Adoption de la loi européenne sur la restauration de la nature !

Le Comité français de l’UICN salue l’adoption de la loi sur la restauration de la nature par le parlement européen. Aujourd’hui le Parlement Européen a adopté le Règlement pour la restauration de la nature dont l’UICN soutenait fermement l’adoption. Cette loi représente une avancée majeure pour la biodiversité́ en Europe avec des dispositions juridiquement contraignantes. Les Etats devront ainsi s’engager à travers des plans nationaux à mettre en place des actions pour restaurer l’état de conservation des écosystèmes et des espèces. L’objectif est d’engager des actions de restauration en couvrant au moins 20 % des zones terrestres et marines de l’Union Européenne d’ici à 2030 puis, d’ici à 2050, d’étendre ces mesures à tous les écosystèmes dégradés. La priorité sera donnée aux écosystèmes qui présentent le plus grand potentiel de stockage du carbone, comme les tourbières, ainsi que le plus grand potentiel de prévention ou de réduction des effets des catastrophes naturelles telles que les les zones humides pour les inondations. Cela comprend les milieux terrestres comme marins, urbains comme ruraux. Les objectifs visent aussi à inverser le déclin des populations de pollinisateurs d’ici à 2030 puis accroître leurs populations ou encore garantir un minimum de 10% de couvert arboré dans les villes européennes. Ils concernent également la restauration d’au moins 25 000 km de cours d’eau à courant libre d’ici à 2030, celle des prairies sous-marines et les fonds marins, et l’amélioration l’état de la biodiversité dans les forêts et les espaces agricoles. Le Comité français de l’UICN salue l’adoption de ce règlement par le Parlement européen qui doit permettre d’apporter une réponse forte de l’Europe pour la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité adopté à la COP 15 Biodiversité. C’est la principale évolution réglementaire de l’Europe sur la biodiversité depuis l’adoption des Directives Oiseaux et Habitats-Faune-Flore, et un texte clé du Pacte vert européen. Le vote favorable du Parlement européen va permettre de poursuivre les négociations. Un « trilogue » va maintenant s’ouvrir entre la Commission européenne, le Conseil de l’UE réunissant les Etats membres, et le Parlement européen en vue de son adoption définitive à la fin de l’année, sachant que ces deux dernières instances ont apporté des modifications sur le projet initial de la Commission. Le Comité français de l’UICN restera mobilisé pour cette phase de négociation finale afin d’obtenir un Réglement à la hauteur des enjeux de biodiversité en Europe et pour le respect des engagements internationaux de l’UE. Retrouvez la déclaration de l’UICN publiée avant le vote du Parlement européen.
Déclaration de l’UICN sur la loi européenne pour la restauration de la nature

L’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) est profondément préoccupée par les récents développements relatifs à la loi européenne sur la restauration de la nature. L’UICN soutient fermement l’adoption d’une réglementation européenne ambitieuse sur la restauration de la nature pour les citoyens, la nature et l’économie de l’Union Européenne (UE). La loi sur la restauration de la nature est une occasion unique de faire un pas audacieux vers un avenir meilleur pour les citoyens européens et le marché intérieur de l’UE. Le financement de la restauration de la nature est fondamental pour notre économie, car chaque euro investi rapporte entre 8 et 38 euros de bénéfices. De plus, la restauration de la nature est cruciale pour notre résilience alors que nous assistons à une multiplication des sécheresses, des incendies de forêt et des inondations en Europe. La non-adoption de la loi sur la restauration de la nature aura des conséquences négatives à long terme sur l’économie et les populations humaines, tout en affaiblissant le leadership mondial de l’UE en matière d’élaboration de politiques environnementales. À l’inverse, une réglementation européenne sur la restauration de la nature constituerait un pilier pour la mise en œuvre des engagements internationaux et servirait de référence pour toute réglementation similaire adoptée ailleurs dans le monde. Des écosystèmes sains sont essentiels pour atteindre les objectifs en matière de climat et de biodiversité que l’UE s’est engagée à atteindre dans le cadre de l’Accord de Paris, du Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal et de son propre projet phare, le « Pacte Vert » européen. L’UE a déclaré qu’elle visait à être un « leader mondial » dans l’élaboration de politiques environnementales multilatérales et, par conséquent, ce qui se passe au niveau de l’UE a nécessairement un impact sur d’autres contextes politiques. Cette nouvelle législation européenne constituerait une étape essentielle vers la réalisation de cet objectif. Dans ce contexte, il est important de rappeler la résolution du Parlement européen de janvier 2020, appelant à « […] inscrire dans le cadre post-2020 un objectif mondial clair de conservation d’au moins 30 % des espaces naturels et l’objectif de restauration d’au moins 30 % des écosystèmes dégradés qui peuvent être restaurés, et à ce que l’UE fixe des objectifs similaires sur son territoire ». Les engagements de l’UE résonnent encore plus fortement après l’adoption du cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal lors de la COP15 de la CDB, au cours de laquelle l’UE a clairement démontré la force de son leadership mondial. Les États membres de l’UE se sont déjà engagés à faire avancer cette proposition. Des scientifiques, des entreprises, des agriculteurs, des chasseurs, des pêcheurs, le secteur des énergies renouvelables, des villes, des ONG et des jeunes se sont exprimés en faveur de la proposition de règlement. L’UICN s’est jointe à ces voix pour envoyer trois lettres aux principales institutions de l’UE (Commission européenne, Parlement européen et Présidence du Conseil de l’UE). Par cette déclaration, l’UICN réitère son soutien ferme au règlement. Protéger la nature tout en assurant le développement durable et le bien-être des populations est au cœur de la mission de l’UICN. Au cours des 75 dernières années, l’UICN a été l’un des plus ardents défenseurs de la nature, rassemblant des acteurs de tous les secteurs. À ce stade critique, le règlement de l’UE sur la restauration de la nature est une loi essentielle qui ne doit pas être retardée.
