Interview de Sébastien Pinchon
Président du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Sébastien, vous travaillez aujourd’hui en tant que responsable des opérations au sein de Parcs de Noé. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la conservation de la nature ? J’ai étudié la biologie avec une option marine à l’université. J’ai toujours été passionné par la mer et les grands espaces sauvages. J’ai eu la chance de vivre trois mois à Mayotte en 1988 ce qui m’a ouvert au monde, et accru mon attrait pour l’Afrique. Je suis également passionné par les cétacés, que j’ai étudié, mais j’ai arrêté mes études en 3ème cycle car je souhaitais privilégier le travail sur le terrain. Ce sont les raisons pour lesquelles je travaille dans la conservation de la nature : ma passion pour l’environnement, la faune, les grands espaces sauvages et le continent africain. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? A la suite de mes études, je suis parti deux fois six mois en République du Congo (RC) pour accompagner un ami primatologue dans son travail au sein de l’association HELP, au sein du parc national de Conkouati-Douli. Par la suite, de 2004 à 2009, j’ai été volontaire pour la conservation des baleines à bosse dans l’Océan Indien (Madagascar, Mayotte, Comores, Djibouti) avec l’association Megaptera et Cetamada pour laquelle j’ai contribué à sa création. J’étais en charge de collecter des données sur les baleines, de coordonner les volontaires, de conduire des sorties écotouristiques… Après 8 ans de bénévolat/volontariat, j’ai rejoint un réseau d’associations de médiation scientifique et d’éducation populaire en France, Planète Sciences. J’y ai été responsable national de l’éducation environnementale pendant 7 ans. J’ai ainsi construit des projets scientifiques basés sur la démarche expérimentale avec des jeunes en partenariat avec des instituts de recherche (IRD, CNRS, IRSTEA…). Si j’adorais faire de l’éducation populaire et travailler avec la jeunesse, l’appel des grands espaces résonnait toujours. J’ai eu l’opportunité de rejoindre Noé en 2014, avec une progression linéaire, de chargé de projets à responsable de pôle jusqu’à mon poste actuel de responsable des opérations pour Parcs de Noé. Chaque expérience m’a apporté des moments très forts mais mes plus belles rencontres sont certainement les six mois passés en forêt à Conkouati-Douli et celles avec les baleines à bosse. En République du Congo, ça a été une claque monumentale, de vivre avec une flore et une faune si riche, côtoyer les chimpanzés au quotidien, se retrouver face à face avec des gorilles, des éléphants… Les rencontres avec les baleines à bosse sont inoubliables, ce sont des interactions qui ont fait vibrer mon âme toute entière et qui m’ont marqué à vie. Ensuite, les rencontres avec les enfants, les bénévoles, les chercheurs à Planète Science ont été toutes aussi incroyables et m’ont permis de développer une culture scientifique très large. A Noé, j’apprends tous les jours. J’ai développé une certaine expertise sur énormément de sujets, notamment sur les aspects de développement, de gouvernance et même sécuritaires… j’ai pris conscience de l’approche large et holistique de ce qu’est la conservation et ai eu la chance de pouvoir me confronter à l’ensemble de ces champs, ce qui est extrêmement enrichissant. Le but de la conservation étant de trouver des solutions à des problèmes d’intérêts généraux pour les communautés et la biodiversité, y arriver est extrêmement satisfaisant. Ce n’est pas redondant car les difficultés et les problèmes ne sont jamais les mêmes. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Les grands espaces dans le monde ont toujours eu un fort pouvoir d’attraction sur moi et, de par mon histoire familiale et personnelle, j’ai un lien particulier avec l’Afrique. Depuis tout petit, je suis attiré par ses grands espaces mais aussi par ses communautés et sa richesse culturelle. Lors de mon premier séjour en Afrique, à 11 ans à Mayotte, j’ai développé des amitiés incroyables et cela m’a ouvert au monde. Et à chacune de mes expériences j’ai eu la chance d’y rencontrer des personnes d’une grande richesse. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Au sein du programme Parcs de Noé, je suis le superviseur opérationnel de nos activités au Niger. Nous intervenons également au Tchad et au Congo, et j’y assiste mes collègues. Je suis aussi référent sécurité et contribue aux réflexions stratégiques et à toutes les autres activités de notre programme. Les principaux défis auxquels nous sommes confrontés dans le cadre de nos actions sont les défis liés à la délégation de gestion des aires protégées : mettre en place une stratégie de gestion adaptée et efficiente. Pour cela, nous avons une gestion adaptative permanente. Il y a aussi un enjeu financier car nous portons la responsabilité de gestion financière et de financement des aires protégées dans lesquelles nous intervenons. C’est un défi lorsque l’on multiplie les sites et notamment, dans le cadre des mandats de longue durée qui nous sont attribués. Il y a aussi le défi sécuritaire au Niger, qui est lié à la sous-région, qui cause beaucoup de crispations et de tensions. Le prisme sur les ONG évolue avec la présence de trafiquants, de terroristes et djihadistes et cela complexifie notre travail. Depuis quelques années, le personnel ONG peut être pris pour cible (comme cela a pu être le cas au Bénin, au Burkina Faso ou au Niger) et cela a un impact sur notre travail, et une réflexion est nécessaire pour se protéger dans le futur avec l’ensemble des acteurs des aires protégées, la société civile, les communautés, les autorités et même le secteur privé. Les réalisations professionnelles chez Noé dont je suis le plus fier sont le succès de conservation des Pélicans Frisés dans les Balkans mais aussi et surtout que Parcs de Noé soit impliqué sur
Interview de Victor Narat
Membre du bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Victor, vous travaillez aujourd’hui en tant que chercheur au sein du laboratoire d’éco-anthropologie (CNRS/MNHN/Université de Paris). Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont mené à conduire des recherches sur la conservation de la nature ? Primatologue, je travaille sur les interactions entre les humains, l’environnement et les animaux (plus précisément sur les Grands Singes), sur les questions de conservation de la biodiversité et de santé globale. La conservation de la nature est mon objet de recherche en termes de dynamiques politiques, sociales ou écologiques mais aussi un mode d’action avec la formulation de conseils à des partenaires. C’est l’amour des animaux qui m’a poussé vers ce secteur. Né en 1985, je fais partie de la « génération WWF », j’ai été sensibilisé à la conservation de la nature depuis tout petit, puis vers l’âge de 10-15 ans par l’intermédiaire des documentaires animaliers. Au début, je souhaitais comprendre les Bonobos en tant qu’espèce puis après ma première expérience de terrain en République démocratique du Congo (RDC) en 2008, je me suis plutôt intéressé au contexte local, au socio-écosystème. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? En 2011, après avoir été diplômé de l’école vétérinaire de Nantes et un master 2 « Environnement, Développement, Territoires et Sociétés » au MNHN, j’ai réalisé une thèse universitaire sur les relations bonobos-habitats-humains en RDC (soutenue en 2014 au MNHN). Après un an en tant qu’ATER, j’ai rejoint en post-doctorat l’Institut Pasteur sur les maladies émergentes en Afrique Centrale, pour analyser les contacts entre humains et animaux et les risques d’émergences de maladie. Depuis 2018, je suis chercheur permanent au CNRS au sein du laboratoire d’éco-anthropologie (CNRS/MNHN/Université de Paris). Ma plus belle expérience est ma première mission en RDC en 2008 car c’était mon premier voyage, ma rencontre avec l’ONG congolaise Mbou Mon Tour. Depuis mes 15 ans, je voulais travailler sur les bonobos donc dans le cadre de mes études vétérinaires et de mon stage à l’étranger obligatoire de 4 semaines, c’était l’occasion d’aller en RDC. Les rencontres faites lors de ce voyage m’ont fait prendre conscience que ce qui m’intéressait c’était la complexité du contexte humains-bonobos. Ce voyage a donc orienté mon parcours professionnel vers la conservation communautaire, l’implication des populations humaines dans la conservation. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Tout d’abord car mon point d’entrée dans la conservation a été les bonobos et par conséquent la RDC. Puis un peu plus largement l’Afrique centrale lors de mon expérience en post-doctorat avec des missions au Cameroun. J’ai une attirance particulière pour l’Afrique centrale qui est une région très intéressante du point de vue biodiversité et santé. C’est aussi une région fantasmée par les occidentaux, sans connaissances des dynamiques historiques très riches de ce territoire. Si l’on s’intéresse à ces questions, on a une appréciation complétement différente de cette région. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos recherches ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Aujourd’hui, je travaille sur 4 grands types de projets. Le premier, depuis 2008-2010, est l’étude de long terme sur les bonobos (écologie, socialité, santé, statut de conservation…) rendue possible par la communauté de bonobos que nous avons habitué à la présence humaine avec Mbou-Mon-Tour (ce qui prend plusieurs années !). Cela nous permet de faire des observations quotidiennes des comportements des bonobos. Le deuxième concerne les contacts humains-animaux en Afrique centrale (à quelle fréquence, quels types de contacts, etc…) afin de mieux les conceptualiser et comprendre les risques associés aux différents types de contacts. Le troisième a pour sujet l’anthropologie de la conservation (au niveau mondial) avec l’animation d’un groupe de travail sur la conservation communautaire des primates au sein de la Société Francophone de la Primatologie (SFDP). L’objectif est de définir ce qu’est la conservation communautaire au niveau mondial, qu’entends-on par ce concept ? Quels sont les cadres juridiques le concernant ? Etudier les différences entre sa définition théorique et son utilisation pratique. Enfin, le quatrième projet de recherche a une entrée changements climatiques. Il vise à étudier les dynamiques d’habitat des bonobos et des humains dans le passé et son évolution sur le temps long. La question principale dans ce dernier volet concerne la migration des bonobos en lien avec la connectivité des forêts à une échelle régionale. C’est de la recherche appliquée à la conservation, le but étant de formuler des recommandations précises importantes pour orienter les acteurs de la conservation de cette région. Les principaux défis auxquels je suis confronté sont principalement les financements pour mener à bien mes recherches, mon terrain d’étude étant éloigné et par conséquent le transport onéreux. Il y a aussi une instabilité potentielle des sites d’études qui ajoute une difficulté à maintenir un projet de recherche sur une communauté de bonobos sur le temps long. De plus en plus de questions éthiques apparaissent, nécessaires et positives mais qui complexifient le travail en nécessitant davantage de délais, de financements, par exemple avec l’application de la RGPD. Enfin, la collecte, l’acheminement et le transport des échantillons biologiques pour les recherches sur les contacts et la santé constituent un défi à part entière. Je suis fier de toutes mes réalisations étant donné ma liberté d’action en tant que chercheur, j’étudie ce qui m’intéresse. Toutefois, s’il fallait choisir une réalisation en particulier, ce serait d’avoir participé à habituer une communauté de bonobos nous permettant aujourd’hui de réaliser un suivi de long terme en y associant le socio-écosystème. Nous avons ainsi 10 ans de données et de recul sur les bonobos, les pratiques et savoirs des populations locales mais aussi les conséquences du développement de la conservation communautaire sur ce socio-écosystème en RDC. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Même si je suis attendu sur le bonobo, je dirais l’humain. C’est passionnant
Interview de Jean-Marc Civière
Membre du bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Jean-Marc, vous travaillez aujourd’hui en tant que Responsable du développement au sein d’HUMY. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? J’ai 53 ans. J’ai fait mes études dans le marketing des achats et ne suis donc pas issu d’un sérail scientifique lié à l’environnement. En 2006, j’ai eu une annus horribilis d’un point de vue professionnel et personnel avec comme point culminant le décès de ma mère. J’ai eu l’impression d’être dans une lessiveuse. J’ai perdu mes repères. Cette année fût fondamentale et charnière dans ma vie. Confronté à la mort de celle qui m’avait donné la vie, j’ai été confronté au temps qui passe et qui ne revient jamais. Que faire de ma vie à l’approche de la quarantaine ? J’ai eu ma crise un petit peu plus précocement que des quadragénaires. Ces bouleversements m’ont conduit à une réflexion profonde sur ma vie et mes choix professionnels. J’ai voulu utiliser le temps qui me reste à vivre à faire quelque chose qui me fasse vibrer. Protéger l’environnement me fait vibrer, aussi j’ai fait une dinguerie en quittant un confort relatif pour aller dans un inconfort épanouissant. J’ai créé Humy le 25 décembre 2006, comme un cadeau de Noël. Je ne connaissais rien au domaine associatif et rien au domaine environnemental. J’ai appris sur le tas avec une vision intuitive qui n’a pas changé depuis : travailler avec des partenaires locaux pour déployer une vision holistique des projets de conservation. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? J’ai travaillé dans les achats, le marketing de produits, et le développement de partenariat dans différentes structures, toujours en lien avec les composants électroniques et l’informatique. J’ai eu aussi une expérience courte de création d’entreprise. La plus belle expérience est celle que je vis maintenant, mais je ne pourrais la vivre si je n’avais pas vécu mes autres expériences antérieures. Je ne jette rien de ma trajectoire professionnelle, tout m’a servi et me sert encore aujourd’hui. Cependant, malgré les difficultés innombrables, j’ai du contentement à faire ce que je fais aujourd’hui alors que ce n’était pas toujours le cas avant. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Si l’on a conscience de l’importance de la protection de la biodiversité, il est alors naturel de travailler dans les pays en développement car très souvent la biodiversité est exceptionnelle. Les moyens financiers et parfois humains sont faibles, aussi cela devrait être une priorité de la communauté internationale de se préoccuper concrètement de projets de conservation et de protection de l’environnement dans ces pays. La sauvegarde de la biodiversité dans les pays en voie de développement est le parent pauvre de l’aide internationale alors qu’elle ne devrait pas l’être. D’une part parce que cette richesse est intégrée au patrimoine mondial terrien, d’autre part parce que protéger la biodiversité, et en particulier les écosystèmes, permet aux riverains de ces zones de ne pas s’appauvrir davantage de par les services rendus par la Nature gratuitement. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Nous travaillons conjointement avec d’autres structures à la protection d’une quinzaine d’espaces naturels remarquables au Bénin, Cambodge, Colombie, Indonésie et Madagascar. Les défis sont immenses pour chaque zone. Les stratégies ne sont pas simples à être conçues et encore moins à être déployées. Les réalités locales de certaines zones nous rattrapent bien vite. Comment œuvrer dans un cadre de corruption généralisée, de démographie importante nécessitant l’accaparement d’espaces forestiers toujours plus nombreux ? Parfois, je me sens dépassé par des situations inextricables où la bonne volonté n’est pas grand-chose face à l’avidité, la médiocrité humaine ou le désintérêt complet pour la protection de l’environnement. Tous les acteurs de taille modeste dont nous faisons partie sont confrontés à des manques de ressources humaines et financières. Nous devons être poly-compétents ce qui est difficile. Idéalement, nous devrions pouvoir intervenir avec des équipes composées de spécialistes en ethnologie, biodiversité, développement économique local, médecine, éducation, etc. Dans la pratique, à l’instar de beaucoup de mes confrères, je me contente de faire du mieux que je peux, ce qui n’est pas tout le temps à la hauteur des enjeux. Je n’ai pas de fierté par rapport à ce que j’ai pu faire à travers la structure que j’ai créée. Il m’arrive, en revanche, d’avoir du contentement. Dans notre milieu, j’ai rencontré quelques personnes abjectes, d’autres sans intérêts, mais majoritairement des personnes remarquables qui ne comptent pas leurs heures pour protéger la Nature. J’aime travailler avec des gens qui ont leurs tripes sur la table, qui ne connaissent pas forcément le chemin pour l’accomplir, mais qui ont un but simple : protéger et/ou restaurer une zone remarquable. Confrontés à des difficultés et à des avenirs parsemés de nuages plus ou moins noirs, ces moments appréciables liés au devoir accompli ne sont pas très nombreux. Je vis plutôt dans des problèmes permanents à résoudre. Concernant les projets en cours, nous avons un défi de taille actuellement au Bénin. Nous intervenons pour la protection de la forêt de Hlanzoun (connue aussi sous le nom de Lokoli) depuis quelques mois. Différentes structures ont essayé et échoué durant les 15 dernières années dans cette zone. Le contexte est complexe. Notre écologue s’est rendu sur place pendant 4 mois et a pu travailler avec les équipes d’Ecodec, notre partenaire béninois que nous avons intéressé à la protection de cette forêt. Elle est la seule d’Afrique de l’Ouest à être traversée par un cours d’eau permanent. Le nombre de problèmes à gérer est colossal. Si rien n’est fait, dans peu d’années il ne restera plus grand chose de cette forêt déjà bien amochée. Elle
Interview de Barbara Mathevon
Membre du bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Barbara, vous travaillez aujourd’hui en tant que Chargée de projets ressources naturelles/aires protégées au sein du GRET. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? Je suis environnementaliste et travaille depuis 17 ans sur la protection de la biodiversité à l’international. Je suis tombée dans la protection de l’environnement depuis toute petite. Le premier métier que je voulais faire était éboueur ! J’avais par ailleurs une grande empathie pour les animaux et les plantes et la disparition silencieuse des espèces me bouleversait autant que d’écraser un escargot. Je me souviens qu’on me trouvait trop sensible mais je ne me retrouvais pas du tout dans une conception de l’Homme dominant la nature. J’ai commencé très vite à monter pleins de petites actions à mon échelle à l’école, notamment pour collecter des dons pour les campagnes espèces du WWF. J’étais aussi très réceptive au marketing des maisons d’édition qui collaboraient avec les associations de protection de la nature, comme les fiches animaux à collectionner qui coutaient 10 francs les 20 premières fiches et beaucoup plus cher les suivantes. Un jour nous avions oublié de payer le deuxième lot d’une collection de fiches de la Fondation Cousteau, nous avons reçu une lettre de mise en demeure et j’ai eu très peur que cela ne fasse avorter ma carrière dans la conservation ! Mais mon envie de travailler sur la biodiversité dans les pays du sud vient du film La forêt d’Emeraude, de John Boorman, qui raconte le destin du fils d’un ingénieur travaillant sur un chantier de barrage en Amazonie qui est enlevé par des indiens et avec lesquels il grandira ensuite. Le film montre surtout les ravages de l’industrialisation sur les modes de vie autochtones et les écosystèmes amazoniens. Je ne suis pas sûre que ce soit un très bon film, mais en tout cas ça a été un déclic pour moi et j’ai souhaité alors orienter mon parcours vers les forêts humides. Aujourd’hui, au vu de la façon dont l’état de la biodiversité mondiale s’est considérablement aggravé en 30 ans, je ne vois pas d’engagement ayant plus de sens à mes yeux que celui-ci. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? J’ai d’abord travaillé 7 ans dans une ONG malgache, L’Homme et l’Environnement, sur la conservation d’une forêt littorale (la réserve de Vohibola) et le développement local, puis en tant que Directrice adjointe de cette ONG. Je suis ensuite rentrée en France et j’ai intégré au bout d’un an le programme international du Comité français de l’UICN sur la gestion du Programme de Petites Initiatives du FFEM. Ça m‘a donné l’opportunité de suivre plus de 150 projets portés par la société civile africaine en faveur de la biodiversité et du climat. Ces projets sont de véritables laboratoires d’innovation sociale et un vivier d’intelligences collectives. Ce qui m’a donné rapidement envie de remonter des projets de terrain et j’ai rejoint il y a 8 ans l’ONG de solidarité internationale française Gret en tant que responsable de projets aires protégées. J’ai fait le choix de travailler dans une ONG dont le cœur de métier est l’ingénierie sociale et qui dispose d’expertises très diversifiées parce qu’il me semblait que les principaux défis auxquels font face les aires protégées des pays en développement relèvent prioritairement de questions d’organisations sociale, de gouvernance, d’harmonisation avec les politiques publiques et de questions sectorielles (énergie, agriculture et filières) plutôt que d’expertise écologique. Elle est bien sûr nécessaire mais ne répond qu’à une partie des problèmes. Difficile de choisir mes plus belles expériences mais Vohibola a été incontestablement la plus forte car c’était une immersion de 7 ans dans la culture malgache et les modes de vie des pêcheurs de la Côte Est et une très grande aventure humaine, personnelle et professionnelle. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? En fait je voulais combiner mon envie de voyager, de travailler sur la biodiversité remarquable, tout en découvrant des cultures basées sur un autre rapport à la nature. Au Bénin par exemple, pays du vaudou où il existe de nombreuses divinités de la nature et de la chasse, ces liens culturels et spirituels à la nature sont forts et peuvent servir de leviers efficaces pour la conservation de la biodiversité. Les fétiches, qui sont là pour rappeler le caractère sacré des mangroves par exemple, sont bien plus respectés que les lois issues du droit positif et les mangroves sacrées sont préservées. A Madagascar, parce que le modèle de la société occidentale séduit de plus en plus les jeunes générations comme partout dans le monde, la revitalisation des anciennes règles coutumières peut non seulement servir à la gestion durable des écosystèmes, mais préserver également des savoirs faire et des traditions qui se perdent. Celles-ci relevaient pourtant souvent de régulation durable des usages de la nature que l’économie de marché a bouleversé. Cette revitalisation peut contribuer aussi à une meilleure cohésion sociale entre les générations. D’autre part, en zone rurale, au plus petit niveau sociétal, le village, il y a une dynamique de participation citoyenne aux questions qui relèvent de l’intérêt général incroyable et héritée des traditions précoloniales. Les gens consacrent beaucoup de temps dans les assemblées villageoises pour se concerter et aboutir à des décisions consensuelles. C’est un excellent terreau pour prendre des décisions socialement acceptées et traiter des questions environnementales, des biens communs qui, par définition, engagent la société à voir à long terme et au-delà des intérêts individuels. Le succès que rencontre l’approche par les Communs dans les pays du Nord pour sortir des piliers de la société moderne, l’individualisme et la privatisation, a bien été construite par Elinor Ostrom à partir d’expériences du sud ou les communautés ont été capables de s’organiser pour gérer durablement leurs ressources naturelles. Il faut ainsi puiser dans
Interview de Benjamin Bassono
Mr. Benjamin BASSONO vous êtes le Directeur Exécutif de l’association les Anges Gardiens de la Nature (Burkina-Faso) pouvez-vous nous présenter un peu votre association ? L’Association des Eco-Gardes du Burkina dénommée « LES ANGES GARDIENS DE LA NATURE » (AGN) est une association d’envergure nationale et à but non lucratif née officiellement en 2018. Elle découle de la reconversion de l’Association pour la Valorisation des Produits Locaux (AVPL) née en 2002. Elle a été créée en vue de regrouper au sein d’une même structure les personnes formées dans le cadre du décret présidentiel[1] portant modalités de recrutement des éco-gardes et conditions d’exercice de leur métier au Burkina Faso. AGN a pour objectif principal de protéger la faune, la flore et ceux qui la défendent : les éco-gardes. Pour ce faire, l’association a développé une expertise particulière en matière de professionnalisation des éco-gardes en mettant l’accent sur leur formation et leur équipement. AGN fait de l’éducation à l’environnement et travaille également à la promotion de l’éco-tourisme et des modes de consommation et de production durables. A quel moment et dans quelles circonstances avez-vous personnellement pris le parti de vous engager pour la Nature ? Issu d’une famille Gourounsi et originaire de la province du Sanguié, au Burkina Faso, je suis petit fils d’un grand éleveur de bovins et d’équidés ; dès l’âge de 6 ans, je passais mes vacances auprès de mes grands-parents dans le village de Réo (plus précisément à Goumédyr) qui m’a vu naître. Là-bas, mon plaisir était d’accompagner le plus régulièrement possible les bergers chargés de faire pâturer les troupeaux. Nous partions le matin et ne rentrions que le soir. Les pasteurs devaient chasser au quotidien pour assurer leur repas de midi. Jusqu’à l’âge de 12 ans, j’ai appris à leurs côtés. C’est avec eux que s’est forgée mon âme de broussard. Celle-ci ne m’a plus jamais quitté depuis. Quel est selon vous la plus grande victoire d’AGN ? La plus grande victoire d’AGN a été d’avoir réussi à élaborer et faire accepter le métier d’écogarde au Burkina Faso. Quelle est la personne qui est actuellement votre source d’inspiration et pourquoi ? Michel Vallier. Naturaliste taxidermiste français des Etablissements Vallier. Monsieur Vallier a donné 50 ans de sa vie à parcourir l’Afrique pour former les acteurs de la Faune dans le suivi écologique et la préparation des trophées de chasse. Il a mis en place en Afrique plusieurs éco musés pour l’éducation environnementale des élèves. Il a été pendant longtemps le défenseur de nos pays auprès des instances mondiales de gestion de la faune. Il nous quitté en 2019. Si vous étiez un animal vous seriez ? Expliquez-nous pourquoi ? Si j’étais un animal, je serais un LION. Le Lion dégage une aura certaine et exerce sur son entourage fascination, domination et autorité. Le natif du Lion a l’âme du chef, mais de ces chefs au grand cœur, à la loyauté indéfectible, comme le célèbre roi « Richard Cœur de Lion ». Très énergique, courageux et fort, et surtout optimiste, le Lion est souvent très entouré d’amis et de fidèles admirateurs. Le Lion jouit en général d’une santé robuste et d’un mental de fer. Si vous aviez un pouvoir magique que souhaiteriez-vous changer ? Faire un retour en arrière de 50 ans pour retrouver une biodiversité en meilleure santé. En effet, les pertes de biodiversité dues aux activités humaines se sont accélérées depuis 50 ans. Malheureusement aujourd’hui, cette tendance s’accentue et avec elle, la disparition des écosystèmes. Selon plusieurs sources, 25 % des espèces mondiales auront disparu avant 2050 à cause de la combinaison du réchauffement climatique et des activités de l’Homme… Quels conseils donneriez-vous aux jeunes africains qui veulent s’engager dans la vie associative au profit de la Nature comme vous ? Eviter les erreurs de leurs ainés ! Je crois que ces jeunes devront avant tout penser à prendre en compte la biodiversité dans toutes les stratégies de développement. En effet, jusqu’à présent les systèmes d’enseignement continuent de morceler et disjoindre les connaissances qui devraient être reliées. Ainsi, on forme des esprits unidimensionnels et réducteurs, qui ne privilégient qu’une dimension et en occultent les autres. Lors des dernières grandes rencontres régionales en Afrique, les gouvernements ont fait part de leur échec à atteindre les objectifs de 2010 pour la biodiversité. Selon eux, les secteurs tels que l’agriculture, la pêche, l’économie et le tourisme n’intègrent pas suffisamment les enjeux de la biodiversité, ce qui est également le cas dans bon nombre d’autres secteurs, en dehors de ceux directement liés à la biodiversité et aux problématiques environnementales en général. De nos jours, la conception des politiques relatives à la conservation de la biodiversité, qu’elle se situe au niveau global, national ou local, dicte le préalable de ce que Morin et al. (2003) appellent « percevoir les interactions et rétroactions où se mêlent et interfèrent les processus économiques, politiques, sociaux, nationaux, ethniques, religieux, mythologiques qui tissent le destin planétaire… ». Malheureusement, les systèmes d’éducation qui ont formé la plupart des élites ayant actuellement la charge de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques relatives à la conservation de la biodiversité n’ont pas imaginé d’intégrer le besoin d’émergence d’esprits aptes à saisir des problèmes fondamentaux globaux, aptes à comprendre leur complexité dans le processus d’apprentissage.
