Eolien en mer : le Comité français de l’UICN demande une meilleure planification écologique pour protéger la biodiversité

Dans le contexte de l’accélération de la production d’énergies renouvelables avec notamment 50 parcs éoliens en mer attendus d’ici 2050, le Comité français de l’UICN réaffirme la nécessité d’améliorer la planification écologique de ces projets. Grâce à l’expertise des membres et des experts de son groupe de travail dédié aux énergies marines renouvelables, il propose 7 recommandations stratégiques, présentées dans une publication dévoilée aujourd’hui, pour mieux prendre en compte la conservation de la biodiversité dans les évaluations environnementales des projets éoliens en mer. La transition énergétique doit aussi être écologique en conciliant le développement des énergies renouvelables avec la conservation de la biodiversité. Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN.   Pour cela, Il faut davantage tenir compte des zones à enjeux pour la biodiversité dans le choix d’implantation des projets et mieux traiter les impacts unitaires et cumulés des projets sur les espèces et les écosystèmes, à travers une application rigoureuse de la séquence ERC (éviter, réduire, compenser). Les 7 recommandations proposées se fondent sur l’analyse des documents d’évaluation d’impact et des résultats des concertations publiques de quatre projets : deux parcs éoliens posés (Yeu-Noirmoutier et Saint-Nazaire) et deux parcs pilotes éoliens flottants (Gruissan et Groix-Belle-Ile), afin d’apprécier les spécificités de ces deux technologies. Elles s’adressent aux décideurs (élus et administration), aux acteurs privés de la filière des énergies marines renouvelables (porteurs de projets, développeurs, bureaux d’études) et aux organismes et experts de la protection de la biodiversité : Financer des programmes structurés d’études et de recherche à l’échelle des façades maritimes Capitaliser les connaissances existantes et l’accessibilité des données Poser un cadre méthodologique standardisé pour l’évaluation et le suivi des projets Améliorer la lisibilité de la séquence éviter, réduire, compenser Changer de paradigme concernant l’évaluation des impacts cumulés Renforcer la qualité de l’évaluation environnementale stratégique des documents de planification des activités marines, dont les Documents Stratégiques des Façades maritimes Améliorer la gouvernance des évaluations d’impact environnemental par l’implication du public et le dialogue entre acteurs. Cette étude plaide pour une meilleure prise en compte des effets cumulés des activités humaines sur les écosystèmes marins lors de la planification des projets éoliens en mer. En effet, d’une part, les éoliennes en mer ont des impacts sur la biodiversité selon leur type de structure (posée ou flottante), leur raccordement et les pressions qu’elles exercent qui peuvent être de nature physique, chimique et biologique. Elles impactent les habitats marins ainsi que différentes espèces (oiseaux marins et terrestres, mammifères marins, tortues marines, poissons, crustacés et autres faune et flore sous-marines). D’autre part, dans les zones d’implantation des projets d’éolien en mer, les écosystèmes marins subissent déjà de multiples pressions : pollutions, notamment d’origine agricole, pêche industrielle, extraction de granulats… dont les effets se cumulent. Le Comité français de l’UICN promeut donc une approche intégrée prenant en compte les effets cumulés de toutes les activités humaines et traitant l’évitement, la réduction et la compensation de leur impact global sur les écosystèmes. Ces recommandations rejoignent les objectifs 2030 du nouveau Cadre mondial de la Biodiversité approuvés par les Etats en décembre 2022, demandant un aménagement du territoire participatif et intégré en matière de biodiversité, préservant les zones importantes pour la biodiversité et l’intégrité écologique des écosystèmes (cible 1) et la réduction au minimum des effets négatifs de l’action climatique sur la biodiversité (cible 8) comme le déploiement des énergies renouvelables. Le Comité français de l’UICN rappelle également que la résolution 102 adoptée par le Congrès mondial de la nature de l’UICN en 2016 stipule que les activités industrielles et le développement d’infrastructures portant préjudice à l’environnement, comme les grands projets industriels d’énergies marines renouvelables, ne sont pas compatibles avec les aires marines protégées, et en particulier avec les zones de protection forte. La mise en œuvre de ces recommandations est essentielle pour atteindre le bon état écologique du milieu marin. Le Comité français de l’UICN rappelle que c’est l’objectif visé par la Directive-cadre européenne “stratégie pour le milieu marin” et que cela doit être une priorité du nouveau règlement européen sur la restauration de la nature. © Franck Latraube TÉLÉCHARGER LA PUBLICATION DOWNLOAD THE DOCUMENT