Interview de Daisy Tarrier

Directrice d’Envol Vert et Membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Daisy, vous êtes aujourd’hui Directrice d’Envol Vert. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? Travailler dans l’environnement a toujours été une évidence pour moi. Mon père est entomologiste. Petite je passais toutes mes vacances dans la nature, les forêts, les rivières, et plus je grandissais plus j’étais sensible à son discours de destruction des écosystèmes et comment les espèces, même les plus petites, en étaient victimes. Bien que je n’aie pas eu l’opportunité de faire des études scientifiques, dès mes premiers stages il a été naturel pour moi de rechercher des structures en lien avec la conservation de la nature. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? J’ai travaillé presque 10 ans au WWF. J’ai eu plusieurs postes mais le premier reste mon coup de cœur. J’étais en charge d’un programme de conservation de la Loire. J’étais jeune, je ne connaissais pas grand-chose en environnement et c’était particulièrement gratifiant de réunir plus de 12 organisations autour de sujets comme la morphodynamique des rivières, les tourbières. Un quotidien partagé avec des personnes passionnantes et engagées. J’ai aussi travaillé sur le premier guide de consommation des ressources halieutiques. Puis je suis partie au Pérou, en volontariat, pour travailler sur la forêt et les communautés autochtones. Ça a été l’occasion de m’isoler profondément dans l’Amazonie (un vrai régal), mais aussi de me confronter à la réalité des communautés autochtones. J’ai pu, entre autres, permettre la légalisation d’un territoire de communautés locales. J’ai aussi réalisé de nombreuses évaluations de projets de coopération internationale comme consultante. C’est toujours extrêmement enrichissant de sortir de son domaine pour découvrir ce qu’il se fait ailleurs. Enfin, le meilleur pour la fin, ma plus belle expérience a été la création d’Envol Vert bien sûr. Partir de zéro, réfléchir à tout, toucher à tout puis intégrer peu à peu des professionnels engagés qui on mit leur pierre à l’édifice pour que l’ONG soit ce qu’elle est aujourd’hui. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? D’abord parce que je trouve la forêt tropicale extraordinaire. Son humidité, le foisonnement de vie, l’exubérance de la chlorophylle. Ce que certains appellent l’enfer vert est pour moi un paradis. Ensuite, car je pense qu’il y a en Amérique latine d’énormes défis qui méritent toute notre attention : conservation du poumon de la planète, pays avec la plus grande biodiversité au monde. Ce n’est pas rien. Et finalement parce que tout ceci se mélange à des aspects de bien être humain, qui sont passionnants. Quand on arrive à reconnecter la forêt avec l’humain au point qu’elle ne soit plus sa limite mais son vecteur de développement et de bien-être, c’est qu’on a gagné. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? On travaille depuis toujours sur des projets d’agroforesterie pour obtenir moins de compétition entre l’agriculture et la forêt mais, plus récemment, on se recentre sur des projets de conservation de l’existant. De façon surprenante, il est plus difficile de conserver que de planter des arbres. Alors qu’il serait bien plus efficace de ne pas détruire ce qui existe depuis des milliers d’années. Ce travail va de pair avec celui de développer des alternatives économiques à la déforestation pour améliorer les conditions de vie locale. En Colombie, nous avons créé une marque communautaire (Tamandua) dont je suis particulièrement fière. Nous faisons aussi un gros travail de capitalisation pour rendre disponible l’expérience acquise depuis 2011. Dans un tout autre registre, nous avons créé l’outil Empreinte Forêt qui calcule le risque de déforestation lié à nos consommations. Nous l’avons développé dans 3 pays et nous travaillons à ce qu’il devienne un référentiel public en France. Pour finir, nous développons depuis quelques années des actions de plaidoyer, notamment sur les questions de traçabilité. Nous faisons partie d’une coalition qui a assigné en justice le groupe Casino pour non-respect de la loi de devoir de vigilance, au Brésil et en Colombie. Un sujet complexe et difficile à vulgariser. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Le Noyer Maya, un arbre qui pousse du Mexique au Pérou. D’abord il est magnifique et en plus il est plein de vertus. Sa graine est un riche aliment plein de protéines pour nous comme pour la faune (singes, tapirs…). Il permet aussi d’alimenter les vaches en fourrage (feuilles) quand il est planté en système sylvopastoral, et en plus il fixe le CO2 dans le sol pour le transformer en calcaire. Comment voyez-vous l’avenir de la planète et le nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ? J’aurais préféré avoir un joker car je suis connue de mes amis pour être assez pessimiste sur la capacité de l’humain à se développer durablement. Quand tout le monde veut manger de la viande, avoir une voiture, prendre l’avion pour aller en vacances, acheter un téléphone dernier cri tous les ans, et j’en passe, il est difficile d’imaginer être soutenable avec 8 milliards d’habitants. Et ce n’est pas très éthique de dire aux populations des pays en « développement » qu’ils ne peuvent pas eux aussi accéder aux mêmes « avantages ». Que vous apporte votre participation au groupe de travail Pays en développement et Biodiversité et vers quelles actions le collectif doit se tourner aujourd’hui ? Je crois dans les synergies, je ne pense pas que travailler chacun de notre côté permette d’avancer aussi vite que la planète en a besoin. Le groupe de travail « Pays en Développement et Biodiversité » permet de mettre en relation des acteurs majeurs. Personnellement, ça peut aussi bien m’apporter des contacts, des connaissances que des
Zones humides et eaux usées : attention, saturation !

