Fête de la Nature 2021 : les inscriptions sont ouvertes !

La 15e édition de la Fête de la Nature, du 19 au 23 mai, sera un temps fort de mobilisation des acteurs engagés pour la biodiversité en prémices au Congrès mondial de la nature de l’UICN qui se tiendra du 3 au 11 septembre à Marseille. Cette année, le thème sera « A travers mille et un regards » et les inscriptions sur fetedelanature.com sont ouvertes ! Particuliers, associations, collectivités, entreprises… rejoignez le plus grand mouvement nationale de célébration de la nature et prenez dès à présent part à cette nouvelle édition ! Pour tout savoir sur l’organisation et l’inscription d’une manifestation à l’occasion de la Fête de la Nature 2021, l’association propose un nouveau Guide de l’organisateur. Vous avez jusqu’au 12 mai* pour enregistrer votre proposition qui sera évaluée par l’équipe de la Fête de la Nature en vue de sa labellisation. Toutes les animations validées apparaîtront dans la programmation en ligne à partir de mi-avril. *Un conseil : plus tôt vous demanderez la publication de votre manifestation, plus elle aura de chance d’être repérée pour être valorisée au sein du programme. Le respect du thème annuel n’est pas obligatoire. Vous êtes libres de proposer le sujet qui vous inspire, à condition que votre animation respecte les critères inscrits dans la charte de la Fête de la Nature. Plus d’informations – Le Congrès mondial de la nature de l’UICN 2020 et la Fête de la nature– Le site internet de la Fête de la nature– Le Guide de l’organisateur– A propos du Comité français de l’UICN et de la Fête de la nature– Le programme Education et communication
Renforcement de la justice environnementale

Le Comité français de l’UICN salue la spécialisation des magistrats et des juridictions en matière d’environnement et appelle le gouvernement à réhausser ses propositions de nouvelles incriminations dans le projet de loi climat et convention citoyenne. La réponse pénale à la criminalité environnementale est très majoritairement constituée par des alternatives aux poursuites qui ne facilitent pas l’accès des victimes à la justice répressive et à la réparation du préjudice écologique au point où le procureur général près la Cour de cassation a pu évoquer « une dépénalisation de fait du droit de l’environnement ». La criminalité environnementale est pourtant loin d’être résiduelle. Le rapport de la mission d’inspection « Une justice pour l’environnement », publié en octobre 2019, recense entre 19 400 et 22 000 procès-verbaux d’infractions délictuelles transmis aux parquets liés aux atteintes à l’environnement sur la période 2012 à 2018. En 2018, les établissements ayant fusionné au sein de l’Office français de la biodiversité (Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et Agence française pour la biodiversité (AFB) ont constaté plus de 15 000 infractions, dont 6 336 liées à la chasse, 1 223 liées à la gestion et à la protection du gibier, 1 317 liées à la pêche, à l’eau et aux milieux aquatiques et 745 liées à la protection des espèces animales, végétales et des habitats. Le Comité français de l’UICN, avec sa commission du droit de l’environnement et des politiques environnementales (CDPE), avait lancé dès 2015 une réflexion sur ces questions en organisant un colloque à Montpellier sur « la protection de la nature par le droit pénal ». En 2016, les membres de l’UICN ont adopté une motion (085) lors du dernier Congrès mondial de la nature (Hawaï, USA) appelant les États membres à créer des cours et tribunaux spécialisés pour l’environnement. Afin de concrétiser cette recommandation, le Comité français de l’UICN avait lancé en 2017 un appel visant à spécialiser les juges pour l’environnement, partagé par une vingtaine d’organisations de protection de la nature ou des animaux. Depuis, le Comité français de l’UICN a été étroitement associé aux travaux de la mission d’inspection « Une justice pour l’environnement » destinés à formuler des propositions d’amélioration du traitement judiciaire des atteintes à l’environnement. Cet appel du Comité français de l’UICN aboutit ainsi favorablement puisque la loi du 24 décembre 2020 procède à une spécialisation des juridictions civiles et pénales en matière d’atteintes à l’environnement. Des juges spécialement formés et qualifiés traiteront désormais exclusivement ce contentieux à la fois complexe et technique, ce qui devrait permettre de remédier à ce phénomène de dépénalisation du droit de l’environnement et de relever le niveau des sanctions prononcées. Mais au-delà de ces importantes avancées, le Comité français de l’UICN estime que les premières propositions du gouvernement figurant dans le projet de loi climat et convention citoyenne qui sera discuté par le Parlement à partir de mars 2021 ne sont pas à la hauteur de la réforme institutionnelle ambitieuse qui découle de la loi du 24 décembre 2020. Le Comité français de l’UICN estime que cette réforme institutionnelle doit s’accompagner d’une refonte des principales incriminations en relevant le niveau des peines applicables aux infractions les plus graves, en consacrant un délit général d’atteinte à l’environnement et un délit de mise en danger de l’environnement. Plus d’informations – Commission Droit et politiques environnementales du Comité français de l’UICN– Rapport « Une justice pour l’environnement », page 19– Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, Flash’crim n°29, octobre 2020– Recommandation 85 adoptée en 2016 au Congrès mondial de la nature de l’UICN– Loi n° 2020-1672 du 24 décembre 2020 relative au Parquet européen, à la justice environnementale et à la justice pénale spécialisée– Contact : Florence Clap, Chargée de programme « Politiques de la biodiversité »
Emissions dans le cadre du partenariat avec Ushuaia TV

Ushuaia TV et le Comité français de l’UICN sont partenaires cette année en perspective du Congrès de l’UICN.