Interview d’Ekwoge Abwe
Bonjour Ekwoge. Vous êtes le responsable de l’ONG camerounaise EBO FOREST RESEARCH PROJECT. Pouvez-vous vous présenter et expliquer les motivations qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature au Cameroun? Quelle est la raison principale de votre engagement sur cette cause? Merci à l’équipe du PPI de nous donner l’opportunité de parler de notre travail et de l’importance de la biodiversité de la forêt d’Ebo au Cameroun. Je suis Ekwoge Abwe, un primatologue de formation. J’ai commencé ma carrière dans la conservation en 1998, d’abord en tant qu’opérateur de Systèmes d’Information Géographique (SIG). En 2003, j’ai commencé à travailler comme assistant de recherche sur les primates sous la direction du Dr Bethan Morgan et en août 2005, j’ai eu la chance d’observer des chimpanzés casser des noix de Coula edulis à Ebo à l’aide de pierres utilisées comme des marteaux. Ce fut la première observation de ce comportement et de l’utilisation de cet outil de subsistance en dehors des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest, et cela a ravivé mon intérêt pour les primates et en particulier les grands singes. En 2010, j’ai terminé une maîtrise en conservation des primates à l’Université d’Oxford Brookes, au Royaume-Uni, et en 2018, j’ai terminé mon doctorat à l’Université de Drexel, aux États-Unis, avec un accent sur la diversité comportementale dans deux populations de chimpanzés du Nigéria-Cameroun génétiquement distinctes dans des habitats distincts (forêt tropicale et mosaïque forêt-bois-savane). Au fil du temps, j’ai compris la diversité des espèces de primates au Cameroun, mais plus important encore, les menaces auxquelles les différentes espèces étaient confrontées dans leurs habitats naturels dans le pays. Les premiers résultats de l’enquête dans la forêt d’Ebo, par exemple, ont montré que la diversité des espèces de primates, y compris les grands singes, les autres grands mammifères et les plantes, était très élevée. En outre, les cultures et les moyens de subsistance de plus de 40 communautés adjacentes à la forêt étaient intimement liés à cette riche biodiversité. Cette matrice homme-biodiversité a façonné ma philosophie d’inclusion (en particulier des communautés de base) dans la conservation de la biodiversité. Aujourd’hui, nous collaborons avec des groupes communautaires locaux autour de la forêt d’Ebo pour promouvoir des initiatives de conservation menées par la communauté. Ebo Forest, où votre organisation concentre ses travaux depuis une vingtaine d’années maintenant, constitue un enjeu de conservation important au Cameroun : quelles sont les spécificités qui font de cette zone forestière un hotspot pour la conservation de la nature dans votre pays, et plus généralement en Afrique Centrale? À juste titre, la forêt d’Ebo et sa riche biodiversité ont une importance mondiale. L’écosystème fait partie de la forêt tropicale du golfe de Guinée et, avec les forêts adjacentes de Makombe et de Ndokbou, elles constituent l’étendue de forêt la plus intacte de cette écorégion. La forêt constitue environ 50% de la zone clé pour la biodiversité de Yabassi et séquestre 35 millions de tonnes de carbone. En termes de biodiversité, la forêt abrite 11 espèces diurnes de primates, y compris des chimpanzés du Nigeria-Cameroun (~ 20% de la population de la sous-espèce vit à Ebo, et c’est la seule population sauvage qui utilise des outils pour pêcher les termites et craquer des noix), des gorilles de l’Ouest (une population géographiquement isolée dont la taxonomie est encore inconnue), des colobes roux du Cameroun, plusieurs grands mammifères, y compris les éléphants de forêt. La diversité botanique de la forêt est importante, et 29 nouvelles espèces y ont été décrites depuis 2005, dont beaucoup sont endémiques et en voie de disparition. Plus de 40 villages entourent la forêt et leurs moyens de subsistance, leur histoire et leurs cultures sont liés à la forêt. Malgré la diversité riche et unique, ainsi que l’importance socio-économique et culturelle de la forêt, il n’y a pas de statut de protection juridique pour la forêt. À partir de 2006, le gouvernement du Cameroun a lancé un processus de classement de la forêt en parc national. Ce processus a été bloqué en grande partie en raison d’un manque de volonté politique, et en 2020, le gouvernement a lancé un autre processus, cette fois-ci pour classer la forêt en deux Unités de gestion forestière (UFA) pour l’exploitation du bois. À la suite de vives protestations de la part d’un large éventail de parties prenantes, le gouvernement a par la suite suspendu le décret qui, en juillet 2020, avait classé l’UFA 07: 006 en concession forestière et a interrompu le processus de classification de l’UFA 07: 005. Outre ces menaces liées à l’exploitation forestière, les incertitudes relatives aux options d’utilisation de la forêt, la chasse et le commerce de viande de brousse, l’exploitation forestière illégale et la destruction de l’habitat liée à l’agriculture de subsistance et agro-industrielle sont monnaie courante. Beaucoup de gens ont entendu parler d’Ebo ces derniers temps à cause de la pression sur le massif: que s’est-il passé début 2020 et où est la situation aujourd’hui? Vous avez raison, la forêt d’Ebo est devenue un enjeu majeur de conservation pour le grand public depuis février 2020 lorsque le ministre camerounais des Forêts et de la Faune a publié deux avis publics pour le classement de la forêt en deux Unités Forestières d’Aménagement (UFA) pour être exploitée. Les avis publics ont été signés en février 2020 mais n’ont été rendus publics que la veille de la première réunion de sensibilisation à Yabassi le 9 mars 2020. Compte tenu de la riche diversité culturelle, de la biodiversité et de l’importance mondiale de la forêt, il y a eu une condamnation généralisée de la proposition de classification de la forêt en concessions d’exploitation à long terme. Malgré ces protestations d’un large éventail de parties prenantes, y compris les communautés de base, les chercheurs et les défenseurs de l’environnement, le gouvernement du Cameroun a signé un décret créant l’UFA 07: 006 en juillet 2020. La persistance et la nature inébranlable des manifestations ont exhorté le gouvernement à suspendre le décret de création de l’UFA trois semaines après la
Interview of Ekwoge Abwe
Hello Ekwoge. You are the manager of the Cameroonian NGO EBO FOREST RESEARCH PROJECT. Can you introduce yourself and explain the motivations that led you to work in the protection of Nature in Cameroon? What is the main reason for your commitment to this cause? Thank you PPI for this opportunity to talk about our work and the significance of the biodiversity of the Ebo forest in Cameroon. I am Ekwoge Abwe, a primatologist by training. I began my conservation career in 1998, first as a geographic information system operator and in 2003, I started working as a research assistant on primate surveys under Dr. Bethan Morgan. In August 2005, I observed chimpanzees cracking nuts of Coula edulis in Ebo using stone hammers. This was the first observation of this subsistence tool use behavior outside western chimpanzees in west Africa, and it rekindled my interest in primates and especially great apes. In 2010, I completed an MSc in Primate Conservation at Oxford Brookes University, UK ,and in 2018, I completed my doctoral degree at Drexel University, USA with focus on behavioral diversity in two genetically distinct Nigeria-Cameroon chimpanzee populations in distinct habitats (rainforest and forest-woodland-savanna mosaic). In the course of time, I came to understand the diversity of primate species in Cameroon, but even more important, the threats the different species were facing across their natural habitats in the country. Initial survey results in the Ebo forest for example showed that the diversity of primate species including great apes, other large mammals and plants was very high. In addition, the cultures and livelihoods of more than 40 communities adjacent to the forest were intricately linked with this rich biodiversity. This