Les zones humides de nos territoires ultramarins (mares, étangs lacs, lagunes, dolines, marais, forêts marécageuses, mangroves, récifs coralliens…) sont aussi diverses qu’utiles, et nous rendent de nombreux services, notamment pour l’épuration de l’eau. Certaines collectivités ou particuliers les considèrent cependant comme des solutions de facilité pour assainir les eaux usées domestiques ou pluviales, et ce d’autant qu’elles ne coûtent rien en termes d’entretien ou d’investissement. Mais les zones humides ne sont pas des stations d’épuration et leur pollution peut mener à des atteintes irréversibles. Le Pôle-relais zones humides tropicales piloté par le Comité français de l’UICN souhaite alerter sur ce type de pratique, et en appeler à la responsabilité de chacun pour préserver leurs bienfaits. La pression urbaine galopante est une réalité dans l’ensemble des outre-mer, ce qui impacte fortement les milieux naturels et notamment ceux qui, paradoxalement, nous rendent les plus grands services : les milieux humides. Grande est la tentation de servir de leurs pouvoirs épuratoires pour s’affranchir des contraintes relatives à la gestion des eaux usées ! Les capacités épuratoires des zones humides étant limitées, elles se retrouvent rapidement affaiblies par les pollutions diffuses et chroniques, et leur dégradation mène à la perte des services qu’elles peuvent nous rendre, voire leur disparition. Un cercle vicieux dangereux… Le sujet de la gestion de l’eau et de l’assainissement est problématique dans l’ensemble des territoires ultramarins, même si les constats sont différents d’un territoire à l’autre. A Nouméa en Nouvelle-Calédonie, moins de la moitié des habitants est raccordée à l’une des six stations d’épuration de la ville. En Polynésie française, la station d’épuration de Papaeva inaugurée en 2016 ne fonctionne qu’au tiers de sa capacité, faute de raccordements suffisants. En Guyane, 95% des installations d’assainissement autonome sont non-conformes. Quant à Mayotte, où il n’existe pas d’Office de l’Eau, les capacités d’ingénierie sont insuffisantes et ont mené de nombreuses défaillances, malgré une réelle volonté d’améliorer le service public de l’eau potable et des eaux usées. C’est dans les territoires antillais que le problème est le plus avéré : les rejets des eaux usées domestiques dans le milieu naturel constituent le 1er facteur de pollution azotée des zones humides et des cours d’eau. A l’heure actuelle, 75000 installations d’assainissement non-collectif sont recensées en Martinique dont 90% sont évaluées non conformes par les services de contrôle. Même constat en Guadeloupe, où les eaux pluviales et usées ne sont quasiment pas traitées. En cause : 80% des systèmes d’assainissement autonome sont défectueux, selon l’Office de l’Eau de Guadeloupe. Mais ce sont aussi 40% des eaux de baignades qui ont vu leur qualité se dégrader, ces 10 dernières années, en raison de la présence de germes bactériens dus aux rejets d’eaux usées domestiques en mer. En théorie, la qualité des eaux est tellement mauvaise qu’elle justifierait de fermer toutes les plages guadeloupéennes par mesure sanitaire d’ici 10 ans ! On retrouve le même type de problème en Guyane et en Nouvelle-Calédonie, avec des interdictions de baignade. Dans un rapport sur la gestion de l’eau et de l’assainissement dans les Outre-Mer publié en octobre 2022, le Conseil Économique, Social et Environnemental préconisait notamment : La mise en place de filières d’assainissement complètes sur l’ensemble des territoires (stations d’épuration aux normes et adaptées dans chaque intercommunalité) afin de privilégier le réseau collectif quand les conditions le permettent; D’aider les particuliers à se raccorder au service d’assainissement collectif lorsqu’il existe, que ce soit par le biais d’aides au raccordement et de taxes d’assainissement pour les foyers raccordables non-raccordés; L’installation des moyens modernes et écologiques d’assainissement (micro-stations d’épuration type STEP pour les populations isolées ou éloignées, ou filières à filtres planté de végétaux adaptés aux milieux tropicaux) et de traitement des boues; La réutilisation de l’eau pour les usages agricoles, par exemple les eaux en sortie de station d’épuration qui pourraient être utilisées pour des activités d’irrigation agricole ou d’espaces verts ou de nettoyage des voiries; Le renforcement de la police de l’eau, avec des contrôles plus resserrés afin de prévenir et sanctionner les atteintes aux milieux aquatiques et à l’environnement. Mais alors, que faire ? Aux Antilles, les Offices de l’Eau, chargés de la gestion de la ressource, sont conscients du problème et tentent de mettre en place des solutions. Celui de Martinique, en partenariat avec la DEAL, a délimité par arrêté des Zones Humides d’Intérêt Environnemental Prioritaire (ZHIEP) dans le cadre du Schéma Directeur d’Aménagement et de gestion des Eaux (SDAGE) 2022-27. Des Zones à Enjeux Environnemental (ZEE) et des Zones sensibles à l’Eutrophisation (ZES) ont également été identifiées, dans le but de mieux préserver les zones humides et les cours d’eau en priorisant les zones de rénovation et mise aux normes de l’assainissement non-collectif. D’autres solutions passent par l’accompagnement technique et financier des usagers pour la mise en conformité des systèmes d’assainissement. En Martinique, comme dans la plupart des territoires d’outre-mer, 6 foyers sur 10 sont reliés à un système d’assainissement non-collectif. Or, ces installations doivent faire l’objet d’un entretien régulier et notamment de vidanges régulières (tous les 5 ans en moyenne, et 2 ans pour les petites unités individuelles) qui peut être coûteux et parfois difficile à réaliser, car le secteur privé manque de capacité pour réaliser ces prestations dans beaucoup de territoires, notamment en Polynésie française. Pour aider les usagers à supporter ces frais, l’Office de l’eau de Martinique a mis en place un Dispositif de Financement de l’Assainissement pour les Particuliers (DFAP) pour les foyers les plus modestes afin qu’ils puissent mettre leurs systèmes d’assainissement aux normes (jusqu’à 95% du cout pris en charge). Ce système existe également à Mayotte, où un financement de 3000€ est accordé par l’État et le Conseil départemental pour les travaux de raccordement. Cependant, le montage et les frais de dossier restent trop souvent encore un obstacle… Le développement de systèmes d’assainissement adaptés et innovants, comme les microstations d’épuration – comme il en existe en Polynésie française (Moorea), à Mayotte (Tsingoni), à la Réunion (Grand-Fond) ou encore en Guyane (Saint-Laurent-du-Maroni) ou des systèmes de phyto-épuration utilisant des espèces indigènes