Fête de la nature 2021 : « A travers mille et un regards »

En prémices au Congrès mondial de la nature de l’UICN 2020 (Septembre 2021 – Marseille), du 19 au 23 mai 2021 sur tout le territoire français, en métropole comme en Outre-mer, dans les villes comme à la campagne, se tiendra la 15e édition de Fête de la Nature. Cette dernière année 2020 est venue confirmer un constat jusqu’ici peu abordé en société : notre rapport à la nature doit être questionné pour être repensé. Pour pallier cette crise de notre relation au vivant, il apparaît plus que jamais essentiel que les passionnés et les professionnels s’unissent pour partager la connaissance et l’expérience de la nature. Partager votre vision de la nature avec la thématique « A travers mille et un regards » Cette édition propose de mettre l’accent sur les approches de la nature, aussi diverses soient-elles (une manière de la préserver, de l’observer, de l’étudier, de l’aimer…). Elle invite chacun à présenter son approche de la nature qu’il chérit et préserve. Espaces naturels gérés ou en libre évolution ? Nature sauvage ou cultivée ? Espèces alliées ou tenues à distance ? Paysages figés ou en mouvement ? Biodiversité sacralisée ou utilisée ? Selon que l’on soit de la ville ou de la campagne, biologiste ou agriculteur, artiste ou garde nature… la place accordée à la nature dans son quotidien et le rapport que l’on entretient avec diffèrent considérablement. Alors pourquoi ne pas partager ces divers points de vue, les expliquer, les questionner ? Il n’y a pas une nature mais des natures, à vous de montrer la vôtre ! Une fois votre projet programmé (lieu, date, déroulé…), annoncez votre manifestation dans la programmation de la Fête de la Nature. N’oubliez pas d’organiser un temps de célébration festif pour les participants (dans le respect des consignes sanitaires) Le respect (ou non) de la thématique n’influence en rien l’attribution du label. Celle-ci est imaginée pour encourager le renouvellement des manifestations, inspirer de nouvelles approches et insuffler un vent de nouveauté à chaque édition. Mais vous êtes parfaitement libres de suivre vos propres envies ! Plus d’informations – Le site internet de la Fête de la nature– Le programme Education et communication
Interview de Benjamin Bassono
Mr. Benjamin BASSONO vous êtes le Directeur Exécutif de l’association les Anges Gardiens de la Nature (Burkina-Faso) pouvez-vous nous présenter un peu votre association ? L’Association des Eco-Gardes du Burkina dénommée « LES ANGES GARDIENS DE LA NATURE » (AGN) est une association d’envergure nationale et à but non lucratif née officiellement en 2018. Elle découle de la reconversion de l’Association pour la Valorisation des Produits Locaux (AVPL) née en 2002. Elle a été créée en vue de regrouper au sein d’une même structure les personnes formées dans le cadre du décret présidentiel[1] portant modalités de recrutement des éco-gardes et conditions d’exercice de leur métier au Burkina Faso. AGN a pour objectif principal de protéger la faune, la flore et ceux qui la défendent : les éco-gardes. Pour ce faire, l’association a développé une expertise particulière en matière de professionnalisation des éco-gardes en mettant l’accent sur leur formation et leur équipement. AGN fait de l’éducation à l’environnement et travaille également à la promotion de l’éco-tourisme et des modes de consommation et de production durables. A quel moment et dans quelles circonstances avez-vous personnellement pris le parti de vous engager pour la Nature ? Issu d’une famille Gourounsi et originaire de la province du Sanguié, au Burkina Faso, je suis petit fils d’un grand éleveur de bovins et d’équidés ; dès l’âge de 6 ans, je passais mes vacances auprès de mes grands-parents dans le village de Réo (plus précisément à Goumédyr) qui m’a vu naître. Là-bas, mon plaisir était d’accompagner le plus régulièrement possible les bergers chargés de