Le Cadre mondial de la biodiversité post-2020 adopté à la COP15

Après 4 ans de négociations, dix jours et une nuit d’intenses sessions, les représentants des 196 pays membres à la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) réunis à Montréal du 7 au 19 décembre, ont adopté le cadre mondial de la biodiversité post-2020 Kunming-Montréal appelé « Pacte de paix avec la nature ».  Cette COP15 Biodiversité, présidée par la Chine, aura rassemblé plus de 17 000 délégués des Etats et des représentants de la société civile, des peuples autochtones et communautés locales, du secteur privé, des femmes et de la jeunesse. En tant que membre de la délégation internationale de l’UICN, le Comité français de l’UICN était présent sur place à Montréal du 6 au 15 décembre et a pu suivre activement l’avancée des négociations et l’adoption de ces engagements forts dont nous nous réjouissons. Le Comité français de l’UICN salue des engagements forts et ambitieux. La mission 2030 a été validée de la façon suivante : “Prendre des mesures urgentes pour stopper et inverser la perte de biodiversité afin de mettre la nature sur la voie du rétablissement au profit des personnes et de la planète en conservant et en utilisant durablement la biodiversité et en garantissant une utilisation équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques, tout en fournissant les moyens de mise en œuvre nécessaires« .  23 cibles d’action ont été adoptées pour 2030 dont plusieurs sont conformes aux recommandations émises par le Comité français de l’UICN et l’UICN. Parmi celles-ci :  Tous les espaces avec une planification spatiale intégrant la biodiversité pour lutter contre l’artificialisation des terres et des mers et pas de perte de zones importantes pour la biodiversité La restauration de 30% de la superficie d’écosystèmes terrestres et marins dégradés (cible 2) ; 30% d’aires protégées et conservées, terrestres et marines, qui sont efficacement et équitablement gérées, et écologiquement représentatives, par le biais des aires protégées et des AMCEZ, en respectant les droits des peuples autochtones et communautés locales sur leurs territoires (cible 3 ou objectif 30×30) ; Stopper les extinctions d’espèces menacées connues et agir en urgence pour leur conservation et rétablissement (cible 4) La réduction de 50% de l’introduction des espèces exotiques envahissantes(cible 6) ; La réduction de toutes les pollutions dont au moins de moitié pour les engrais (« nutriments en excès »), les risques liés aux pesticides et les substances chimiques dangereuses, et agir pour l’élimination de la pollution plastique (cible 7) ; L’inclusion des Solutions fondées sur la nature dans les cibles 8 (comme moyen de minimiser les impacts du changement climatique et de l’acidification des océans sur la biodiversité) et 11 (comme appui au maintien des contributions de la nature aux populations) ; L’augmentation de façon substantielle des pratiques agricoles favorables à la biodiversité comme l’agroécologie (cible 10) ; La mobilisation des collectivités locales et des entreprises pour aligner leurs activités et leurs financements en conformité avec les objectifs du cadre mondial (cible 14 et 15) La réduction de l’empreinte écologique de la consommation mondiale en réduisant de moitié le gaspillage alimentaire (cible 16). Outre le cadre mondial, les délégués également ont adopté 5 propositions de décisions permettant sa mise en oeuvre à savoir : les mécanismes de planification, suivi, rapportage et révision ; les indicateurs du cadre de suivi ; l’information sur le séquençage génétique des ressources génétiques ; la mobilisation des ressources ; le renforcement des capacités, le développement, la coopération scientifique et technique. Sur les financements, dont la question a occupé les débats jusqu’à la session plénière d’adoption et a vu de nombreuses oppositions Nord/Sud, les engagements finaux sont d’identifier d’ici 2025 puis éliminer ou réformer les incitations financières néfastes à la biodiversité d’au moins 500 milliards de dollars par an d’ici 2030 (cible 18) et augmenter les financements publics et privés à 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour la mise en œuvre des stratégies nationales de la biodiversité, dont au moins 20 milliards réservés aux pays du Sud d’ici 2025 et 30 milliards d’ici 2030 (cible 19).  Le Fonds pour l’environnement mondial devra en outre établir en 2023 et jusqu’à 2030 un fonds d’affectation spécial pour soutenir la mise en œuvre du cadre. Certains objectifs restent cependant moins ambitieux qu’escomptés en particulier sur la protection des espèces. Selon l’objectif A et la cible 4, les Etats devront stopper les extinctions d’espèces menacées connues d’ici 2030, mais le texte prévoit la réduction par dix du rythme et du risque d’extinction de toutes les espèces à 2050 alors que l’UICN demandait un objectif de 0 extinction pour toutes les espèces en 2050 au vu de l’urgence de la situation. Concernant le secteur privé, l’UICN demandait que les entreprises, quelle que soient leur taille, rapportent de façon transparente sur leurs impacts et leurs dépendances sur la biodiversité et de réduire de moitié leurs impacts négatifs. Si la cible 15 “encourage et permet” aux entreprises le rapportage et la réduction des impacts, le caractère obligatoire et chiffré de l’objectif font défaut. Soulignons également l’absence d’objectifs chiffrés sur l’augmentation de la surface des espaces naturels d’ici à 2050 et sur la réduction de l’empreinte écologique. Le Comité français de l’UICN se félicite de ces engagements ambitieux et demande un passage à l’action immédiat, notamment en France à travers le renouvellement de la troisième Stratégie Nationale pour la Biodiversité.

Focus sur la flore endémique des petits territoires d’outre-mer

Au sein des territoires d’outre-mer se trouvent des espèces végétales qui n’existent nulle part ailleurs au monde. Parmi ces plantes uniques identifiées à Wallis-et-Futuna, à Saint-Martin, aux Îles Éparses et à Saint-Paul et Amsterdam, l’analyse montre que 15 espèces sont menacées sur les 17 recensées. Les résultats mettent en évidence les principales menaces pesant sur la flore vasculaire endémique de ces petites îles, situées sous les latitudes tropicales, subtropicales ou australes, dont la préservation est sous l’entière responsabilité de la France et des collectivités ultramarines. Publié dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France, cet état des lieux a été coordonné par le Comité français de l’UICN et l’unité PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), avec l’implication d’un groupe de botanistes. Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale   DOCUMENTS ET LIENS • Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Publication : UICN Comité français, OFB & MNHN (2022). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Flore vasculaire endémique des petits territoires d’outre-mer. Paris, France.   Photo bandeau :Merisier de Boldingh © Nils Servientis

Un premier site Natura 2000 en mer français rejoint la Liste verte des aires protégées et conservées de l’UICN ! 