Colloque sur la lutte contre le trafic d’espèces sauvages et le braconnage

Le Comité français de l’UICN a organisé Mardi 28 mars 2023 un colloque sur l’amélioration de la coopération internationale pour lutter contre le trafic des espèces sauvages et le braconnage. Aujourd’hui, le trafic d’espèces sauvages est considéré comme la troisième activité de criminalité transnationale la plus lucrative au monde (23 milliards d’euros par an) et connaît jusqu’à 7% d’augmentation annuelle selon INTERPOL. Reconnu comme l’une des principales causes de disparition des espèces, ce trafic engage la responsabilité de la France. En effet, en plus d’être un pays source, notre pays est le pays de destination et de transit de nombreux vols internationaux par le biais desquels se déroule ce trafic. La France a également un rôle important à jouer dans la lutte contre le braconnage dans les pays sources en coopération avec les acteurs impliqués. Cet évènement a permis de faire dialoguer les acteurs pour renforcer la coopération entre les différents secteurs et pays impliqués dans le trafic des espèces sauvages. CONTEXTE Cet évènement s’inscrit dans la continuité des travaux menés par l’UICN depuis 1963, date à laquelle l’organisation vota une résolution lors de son Assemblée générale à Nairobi qui mena à l’adoption, en 1973, de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), aujourd’hui ratifiée par 184 États. Malgré les résultats obtenus grâce à cette Convention internationale pour lutter contre le trafic des espèces sauvages, ce dernier a continué à progresser et à se renforcer avec l’augmentation des échanges commerciaux et le développement du commerce en ligne, notamment via les réseaux sociaux, qui ont facilité la vente d’espèces sauvages, vivantes ou mortes. Résumé de l’évènement Ce colloque a été structuré autour de 4 séquences : Présentation des enjeux et des ambitions internationales La lutte contre le braconnage et le trafic dans les pays sources Le transport illégal de produits issus de la nature dans les pays de transit La demande des consommateurs dans les pays de destination De nombreux témoignages vidéo ont permis d’illustrer l’ampleur du phénomène et des actions concrètes de lutte contre le trafic d’espèces sauvages ainsi que des partages d’expérience, en introduction à des tables-rondes visant l’échange et le débat entre des intervenants issus de plusieurs secteurs (secteur privé, justice, organisations internationales, ONG,…) C’est à travers une approche « filière » que cet évènement a été construit pour qu’à chaque étape les intervenants puissent débattre autour des différentes mesures à mettre en place ou à renforcer pour endiguer les trafics d’espèces sauvages depuis les pays d’origine jusqu’aux consommateurs finaux. L’évènement interactif avait pour objectif le partage entre les différents intervenants et avec le public afin d’identifier des opportunités de coopération et de faire rapprocher les différents secteurs œuvrant dans la lutte contre le trafic d’espèces sauvages. programme détaillé et liens des présentations Télécharger le Programme du Colloque Présentation contextuelle du trafic et ambitions internationales Julie Viollaz, Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC) Lieutenant-Colonel Christian Tournié, Adjoint au chef de l’Office Central de Lutte Contre Les Atteintes à l’Environnement et à la Santé Publique (OCLAESP) pour les Affaires européennes et internationales (présentation à venir) Arnaud Horellou, Responsable de l’autorité scientifique CITES pour la France, Museum National d’Histoire Naturelle (MNHN) Comment lutter contre le braconnage dans les pays sources ? Sébastien Pinchon (Noé) : cas de trafic d’animaux sauvages au Niger et au Tchad Cécile Néel, Agent d’enquête au réseau EAGLE Sofia Dems, Programme mondial de lutte contre le blanchiment d’argent, les produits du crime et le financement du terrorisme de l’ONUDC Comment endiguer le transport illégal de produits issus de la nature dans les pays de transit ? Hugo Bartoli (ONUDC) : Programme mondial de contrôle de conteneurs (CCP) Florence Clap, chargée de programme Politiques de la biodiversité du Comité français de l’UICN Caroline Roux, Direction du Développement durable du Groupe CMA CGM Comment stopper la demande des consommateurs dans les pays de destination? Mia Crnojevic (IFAW France) : Cybercriminalité avec le trafic d’espèces sauvages en ligne Marie Sigaud, chercheuse au Museum National d’Histoire Naturelle ÉLÉMENTS DE CONCLUSION DU COLLOQUE ET PISTES DE RECOMMANDATIONS La lutte contre le braconnage et le trafic dans les pays sources Violaine de Pontavice, Présidente de la Commission Droits et Politiques de l’Environnement du Comité français de l’UICN, a présenté les recommandations issues de la séquence sur la lutte contre le braconnage et le trafic d’espèces sauvages dans les pays sources et qui a permis de faire émerger plusieurs recommandations : Favoriser l’application de la loi par le renforcement de la coopération entre les différents acteurs de la société civile, des pouvoirs