faire pâturer les troupeaux. Nous partions le matin et ne rentrions que le soir. Les pasteurs devaient chasser au quotidien pour assurer leur repas de midi. Jusqu’à l’âge de 12 ans, j’ai appris à leurs côtés. C’est avec eux que s’est forgée mon âme de broussard. Celle-ci ne m’a plus jamais quitté depuis. Quel est selon vous la plus grande victoire d’AGN ? La plus grande victoire d’AGN a été d’avoir réussi à élaborer et faire accepter le métier d’écogarde au Burkina Faso. Quelle est la personne qui est actuellement votre source d’inspiration et pourquoi ? Michel Vallier. Naturaliste taxidermiste français des Etablissements Vallier. Monsieur Vallier a donné 50 ans de sa vie à parcourir l’Afrique pour former les acteurs de la Faune dans le suivi écologique et la préparation des trophées de chasse. Il a mis en place en Afrique plusieurs éco musés pour l’éducation environnementale des élèves. Il a été pendant longtemps le défenseur de nos pays auprès des instances mondiales de gestion de la faune. Il nous quitté en 2019. Si vous étiez un animal vous seriez ? Expliquez-nous pourquoi ? Si j’étais un animal, je serais un LION. Le Lion dégage une aura certaine et exerce sur son entourage fascination, domination et autorité. Le natif du Lion a l’âme du chef, mais de ces chefs au grand cœur, à la loyauté indéfectible, comme le célèbre roi « Richard Cœur de Lion ». Très énergique, courageux et fort, et surtout optimiste, le Lion est souvent très entouré d’amis et de fidèles admirateurs. Le Lion jouit en général d’une santé robuste et d’un mental de fer. Si vous aviez un pouvoir magique que souhaiteriez-vous changer ? Faire un retour en arrière de 50 ans pour retrouver une biodiversité en meilleure santé. En effet, les pertes de biodiversité dues aux activités humaines se sont accélérées depuis 50 ans. Malheureusement aujourd’hui, cette tendance s’accentue et avec elle, la disparition des écosystèmes. Selon plusieurs sources, 25 % des espèces mondiales auront disparu avant 2050 à cause de la combinaison du réchauffement climatique et des activités de l’Homme… Quels conseils donneriez-vous aux jeunes africains qui veulent s’engager dans la vie associative au profit de la Nature comme vous ? Eviter les erreurs de leurs ainés ! Je crois que ces jeunes devront avant tout penser à prendre en compte la biodiversité dans toutes les stratégies de développement. En effet, jusqu’à présent les systèmes d’enseignement continuent de morceler et disjoindre les connaissances qui devraient être reliées. Ainsi, on forme des esprits unidimensionnels et réducteurs, qui ne privilégient qu’une dimension et en occultent les autres. Lors des dernières grandes rencontres régionales en Afrique, les gouvernements ont fait part de leur échec à atteindre les objectifs de 2010 pour la biodiversité. Selon eux, les secteurs tels que l’agriculture, la pêche, l’économie et le tourisme n’intègrent pas suffisamment les enjeux de la biodiversité, ce qui est également le cas dans bon nombre d’autres secteurs, en dehors de ceux directement liés à la biodiversité et aux problématiques environnementales en général. De nos jours, la conception des politiques relatives à la conservation de la biodiversité, qu’elle se situe au niveau global, national ou local, dicte le préalable de ce que Morin et al. (2003) appellent « percevoir les interactions et rétroactions où se mêlent et interfèrent les processus économiques, politiques, sociaux, nationaux, ethniques, religieux, mythologiques qui tissent le destin planétaire… ». Malheureusement, les systèmes d’éducation qui ont formé la plupart des élites ayant actuellement la charge de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques relatives à la conservation de la biodiversité n’ont pas imaginé d’intégrer le besoin d’émergence d’esprits aptes à saisir des problèmes fondamentaux globaux, aptes à comprendre leur complexité dans le processus d’apprentissage.
