavillons dans la Zone Bleue qui disposeront de leur propre programmation : Pavillon de la Colombie ; Pavillon de l’UICN ; Pavillon de l’Union Européenne ; Pavillon Nature Positive ; Pavillon CGIAR ; Pavillon du cadre mondial de Kunming-Montreal sur la biodiversité mondiale. Enfin, la programmation officielle des évènements parallèles se tenant en Zone Bleue et sélectionnés par le Secrétariat de la Convention sur la Diversité Biologique est disponible sur ce lien. La Zone Verte Elle se situe en grande partie sur le Boulevard del río et dans d’autres lieux de la ville pour favoriser la participation de la société civile. C’est un espace ouvert au public dont l’objectif principal est de faciliter les partages de connaissances et d’expériences, d’inspirer à l’action et de renforcer la participation citoyenne dans la prise de décisions environnementales. Le programme de l’agenda multicolore est disponible sur ce lien et celui de l’agenda culturel sur celui-ci. L’agenda politique et académique est décomposé en plusieurs journées thématiques : Interventions des membres du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité et partenaires techniques et financiers français Plusieurs membres du groupe de travail, ou leurs organismes, organiseront des évènements ou interviendront lors de la COP 16, que ce soit au sein de la Zone Bleue ou de la Zone Verte. Voici leur implication : CIRAD Restauración e Innovación: Paisajes y Territorios de Paz en la Amazonía le 21 octobre de 13h30 à 15h40 (Zone Verte : Banque de la République) Montpellier Process: Pooling Collective Intelligence for Action. Scaling dialogue for strengthened Science-Policy-Society interfaces le 25 octobre de 8h30 à 9h30 (Zone Bleue : Pavillon de l’UE) et à 13h20 (Zone Bleue : CEVP Ground floor) The Multilateral benefit-sharing mechanism of FAO’s Plant Treaty: placing small-scale farmers at the centre of the GBF implementation le 25 octobre de 17h30 à 19h00 (Zone Bleue : Pavillon de l’UE) Lessons learnt from DeSIRA projects on new research pathways to support biodiversity through agroecological innovations in agriculture and food systems le 27 octobre de 15h30 à 17h00 (Zone Bleue : Pavillon de l’UE) Envol Vert La trazabilidad como una herramienta para proteger la biodiversidad le 25 octobre de 11h30 à 12h00 (Zone Verte : DIAN) et le 28 octobre de 17h45 à 18h30 (Zone Verte : Université ECCI) Museum National d’Histoire Naturelle The Global Strategy for Plant Conservation – guidance and insight into implementing the new complimentary actions le 22 octobre à 11h40 (Zone Bleue : Cocora Plaza One) Whole-of-society approach to achieve GBF Target6 Regarding IPBES assessment reports, G7 statement on IAS and NBSAPs le 29 octobre de 13h20 à 14h40 (Zone Bleue : Pavillon UICN) NatureXpairs Rangers at the heart of the 30 x 30 target – Engaged for people and Nature le 21 octobre de 17h30 à 19h00 (Zone Bleue : Pavillon de l’UE) How to support the implementation of 30×30 : Sharing the French experience and how to benefit from the French expertise and the offers available on the HAC 30×30 Matchmaking Platform le 23 octobre de 11h00 à 12h00 (Zone Bleue : Pavillon du GEF) The value of partnerships to support the implementation of the 30×30 target – Sharing the experience of the HAC 30×30 Matchmaking Platform at CBD COP16 le 28 octobre de 13h20 à 14h30 (Zone Bleue : Youth Plaza One) Caribbean MPAs managers networks lead the way: Towards a regional roadmap to reach Target 3 le 29 octobre de 13h20 à 14h30 (Zone Bleue : Youth Plaza One) Agence Française de Développement Strengthening NBSAPs Implementation Using Technological and Scientific Tools for Ecosystem Natural Capital Accounting le 23 octobre à 11h40 (Zone Bleue : Farallones Plaza One) Exploring Voluntary Commitments by Non-state Actors in Advancing Other Effective Area-based Conservation
Interview de Gaétan Quesne
Directeur Europe et Responsable thématique biodiversité, forêts et Solutions fondées sur la Nature au sein du Groupe-conseil Baastel et membre du Bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Gaétan, vous travaillez aujourd’hui en tant que Directeur Europe et responsable thématique biodiversité, forêts et Solutions fondées sur la Nature au sein du cabinet de conseil Baastel. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? J’ai passé toute mon enfance au contact de la nature, dans une ferme familiale dans le Nord-Ouest de la France. Le remembrement agricole dans les années 70-80 avait déjà modifié substantiellement le paysage rural français, mais j’ai passé mon enfance à crapahuter dans les espaces naturels et les bosquets proches de la ferme familiale, à participer à des classes vertes dans un Centre de Protection de la Nature et à observer la nature environnante. J’ai certainement développé ma sensibilité environnementale et à la protection de la nature durant cette période. J’ai ensuite effectué des études en agronomie, puis en agro-économie internationale et enfin en économie des ressources naturelles, qui m’ont permis d’orienter mon parcours professionnel à l’international et dans le domaine de la protection de la nature. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? C’est à travers ma formation que mon orientation professionnelle s’est dessinée. D’un stage dans une plantation de bananes en Martinique dans le cadre d’un diplôme universitaire technologique en agronomie, à des stages dans un centre de recherche sur la canne à sucre en Afrique du Sud et auprès de petits producteurs de café au Honduras dans le cadre de mon diplôme d’ingénieur en agro-économie internationale (ISTOM), j’ai effectué une dernière année de master en économie des ressources naturelles au CERDI et un dernier stage sur la thématique de l’adaptation au changement climatique au Fonds Français pour l’Environnement Mondial. C’était il y 20 ans, cette thématique était assez nouvelle et avec une attention grandissante donc très formateur ! Dans la continuité de ce stage, j’ai été en poste pendant 2 ans à l’Agence française de développement (AFD) à Cotonou au Bénin dans le cadre d’un Volontariat international en administration. Je suivais le portefeuille développement rural et environnement, y compris un projet d’appui au Parc National de la Pendjari, mais également le montage des premiers projets soumis au Programme des Petites Initiatives (PPI) qui était à cette époque géré par l’AFD et mobilisait le personnel en agence pour accompagner les organisations de la société civile dans le montage de leur proposition de projet. J’ai donc eu la chance d’accompagner le montage des premiers projets PPI, avant que cette gestion ne soit ensuite confiée au Comité Français de l’UICN. Cette expérience au Bénin restera unique pour moi, que ce soit d’un point de vue professionnel mais également personnel. J’ai ensuite décidé de rejoindre le cabinet de conseil Baastel au Canada. J’ai débarqué tout frais du Bénin le 3 janvier 2009 à Gatineau au Québec sous une grosse tempête de neige. La transition était intense ! J’ai passé 5 années au Québec pour Baastel, à travailler principalement sur des projets d’adaptation au changement climatique en Afrique sub-saharienne et en Amérique Latine et à profiter des grands espaces canadiens. J’ai ensuite contribué à développer les activités de Baastel et nos équipes en Europe, à Bruxelles. Je suis depuis devenu l’un des associés du cabinet et ai pris la responsabilité de nos activités sur la protection de la biodiversité et les forêts. Je suis impliqué avec nos équipes sur des études de faisabilité de financement pour la protection de la biodiversité, la mise en place de systèmes et processus de suivi-évaluation, l’assistance technique et la mise en œuvre de projets et programmes, et enfin l’évaluation. Une belle diversité de prestations dans des géographies diverses ! Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? C’est également à travers mon parcours académique et professionnel que mon engagement dans la conservation de la biodiversité dans les pays en développement s’est façonné. Cette décision a été alimentée par une soif de découverte, d’échange et clairement d’aventure. Cet engagement a évolué dans le temps, et est ancré aujourd’hui autour de la nécessaire et très urgente protection d’espaces naturels soumis à des pressions et menaces croissantes et à la contribution que nous pouvons y apporter, avec nos équipes à notre échelle, à travers l’expertise que Baastel met à contribution sur des projets et programmes de conservation variés dans les différentes régions du monde en développement en particulier. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Dans mon activité aujourd’hui ce que j’apprécie beaucoup est la diversité des initiatives, des géographies et des partenaires avec lesquels nous collaborons. Nous travaillons par exemple sur le montage de financement pour le développement et la gestion d’aires protégées terrestres et marines, la protection d’espèces spécifiques ou la réduction de pressions et menaces qui portent sur elles, mais aussi le développement d’outils de financement tels que les Fonds fiduciaires pour la conservation ou la finance biodiversité, l’assistance technique auprès de gouvernements et de partenaires ainsi que l’évaluation de projets, programmes et politiques publiques. L’initiative sur laquelle je suis le plus mobilisé aujourd’hui est un programme pour le développement résilient au changement climatique et sensible au genre du Parc National de Conkouati-Douli au Congo et du Complexe d’Aires Protégées de Binder-Léré au Tchad, mené conjointement par Noé, Baastel et Développement International Desjardins. Du fait de mon parcours personnel et professionnel, ma capacité de lier, avec l’appui de mon équipe, la problématique des changements climatiques à la conservation de la biodiversité et au développement des territoires ruraux, constitue certainement une valeur ajoutée. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Je n’ai pas réellement d’espèce favorite. La biodiversité est grande, menacée et à
Interview de Raphaël Billé
Directeur du programme de la Tour du Valat et Président du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Raphaël, vous travaillez aujourd’hui en tant que directeur du programme au sein de la Tour du Valat. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? Travailler à la protection de la nature m’a toujours paru un objectif évident. Enfant, je ne l’ai pourtant pas beaucoup fréquentée, mais j’avais la chance d’habiter en province une maison disposant d’un jardin arboré en bord de rivière où j’ai pu observer écureuils et oiseaux, apprécier les odeurs, les lumières. Comme pour beaucoup d’enfants de ma génération, les documentaires diffusés à la télévision m’ont informé et fait rêver. Mes premiers engagements citoyens sont intervenus très tôt : cotisations à Greenpeace et la Fondation Cousteau avec mon argent de poche, manifestations anti-nucléaire… S’est ensuite ouverte une phase de lecture intense : « feuilles de choux », prospectus, puis ouvrages politiques et de vulgarisation scientifique. Internet n’existait pas, chaque publication qui passait à ma portée avait une immense valeur ! La principale difficulté pour moi a été de mettre des possibilités professionnelles concrètes derrière cet engagement. Les divers conseillers d’orientation et brochures d’information que j’ai consultés dès le collège m’ont suggéré que la protection de la nature était une impasse professionnelle. Travailler dans « les métiers de l’environnement », c’était s’orienter vers des secteurs plus sérieux, en pleine croissance et portés par de grandes entreprises prestigieuses : énergie, déchets, eau… Bref, il fallait être raisonnable. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? C’est donc par une formation d’ingénieur en génie civil que j’ai d’abord tenté de faire se rencontrer métier et engagement. L’erreur d’aiguillage m’est très vite apparue. Parti accomplir mon service national en coopération au Pakistan, j’ai eu la chance d’être encadré par deux brillants habitués des carrières à rebondissements, qui m’ont avant tout fait comprendre que si le monde professionnel déployait beaucoup d’efforts pour nous contraindre à des trajectoires linéaires, la liberté était affaire de motivation et d’un peu d’audace. C’est ainsi que depuis Islamabad, en 1998, j’ai envoyé une lettre (!) à Laurent Mermet, alors professeur à l’Engref, dont j’avais lu quelques écrits. Il a accepté de me rencontrer. Finesse d’analyse, culture, humour, bienveillance (et accessoirement une passion commune pour Bob Dylan) : j’avais frappé à la bonne porte et ce fut un nouveau départ. En quelques mois j’ai basculé définitivement vers la protection de la nature. Ma frustration initiale face à mes difficultés d’orientation a cédé la place à une volonté d’expérimenter autant de « portes d’entrée » que possible sur ce secteur professionnel qui est aussi un engagement, par curiosité et pour tenter d’y faire une petite différence à mon échelle. Doctorant en sciences sociales avec des terrains en France et à Madagascar, puis chef de projet biodiversité au PNUD en Indonésie, consultant notamment pour l’UICN, chercheur à l’Iddri sur les politiques de biodiversité et d’adaptation au changement climatique, puis assistant technique dans le Pacifique insulaire sur des enjeux à l’interface biodiversité / climat, puis de nouveau consultant… Je me suis essayé aux publications scientifiques, à la littérature grise, j’ai découvert le multilatéralisme environnemental, expérimenté l’appui aux politiques publiques, la gestion et l’évaluation de projets opérationnels, ou encore le plaidoyer. J’ai eu énormément de chance et travaillé aux côtés de collègues majoritairement formidables, dans des lieux merveilleux. Et me voilà depuis 2021 à la Tour du Valat, un lieu unique et magique au cœur de la Camargue qui œuvre depuis 70 ans à la protection des zones humides méditerranéennes. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? J’ai toujours pensé qu’il y avait un intérêt intellectuel fort à retirer des allers-retours entre contextes d’action européens et « Sud », à identifier les grands mécanismes communs et les différences fondamentales – les premiers me paraissant bien plus significatifs que les secondes en matière de gestion de l’environnement. Ces allers-retours me semblent aussi une condition essentielle pour analyser les ressorts des arènes et mécanismes du multilatéralisme environnemental, et si possible y intervenir efficacement. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? En tant que membre de l’équipe de direction de la Tour du Valat, j’ai la chance d’être impliqué dans l’ensemble de son activité, qui est d’une richesse et d’une diversité assez uniques : Comprendre : la Tour du Valat publie plusieurs dizaines d’articles scientifiques par an, accueille des doctorants, post-docs, est impliquée dans des réseaux de chercheurs européens et méditerranéens. Elle a joué historiquement, et continue de jouer, un rôle clé dans la compréhension du fonctionnement des zones humides, la connaissance des espèces qui en dépendent, l’analyse des menaces qui pèsent sur elles et la conception de solutions pour y faire face. Gérer : propriétaire de plus de 3 000 ha de zones humides en Camargue, abritant 2 000 ha d’une réserve naturelle régionale strictement protégée aussi bien que des activités agricoles destinées à montrer la compatibilité entre agriculture et protection des zones humides, la Tour du Valat gère également des sites du Conservatoire du Littoral, fournit de l’assistance technique à un vaste réseau d’acteurs en France et dans l’ensemble du bassin méditerranéen, avec une implication désormais très forte dans l’effort global en faveur de la restauration écologique. Transmettre : les connaissances et expériences issues de nos activités de recherche et de gestion sont partagées au sein de ce réseau, autant qu’il nous permet de bénéficier en retour d’une extraordinaire diversité de pratiques et expertises à l’œuvre sur les trois rives de la Méditerranée. Convaincre : au-delà du partage, la Tour du Valat développe une activité de plaidoyer et de lobbying visant à influencer les décisions publiques et privées qui sont à l’origine de la dégradation extrêmement rapide des zones humides en Méditerranée. Chacune de mes journées ou presque me fait jongler
Launch of the ProBioDev call for proposals