human-biodiversity matrix has shaped my philosophy of inclusion (especially of grassroots communities) in biodiversity conservation. Today we collaborate with local community groups around the Ebo forest to promote community-led conservation initiatives. Ebo Forest, where your organization has been focusing its work for about twenty years now, constitutes an important conservation stake in Cameroon: what are the specificities that make this forest area a hotspot for nature conservation in your country? , and more generally in Central Africa? Rightly, the Ebo forest and it’s rich biodiversity are of global significance. The forest falls with the Gulf of Guinea rainforest, and with the adjacent Makombe and Ndokbou forests constitute the most intact tract of forest in this ecoregion. The forest constitutes ~50% of the Yabassi Key Biodiversity Area and sequesters 35 million tonnes of carbon. In terms of its biodiversity, the forest harbors 11 diurnal species of primates including Nigeria-Cameroon chimpanzees (~20% of the subspecies population lives in Ebo, and it is the only wild population that uses tools to both fish for termites and crack hard-shelled nuts), western gorilla (geographically isolated population whose taxonomic affinity is still unknown), drill, Preuss’s red colobus monkeys; several large mammals including forest elephants. The botanical diversity of the forest in high, and 29 new species to science have been described in the forest since 2005, many of which are endemic to the forest and are endangered. More than 40 villages surround the forest, and their livelihoods, ancestries and cultures are tied to the forest. Despite the rich and unique diversity, as well as the socioeconomic and cultural significance of the forest, there is no legal protection status for the forest. From 2006, the government of Cameroon initiated the process to gazette the forest into a national park. This process was stalled due largely to lack of political will, and in 2020, the government initiated another process, this time around to classify the forest into two Forest Management Units (FMU) for timber exploitation. Following staunch protests from a wide range of stakeholders, the government later suspended the decree that in July 2020 had classified FMU 07: 006 into a logging concession as well as halted the classification process of FMU 07: 005. Aside from these threats related to land use option uncertainties for the forest, hunting and bushmeat trade, illegal logging, and habitat destruction related to subsistence and agro-industrial farming are rife. A lot of people have heard about Ebo lately because of the pressure on the massif: what happened in early 2020 and where is the situation today? You are right, Ebo forest became a major focus from February 2020 when the Cameroon Minister of Forestry and Wildlife published two public notices for the classification of the forest into two Forest Management Units (FMU): FMU 07: 005 and FMU 07: 006. The public notices were signed in February 2020 but only made public on the eve the first sensitization meeting in Yabassi on March 9, 2020. Given the rich cultural- and bio-diversity, and global significance of the forest, there was widespread condemnation of the proposed classification of the forest into long term logging concessions. Despite these protests from a wide range of stakeholders including grassroots communities, researchers and conservationists, the government of Cameroon went ahead to sign a decree creating FMU 07: 006 in July 2020. The persistence and unwavering nature of protests urged the government to suspend the decree creating FMU 07: 006 three weeks after classification and to halt the process of classification of FMU 07: 005. This could be seen as a conservation victory for the Ebo forest and biodiversity protection in Cameroon as a whole. However, the threats persist, as there is no formal land use option for the forest till date. In April 2020, a group of conservationists and researchers who had or are working in Ebo forest wrote a letter to the Prime Minister of Cameroon urging the government to suspend plans to classify the forest into logging concessions, and to rather engage all stakeholders into an inclusive and transparent land use planning process to decide the best and most sustainable land use options that would cater for the socioeconomic and cultural wellbeing of local communities, as well as preserve the rich biodiversity of the area for posterity. This land use planning proposal has been supported by a
Interview de la Réserve Ornithologique de Kalissaye (ROK)
Interview auprès de M. Pathé Baldé, Conservateur de la Réserve Ornithologique de Kalissaye et de M. Jean Diassy, Président du Comité de gestion de la Réserve Ornithologique de Kalissaye. Pouvez-vous nous présentez en quelques mots la réserve : taille, intérêt écologique, types de paysages, date de création, gouvernance ? La Réserve Ornithologique de Kalissaye (ROK) est créée par décret N° 78- 809 du 28 Juillet 1978. Elle est située en Casamance, au sud du Sénégal. Elle couvrait, à sa création, une superficie de 16 ha et abrite deux ilots sableux encerclés par les eaux lors des marées hautes. Toutefois, les mouvements dunaires observés depuis quelques années ont entrainé une augmentation de la superficie de la ROK (220 ha). L’objectif principal de la création de la réserve est la conservation d’un écosystème fluviomarin complexe pour assurer une bonne reproduction des espèces côtières et marines. Il s’agit en particulier: – De protéger un écosystème complexe afin qu’il joue le rôle d’accueil des colonies nicheuses d’oiseaux et des tortues reproductrices ; – D’assurer les bonnes conditions de reproduction des oiseaux migrateurs ; – De promouvoir le tourisme et la recherche scientifique. La ROK est caractérisée par une diversité d’écosystèmes forestiers, de savanes insulaires, d’estuaires et d’une partie aquatique. La zone éco-géographique de la réserve est traversée par des bolongs et présente aussi des lagunes temporairement inondées, des marais et des vasières. Le mode de gouvernance de la réserve ornithologique implique tous les acteurs grâce à un comité de gestion : administration, communauté locale, écoles, centres d’éducation environnementales, pêcheurs, GIE des femmes, les jeunes. Ce qui lui confère une gouvernance partagée et inclusive. La réserve accueille une diversité d’espèces d’oiseaux et de tortues marines. Parmi les oiseaux, certains sont des migrateurs afrotropicaux, des migrateurs du paléarctique occidental. Ce groupe est composé de limicoles (barge à queue noire, becasseau sanderling, barge rousse, avocette élégante, bécasseau maubéche, courlis corlieu, courlis cendré, etc), les laridae (sternes royales, les sternes caspiennes, goelands railleurs, mouettes à tête grise, etc), des phalacrocoracidea (cormorans africain, grand cormoran, ), les pélicandiea (pélican gris, pélican blanc), les ardeidea (heron cendré, aigrette dimorphe, grande aigrette, etc. Côté tortues marines, on y trouve principalement des tortues vertes, mais aussi des tortue luth, tortue caouanne, tortue olivâtre, tortue imbriquée. Cette année 89 nids de tortues vertes ont été observés dans la ROK, un record ! Cette année a été particulière du fait du COVID, comment le comité de gestion et la ROK ont fait pour s’adapter et continuer à réaliser un certain nombre d’activités ? Quelles sont les leçons apprises de cette année ? En 2020, la réserve a reçu un appui du PPI à travers le projet de « consolidation de la remontée biologique des laridea et des tortues marines par le renforcement de la gouvernance de la réserve ornithologique de kalissaye au Sénégal ». Dans la mise en œuvre de ce projet, la première stratégie a été d’unifier tous les acteurs et les organes qui interviennent dans l’espace de la réserve. Ce qui a permis de formaliser un cadre unifié. Avec ce cadre unifié, les activités sont planifiées, mises en œuvre et évaluées dans un approche participatif et inclusif. Au cours de la mise en œuvre du projet, le Covid-19 est survenu. Cette pandémie a