A l’occasion de la COP15 qui se tient actuellement à Montréal, la cérémonie de remise des labels Liste verte organisée par l’UICN samedi 10 décembre a été l’occasion de distinguer un premier site Natura 2000 en mer français : le site de Baie de Seine occidentale, parmi 16 sites mondialement reconnus pour leur bonne gouvernance, leur efficacité de gestion et l’atteinte de leurs objectifs de conservation. Cela porte désormais à 23 le nombre d’aires protégées françaises figurant sur la Liste verte des aires protégées et conservées, représentant ainsi un quart des sites mondiaux. Cette candidature a été instruite par le Comité français de l’UICN grâce à son groupe d’experts « Liste verte des aires protégées et conservées ». Elle a été initiée dans le cadre du LIFE IP MARHA visant le rétablissement et le maintien du bon état de conservation des habitats naturels marins qui appuie l’ensemble des acteurs impliqués dans la gestion des 162 sites français Natura 2000 en mer et en lagunes méditerranéennes. Pour cet espace cogéré par l’Office Français de la Biodiversité et le Comité Régional des Pêches et des Elevages Marins de Normandie, il s’agit d’une réelle reconnaissance de cette gouvernance partagée, propice aux efforts consentis depuis de nombreuses années par une communauté de travail pour concilier usages et préservation d’une biodiversité marine remarquable. Macreuses en vol. S. Poncet D’une superficie de 45 566ha à cheval entre les eaux côtières des départements de la Manche et du Calvados, la Baie de Seine occidentale est annuellement fréquentée par plus d’une trentaine d’espèces d’oiseaux migrateurs dont 11 nichent à proximité. Les mammifères marins comme le Phoque veau marin ou le Phoque gris y séjournent également tout au long de l’année, et le Grand dauphin de façon saisonnière.  Les habitats remarquables comme les fonds sablo-vaseux en fond de baie ou encore les forêts de laminaires y sont indispensables à la reproduction, au nourrissage et au développement de nombreuses espèces. Leur maintien conditionne tout autant la pérennité de la biodiversité caractéristique de ces zones, que les ressources en poissons et en crustacés. Laminaires. S. Poncet Listé pour une durée de deux ans à échéance de laquelle l’effectivité des mesures de gestion des activités de pêche sera examinée au regard du maintien de la biodiversité, ce site Natura 2000 en mer ouvre la voie, pour le réseau dans son ensemble, à la mise en adéquation urgente des objectifs de préservation de la nature et de transition vers des activités de pêche durable. Pour aller plus loin La Liste Verte des aires protégées et conservées Le Guide du candidat à la Liste Verte Recommandations pour l’autoévaluation vis-à-vis des indicateurs de la Liste verte à l’attention des candidats Natura 2000 en mer Photo Ile Saint-Marcouf . S. Poncet

Liste rouge de l’UICN : Les activités humaines dévastent les espèces marines, des mammifères aux coraux