Version française disponible sur ce lien As part of the Support Programme for biodiversity Civil Society Organizations (CSOs) active in developing countries (ProBioDev), the IUCN French Committee is launching a call for proposals to support projects in developing countries led by civil society partnerships. This initiative aims to support projects focused on biodiversity conservation and Nature-based Solutions, addressing climate change mitigation and adaptation. Since February 1st, 2024, the IUCN French Committee has been implementing the Support Programme for biodiversity Civil Society Organizations (CSOs) active in developing countries, known as ProBioDev. Over the span of three years, ProBioDev aims to enhance biodiversity in developing countries by empowering civil society action and strengthening the capacities and partnerships of CSOs. Supported by a coalition of public and private partners, including the French Development Agency, the French Biodiversity Agency (OFB), the Audemars Piguet Foundation for Trees, the Fondation de France, the Manthano Foundation, the Egis Foundation, and the Maisons du Monde Foundation, the programme also aims to support alliance strategies and the development of equitable and supportive partnerships to address biodiversity challenges in developing countries. For this purpose, a grant initiative for meso-projects has been established. The first call for proposals is open from April 9th to May 26th, 2024. This call aims to support approximately ten field projects, offering grants ranging from €100 000 to €250 000 for a maximum duration of 24 months. Co-financing provided through these grants will represent up to 90% of the total project budget. Projects must be carried out in a country eligible for official development assistance (ODA) according to the OECD DAC list (with a priority given to the African continent) and led by civil society partnerships. These partnerships must include a French civil society organization (CSO) and a local CSO registered in a developing country. The main objective of the project should be biodiversity conservation and/or Nature-based Solutions focused on climate change mitigation and adaptation, aligning with the objectives of the Kunming-Montreal Global Biodiversity Framework. All details regarding the call for proposals can be found in the competition regulations available on this page. To respond to the call for proposals, the grant application form and its annexes must be completed in French or English and sent by email to probiodev@uicn.fr by May 26th, 2024 (11:59 PM CEST). Requests for clarification can be submitted until May 21st, 2024. To obtain further details, the IUCN French Committee is organising an online information session to address your questions regarding the call for proposals. To participate, please register using the following links: Here for the French session on April 25th at 3:00 PM (CEST) Here for the English session on April 26th at 3:00 PM (CEST) CSOs eligible to respond to this call for proposals are invited to express their interest as soon as possible by sending an email to probiodev@uicn.fr. Frequently Asked Questions : (regularly updated based on clarification requests) Can the local CSO be the project leader within the partnership? Absolutely! Partnerships, consisting of a French Civil Society Organization (CSO) and a local CSO, should also designate a project leader (primary contact) and a main partner. In the grant application, the local CSO has the option to serve as either the project leader or the main partner. Similarly, the French CSO has the same flexibility. Is it possible to form a partnership with more than 2 CSOs? Exceptionally, partnerships may involve three CSOs, provided that the relevance of this collaboration, the complementarity of expertise and support, and the alignment with the project’s objectives are clearly demonstrated. Is it necessary to apply in partnership ? The two CSOs comprising the partnership must be independent, with their own legal status, decision-making bodies, and governance. Therefore, two branches or offices of the same organisation will not be eligible to form a partnership under this call for proposals. They must not be subordinate to each other and must have their own autonomy in decision-making and management of their internal affairs. We recommend carefully reviewing the eligibility criteria for CSOs in the competition regulations, including the different statuses for French and local CSOs, to be fully eligible. Is a French and local offices from the same organisation can be eligible for partnership ? We recommend that you carefully read the eligibility criteria for CSOs in the competition regulations, including the different statuses for French and local CSOs, in order to be fully eligible. As a reminder, the two CSOs making up the partnership must be independent, with their own governance. Thus, two branches of the same organization will not be eligible to form a partnership under this call for proposals. What is a secondary technical partner and does it need to meet the same eligibility criteria as the French or local CSOs? A secondary technical partner can be involved in the project (and not as part of the partnership), possibly with co-financing or retrocessions of part of the funds for the implementation of certain activities. The legal status of a secondary technical partner is flexible and may include organisations from different sectors such as private, nonprofit, governmental (e.g. local authorities), research institutions, and more. Is a research center, a governmental or lucrative organisation eligible ? No. The grants are awarded to CSOs established under the following legal statuses: For French CSOs: A French association operating under the law of 1901, or a non-profit association governed by the local law in Alsace Moselle involved in international solidarity actions; A trade union under French law (law of 21 March 1884), engaged in international solidarity actions; A French foundation recognised as serving the public interest, implementing international solidarity initiatives. For local CSOs: A non-profit association or non-governmental organisation, established in compliance with the prevailing national legislation of a country eligible for official development assistance (ODA), with autonomous governance, independent of national governments, the private sector and any international organisation. Note : It is possible to include the participation of other secondary technical partners in the project, possibly with co-financing or retrocession of part of the