judiciaires et des communautés locales dont l’implication est clé afin d’agir efficacement sur le terrain Renforcer les partenariats publics-privés en particulier avec le secteur bancaire afin de mieux détecter les opérations financières liées aux trafics d’espèces sauvages et lutter contre le blanchiment d’argent Sensibiliser les magistrats à l’application des lois en matière en trafic pour renforcer la répression et requérir des peines complémentaires liées à la confiscation des biens ayant servi à commettre l’infraction Renforcer la coopération entre les différents pays impliqués mais également entre les différents secteurs afin de lutter contre la corruption, l’utilisation de documents frauduleux et la mise en place de sociétés-écrans Élargir la problématique du trafic à l’approche « une seule santé » étant donné les risques sanitaires d’apparition de pandémies associés aux trafics Le transport illégal de produits issus de la nature dans les pays de transit Florian Kirchner, chargé de programmes Espèces, a présenté les conclusions issues de la séquence sur le transport illégal de produits issus de la nature dans les pays de transit. Trois recommandations ont été formulées : Améliorer l’accès et le partage des données nécessaires pour renseigner l’ampleur du trafic, les provenances, la nature des produits afin d’orienter les actions et cibler les priorités Améliorer et préciser les codes douaniers de manière à cibler davantage les flux de marchandises illicites et prioriser les prises Accentuer la coopération entre les différents acteurs de la logistique et du transport (avec des possibilités de mutualisation et d’échanges de bonnes pratiques) mais également avec les scientifiques
170 espèces d’araignées menacées en France métropolitaine

Pour la première fois, l’état des lieux complet réalisé sur les araignées de France métropolitaine montre que plus de 10% des espèces sont menacées sur notre territoire. Qu’elles fascinent ou qu’elles suscitent la crainte, les araignées sont souvent méconnues. Elles jouent pourtant un rôle clé dans les écosystèmes en régulant les populations d’insectes et constituent de bons bioindicateurs de la qualité des milieux. Présentes dans une multitude d’habitats, elles forment un groupe très diversifié. Parmi les 1622 espèces recensées en France métropolitaine, l’état des lieux indique que 170 espèces sont menacées sur notre territoire, tandis que 101 autres sont proches de l’être et se trouvent quasi menacées. Les analyses réalisées font apparaître les pressions multiples et leurs effets souvent cumulés qui pèsent sur les araignées de l’Hexagone. Publiés dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France, ces résultats ont été établis par le Comité français de l’UICN et l’unité PatriNat (OFB-MNHN-CNRS-IRD), avec l’expertise du réseau de l’Association française d’arachnologie (AsFrA) et l’appui du laboratoire TREE (Université de Pau-CNRS). Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale DOCUMENTS ET LIENS • Communiqué de presse (avril 2023)• Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Publication : UICN Comité français, OFB, MNHN & AsFrA (2023). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Araignées de France métropolitaine. Paris, France. Photo bandeau :Mogrus des plages © Yvan Montardi
Interview de Charlotte Meyrueis

Directrice de Cœur de Forêt et Membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Charlotte, vous êtes aujourd’hui Directrice de Cœur de Forêt. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? Depuis toute petite, j’ai baigné dans un univers familial sensible et ouvert vers le jardin et la nature. Aux côtés de semis, boutures, crassula, bonsaï, orchidées, … j’ai découvert les époustouflantes capacités du monde du végétal et ai voulu en faire mon métier pour produire des végétaux en France. J’ai rapidement bifurqué vers des actions à l’international avec Cœur de Forêt pour aller à la rencontre, mieux connaître et préserver la biodiversité tropicale et les populations locales qui la préservent. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? Je suis ingénieure en horticulture et paysage, avec une spécialité pour la production de végétaux. J’ai intégré Cœur de Forêt à la sortie de mes études en évoluant sur des missions très variées de gestion de projet, d’appui technique, de recherche de fonds, de gestion administrative et financière, … une aptitude à être multi-casquettes à l’image des besoins des petites associations. Mes plus belles expériences sont les rencontres humaines faites sur le terrain lors des missions et des immersions dans la forêt ou les campagnes de nos zones d’intervention (Cameroun, Bolivie, Madagascar, Indonésie, …). Même si j’en suis consciente au quotidien, c’est toujours un choc émotionnel de voir par ses propres yeux la réalité du terrain, la misère, les difficultés, … mais aussi la force de caractère, l’espoir, la gratitude, la fierté, … qui peuvent se voir dans les yeux des équipes et bénéficiaires avec qui nous travaillons. C’est avec cette énergie et responsabilité que je vis d’autres belles expériences aux côtés de nos soutiens financiers qui nous font confiance pour agir sur la vie de ces personnes et les écosystèmes dans lesquels elles vivent. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? J’ai toujours été fascinée par l’histoire des explorateurs, par les découvertes de nouvelles espèces végétales et leurs usages par les populations locales. Cette biodiversité et ces savoirs accumulés depuis des millénaires se perdent malheureusement par la destruction des espaces naturels ou la perte de transmission entre les générations. En m’investissement dans la recherche d’un modèle de développement qui préserve la biodiversité locale et respecte les capacités de renouvèlement des ressources naturelles, j’ai le sentiment d’accomplir un pas vers plus d’équité et de participer à une course contre la montre pour préserver ce qui peut encore l’être. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? Aujourd’hui, nous rencontrons de nombreux défis au sein de Cœur de Forêt, et en particulier celui de répondre aux enjeux titanesques de la préservation des forêts avec nos moyens financiers et humains limités. Nous travaillons sur l’adaptation des solutions fondées sur la nature telles que l’agroécologie et la gestion ou restauration d’écosystèmes forestiers, ainsi que leur appropriation par les populations locales. Ces actions s’inscrivent dans le temps long, et la mesure de leurs impacts d’autant plus ! Dans une société habituée à tout avoir en peu de temps, cette vision rencontre encore trop peu d’adhésion pour soutenir et attendre des résultats palpables qui arriveront dans plusieurs années. Ce qui n’empêche pas de mettre en place les moyens pour pouvoir mesurer d’ores et déjà les premiers résultats de nos actions. C’est un sujet sur lequel nous souhaitons travailler plus en profondeur car il permet d’avoir un retour d’expériences sur nos propres actions en vue de les améliorer mais aussi de pouvoir valoriser et être transparents sur nos actions. Depuis 15 ans, il y a beaucoup de réalisations dont je suis fière ! Que Cœur de Forêt soit devenue ce qu’elle est aujourd’hui : une association à l’écoute et agissant sur le terrain, avec une vision pragmatique et ambitieuse, des équipes engagées, intègres et compétentes, c’est beaucoup ! Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? La biodiversité est si riche qu’il est difficile d’avoir une espèce favorite ! J’apprécie le port libre des grands arbres majestueux comme les hêtres, les chênes sous nos climats, mais aussi les couleurs des feuillages qui se panachent pour créer une autre lecture des arbres que leur échelle individuelle. Sous climat tropical, c’est la densité et le foisonnement de la végétation que j’aime observer pour identifier les familles botaniques, la structure des forêts et le monde du vivant qu’elles abritent. Comment voyez-vous l’avenir de la planète et le nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ? Je suis convaincue que ces nombreux défis reposent sur une meilleure connaissance des humains au monde du vivant. C’est en améliorant cette connaissance auprès du plus grand nombre que nous saurons comment préserver ses richesses. Cette prise de conscience s’accompagne d’une évolution des modèles économiques. C’est pourquoi nous avons fait le choix dès la création de notre association en 2005 d’intégrer des actions de développement et de sensibilisation, en complément des actions de reforestation. Agir sur ce dernier axe sans intégrer les deux premiers ne peut apporter une réponse durable à l’action menée. Que vous apporte votre participation au groupe de travail Pays en développement et Biodiversité et vers quelles actions le collectif doit se tourner aujourd’hui ? Le groupe de travail rassemble des acteurs qui agissent dans les conditions difficiles des pays en voie de développement. Se rassembler permet de se sentir moins seuls ! C’est aussi l’occasion de mieux percevoir l’étendue des actions de préservation de la biodiversité. J’y découvre des structures agissant dans des contextes similaires aux nôtres ou au contraire des enjeux autour de la faune (braconnage, trafic, conflit humain-faune) sur lesquels nous travaillons peu chez Cœur de Forêt. Notre contribution
Les Solutions fondées sur la Nature en forêt sont nos alliées pour réduire les risques naturels et préserver la biodiversité

Le Comité français de l’UICN publie « Les Solutions fondées sur la Nature pour les risques gravitaires et incendie en France ». Les projets présentés montrent que nous pouvons à la fois réduire les risques naturels en forêt (glissements de terrains, chutes de pierres, avalanches, incendies) et protéger la biodiversité. L’objectif de cette étude est de faciliter le déploiement de ces solutions dans les territoires. Il est accompagné d’une note sur la prévention du risque incendie et la biodiversité dans les forêts françaises, réalisée en collaboration avec la Société botanique de France. LES FORÊTS : UN RÔLE DE PROTECTION REMARQUABLE Gros bois, bois morts sur pied et au sol, mélange d’espèces ou encore diversité des strates, les forêts constituent des espaces tampons et des obstacles face aux risques gravitaires (glissements de terrain, chutes de pierres et de blocs, éboulements et avalanches). Elles en limitent les conditions de déclenchement et atténuent les impacts des projectiles rocheux et des avalanches. Face au risque incendie, une mosaïque de milieux forestiers, constituée d’espaces ouverts garantissant une rupture de la continuité du couvert végétal et d’espaces fermés limitant la croissance du sous-bois et conservant l’hygrométrie, permet également d’arrêter l’incendie et d’augmenter les zones non parcourues par le feu. Des peuplements diversifiés en espèces à faible inflammabilité peuvent également limiter l’éclosion et la propagation du feu et ainsi réduire le risque incendie. Le rôle de protection et de régulation joué par les forêts, qui peut être reconnu par un statut particulier du Code forestier, est pourtant souvent méconnu ou peu valorisé par rapport à d’autres fonctionnalités, telles que la fourniture de bois et de produits non ligneux. DES SOLUTIONS EFFICACES FACE AUX RISQUES NATURELS Face aux risques naturels, comme les mouvements gravitaires et les incendies, accentués par les changements climatiques, les Solutions fondées sur la Nature sont des réponses efficaces et durables pour répondre à ces enjeux tout en apportant des bénéfices pour la biodiversité et les territoires. Les actions de préservation, de gestion durable et de restauration de ces écosystèmes sont donc cruciales pour augmenter la résilience des territoires face aux effets des changements climatiques. Ce sont en