La dernière mise à jour de la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées™ met en lumière le grand nombre de menaces affectant les espèces marines, dont la pêche illégale et non durable, la pollution, les changements climatiques et les maladies. Les populations de dugongs, de grands mammifères marins herbivores, et 44% de tous les ormeaux rejoignent les espèces menacées d’extinction sur la Liste rouge de l’UICN, et le statut du Corail de pilaires s’est détérioré à « En danger critique » en raison de pressions accumulées. La Liste rouge de l’UICN comprend désormais 150 388 espèces, dont 42 108 menacées d’extinction. Plus de 1 550 des 17 903 espèces d’animaux et végétaux marins évaluées sont menacées d’extinction, les changements climatiques ayant un impact sur au moins 41% des espèces marines menacées. « La dernière mise à jour de la Liste rouge de l’UICN révèle une combinaison parfaite d’activités humaines non durables décimant la vie marine dans le monde entier. Au moment où le monde se tourne vers la conférence des Nations Unies sur la biodiversité pour tracer la voie du rétablissement de la nature, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’échouer », a déclaré le Dr Bruno Oberle, Directeur général de l’UICN. « Nous devons d’urgence nous attaquer aux crises interconnectées du climat et de la biodiversité par des changements profonds dans nos systèmes économiques, ou nous risquons de perdre les avantages cruciaux que les océans nous procurent. » Les différentes espèces d’ormeaux sont récoltées pour être vendues parmi les fruits de mer les plus chers du monde, la récolte et le braconnage non durables constituant des menaces primaires aggravées par les changements climatiques, les maladies et la pollution. Vingt des 54 espèces mondiales d’ormeaux sont aujourd’hui menacées d’extinction, selon la première évaluation mondiale de ces espèces sur la Liste rouge. En Afrique du Sud, le braconnage par des réseaux criminels, dont beaucoup sont liés au commerce international de la drogue, a ravagé les populations d’Ormeau de Mida (Haliotis midae), considéré comme « En danger ». Des vagues de chaleur marines de plus en plus fréquentes et sévères ont causé des phénomènes de mortalité massive, tuant 99% des ormeaux de Roe (H. roei) dans la partie la plus septentrionale de son aire de répartition en Australie-Occidentale, en 2011. Les vagues de chaleur marines ont exacerbé les maladies affectant les ormeaux dans le monde entier, dont l’Ormeau noir (H. cracherodii), « En danger critique », en Californie et au Mexique, et l’Ormeau tuberculeux (H. tuberculata), « Vulnérable », présent de la Manche à l’Afrique du Nord-Ouest et à la Méditerranée. Les vagues de chaleur marines tuent également les algues dont les ormeaux dépendent pour leur nourriture. La pollution causée par le ruissellement agricole et industriel cause des proliférations d’algues nuisibles, qui ont par exemple éliminé l’Ormeau d’Oman (H. mariae), une espèce commerciale présente dans la péninsule arabique, de la moitié de son aire de répartition. Des toxines telles que la peinture antisalissure des bateaux affaiblissent encore plus les populations. « Les ormeaux reflètent l’intendance désastreuse de nos océans par l’humanité dans un microcosme : surpêche, pollution, maladies, perte d’habitats, proliférations d’algues, réchauffement et acidification, pour ne nommer que quelques menaces. Ils sont comme les canaris des mines de charbon », a déclaré Dr Howard Peters, membre du Groupe de spécialistes des mollusques de la CSE-UICN et associée en recherche à l’Université de York, Royaume Uni, qui a dirigé l’évaluation des ormeaux. « La mesure la plus immédiate que nous pouvons tous prendre est de ne manger que des ormeaux d’élevage ou d’origine durable. L’application des quotas de pêche et des mesures de lutte contre le braconnage est également essentielle. Cependant, nous devons également stopper les changements dans la chimie et la température des océans pour préserver la vie marine, y compris les espèces d’ormeaux, à long terme. » Les populations de dugongs d’Afrique de l’Est et de Nouvelle-Calédonie ont été respectivement ajoutées à la Liste rouge de l’UICN dans les catégories « En danger critique » et « En danger ». L’espèce reste « Vulnérable » à l’échelle mondiale. Il reste aujourd’hui moins de 250 individus matures en Afrique de l’Est et moins de 900 en Nouvelle-Calédonie. Les principales menaces sont les captures involontaires dans les engins de pêche en Afrique de l’Est et le braconnage en Nouvelle-Calédonie, ainsi que les blessures causées par des bateaux dans les deux localités. En Afrique de l’Est, l’exploration et la production de pétrole et de gaz, le chalutage, la pollution chimique et les développements côtiers non autorisés endommagent et détruisent les herbiers marins dont dépendent les dugongs pour se nourrir. La dégradation et la perte des herbiers marins en Nouvelle-Calédonie sont le résultat du ruissellement agricole, d’une pollution due à l’extraction de nickel et au développement côtier, ainsi que des dommages causés par les ancres des bateaux. Les impacts des changements climatiques représentent une menace sur toute l’aire de répartition des dugongs. « Le renforcement de la gouvernance de la pêche communautaire et l’élargissement des opportunités d’emploi au-delà de la pêche sont essentiels en Afrique de l’Est, où les écosystèmes marins sont fondamentaux pour la sécurité alimentaire et les moyens d’existence des populations », a déclaré Evan Trotzuk, qui a dirigé l’évaluation de la Liste rouge en Afrique de l’Est. « En outre, la création d’aires de conservation supplémentaires dans les zones où vivent les dugongs, en particulier autour du parc national de l’archipel de Bazaruto, permettrait également aux communautés locales et autres parties prenantes de trouver, mettre en œuvre et bénéficier des solutions qui mettent fin au déclin à long terme des dugongs et de l’étendue et de la qualité des herbiers marins. » Le Corail de pilaires (Dendrogyra cylindrus), présent partout dans les Caraïbes, de la péninsule du Yucatan et de la Floride à Trinité-et-Tobago, est passé de la catégorie « Vulnérable » à « En danger critique » sur la Liste rouge de l’UICN, après que ses populations aient diminué de plus de 80% sur la majeure partie de son aire de répartition depuis 1990. La menace la plus urgente est la maladie de la perte de tissu des coraux, apparue au cours des quatre dernières années et très contagieuse, qui infecte