Lancement de l’appel à projets ProBioDev

English version available on this link Dans le cadre du Programme d’appui aux OSC de biodiversité actives dans les pays en développement (ProBioDev), le Comité Français de l’UICN lance un appel à projets pour soutenir des projets dans les pays en développement portés par des partenariats de la société civile. Ce premier appel vise le financement et la mise en oeuvre de projets de terrain axés sur la conservation de la biodiversité et/ou les Solutions fondées sur la nature (SfN) répondant de manière spécifique aux enjeux d’adaptation et d’atténuation des changements climatiques. Depuis le 1er février 2024, le Comité français de l’UICN met en œuvre le Programme d’appui aux OSC de biodiversité actives dans les pays en développement (ProBioDev). D’une durée de 3 ans, l’objectif de ProBioDev sera d’améliorer l’état de la biodiversité dans les pays en développement grâce à l’action de la société civile et au renforcement des capacités et partenariats des OSC. Soutenu par une coalition de partenaires publics et privés dont l’Agence française de développement, l’Office Français de la Biodiversité, la Fondation Audemars Piguet pour les Arbres, la Fondation de France, la Fondation Manthano, la Fondation Egis et la Maisons du Monde Foundation, l’ambition du programme est également de soutenir des stratégies d’alliance et le développement de partenariats équitables et solidaires pour répondre aux enjeux de biodiversité dans les pays en développement. Pour cela, un dispositif de financement de mésoprojets est mis en place et un premier appel à projets s’ouvre du 9 avril au 26 mai 2024. Cet appel à projets permettra de financer une dizaine de projets de terrain pour des montants de subventions compris entre 100 000 € – 250 000 € sur une durée de 24 mois maximum. Le cofinancement apporté via ces subventions représentera au maximum 90 % du budget total du projet. Les projets devront être réalisés dans un pays éligible à l’aide publique au développement selon la liste du CAD de l’OCDE (avec une priorité donnée au continent Africain) et portés par des partenariats de la société civile. Ces partenariats devront obligatoirement être composés d’une organisation de la société civile (OSC) française et d’une OSC locale enregistrée dans un pays en développement. Le projet devra avoir pour objectif principal la préservation de la biodiversité et/ou les Solutions fondées sur la Nature axées sur l’atténuation et l’adaptation aux changements climatiques, s’alignant avec les objectifs du Cadre Mondial de la Nature de Kunming-Montréal. Retrouvez tous les détails de l’appel à projets dans le règlement du concours disponible sur cette page. Pour répondre à cet appel à projets, le formulaire de candidature ainsi que ses annexes doivent être complétés en français ou en anglais et envoyés par mail à l’adresse probiodev@uicn.fr d’ici le 26 mai 2024 (23h59 CEST). Des demandes de clarification pourront être apportées jusqu’au 21 mai 2024. Pour obtenir des informations supplémentaires, le Comité français de l’UICN organise une session d’information en ligne pour répondre à vos questions à propos de l’appel à projets. Pour y participer, veuillez-vous inscrire en utilisant les liens suivants : Ici pour la session en français du 25 avril à 15h00 (CEST) Ici pour la session en anglais du 26 avril à 15h00 (CEST) Les OSC susceptibles de répondre à cet appel à projets sont invitées à manifester leur intérêt dès que possible en envoyant un email à probiodev@uicn.fr Foire aux questions (mise à jour régulièrement en fonction des demandes de clarifications effectuées) L’OSC locale peut-elle être le porteur de projet dans le cadre du partenariat ? Tout à fait ! Les partenariats, composés d’une OSC française et d’une OSC locale, devront être également définis avec un porteur de projet (interlocuteur principal) et d’un partenaire principal. L’OSC locale peut être le porteur de projet ou le partenaire principal dans la demande de financement. De même pour l’OSC française. Est-il possible de former un partenariat à plus de 2 OSC ? De manière exceptionnelle, les partenariats pourront être constitués de trois OSC sous réserve qu’une expertise complémentaire et additionnelle soit apportée et que la pertinence de cette collaboration à plusieurs soit clairement démontrée. Est-il indispensable de candidater en partenariat ? Oui ! Conformément aux directives établies dans le règlement, la qualité et la cohérence du partenariat entre deux OSC sont des critères essentiels lors de la sélection des projets. Il est important que le partenariat entre l’OSC locale et l’OSC française soit bien établi et pertinent pour le projet que vous envisagez de proposer. Nous ne pouvons donc pas directement vous jumeler avec une OSC française ni vous guider dans le processus de recherche et d’établissement de partenariats, qui doivent être adaptés à vos besoins et objectifs spécifiques. Cependant, nous encourageons néanmoins la formation de partenariats solides et complémentaires, où la valeur ajoutée de chaque organisation est clairement démontrée. Est-ce qu’un bureau français et local de la même organisation peuvent-être éligibles en tant que partenariat ? Les deux OSC composant le partenariat doivent être indépendantes, avec leur propre statut, leurs propres organes de décision et leur propre gouvernance. Donc deux antennes ou deux bureaux de la même organisation ne seront pas éligibles pour former un partenariat dans le cadre de cet appel à projets. Elles ne doivent pas être subordonnées l’une à l’autre et doivent avoir leur propre