RASTOMA and WATSCON organized the 1st regional congress on marine turtles of Central and West Africa

Faced with the growing threats to marine turtles, African civil society actors are organizing themselves into networks to strengthen the protection of these emblematic and endangered species. The five species of marine turtles found in Central and West Africa are classified from « vulnerable » to « critically endangered » on the IUCN Red List. Supported by the Small Initiatives Program (PPI) managed by the French Committee of IUCN, the two ‘brother’ networks for the conservation of marine turtles, RASTOMA (Network of Actors for the Protection of Marine Turtles in Central Africa) and WASTCON (West African Sea Turtle Conservation Network), organized from 9 to 13 November 2020, in Lomé, Togo, their first regional congress on marine turtles in West and Central Africa. This congress is a key step in building a concrete and effective regional marine turtle conservation strategy along the Atlantic coasts of Africa. The two networks are joining forces to put in place a « bottom-up » approach, innovative because it is supported by civil society with the support of African regional institutions and in partnership with the states of Central and West Africa. The RASTOMA WASTCON regional congress brought together more than 60 actors, from 13 countries, committed to the preservation of marine turtles and coastal habitats in Atlantic Africa. The objective was to strengthen the dynamic of collaboration and exchanges between civil societies working on marine turtles in Central and West Africa. Members of the two networks benefited from a capacity building program based on their expressed needs. RASTOMA and WASTCON also held their respective general meetings. The two networks then came together for a strategic working session, in order to define the priorities for action that will guide future collaborations. At the end of the strategic workshop, the two networks prioritized: In the short term (within one year): (1) harmonization of ecological monitoring and data collection methods to acquire the knowledge and indicators essential for the monitoring and conservation of marine turtles; (2) the capitalization and sharing of resources and tools for environmental education and awareness in the conservation of marine turtles and their habitats; (3) capitalization and exchange of experiences on Income Generating Activities including ecotourism. And in the medium term (3 years): (1) sharing of experiences on advocacy for the strengthening of the legislative arsenal and the application of laws favorable to marine turtles and their habitats; (2) the organization of an African Symposium on the Conservation of Marine Turtles; (3) the production and distribution of a regional newsletter which will highlight the actions and news of Civil Society Organizations of the two networks. Following the strategic workshop, the participants also benefited from training sessions, organized by RASTOMA, in response to the expectations expressed by the members of the two networks: a day on monitoring marine turtles on land and at sea, an introductory workshop on the QGIS geographic information system, a round table to boost and diversify the search for funding and partnerships. The training materials for these workshops are available online on the RASTOMA website and can be downloaded here. For more information, visit www.rastoma.org
Interview d’Ekwoge Abwe
Bonjour Ekwoge. Vous êtes le responsable de l’ONG camerounaise EBO FOREST RESEARCH PROJECT. Pouvez-vous vous présenter et expliquer les motivations qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature au Cameroun? Quelle est la raison principale de votre engagement sur cette cause? Merci à l’équipe du PPI de nous donner l’opportunité de parler de notre travail et de l’importance de la biodiversité de la forêt d’Ebo au Cameroun. Je suis Ekwoge Abwe, un primatologue de formation. J’ai commencé ma carrière dans la conservation en 1998, d’abord en tant qu’opérateur de Systèmes d’Information Géographique (SIG). En 2003, j’ai commencé à travailler comme assistant de recherche sur les primates sous la direction du Dr Bethan Morgan et en août 2005, j’ai eu la chance d’observer des chimpanzés casser des noix de Coula edulis à Ebo à l’aide de pierres utilisées comme des marteaux. Ce fut la première observation de ce comportement et de l’utilisation de cet outil de subsistance en dehors des chimpanzés d’Afrique de l’Ouest, et cela a ravivé mon intérêt pour les primates et en particulier les grands singes. En 2010, j’ai terminé une maîtrise en conservation des primates à l’Université d’Oxford Brookes, au Royaume-Uni, et en 2018, j’ai terminé mon doctorat à l’Université de Drexel, aux États-Unis, avec un accent sur la diversité comportementale dans deux populations de chimpanzés du Nigéria-Cameroun génétiquement distinctes dans des habitats distincts (forêt tropicale et mosaïque forêt-bois-savane). Au fil du temps, j’ai compris la diversité des espèces de primates au Cameroun, mais plus important encore, les menaces auxquelles les différentes espèces étaient confrontées dans leurs habitats naturels dans le pays. Les premiers résultats de l’enquête dans la forêt d’Ebo, par exemple, ont montré que