outre des alternatives pérennes et moins coûteuses que les infrastructures grises, et qui apportent des bénéfices pour la conservation de la biodiversité. Certains territoires de la France métropolitaine comme de l’Outre-mer – en particulier les milieux méditerranéens et montagnards – sont particulièrement concernés par ces risques naturels qui peuvent se produire en synergie et de manière cumulative. Cette vulnérabilité est exacerbée par l’artificialisation des territoires et les pratiques sylvicoles non durables, alors que ces milieux concentrent une biodiversité remarquable et particulièrement menacée par les activités humaines. DES RETOURS D’EXPÉRIENCES CONCRETS Face à ce constat et à l’urgence d’agir, la publication « Les Solutions fondées sur la Nature pour les risques gravitaires et incendie en France » présente 6 retours d’expériences de projets concrets de préservation, restauration et gestion durable d’écosystèmes forestiers mis en œuvre en France métropolitaine et en Outre-Mer, parmi lesquels : © L. Ferrer Dans le Var, la mise en place d’un pâturage avec des ânesses a réduit la biomasse combustible et a profité à d’autres espèces indigènes. Couplée à des actions de débroussaillage ponctuel et de lutte contre des espèces exotiques envahissantes et pyrophiles, ce projet a permis de réduire la vulnérabilité des forêts du parc national de Port-Cros aux incendies. En Haute-Savoie, un renouvellement progressif avec des arbres diversifiés en structures d’âge et en espèces dans le massif du Mont-Blanc a été mis en place avec des trouées et des plantations d’essences de feuillus indigènes. Associé à la préservation d’une trame de vieux bois, ce projet a permis de renforcer la fonction de protection de la forêt contre les mouvements gravitaires, tout en favorisant l’adaptation au changement climatique et la préservation d’une richesse écologique spécifique. © Sylv’ACCTES © M. Aubert En Nouvelle-Calédonie, la restauration de 40 hectares d’un bassin versant dégradé et le reboisement de 20 autres hectares ont été réalisés en utilisant une centaine d’espèces endémiques et indigènes dans la commune d’Houaïlou. Ce projet a amélioré la perméabilité et la stabilisation des sols permettant de limiter les risques de glissement de terrain, d’inondation et d’érosion, tout en favorisant la régénération d’une biodiversité locale, nourricière et plus résiliente face aux incendies. Par la valorisation d’exemples concrets inspirants, ce recueil identifie les facteurs de réussite de chaque projet pour guider les acteurs du territoire qui souhaitent s’engager dans la démarche. Ces retours d’expérience illustrent l‘importance de la mise en place de démarches participatives de co-construction, de la concertation et de la communication entre l’ensemble des parties prenantes d’un territoire, ainsi que des connaissances et compétences techniques. De plus, ils montrent la nécessité de renforcer les moyens humains et financiers, ainsi que les suivis des opérations pour garantir la pérennité de ces projets sur le long terme. Le déploiement des Solutions fondées sur la Nature doit aujourd’hui s’accélérer fortement avec la mise en œuvre de politiques volontaristes et opérationnelles. Des écosystèmes préservés et diversifiés sont nos meilleurs alliés pour limiter les impacts des catastrophes naturelles, dont la fréquence et l’intensité sont amplifiées par les changements climatiques. Ces travaux ont été réalisés avec le soutien du Ministère de la Transition Ecologique, de l’Office Français de la Biodiversité, d’EDF, Primagaz et Veolia. Télécharger la publication sur les Solutions fondées sur la Nature Télécharger la note de positionnement Pour aller plus loin Les Solutions fondées sur la Nature Les 8 questions clés à se poser pour mettre en œuvre les Solutions fondées sur la Nature
Accord sur le traité international pour la protection de la haute-mer (BBNJ)

Le Comité français de l’UICN salue l’accord définitif pris à New-York le 4 mars dernier par les Etats membres de l’ONU sur le nouveau traité international pour la protection de la haute-mer (BBNJ). Ce traité, crucial pour la protection de l’océan, puisque la haute-mer couvre 60% de sa superficie, a fait l’objet de longues négociations et l’importance de son adoption avait été rappelée par une recommandation adoptée au dernier Congrès mondial de l’UICN à Marseille. Le Comité français avait soutenu cette recommandation et nous avions appelé lors du One Ocean Summit à Brest, lors de la Conférence de l’ONU sur les océans à Lisbonne, et encore dernièrement avant la 4ème et cette 5ème réunion de négociations, à l’adoption finale de ce traité juridiquement contraignant. Ce nouvel accord international va permettre de créer plus largement des aires marines protégées dans la haute-mer, indispensable pour atteindre l’objectif du nouveau cadre mondial pour la biodiversité de 30% de l’océan protégé d’ici 2030, et de mettre en place des études d’impact environnemental pour réguler les activités et prévenir les dommages sur la biodiversité marine. Il comporte également un mécanisme de partage juste et équitable des avantages issus des ressources génétiques marines de la haute mer, ainsi que le renforcement des capacités et de transfert de technologies marines, en faveur des pays en développement. L’adoption formelle du traité aura lieu une fois que la mise au point juridique dans les langues des Nations unies aura été achevée, et l’accord entrera en vigueur dès qu’il aura été ratifié par 60 États. Nous continuerons de soutenir un engagement fort de la France en faveur de la protection de l’océan, au niveau international avec notamment les enjeux de l’exploitation minière des grands fonds marins au sein de l’AIFM et l’accueil de la prochaine conférence de l’ONU sur les océans à Nice en 2025, et au niveau national avec l’actualisation de la Stratégie nationale pour la mer et le littoral.