COP15 Biodiversité – la nature n’attendra pas 2030

Alors que la nouvelle stratégie mondiale pour la biodiversité va être discutée à Montréal, les membres du Comité français de l’UICN – Union Internationale pour la Conservation de la Nature – lancent un appel dans une tribune pour que cette COP se traduise par des résultats concrets, ambitieux et efficaces avant 2030. À un moment où les pressions qui s’exercent sur le vivant n’ont jamais été aussi fortes, de grandes attentes reposent sur la COP15 Biodiversité. Sur fond de double crise du climat et de la biodiversité, les 196 États Parties à la Convention de la Diversité Biologique doivent adopter le nouveau cadre mondial pour la biodiversité. Si la pandémie a retardé l’agenda international, la nature n’attend pas. Notre planète est en crise et la situation va empirer si nous n’agissons pas davantage dès maintenant. Une action décisive face à une crise sans précédent Comme pour l’Accord de Paris sur le Climat, nous avons besoin d’une haute ambition politique des États pour enrayer la perte de la biodiversité d’ici 2030 et en assurer sa restauration d’ici 2050. Œuvrons pour un monde positif envers la nature tout comme nous œuvrons pour un monde neutre en carbone car les crises du climat et de la biodiversité sont intimement liées et doivent être résolues ensemble. Évitons de répéter les erreurs Les négociations finales de Montréal seront cruciales pour la sauvegarde de la planète. Alors qu’aucun des précédents objectifs fixés à horizon 2020 n’a été atteint et que la pression sur les milieux naturels ne cesse de s’accroître, nous demandons un cadre d’action robuste avec des objectifs chiffrés et précis tels que : L’objectif 30×30 de conservation d’au moins 30% des écosystèmes terrestres, d’eau douce, marins et souterrains d’ici 2030 à l’échelle mondiale, et l’amélioration de l’efficacité de gestion des aires protégées ; L’arrêt de la perte de superficie et d’intégrité des écosystèmes et la restauration d’au moins 2 milliards d’hectares de milieux naturels dégradés ; Un renforcement de la conservation des espèces pour empêcher toute nouvelle extinction, améliorer le statut de celles qui sont menacées et rétablir l’abondance des espèces ; Le déploiement des Solutions fondées sur la Nature pour lutter et s’adapter au changement climatique et répondre à d’autres défis comme l’alimentation et l’approvisionnement en eau ; Nous avons en outre besoin d’une stratégie mondiale qui fasse l’objet d’un meilleur suivi avec des évaluations régulières et obligatoires des actions mises en oeuvre par les Etats, à chaque COP Biodiversité, tous les 2 ans, pour vérifier que l’atteinte des objectifs est en bonne voie. Ce système de rapportage régulier des États devra être basé sur des indicateurs fiables. Il est urgent de repenser notre rapport au reste de la nature Un enjeu crucial du cadre mondial concerne la réduction des menaces qui pèsent sur la biodiversité et la préservation des 70 % de zones non protégées. Pour relever ce défi, des changements importants sont nécessaires dans nos modes de production et de consommation. D’autant que la pandémie nous a rappelé que plus nous détruisons les environnements, plus les risques d’émergence de nouvelles maladies sont grands. Nous devons nous engager sur des modifications profondes et, pour y parvenir, renouveler nos relations au reste de la nature pour mieux vivre ensemble et interagir autrement avec le vivant, comme nous l’avons rappelé dans notre rapport, en 2021[1]. [1] Comité français de l’UICN (2021). L’avenir du vivant – nos valeurs pour l’action. Investir financièrement dans de nouvelles solidarités Alors que la moitié du PIB mondial dépend de la nature, le budget actuel de financement pour préserver la biodiversité affiche toujours un déficit de l’ordre de 700 milliards de dollars (663 milliards d’euros) par an d’ici à 2030[1]. Nous appelons à une mobilisation beaucoup plus forte de financements pour la biodiversité, afin d’atteindre au moins 200 milliards de dollars par an (contre seulement 130 milliards annuels aujourd’hui). Nous réclamons également la baisse des subventions néfastes à la nature et la réallocation d’au moins 500 milliards de dollars par an (476 milliards d’euros). Nous voulons enfin que la COP15 soit le démarrage d’une plus grande mobilisation de l’ensemble des acteurs, et en particulier les scientifiques, les ONG, les collectivités locales, les peuples autochtones et communautés locales, les citoyens, les jeunes et les femmes. Et nous demandons aux entreprises publiques et privées d’évaluer, de rendre compte et de réduire leurs impacts négatifs – de moitié au moins – pour enrayer la crise de la biodiversité. [1] Deutz et al. (2020). Financing Nature: Closing the Global Biodiversity Financing Gap VOIR LA TRIBUNE SUR LE SITE DU MONDE Liste des signataires Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN Sébastien Moncorps, Directeur du Comité français de l’UICN Bruno David, Président du Muséum national d’Histoire naturelle Jean Jalbert, Directeur général de la Fondation Tour du Valat Véronique Andrieux, Directrice Générale du WWF France Bernard Cressens, Président d’honneur du Comité français de l’UICN Élisabeth Claverie de Saint Martin, Présidente Directrice Générale du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) Rodolphe Delord, Président de Beauval Nature Valérie Verdier, Présidente Directrice Générale de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) Allain Bougrain-Dubourg, Président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux Philippe Mauguin, Président-Directeur général d’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement Charlotte Meunier, Présidente de Réserves Naturelles de France Marie-Hélène Aubert, Présidente du Partenariat Français pour l’Eau Patrick Blandin, Attaché honoraire du Muséum National d’Histoire Naturelle et Président d’honneur du Comité français de l’UICN Bernard Chevassus-au-Louis, Président d’Humanité & Biodiversité Erik Orsenna, Président d’Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves (IAGF) Guillaume Réveilhac, Président de l’Alliance pour la Préservation des Forêts Valérie Collin, Secrétaire Générale de Noé Jérôme Fromageau, Président de la Société Française pour le Droit de l’Environnement Patricia Ricard, Présidente de l’Institut Océanographique Paul Ricard Christophe Lépine, Président de la Fédération des Conservatoires d’Espaces Naturels Gilles Kleitz, Président de la commission des aires protégées du Comité français de l’UICN et Directeur Exécutif Développement Durable de l’Agence Française de Développement Agnès Vince, Directrice du Conservatoire du Littoral Jean-Pierre Bouquet, Président délégué des Eco Maires Michaël