la diversité des espèces de primates, y compris les grands singes, les autres grands mammifères et les plantes, était très élevée. En outre, les cultures et les moyens de subsistance de plus de 40 communautés adjacentes à la forêt étaient intimement liés à cette riche biodiversité. Cette matrice homme-biodiversité a façonné ma philosophie d’inclusion (en particulier des communautés de base) dans la conservation de la biodiversité. Aujourd’hui, nous collaborons avec des groupes communautaires locaux autour de la forêt d’Ebo pour promouvoir des initiatives de conservation menées par la communauté. Ebo Forest, où votre organisation concentre ses travaux depuis une vingtaine d’années maintenant, constitue un enjeu de conservation important au Cameroun : quelles sont les spécificités qui font de cette zone forestière un hotspot pour la conservation de la nature dans votre pays, et plus généralement en Afrique Centrale? À juste titre, la forêt d’Ebo et sa riche biodiversité ont une importance mondiale. L’écosystème fait partie de la forêt tropicale du golfe de Guinée et, avec les forêts adjacentes de Makombe et de Ndokbou, elles constituent l’étendue de forêt la plus intacte de cette écorégion. La forêt constitue environ 50% de la zone clé pour la biodiversité de Yabassi et séquestre 35 millions de tonnes de carbone. En termes de biodiversité, la forêt abrite 11 espèces diurnes de primates, y compris des chimpanzés du Nigeria-Cameroun (~ 20% de la population de la sous-espèce vit à Ebo, et c’est la seule population sauvage qui utilise des outils pour pêcher les termites et craquer des noix), des gorilles de l’Ouest (une population géographiquement isolée dont la taxonomie est encore inconnue), des colobes roux du Cameroun, plusieurs grands mammifères, y compris les éléphants de forêt. La diversité botanique de la forêt est importante, et 29 nouvelles espèces y ont été décrites depuis 2005, dont beaucoup sont endémiques et en voie de disparition. Plus de 40 villages entourent la forêt et leurs moyens de subsistance, leur histoire et leurs cultures sont liés à la forêt. Malgré la diversité riche et unique, ainsi que l’importance socio-économique et culturelle de la forêt, il n’y a pas de statut de protection juridique pour la forêt. À partir de 2006, le gouvernement du Cameroun a lancé un processus de classement de la forêt en parc national. Ce processus a été bloqué en grande partie en raison d’un manque de volonté politique, et en 2020, le gouvernement a lancé un autre processus, cette fois-ci pour classer la forêt en deux Unités de gestion forestière (UFA) pour l’exploitation du bois. À la suite de vives protestations de la part d’un large éventail de parties prenantes, le gouvernement a par la suite suspendu le décret qui, en juillet 2020, avait classé l’UFA 07: 006 en concession forestière et a interrompu le processus de classification de l’UFA 07: 005. Outre ces menaces liées à l’exploitation forestière, les incertitudes relatives aux options d’utilisation de la forêt, la chasse et le commerce de viande de brousse, l’exploitation forestière illégale et la destruction de l’habitat liée à l’agriculture de subsistance et agro-industrielle sont monnaie courante. Beaucoup de gens ont entendu parler d’Ebo ces derniers temps à cause de la pression sur le massif: que s’est-il passé début 2020 et où est la situation aujourd’hui? Vous avez raison, la forêt d’Ebo est devenue un enjeu majeur de conservation pour le grand public depuis février 2020 lorsque le ministre camerounais des Forêts et de la Faune a publié deux avis publics pour le classement de la forêt en deux Unités Forestières d’Aménagement (UFA) pour être exploitée. Les avis publics ont été signés en février 2020 mais n’ont été rendus publics que la veille de la première réunion de sensibilisation à Yabassi le 9 mars 2020. Compte tenu de la riche diversité culturelle, de la biodiversité et de l’importance mondiale de la forêt, il y a eu une condamnation généralisée de la proposition de classification de la forêt en concessions d’exploitation à long terme. Malgré ces protestations d’un large éventail de parties prenantes, y compris les communautés de base, les chercheurs et les défenseurs de l’environnement, le gouvernement du Cameroun a signé un décret créant l’UFA 07: 006 en juillet 2020. La persistance et la nature inébranlable des manifestations ont exhorté le gouvernement à suspendre le décret de création de l’UFA trois semaines après la
Interview of Ekwoge Abwe
Hello Ekwoge. You are the manager of the Cameroonian NGO EBO FOREST RESEARCH PROJECT. Can you introduce yourself and explain the motivations that led you to work in the protection of Nature in Cameroon? What is the main reason for your commitment to this cause? Thank you PPI for this opportunity to talk about our work and the significance of the biodiversity of the Ebo forest in Cameroon. I am Ekwoge Abwe, a primatologist by training. I began my conservation career in 1998, first as a geographic information system operator and in 2003, I started working as a research assistant on primate surveys under Dr. Bethan Morgan. In August 2005, I observed chimpanzees cracking nuts of Coula edulis in Ebo using stone hammers. This was the first observation of this subsistence tool use behavior