One Forest Summit

Aujourd’hui s’ouvre le One Forest Summit à Libreville, co-organisé par la France et le Gabon, dont l’objectif est d’obtenir de nouveaux engagements pour la préservation et de gestion durable des forêts tropicales. Le Comité français de l’UICN soutient cet objectif et, en préparation de ce sommet, rappelle qu’au-delà des efforts que devront faire les États, les institutions et organisations internationales, ainsi que les grandes entreprises pour protéger les forêts, il est essentiel de renforcer également le rôle et l’action des Organisations de la Société Civile (OSC) locales. La protection des forêts est une priorité mondiale car les forêts occupent 1/3 des terres émergées et abritent 80% de la biodiversité terrestre. Elles jouent un rôle crucial dans la préservation de la biodiversité et dans la régulation du climat mondial et apportent de nombreux services aux populations locales. Les trois principaux bassins forestiers tropicaux, immenses réservoirs de biodiversité mondiale, sont soumis à de fortes menaces. Selon la FAO (2022), entre 1990 et 2020 la déforestation a causé la disparition de 420 millions d’hectares de forêt (une superficie supérieure à celle de l’Union européenne). Le Comité français de l’UICN accueille avec intérêt l’organisation du One Forest Summit et le renforcement de la mobilisation sur la protection des forêts. Il rappelle cependant, qu’au-delà des efforts que devront faire les États, les institutions et organisations internationales, ainsi que les grandes entreprises pour protéger les forêts, il est essentiel de renforcer également le rôle et l’action des Organisations de la Société Civile (OSC) locales. Les OSC permettent de développer des initiatives citoyennes et ancrées dans les territoires, ce qui renforce leur légitimité d’intervention et leur impact sur le long terme. Malheureusement, souvent isolées (autant géographiquement que politiquement), peu soutenues par les pouvoirs publics et les bailleurs de fonds et parfois même en concurrence avec les ONG internationales, les OSC locales disposent de peu de ressources et souffrent régulièrement de carences organisationnelles et techniques qui limitent leurs capacités d’action dans la durée. Face à ce constat, le Comité français de l’UICN soutient depuis 2006 les OSC africaines de protection de l’environnement à travers la mise en œuvre du Programme de Petites Initiatives (PPI). L’objectif du programme est double : i) contribuer à la protection de la biodiversité et à la lutte contre le changement climatique par des projets concrets de terrain et ii) renforcer les capacités et l’influence de la société civile africaine sur ces questions environnementales. Découvrir le PPI Programme de Petites Initiatives Cliquer ici Depuis 17 ans, le PPI, a soutenu 274 projets portés par 190 OSC dans 28 pays d’Afrique Centrale et de l’Ouest pour un montant total de cofinancements du Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) de 17 M€. Retrouvez la liste des OSC partenaires du PPI et en lien avec les enjeux du One Forest Summit en bas de page. Lors du dernier Congrès mondial de la nature de l’UICN en septembre 2021 à Marseille, à l’initiative du Comité français de l’UICN, 3 recommandations ont été adoptées et rappellent l’importance de compléter les approches internationales par le soutien aux dynamiques locales et territoriales et de renforcer les acteurs de la société civile en faveur de la préservation et de la gestion durable des forêts. Ces recommandations s’insèrent dans les 3 thèmes du One Forest Summit : 1. La progression des connaissances et la promotion de la coopération scientifique sur les écosystèmes forestiers Le OFS doit être l’occasion de renforcer les projets de coopération scientifique entre les experts des forêts tropicales d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie afin d’accroître les connaissances sur les écosystèmes forestiers et développer des réseaux de scientifiques dans les pays. Concernant la progressions des connaissances et la promotion de la coopération scientifique sur les écosystèmes forestiers, le Comité français de l’UICN souhaite que les dynamiques des travaux de recherche associent davantage les organisations locales et s’appuient sur leurs connaissances. En effet, au-delà de l’implication nécessaire des grands instituts de recherche, les projets de coopération scientifique devraient également permettre de renforcer l’expertise terrain et les compétences des acteurs locaux et d’intégrer leurs connaissances en matière de suivi écologique des écosystèmes forestiers et des espèces associées, en particulier des grands singes. À l’occasion du dernier Congrès mondial de l’UICN, une recommandation a été adoptée pour « renforcer la conservation des grands singes à l’échelle des pays, à l’intérieur et à l’extérieur des aires protégées, en impliquant les acteurs locaux » (Motion 115). 2. La promotion de chaînes de valeur durable dans le secteur forestier Le OFS doit être l’occasion de promouvoir les meilleurs pratiques pour une utilisation durable des forêts tropicales à travers des politiques publiques ambitieuses et des engagements de la part des entreprises pour garantir des chaines d’approvisionnement exempt de déforestation. Par rapport à la promotion de chaînes de valeur durable dans le secteur forestier, le Comité français de l’UICN appelle à la mise en oeuvre concrète du règlement Européen contre la déforestation importée et recommande la mise en place d’une fiscalité différenciée, en taxant davantage des produits agricoles impliqués dans la déforestation et qui ne respectent pas les standards de certification incluant un critère « zéro déforestation » ; le soutient financier notamment par l’affectation du produit de cette taxe, pour des pratiques agricoles durables pour les petits producteurs des pays d’origine des produits ; la promotion de mode de production agro-écologiques et l’utilisation des approches HCS pour identifier les zones forestières à protéger. Le Comité français de l’UICN appelle également au soutien à des projets locaux de mise en place de filières durables de produits forestières ligneux et non-ligneux qui contribuent à la préservation des forêts. Une recommandation a été adoptée lors du dernier Congrès mondial de la nature de l’UICN demandant à « lutter contre la déforestation importée » (Motion 012). 3. Le développement de sources de financement innovantes notamment en explorant les solutions de conservation de la biodiversité fondées sur le marché. Au sujet du développement de sources de financement innovantes notamment en explorant les solutions de conservation de la biodiversité fondées sur le marché, le Comité français de l’UICN salue les nouveaux engagements qui ont été pris à la