Objectif 30×30 : Renforcer la coopération pour appuyer les efforts des acteurs du sud

Alors que l’objectif qui vise à protéger au moins 30 % de la planète d’ici à 2030 doit être discuté prochainement à l’occasion de la COP 15 Biodiversité, le Comité français de l’UICN formule une série de recommandations à destination des acteurs français pour renforcer la coopération en faveur de l’objectif « 30×30 » dans les pays du Sud La base mondiale des aires protégées dénombre aujourd’hui plus de 270 000 aires protégées et conservées terrestres et marines couvrant 16,8 % des terres et 8% des mers. Pourtant, si la communauté internationale a fait des progrès importants vers l’objectif mondial du plan stratégique d’Aichi (objectif de 17% des zones terrestres et 10% des zones marines), elle est loin d’avoir respecté ses engagements concernant la qualité de gestion de ces espaces ainsi que leur connectivité. Dans les pays du Sud, les défis liés à la gestion des espaces protégés et conservés sont majeurs car ils sont globalement sous financés et généralement en déficit de moyens humains.   Pour participer aux efforts de préservation de la biodiversité à l’international, la France compte sur la mobilisation de l’ensemble des acteurs (les Organisations de la Société Civile (OSC), les organismes de recherche, les gestionnaires d’espaces naturels, les entreprises et les bailleurs de fonds) dont les actions combinées devront contribuer à l’atteinte des nouveaux objectifs fixés à l’issue de la COP 15 de la Convention pour la Diversité Biologique (CDB).   Dans ce contexte, le Comité français de l’UICN a organisé un colloque en avril 2022 pour débattre autour de la diversité des modèles de gestion des espaces protégés et conservés et afin de questionner plus particulièrement la contribution de la France et des acteurs français dans l’atteinte de l’objectif 30 x 30 à l’international et en particulier dans les pays en développement.   Plusieurs recommandations ont été émises à cette occasion :  Favoriser le partage d’expériences afin d’enclencher un processus d’amélioration de la gestion et de la gouvernance des aires protégées et conservées à travers le réseau francophone de la Liste Verte, la mobilisation des gestionnaires français d’aires protégées dans les projets de coopération internationale ou le partage des savoirs en faveur d’autres modèles de conservation davantage développés aux Suds comme les AMCEZ (Autres Mesures de Conservation Efficaces par Zones) ou les APAC (Aire ou Territoire du Patrimoine Autochtone ou Communautaire) ;  Soutenir les processus de bonne gouvernance et d’inclusion des acteurs dans la gestion des aires protégées et conservées à travers la facilitation de démarches de concertation multi-acteurs et la promotion d’une diversité de systèmes de gouvernance ;  S’assurer du respect de la légalité et de la légitimité des acteurs et adapter les approches aux contextes locaux en se positionnant comme facilitateur et en favorisant les démarches ascendantes et les solutions innovantes ;  Mobiliser davantage de financements vers les PED pour enrayer la perte de biodiversité en accroissant leur volume, en diversifiant les sources de revenus possibles et en favorisant l’accès des acteurs du Sud aux financements existants.  TÉLÉCHARGER LA PUBLICATION VISIONNER LE REPLAY DU COLLOQUE POUR ALLER PLUS LOIN Groupe de Travail Pays en développement & Biodiversité  Programme Aires protégées  

Le Comité français de l’UICN et l’OFB renforcent leur action commune auprès des collectivités avec la signature d’une convention de coopération