outside western chimpanzees in west Africa, and it rekindled my interest in primates and especially great apes. In 2010, I completed an MSc in Primate Conservation at Oxford Brookes University, UK ,and in 2018, I completed my doctoral degree at Drexel University, USA with focus on behavioral diversity in two genetically distinct Nigeria-Cameroon chimpanzee populations in distinct habitats (rainforest and forest-woodland-savanna mosaic). In the course of time, I came to understand the diversity of primate species in Cameroon, but even more important, the threats the different species were facing across their natural habitats in the country. Initial survey results in the Ebo forest for example showed that the diversity of primate species including great apes, other large mammals and plants was very high. In addition, the cultures and livelihoods of more than 40 communities adjacent to the forest were intricately linked with this rich biodiversity. This human-biodiversity matrix has shaped my philosophy of inclusion (especially of grassroots communities) in biodiversity conservation. Today we collaborate with local community groups around the Ebo forest to promote community-led conservation initiatives. Ebo Forest, where your organization has been focusing its work for about twenty years now, constitutes an important conservation stake in Cameroon: what are the specificities that make this forest area a hotspot for nature conservation in your country? , and more generally in Central Africa? Rightly, the Ebo forest and it’s rich biodiversity are of global significance. The forest falls with the Gulf of Guinea rainforest, and with the adjacent Makombe and Ndokbou forests constitute the most intact tract of forest in this ecoregion. The forest constitutes ~50% of the Yabassi Key Biodiversity Area and sequesters 35 million tonnes of carbon. In terms of its biodiversity, the forest harbors 11 diurnal species of primates including Nigeria-Cameroon chimpanzees (~20% of the subspecies population lives in Ebo, and it is the only wild population that uses tools to both fish for termites and crack hard-shelled nuts), western gorilla (geographically isolated population whose taxonomic affinity is still unknown), drill, Preuss’s red colobus monkeys; several large mammals including forest elephants. The botanical diversity of the forest in high, and 29 new species to science have been described in the forest since 2005, many of which are endemic to the forest and are endangered. More than 40 villages surround the forest, and their livelihoods, ancestries and cultures are tied to the forest. Despite the rich and unique diversity, as well as the socioeconomic and cultural significance of the forest, there is no legal protection status for the forest. From 2006, the government of Cameroon initiated the process to gazette the forest into a national park. This process was stalled due largely to lack of political will, and in 2020, the government initiated another process, this time around to classify the forest into two Forest Management Units (FMU) for timber exploitation. Following staunch protests from a wide range of stakeholders, the government later suspended the decree that in July 2020 had classified FMU 07: 006 into a logging concession as well as halted the classification process of FMU 07: 005. Aside from these threats related to land use option uncertainties for the forest, hunting and bushmeat trade, illegal logging, and habitat destruction related to subsistence and agro-industrial farming are rife. A lot of people have heard about Ebo lately because of the pressure on the massif: what happened in early 2020 and where is the situation today? You are right, Ebo forest became a major focus from February 2020 when the Cameroon Minister of Forestry and Wildlife published two public notices for the classification of the forest into two Forest Management Units (FMU): FMU 07: 005 and FMU 07: 006. The public notices were signed in February 2020 but only made public on the eve the first sensitization meeting in Yabassi on March 9, 2020. Given the rich cultural- and bio-diversity, and global significance of the forest, there was widespread condemnation of the proposed classification of the forest into long term logging concessions. Despite these protests from a wide range of stakeholders including grassroots communities, researchers and conservationists, the government of Cameroon went ahead to sign a decree creating FMU 07: 006 in July 2020. The persistence and unwavering nature of protests urged the government to suspend the decree creating FMU 07: 006 three weeks after classification and to halt the process of classification of FMU 07: 005. This could be seen as a conservation victory for the Ebo forest and biodiversity protection in Cameroon as a whole. However, the threats persist, as there is no formal land use option for the forest till date. In April 2020, a group of conservationists and researchers who had or are working in Ebo forest wrote a letter to the Prime Minister of Cameroon urging the government to suspend plans to classify the forest into logging concessions, and to rather engage all stakeholders into an inclusive and transparent land use planning process to decide the best and most sustainable land use options that would cater for the socioeconomic and cultural wellbeing of local communities, as well as preserve the rich biodiversity of the area for posterity. This land use planning proposal has been supported by a