autonomie dans la prise de décisions et la gestion de leurs affaires internes. Nous vous recommandons de consulter attentivement les critères d’éligibilité pour les OSC dans le règlement de concours, y compris les différents statuts pour les OSC françaises et locales, afin d’être pleinement éligibles. Qu’est-ce qu’un partenaire technique secondaire et doit-il respecter les mêmes critères d’éligibilité que l’OSC française ou l’OSC locale ? Un partenaire technique secondaire peut être impliqué dans le projet (et non dans le cadre du partenariat), éventuellement avec des cofinancements ou des rétrocessions d’une partie des fonds pour la mise en œuvre de certaines activités. Le statut d’un partenaire technique secondaire est flexible et peut inclure une entité du secteur privé, associatif, gouvernemental (par exemple, une collectivité locale), de la recherche, etc. Est-ce qu’un centre de
Interview de Marie Jacquier
Docteure Vétérinaire, Ambassadrice de la biodiversité au sein d’Univet Nature et Membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Marie, vous travaillez aujourd’hui en tant que vétérinaire au sein du Fonds de dotation Univet Nature. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? Bénévole pour le fonds de dotation Univet Nature durant mes études de vétérinaire, j’ai eu la chance en 2023 de poursuivre mes projets et mes actions en tant que salariée. Vers l’âge de sept ans le film « Deux-frères » de Jean Jacques Arnaud m’a révoltée et attristée. Le métier de vétérinaire est devenu pour moi un des moyens de protéger les animaux sauvages dans leur environnement naturel et de les soustraire au joug de l’Homme. Toutefois j’ai vite compris que la conservation de la faune sauvage est indissociable de la protection des milieux et du reste de la biodiversité. C’est pourquoi je travaille aujourd’hui au service de la protection de cet ensemble complexe, la « nature ». Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? En parallèle de mon doctorat vétérinaire je me suis notamment formée en écologie et en droit animalier afin d’avoir une vision plus large des écosystèmes et de mieux pouvoir en appréhender les enjeux de protection. C’est lors d’une mission de conservation à Ua Huka, aux Marquises, réalisée avec une consœur, le Dr Blanvillain que j’ai vécu et réellement compris les difficultés de terrain, au sens large, qui font obstacle à la conservation d’une espèce. J’ai également réalisé l’importance de l’épidémiologie et l’ampleur du rôle des espèces exotiques envahissantes dans le déclin d’espèces endémiques comme les oiseaux. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Nous sommes aujourd’hui dans une urgence d’action. Les pays en développement sont ceux qui concentrent un maximum de biodiversité, ce sont donc des lieux cruciaux qu’il faut protéger rapidement, efficacement et significativement. Par ailleurs, les espèces, de faune et de flore, que l’on trouve dans ces pays présentent souvent un fort taux d’endémisme, leur disparition serait alors irrémédiable. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? La plus grande partie de mon travail consiste aujourd’hui à rechercher des fonds pour soutenir financièrement des ONG qui sont porteurs de projets sur le terrain. Le défi principal est celui de faire comprendre et de convaincre les entreprises et la société civile d’agir pour une cause dont l’urgence est impalpable et qui n’est pas encore assez mise en avant par nos décisionnaires politiques. Mon projet intitulé « L’Art au service de la Nature », réalisé en 2023, fut pour moi un moyen de montrer et de convaincre sur la nécessité de préserver la beauté du vivant pour ce qu’elle est, indépendamment de l’utilité qu’elle peut présenter pour nos sociétés actuelles. Je suis convaincue que pour mobiliser, persuader et pousser le plus grand nombre à agir, la beauté est l’un des premiers arguments. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Mon espèce terrestre favorite est sans grande originalité le tigre (Panthera tigris). Mais invisibles à nos yeux ce sont les Chondrichthyens (raies, requins, chimères) qui me fascinent et me touchent. Leur fragilité dénote fortement de la méfiance qu’ils éveillent et des préjugés dont ils sont la cible, liés à la méconnaissance de ces animaux fabuleux. Comment voyez-vous l’avenir de la planète et les nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ? Je pense qu’il est aujourd’hui impensable de dissocier protection de la biodiversité et avenir de l’humanité. Il ne peut y avoir de développement plus en avant sans protéger la source même qui le permet, à savoir notre planète Terre. Il est primordial de penser à un autre « développement », à une autre évolution de nos sociétés qui reviendraient à un taux de consommation raisonnable et viable pour nos écosystèmes. La sensibilisation et l’éducation sont des outils majeurs pour faire comprendre les enjeux de protection de la biodiversité, pour elle-même mais également pour la survie de l’humanité. Que vous apporte votre participation au groupe de travail Pays en développement et Biodiversité et vers quelles actions le collectif doit se tourner aujourd’hui ? J’ai encore très peu d’expérience dans le domaine de la conservation de la biodiversité et mes compétences m’orientent plutôt sur les animaux sauvages et particulièrement l’aspect sanitaire. Ce groupe de travail est pour moi une réelle source d’informations et d’apprentissage à travers les compétences et les expériences variées de chacun. Ce collectif doit nous permettre de mutualiser nos compétences et les retours d’expérience de chacun afin de mener des actions, rapidement, de plus en plus efficaces sur des sites où les enjeux semblent les plus importants.