entrainé un retard dans l’exécution de certaines activités et surtout de la méfiance dans le contact avec les oiseaux migrateurs en raison du manque d’information sur les modes de transmission. Nous avons pris en compte les mesures barrières et des rencontres régulières ont permis de revoir la planification des activités pour être en phase avec le chronogramme du projet. Le COVID 19 a entrainé un confinement des pêcheurs dans leur localité. Ce qui a réduit les pressions sur les ressources marines au début de la crise. Mais rapidement, nous avons connu une arrivée forte des embarcations de pêcheurs d’autres zones. Une forte sensibilisation envers les pêcheurs est régulièrement faite par l’équipe de la ROK et le comité de gestion pour éviter l’augmentation des pressions pendant cette période. Nous prévoyons de poursuivre cette sensibilisation et de renforcer l’implication des habitants et usagers avec la constitution d’un comité Inter-villageois de suivi, de surveillance et de protection. Vous avez notamment réalisé une visite d’échange : qu’avez-vous visité et quelles ont été les leçons apprises de cette visite ? Nous remercions le PPI d’avoir soutenu cette visite d’échange qui a permis de couvrir la réserve naturelle de Popenguine, La Réserve Naturelle d’intérêt Communautaire de la Somone, L’aire Marine Protégée de Joal Fadjouth, Le Parc National de la Langue de Barbarie (St-Louis). Nous avons visités divers aspects que l’on peut résumer en 3. Il s’agit de : – La gouvernance notamment l’implication des populations locales dans les domaines de la gestion, de la planification, de la prise de décision, de la mise en œuvre, de l’évaluation et de la réorientation. – La valorisation touristique notamment la facturation des entrées dans les sites, l’hébergement des touristes. Les ressources générées par la valorisation touristique sont réparties dans les différents secteurs socio-économiques de la localité. Il s’agit de l’appui à la santé, à l’éducation, au culte, les infrastructures. Les ressources tirées de la valorisation touristique permettent aussi d’instaurer une mutuelle d’épargne et de crédit au profit des différents groupements d’intérêt – économique. – L’instauration et le respect des périodes de repos biologique. Ce qui permet à la ressource de se régénérer et de grandir. La participation et l’engouement des populations dans les activités de conservation, de suivi et de surveillance sont des aspects qui nous ont marqués au cours des échanges. Ce qui permet à la population d’acquérir des renforcements de capacités sur des domaines de la vie associative, de la biologie, de la gouvernance, du plaidoyer, de la gestion, de la communication, etc. Comment prévoyez de mettre en œuvre ces leçons par la suite dans la ROK ? Après cette visite, nous avons organisé une réunion de partage et rédigé un plan d’action pour améliorer nos capacités techniques, organisationnelles. Ce qui nous permettra d’intégrer toutes les composantes apprises dans notre vécu quotidien. L’administration de la réserve a
Interview of Benjamin Bassono
Mr. Benjamin BASSONO you are the Executive Director of the association « Les Anges Gardiens de la Nature » (Burkina-Faso) can you present us a little bit your association? The Association of the Eco-Guards of Burkina Faso called » LES ANGES GARDIENS DE LA NATURE » (AGN) is a national non-profit association officially born in 2018. It results from the reconversion of the Association for the Valorization of Local Products (AVPL) born in 2002. It was created in order to bring together within the same structure the people trained within the framework of the presidential decree on the terms and conditions for the recruitment of eco-guards and the conditions for exercising their profession in Burkina Faso. AGN’s main objective is to protect the fauna, flora and those who defend it: the eco-guards. To do this, the association has developed particular expertise in the professionalization of eco-guards, with a focus on their training and equipment. AGN provides environmental education and also works to promote eco-tourism and sustainable modes of consumption and production. When and under what circumstances did you personally make the commitment to Nature? I come from a Gourounsi family from the province of Sanguié, Burkina Faso. I am the grandson of a great cattle and horse breeder; from the age of 6, I spent my vacations with my grandparents in the village of Réo (more precisely in Goumédyr) where I was born. There, my pleasure was to accompany as regularly as possible the shepherds in charge of grazing the herds. We would leave in the morning and only return in the evening. The shepherds had to hunt every day to ensure their midday meal. Until the age of 12, I learned at their side. It was with them that my bush soul was forged. It has never left me since. What do you think is AGN’s greatest victory? AGN’s greatest victory was to have succeeded in developing and accepting the ecoguard profession in Burkina Faso. Who is the person who is currently your source of inspiration and why? Michel Vallier. French taxidermist naturalist of Etablissements Vallier. Mr. Vallier gave 50 years of his life to travel through Africa to train wildlife actors in ecological monitoring and preparation of hunting trophies. He has set up several eco-museums in Africa for the environmental education of students. He was for a long time the defender of our countries with the world authorities of wildlife management. He leaves us in 2019. If you were an animal you would be? Tell us why? If I were an animal I would be a LION. The Lion exudes a certain aura and exerts fascination, domination and authority over his entourage. The native of the Lion has the soul of a leader, but of those leaders with a big heart and unfailing loyalty, like the famous king « Richard the Lionheart ». Very energetic, courageous and strong, and above all optimistic, the Lion is often surrounded by friends and loyal admirers. Leo generally enjoys robust health and an iron mind. If you had a magical power, what would you want to change? Go back 50 years to find a healthier biodiversity. Indeed, the loss of biodiversity due to human activities has accelerated over the past 50 years. Unfortunately today, this trend is increasing and with it the disappearance of ecosystems. According to several sources, 25% of the world’s species will have disappeared before 2050 due to the combination of global warming and human activities . What advice would you give to young Africans who want to get involved in community life for the benefit of Nature like you? Avoid the mistakes of their elders! I believe that these young people will first and foremost have to think about taking biodiversity into account in all development strategies. Indeed, until now, education systems continue to fragment and disjoin the knowledge that should be linked. Thus, we form one-dimensional and reducing minds, which privilege only one dimension and obscure the others. At recent major regional meetings in Africa, governments have expressed their failure to meet the 2010 biodiversity targets. According to them, sectors such as agriculture, fisheries, economy and tourism do not sufficiently integrate biodiversity issues, which is also the case in many other sectors, apart from those directly related to biodiversity and environmental issues in general. Nowadays, the design of policies relating to biodiversity conservation, whether at the global, national or local level, dictates the precondition for what Morin et al. (2003) call « perceiving the interactions and feedbacks where economic, political, social, national, ethnic, religious, mythological processes that weave the planetary destiny are mixed and interfered with ». Unfortunately, the education systems that have trained most of the elites currently in charge of developing and implementing biodiversity conservation policies have not imagined integrating the need for the emergence of minds capable of grasping fundamental global problems and understanding their complexity into the learning process.