Interview de la Réserve Ornithologique de Kalissaye (ROK)
Interview auprès de M. Pathé Baldé, Conservateur de la Réserve Ornithologique de Kalissaye et de M. Jean Diassy, Président du Comité de gestion de la Réserve Ornithologique de Kalissaye. Pouvez-vous nous présentez en quelques mots la réserve : taille, intérêt écologique, types de paysages, date de création, gouvernance ? La Réserve Ornithologique de Kalissaye (ROK) est créée par décret N° 78- 809 du 28 Juillet 1978. Elle est située en Casamance, au sud du Sénégal. Elle couvrait, à sa création, une superficie de 16 ha et abrite deux ilots sableux encerclés par les eaux lors des marées hautes. Toutefois, les mouvements dunaires observés depuis quelques années ont entrainé une augmentation de la superficie de la ROK (220 ha). L’objectif principal de la création de la réserve est la conservation d’un écosystème fluviomarin complexe pour assurer une bonne reproduction des espèces côtières et marines. Il s’agit en particulier: – De protéger un écosystème complexe afin qu’il joue le rôle d’accueil des colonies nicheuses d’oiseaux et des tortues reproductrices ; – D’assurer les bonnes conditions de reproduction des oiseaux migrateurs ; – De promouvoir le tourisme et la recherche scientifique. La ROK est caractérisée par une diversité d’écosystèmes forestiers, de savanes insulaires, d’estuaires et d’une partie aquatique. La zone éco-géographique de la réserve est traversée par des bolongs et présente aussi des lagunes temporairement inondées, des marais et des vasières. Le mode de gouvernance de la réserve ornithologique implique tous les acteurs grâce à un comité de gestion : administration, communauté locale, écoles, centres d’éducation environnementales, pêcheurs, GIE des femmes, les jeunes. Ce qui lui confère une gouvernance partagée et inclusive. La réserve accueille une diversité d’espèces d’oiseaux et de tortues marines. Parmi les oiseaux, certains sont des migrateurs afrotropicaux, des migrateurs du paléarctique occidental. Ce groupe est composé de limicoles (barge à queue noire, becasseau sanderling, barge rousse, avocette élégante, bécasseau maubéche, courlis corlieu, courlis cendré, etc), les laridae (sternes royales, les sternes caspiennes, goelands railleurs, mouettes à tête grise, etc), des phalacrocoracidea (cormorans africain, grand cormoran, ), les pélicandiea (pélican gris, pélican blanc), les ardeidea (heron cendré, aigrette dimorphe, grande aigrette, etc. Côté tortues marines, on y trouve principalement des tortues vertes, mais aussi des tortue luth, tortue caouanne, tortue olivâtre, tortue imbriquée. Cette année 89 nids de tortues vertes ont été observés dans la ROK, un record ! Cette année a été particulière du fait du COVID, comment le comité de gestion et la ROK ont fait pour s’adapter et continuer à réaliser un certain nombre d’activités ? Quelles sont les leçons apprises de cette année ? En 2020, la réserve a reçu un appui du PPI à travers le projet de « consolidation de la remontée biologique des laridea et des tortues marines par le renforcement de la gouvernance de la réserve ornithologique de kalissaye au Sénégal ». Dans la mise en œuvre de ce projet, la première stratégie a été d’unifier tous les acteurs et les organes qui interviennent dans l’espace de la réserve. Ce qui a permis de formaliser un cadre unifié. Avec ce cadre unifié, les activités sont planifiées, mises en œuvre et évaluées dans un approche participatif et inclusif. Au cours de la mise en œuvre du projet, le Covid-19 est survenu. Cette pandémie a entrainé un retard dans l’exécution de certaines activités et surtout de la méfiance dans le contact avec les oiseaux migrateurs en raison du manque d’information sur les modes de transmission. Nous avons pris en compte les mesures barrières et des rencontres régulières ont permis de revoir la planification des activités pour être en phase avec le chronogramme du projet. Le COVID 19 a entrainé un confinement des pêcheurs dans leur localité. Ce qui a réduit les pressions sur les ressources marines au début de la crise. Mais rapidement, nous avons connu une arrivée forte des embarcations de pêcheurs d’autres zones. Une forte sensibilisation envers les pêcheurs est régulièrement faite par l’équipe de la ROK et le comité de gestion pour éviter l’augmentation des pressions pendant cette période. Nous prévoyons de poursuivre cette sensibilisation et de renforcer l’implication des habitants et usagers avec la constitution d’un comité Inter-villageois de suivi, de surveillance et de protection. Vous avez notamment réalisé une visite d’échange : qu’avez-vous visité et quelles ont été les leçons apprises de cette visite ? Nous remercions le PPI d’avoir soutenu cette visite d’échange qui a permis de couvrir la réserve naturelle de Popenguine, La Réserve Naturelle d’intérêt Communautaire de la Somone, L’aire Marine Protégée de Joal Fadjouth, Le Parc National de la Langue de Barbarie (St-Louis). Nous avons visités divers aspects que l’on peut résumer en 3. Il s’agit de : – La gouvernance notamment l’implication