Le Comité français de l’UICN et l’Office français de la biodiversité (OFB) mènent depuis de nombreuses années des actions communes pour appuyer l’implication des collectivités françaises, et en particulier des Régions, en faveur de la biodiversité. En 2022, ce partenariat est renforcé par la signature d’une convention de coopération triennale ayant pour objectif d’accompagner les régions dans l’élaboration et la mise en œuvre de leurs stratégies régionales pour la biodiversité (SRB). Cette coopération a été inaugurée le 23/11 lors du Salon des maires. A l’occasion du Salon des maires, Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN, et Pierre Dubreuil, Directeur général de l’OFB, ont présenté officiellement la convention de coopération que les deux structures ont signée afin d’accompagner les régions dans l’élaboration et la mise en œuvre de leurs stratégies régionales pour la biodiversité (SRB). Ce partenariat vient renforcer l’action commune que mènent le Comité français de l’UICN et l’OFB à destination des collectivités depuis de nombreuses années dans l’objectif de contribuer à la mobilisation des territoires, plus que jamais essentielle pour atteindre les nouveaux objectifs nationaux et mondiaux pour la protection de la biodiversité. Il s’articule autour de trois grandes actions : L’élaboration d’une boite à outils méthodologiques dédiés aux SRB: Il s’agit d’un guide technique, composé d’une dizaine de fiches thématiques. Chaque fiche propose des pistes méthodologiques, illustrées par des retours d’expériences territoriales, sur des thèmes identifiés par le groupe de travail « Collectivités & Biodiversité » du Comité français de l’UICN comme étant prioritaires pour « réussir » sa stratégie. Trois fiches ont déjà été publiées : Communication & SRB ; Élaboration des SRB dans une démarche prospective ; Identification des enjeux SRB. La quatrième portant sur le « chef de filât » Biodiversité et la Cartographie des acteurs SRB est en cours de finalisation. Le portage de la boite à outils SRB dans les territoires, sa diffusion et sa valorisation, et l’accompagnement des équipes en charge de ces stratégies dans l’appropriation de cet outil. La valorisation des actions des collectivités territoriales dans le cadre des SRB aux niveaux national et international. L’objectif est de valoriser l’expérience et le savoir-faire des collectivités françaises en matière de stratégies pour la biodiversité, et de faire connaitre des expériences inspirantes menées par des collectivités françaises ou étrangères – notamment dans les pays francophones – dans le cadre de leurs stratégies pour la biodiversité. A titre d’exemple, la reconnaissance des actions menées par les collectivités à travers le programme des « Territoires engagés pour la nature » participe de cette dynamique (initiative du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires et de Régions de France, pilotée par l’Office français de la biodiversité en partenariat avec les Agences de l’eau). « Les stratégies régionales pour la biodiversité sont essentielles pour la planification des actions des régions et la mobilisation des acteurs. Elles sont l’un des points clés de la loi Biodiversité de 2016 et le Comité français de l’UICN accompagne leur élaboration et mise en œuvre depuis plus de 10 ans ! » Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN.   « La SRB Bourgogne-Franche-Comté que nous avons réalisée selon la méthodologie du Comité français de l’UICN en concertation avec l’ensemble des acteurs régionaux, nous a permis de proposer des solutions communes pour préserver et restaurer la biodiversité régionale, et donc de favoriser un engagement collectif dans l’action. La SRB Nouvelle-Aquitaine a été élaborée selon ces principes », illustre Stéphane Woynaroski, Président du groupe de travail « Collectivités & Biodiversité » du Comité français de l’UICN et Conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté.   De son côté, Pierre Dubreuil, Directeur général de l’OFB, précise que « les SRB sont également des facteurs d’innovation et de cohérence de l’action publique pour la biodiversité. Elles prennent notamment en compte les orientations de la Stratégie Nationale Biodiversité (SNB). » Ainsi, le Comité français de l’UICN et l’OFB encouragent l’ensemble des Régions à se doter de SRB ambitieuses, engageantes et opérationnelles en utilisant cette boite à outils, et à intégrer les dispositifs existants dans les territoires dans leur mise en œuvre (en particulier les programmes destinés à favoriser la mobilisation et l’accompagnement des communes et des intercommunalités, comme les Atlas de la biodiversité communale ABC, ou encore « Territoires engagés pour la nature »). POUR ALLER PLUS LOIN Site Collectivités & Biodiversité du Comité français de l’UICN

Trafic d’espèces sauvages : 25 recommandations pour lutter contre le commerce illégal en France