Colloque biodiversité et développement

Le Comité français de l’UICN a organisé Mercredi 18 octobre 2023 un colloque sur la conciliation des enjeux de préservation de la biodiversité et de développement des populations dans le cadre des actions de coopération internationale des acteurs français, en particulier des organisations de la société civile. Si cette réflexion date des années 80-90, notamment avec l’émergence du concept de développement durable, il s’avère encore aujourd’hui difficile d’obtenir des synergies sur les terrains d’intervention. En effet, la conservation de la biodiversité et le développement socio-économique des populations humaines sont des objectifs qui peuvent être recherchés sur des mêmes territoires mais par des acteurs différents, avec des approches pas toujours compatibles. Organisé avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD), ce colloque avait pour objectif de favoriser une compréhension commune des enjeux, de stimuler les échanges et de promouvoir les synergies grâce à des temps de débat, d’interconnaissance et d’acculturation à ces deux domaines pour envisager de futures collaborations. CONTEXTE Cet évènement s’inscrit dans la continuité des travaux menés par le Comité français de l’UICN depuis 2021, dans la mise en oeuvre du projet d’appui à la Structuration du réseau des Organisations de la Société Civile françaises actives dans les Pays en développement (SOBioDev) avec le soutien financier de l’AFD et de l’OFB. Il doit permettre de contribuer à l’amélioration des pratiques des acteurs de la conservation de la nature en faveur du développement des populations sur les territoires d’intervention et, inversement, de l’amélioration des pratiques des acteurs du développement en faveur d’une meilleure intégration des enjeux de biodiversité (cible 14 du cadre mondial de Kunming-Montréal pour la biodiversité). Des discussions à ce sujet avait en effet déjà pris place lors d’un atelier mené conjointement par l’AFD, le Fonds de partenariat pour les écosystèmes critiques (CEPF) et le Comité français de l’UICN en 2018 sur les stratégies pour renforcer l’action internationale des ONG françaises en matière de biodiversité dont l’une des conclusions et pistes d’actions était la suivante : « Mettre en place un groupe de travail sur les articulations action biodiversité / action de développement, sur l’amélioration des approches territoriales, et sur la possibilité de lancer une initiative pour encourager la mobilisation à partir des géographies. Ce vaste domaine couvrirait notamment la mise en discussion : des théories d’action très variées des différents opérateurs ; des modes de diagnostics qui permettent d’adapter l’action au territoire ; des expériences réussies dans l’optique de leur montée en échelle ; des modalités d’évaluation des projets. L’échange d’idées et d’expériences serait au centre d’un tel groupe de réflexion et d’échange, avec une implication des ONG biodiversité, d’ONG de développement intéressées, des bailleurs, mais aussi de chercheurs ou de consultants. On attendrait d’un tel groupe de travail des éclairages pour améliorer le pilotage de l’action biodiversité avec la montée en puissance de celle- ci et des échanges favorisant la montée en échelle. L’organisation d’un colloque public serait par exemple envisageable dans ce cadre. » Par ce colloque, l’objectif est de lancer cette initiative pour organiser des rencontres géographiques en faveur de l’articulation biodiversité/développement dès 2024. Résumé de l’évènement Ce colloque a été structuré autour de 3 séquences : Comment renforcer les synergies entre les acteurs de solidarité internationale dans les territoires d’intervention ? Agir pour/avec/par les populations locales ? La crise socio-environnementale : comment réduire les inégalités sociales/sociétales pour contribuer à la lutte contre l’érosion de la biodiversité ? Après quelques mots d’ouverture de la part de Sébastien Moncorps, Directeur du Comité français de l’UICN, Valérie Boisvert, Professeure d’économie écologique à l’Université de Lausanne, a introduit le colloque en dressant l’historique des tensions entre la conservation de la biodiversité et le développement. Si au départ, la conservation apparaissait à l’opposé de l’exploitation des ressources naturelles, l’émergence du concept de développement durable a contribué à voir la conservation comme un levier pour le développement et à écologiser les pratiques de développement. La séquence 1 a permis d’approfondir cette demande de synergies sur le terrain par l’échange entre des représentants d’organisations de la société civile de développement et de conservation de la biodiversité. Après une courte présentation du mode d’action de chacune des organisations, les échanges se sont focalisés sur les bénéfices à travailler ensemble (pool de compétences et d’expériences), des modalités et difficultés sur la construction d’un projet commun à partir d’une diversité de points de vue (chronophage, temporalité) ainsi que des options envisageables pour faciliter les synergies (cadre de concertation multi-acteurs, alliances). Ensuite, la séquence 2 a permis d’aller plus loin sur les questions de concertation multi-acteurs en questionnant la place et le rôle des populations locales dans les projets de solidarité internationale : en tant que bénéficiaires, parties prenantes ou acteurs principaux. Les différentes approches présentées par les intervenants ont donné lieu à une discussion dynamique et engagée entre les participants sur la nécessité d’associer les communautés locales dès l’élaboration des projets dans une logique de co-construction afin de favoriser leur appropriation et limiter les conflits. La séquence 3 a ouvert l’après-midi avec une prise de hauteur sur ces enjeux en évoquant la crise socio-environnementale et les liens entre les inégalités sociales et l’érosion de la biodiversité. Les différents scénarios ont été évoqués dont celui de la « demi-terre » (protéger 50% de la planète) ou celui de « partager la planète ». Les injonctions contradictoires actuelles comme le souhait de mettre en oeuvre des projets complexes avec des résultats rapides ont été évoquées comme les freins à surpasser, notamment concernant le CLIP (Consentement Libre, Informé et Préalable) mal mis en oeuvre et pas encore assez satisfaisant, le consentement étant à différencier de l’accord. Quelques solutions ont été évoquées comme la remontée de données sur la plateforme GBIF (Global Biodiversity Information Facility) ou l’interpellation de députés afin de se saisir de ces sujets et de porter des recommandations. Enfin, cette journée a été conclue par Christophe Le Page, chercheur au CIRAD, qui a présenté les principales conclusions et recommandations issues des échanges (voir ci-dessous) et a ouvert sur quelques perspectives dont les jeux sérieux. Ces derniers sont des outils pour