des populations locales dans les domaines de la gestion, de la planification, de la prise de décision, de la mise en œuvre, de l’évaluation et de la réorientation. – La valorisation touristique notamment la facturation des entrées dans les sites, l’hébergement des touristes. Les ressources générées par la valorisation touristique sont réparties dans les différents secteurs socio-économiques de la localité. Il s’agit de l’appui à la santé, à l’éducation, au culte, les infrastructures. Les ressources tirées de la valorisation touristique permettent aussi d’instaurer une mutuelle d’épargne et de crédit au profit des différents groupements d’intérêt – économique. – L’instauration et le respect des périodes de repos biologique. Ce qui permet à la ressource de se régénérer et de grandir. La participation et l’engouement des populations dans les activités de conservation, de suivi et de surveillance sont des aspects qui nous ont marqués au cours des échanges. Ce qui permet à la population d’acquérir des renforcements de capacités sur des domaines de la vie associative, de la biologie, de la gouvernance, du plaidoyer, de la gestion, de la communication, etc. Comment prévoyez de mettre en œuvre ces leçons par la suite dans la ROK ? Après cette visite, nous avons organisé une réunion de partage et rédigé un plan d’action pour améliorer nos capacités techniques, organisationnelles. Ce qui nous permettra d’intégrer toutes les composantes apprises dans notre vécu quotidien. L’administration de la réserve a
RASTOMA et WATSON ont organisé le 1er congrès régional sur les tortues marines d’Afrique Centrale et de l’Ouest

Face aux menaces grandissantes qui pèsent sur les tortues marines, les acteurs de la société civile africaine s’organisent en réseaux pour renforcer la protection de ces espèces emblématiques et menacées de disparition. Les cinq espèces de tortues marines présentes en Afrique Centrale et de l’Ouest sont classées de « vulnérable » à « en danger critique d’extinction » sur la liste rouge de l’UICN. Soutenus par le Programme de Petites Initiatives (PPI) géré par le Comité français de l’UICN, les deux réseaux frères de la sauvegarde des tortues marines, RASTOMA (Réseau des Acteurs de la Sauvegarde des Tortues Marines en Afrique centrale) et WASTCON (West African Sea Turtle Conservation Network), ont organisé du 9 au 13 novembre 2020, à Lomé au Togo, leur premier congrès régional sur les tortues marines en Afrique de l’Ouest et du Centre. Ce congrès est une étape clé pour la construction d’une stratégie régionale de conservation des tortues marines concrète et efficace le long des côtes atlantiques de l’Afrique. Les deux réseaux frères s’allient pour mettre en place une approche « bottom-up », innovante car portée par la société civile avec l’appui des institutions régionales africaines et en partenariat avec les états d’Afrique Centrale et de l’Ouest. Le congrès régional RASTOMA WASTCON a réuni plus de 60 acteurs, de 13 pays, engagés dans la préservation des tortues marines et des habitats côtiers en Afrique atlantique. L’objectif était de renforcer la dynamique de collaboration et les échanges entre les sociétés civiles travaillant sur les tortues marines en Afrique centrale et de l’ouest. Les membres des deux réseaux ont bénéficié d’un programme de renforcement des capacités établi en fonction des besoins qu’ils avaient exprimés. RASTOMA et WASTCON ont également tenu leurs assemblées générales respectives. Les deux réseaux se sont ensuite rassemblés pour une séance de travail stratégique, afin de définir les priorités d’action qui guideront les collaborations futures. A l’issue de l’atelier stratégique, les deux réseaux ont priorisé : A court terme (dans un délai d’un an) : (1) l’harmonisation des méthodes en matière de suivi écologique et de collecte de données pour acquérir les connaissances et les indicateurs indispensables au suivi et à la conservation des tortues marines ; (2) la capitalisation et le partage des ressources et des outils d’éducation environnementale et de sensibilisation en matière de conservation des tortues marines et de leurs habitats ; (3) la capitalisation et les échanges d’expériences sur les Activités Génératrices de Revenus dont l’écotourisme. Et à moyen terme (3 ans) : (1) le partage d’expériences sur le plaidoyer pour le renforcement de l’arsenal législatif et l’application des lois favorables aux tortues marines et à leurs habitats ; (2) l’organisation d’un Symposium Africain sur la Conservation des tortues marines ; (3) la production et la diffusion d’une Newsletter régionale qui mettra en lumière les actions et actualités des Organisations de la Société Civile des deux réseaux. A la suite de l’atelier stratégique, Les participants ont aussi bénéficier de sessions de formation, organisées par le RASTOMA, en réponse aux attentes exprimées par les membres des deux réseaux : une journée sur le suivi des tortues marines en terre et en mer, un atelier d’initiation au système d’information géographique QGIS, une table ronde pour dynamiser et diversifier les recherches de financements et de partenariats. Les supports de formation de ces ateliers sont disponibles en ligne sur le site du RASTOMA et téléchargeables ici. Pour plus d’infos, visiter le site www.rastoma.org.