Interview of Pathé BALDE, ROK
Interview with M. Pathé Baldé, Conservateur of the Kalissaye Bird Reserve and with M. Jean Diassy, President of the management comittee of the Kalissaye Bird Reserve Can you briefly tell us about the Kilassaye Bird Reserve : size, ecological interest, types of landscapes, date of creation, governance ? The Kalissaye Bird Reserve (ROK) was created by decree No. 78-809 of July 28, 1978. It is located in Casamance, in the south of Senegal. When it was created, it covered an area of 16 ha and had two sandy islands surrounded by water during high tides. However, the dune movements observed in recent years have resulted in an increase in the size of the area of the ROK (220 ha). The main objective of the creation of the reserve is the conservation of a complex ecosystem to ensure good reproduction of coastal and marine species. It concerns in particular: – To protect a complex ecosystem so that it plays the role of hosting nesting bird colonies and breeding turtles, – To ensure good breeding conditions for migratory birds, – To promote tourism and scientific research. The ROK is characterized by a diversity of forest ecosystems, island savannas, estuaries and an aquatic part. The eco-geographical zone of the reserve is crossed by bolongs and also presents temporarily flooded lagoons, marshes and mudflats. The mode of governance of the bird reserve involves all the stakeholders thanks to a management committee: administration, local community, schools, environmental education centers, fishermen, women’s economic groups, young people. It allows a shared and inclusive governance. The reserve is home to a diversity of species of birds and sea turtles. Among the birds, some are Afrotropical migrants, Western Palaearctic migrants. This group is composed of shorebirds (black-tailed godwit, sanderling, red-haired godwit, elegant avocet, red knot, whimbrel, ash curlew, etc.), laridae (king terns, caspian terns, mocking gulls, gray-headed gulls, etc), phalacrocoracidea (African cormorants, great cormorants,), pelicandiea (gray pelican, white pelican), ardeidea (gray heron, dimorphic egret, great egret, etc). On the sea turtle side, we find mainly green turtles there, but also leatherback turtle, loggerhead turtle, olive ridley turtle, hawksbill turtle. This year 89 green turtle nests were observed in the ROK, a record! This year has been special due to COVID, how have the management committee and the ROK managed to adapt and continue to carry out a number of activites ? What are the lessons learned from this year ? In 2020, the reserve received support from the PPI through the project “Consolidation of the biological recovery of laridea and marine turtles by strengthening the governance of the kalissaye bird reserve in Senegal”. By implementing this project, the first strategy has been to unify all the stakeholders that intervene in the reserve area. This made it possible to formalize a unified committee. With this unified committee, activities are planned, implemented and evaluated in a participatory and inclusive approach.During the implementation of the project, the Covid-19 occurred. This pandemic has resulted in a delay in the execution of certain activities and especially mistrust in contact with migratory birds due to the lack of information on the modes of transmission. Thus, taken into account the barrier measures and regular meetings which made it possible to review the planning of activities to be in line with the project schedule.COVID 19 has resulted in the confinement of fishermen in their locality. This reduced the pressure on marine resources at the start of the crisis. But quickly, we saw a strong influx of fishing boats from other areas. Strong sensitization towards fishermen is regularly made by the ROK team and the management committee to avoid increasing pressure during this period. We plan to continue this sensitization and strengthen the involvement of residents and users with the establishment of an inter-village committee for monitoring, surveillance and protection. You also made an exchange visit: what did you visit and what were the lessons learned form this visit ? We would like to thank the PPI for supporting this exchange visit which made it possible to cover the Popenguine nature reserve, the Somone Nature Reserve of Community Interest, the Joal Fadjouth Marine Protected Area, the Language National Park de Barbarie (St-Louis). We visited various aspects that can be summarized in 3. These are: – Governance, particularly the involvement of local populations in the areas of management, planning, decision-making, implementation, evaluation and reorientation. – Tourism promotion, in particular the paiement of entry fees to sites, tourist accommodation. The resources generated by tourism development are distributed among the different socio-economic sectors of the locality. It is about support for health, education, worship, infrastructure. The resources drawn from tourism development also make it possible to set up a savings and credit mutual society for the benefit of various interest groups – economic. – The establishment and respect of periods of biological rest. This allows the resource to regenerate and grow.The participation and enthusiasm of the populations in conservation, monitoring and surveillance activities are aspects that stood out during the discussions. This allows the population to acquire capacity building in areas of community life, biology, governance, advocacy, management, communication, etc. How do you plan to implement these lessons later in the ROK? After this visit, we organized a sharing meeting and drafted an action plan to improve our technical and organizational capacities. This will allow us to integrate all the learned components into our daily life. The administration of the reserve has already conceded openness and involvement in planning, development. This process will lead to more inclusive and responsible governance of the population in the management of the reserve. The process started in 2011 with the creation of the management committee. It is accentuated with the PPI and appears to be in its consolidation phase with the completion of this exchange visit.The exchange visit also helped to understand that community action must be based on volunteering and selflessness. We have undertaken a large campaign to inform and share these experiences in order to convince as many young people as possible about