Interview d’Emmanuelle Sarat
Coordinatrice de NatureXpairs et Membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Emmanuelle, vous êtes aujourd’hui Coordinatrice de NatureXpairs. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? J’ai passé mon enfance dans de jolis coins : Grenoble et ses montagnes, le Var et ses belles forêts méditerranéennes, puis, un grand saut vers la Californie, où j’ai eu la chance de grandir pendant 4 ans. C’est à cette époque que j’ai découvert les grands espaces, la nature encore très sauvage aux alentours de San Francisco, l’océan Pacifique, les forêts de séquoias, les déserts, et surtout les grands parcs américains. J’ai toujours aimé la nature : en primaire, je remplissais déjà les dictionnaires de plantes pour faire des herbiers, je collectionnais les plumes, les insectes… Aux Etats-Unis, quand nous visitions les parcs nationaux, je participais au programme « Junior ranger » et j’étais très fière d’arborer le badge qui nous était attribué en récompense ! C’est donc très naturellement que j’ai orienté mes études vers le métier d’ingénieur forestier puis ma carrière professionnelle vers la protection de la nature. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? Pendant mes études, l’appel des grands espaces et une soif de découverte d’autres cultures m’ont orientée vers l’option « gestion des écosystèmes forestiers tropicaux » proposée dans ma formation d’ingénieur forestier. Ce parcours m’a permis d’acquérir des notions de sociologie et de découvrir des approches inclusives de gestion des milieux et des ressources naturelles, qui sont indispensables dans la pratique de mon métier aujourd’hui. Il marque aussi le début d’une belle expérience en Guyane, où j’ai pu travailler sur les pratiques de chasse de différentes communautés et sur l’établissement d’un dialogue autour de la mise en place d’une réglementation dédiée, encore balbutiante sur le territoire à cette époque (quelques quotas mais pas encore de permis de chasser). Être confrontée à la multiplicité des pratiques culturelles et à la réalité des enjeux socio-écologiques sur ce territoire a été une première expérience enrichissante et surtout inoubliable. Mon parcours s’est ensuite poursuivi en métropole, à l’Office national de la Chasse et de la Faune Sauvage (devenu une composante de l’OFB en 2020), dans l’animation de réseaux d’acteurs autour de deux espèces protégées emblématiques du bassin de la Loire, le castor et la loutre. Il s’agissait de mettre en lien les diverses communautés naturalistes s’intéressant à ces espèces pour mutualiser les connaissances, se former à des protocoles de suivi communs, et à travailler ensemble sur la résolution de conflits homme-faune sauvage. Car si le Castor et la Loutre ne sont pas de grands prédateurs, ces deux espèces en reconquête de leurs territoires chamboulent les usages humains (le castor et sa construction de barrages provoquant des inondations et la loutre pouvant impacter certaines piscicultures). Trois ans plus tard, cette animation de réseau s’est développée sur une thématique préoccupante pour les gestionnaires d’espaces naturels : les espèces exotiques envahissantes. J’ai alors intégré l’équipe « Espèces » du Comité français de l’UICN, pour coordonner un groupe de travail national dédié aux invasions biologiques dans les milieux aquatiques. Ce groupe de travail a pris de l’ampleur et s’est transformé en Centre de ressources en 2017. Nous avons renforcé l’équipe, élargi le réseau d’acteurs, développé de nombreux outils de partage et d’acquisition de connaissances, mis en place une offre de formation, étendu le périmètre du centre de ressources aux espèces exotiques envahissantes marines et resserré les liens avec le réseau « Espèces exotiques envahissantes outre-mer » piloté par le Comité depuis 2005. Puis, après presque 9 ans en tant que coordinatrice de ce beau dispositif, j’ai eu envie d’élargir mes horizons et de renouer avec une approche multiculturelle de préservation de la biodiversité. En mai 2022, j’ai rejoint Réserves naturelles de France pour développer une initiative de coopération internationale autour des aires protégées, mobilisant les gestionnaires dans une approche de partage d’expérience entre pairs. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? La biodiversité ne connait pas de frontières et dialoguer avec les autres pays sur sa protection m’a toujours paru comme une évidence. C’était d’autant plus vrai sur la thématique des espèces exotiques envahissantes, qui voyagent avec l’homme. Je me suis tournée vers l’international d’abord par curiosité, pour comprendre comment d’autres pays abordent les différentes problématiques, et voir quelles solutions ont été mises en place, pour s’en inspirer. Puis, pour s’enrichir mutuellement et partager nos réussites, mais aussi nos échecs. Ayant été au contact de gestionnaires d’espaces naturels pendant toute ma vie professionnelle, j’ai toujours apprécié leur humilité, leur capacité à agir à leur niveau, sur les territoires qu’ils chérissent, en toute modestie. Leur curiosité et leur recherche permanente de solutions me donne envie de jouer ce rôle de passerelle entre les gestionnaires de différents pays. Souvent, ils n’osent pas aller au contact de leurs pairs, encore plus dans les pays en développement. Trop éloignés, parfois complexés de ne pas connaitre la langue ou la culture, ou de n’avoir d’expérience qu’au sein de leur territoire, il faut les accompagner pour aller au contact des autres et les rassurer sur le fait qu’ils disposent d’une véritable expertise, qui intéresse et qu’ils sont en mesure de transférer à leurs pairs. Je fais ce constat pour tous les gestionnaires d’aires protégées que je côtoie, un peu partout dans le monde. J’aime jouer ce rôle de facilitatrice et révéler ces compétences cachées, pour aboutir à un enrichissement mutuel des pratiques. Mais c’est voir de belles aventures humaines débuter, et parfois de l’amitié entre gestionnaires de différents pays, qui m’anime le plus. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? Notre initiative, hébergée par Réserves naturelles de France, NaturExpairs, « The French Hub for Protected areas and people”, est récente et nous sommes en pleine phase de construction. C’est une