Alors que s’ouvre aujourd’hui au Panama la 19ème Conférence des Parties de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES COP19), le Comité français de l’UICN formule 25 recommandations concrètes pour enrayer le trafic de ces espèces sur notre territoire. A la fois pays d’origine, pays de destination et pays de transit de ce commerce, la France a une forte responsabilité pour lutter contre cette criminalité environnementale. La surexploitation d’espèces sauvages figure parmi les principales menaces pour la biodiversité, touchant des milliers d’espèces animales et végétales classées dans la Liste rouge mondiale des espèces menacées de l’UICN. Leur trafic constitue aujourd’hui l’une des activités criminelles transnationales les plus lucratives au monde, représentant jusqu’à 23 milliards d’euros par an. Il apparaît souvent associé à d’autres activités illicites (comme le blanchiment d’argent ou la corruption) et alimente parfois des groupes armés et des réseaux terroristes. Pour faire face à cette menace, la 19ème COP de la CITES rassemble durant onze jours les représentants des Etats parties à la convention et des ONG du monde entier, du 14 au 25 novembre à Panama City. Des décisions importantes sont attendues pour renforcer la régulation du commerce international de nombreuses espèces victimes de la surexploitation et des trafics. Parmi les points à l’agenda cette année, figurent notamment des enjeux portant sur les éléphants d’Afrique et le commerce de l’ivoire, les hippopotames, les rhinocéros blancs, différentes espèces de crocodiles et de tortues, de requins requiem et de raies guitare, une grenouille lémur arboricole, ou encore différentes essences de bois tropicaux. Des sujets concernant le renforcement des contrôles et la lutte contre les fraudes seront particulièrement discutés. Le Comité français de l’UICN attend également des avancées pour les petits requins-marteau et les concombres de mer exploités commercialement, dont la protection est proposée par l’Union européenne. Au-delà du caractère international de ces enjeux, l’action de chaque pays sur son territoire est essentielle. Dans la géographie des trafics d’espèces sauvages, la France est à la fois un pays source, un pays de destination et une plaque tournante de flux internationaux illicites. Nous avons un engagement moral à agir car ce sont chaque jour des centaines de kilos d’espèces sauvages qui sont saisies à l’arrivée des vols internationaux (pangolins, primates, chauves-souris, antilopes, poissons, agoutis, insectes…) : pour le seul terminal T2 de l’aéroport de Roissy, plus de 36 tonnes de denrées périssables illégales ont été saisies en 2021, dont plus de 10 tonnes de viande de brousse Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN Dans ce terminal pourtant, seuls 20 agents des douanes officient pour un flux de 24 000 passagers / jour, estimant saisir environ 10% des denrées illégales. Au-delà des atteintes aux espèces menacées, les risques sanitaires sont élevés, avec l’importation possible de zoonoses (maladies portées par des animaux et transmissibles aux humains) via ces trafics. Les primates et les chauves-souris sont par exemple les principaux vecteurs d’Ebola. Et de nombreuses autres espèces sont connues pour porter des agents pathogènes pouvant former chez l’humain des maladies infectieuses potentiellement graves. Face à l’ampleur des enjeux, le Comité français de l’UICN plaide pour une action plus forte et plus déterminée et formule 25 recommandations. Parmi celles-ci, Sébastien Mabile, avocat et Vice-Président du Comité français de l’UICN, souligne que : Il est essentiel de renforcer les cadres réglementaires et appliquer des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives à l’encontre des auteurs de ces crimes environnementaux, en réhaussant par exemple les sanctions des délits concernant les espèces au même niveau que les autres trafics Sébastien Mabile, avocat et Vice-Président du Comité français de l’UICN De son côté, Jean-Philippe Rivaud, cofondateur et vice-président de l’association du réseau des procureurs européens pour l’environnement, expert du Comité français, insiste sur « la sensibilisation des magistrats des parquets sur la possibilité actuelle de retenir des qualifications pénales assorties de la circonstance aggravante de bande organisée ». Plus largement, il est nécessaire de renforcer la formation et la spécialisation des magistrats. D’autre part, le rapport demande également de : Améliorer le soutien financier aux structures d’accueil des animaux saisis ou confisqués, une proposition particulièrement soutenue par l’Association française des parcs zoologiques ; Améliorer la coordination entre les organes de gestion et les différentes autorités de contrôle à l’échelle locale avec, par exemple, la création de cellules d’enquêtes opérationnelles communes « douanes-OFB-DREAL » aux échelons départementaux ou régionaux ; Renforcer les moyens et les capacités des services de contrôle, notamment par l’augmentation du budget affecté aux missions des services douaniers aéroportuaires et par la formation de chiens de la brigade cynotechnique des aéroports à détecter les principales espèces sauvages transportées (ou leurs produits) ; Accroître la responsabilité et l’engagement du secteur de la logistique et du transport, en particulier aérien ; Sensibiliser et responsabiliser les voyageurs en lançant des campagnes d’information massives, notamment sur les réseaux sociaux et dans les lieux de départ et arrivée ; Uniformiser le poids des bagages en soute à 23 kilos maximum en classe économique pour tous les vols commerciaux, y compris en provenance d’Afrique, afin de réduire  Pour renforcer son implication, le Comité français de l’UICN décide aujourd’hui de se doter d’un inter-groupe d’experts réunissant parmi son réseau de spécialistes des compétences juridiques et scientifiques. Pour appuyer la mise en œuvre des recommandations du rapport, tous les acteurs concernés seront impliqués, en particulier les pouvoirs publics et les autorités judiciaires (juges et magistrats), les agents de contrôle déployés sur le terrain (douanes), les transporteurs aériens et les aéroports, pour obtenir des avancées concrètes dans la lutte contre le trafic d’espèces sauvages. TÉLÉCHARGER LA PUBLICATION

Les zones humides sont notre « assurance-vie » face aux crises combinées du climat et de la biodiversité

A l’occasion des COP Climat et Ramsar qui se tiennent en Egypte et en Suisse, il est urgent de donner une nouvelle impulsion à la protection des zones humides qui sont de véritables solutions fondées sur la nature pour lutter contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. 2022 est en passe de battre tous les records – températures, vagues de chaleur, sécheresses – en Europe, révélant la vulnérabilité de notre agriculture, de notre gestion forestière, de notre mix énergétique et de nos économies face à ces phénomènes annoncés depuis longtemps par les scientifiques mais mal anticipés. Rhin, Loire, Pô, mais également Yangtsé ou Parana… autant de fleuves jusque-là puissants qui cet été n’étaient que des fantômes se faufilant dans un lit de sédiments craquelés par le soleil. Dans le même temps, les rapports s’accumulent attestant l’accélération de l’effondrement de la biodiversité, tissu vivant de la planète. Les effectifs des populations de vertébrés sur la planète ont diminué de 69% depuis 1970, et cet effondrement atteint 83% pour les espèces d’eau douce[1], signe de la destruction massive des zones humides. Ces deux crises, climat et biodiversité, sont intimement liées et s’alimentent l’une l’autre. Elles sont les deux facettes d’une crise systémique qui puise ses racines dans notre relation erronée au monde du vivant. Une relation “contre Nature”, contre ces millions d’espèces dont nous sommes partie intégrante, dépendante et solidaire. C’est dans ce contexte de tensions inégalées que se déploie en l’espace de seulement quelques semaines une série inédite d’évènements internationaux dédiés à la nature et au climat : les Conférences des parties (COP) des traités intergouvernementaux portant sur les zones humides[2], le climat[3], le commerce des espèces[4] et enfin la biodiversité[5]. Cette séquence est une occasion unique de faire un arrêt sur image, interroger les engagements, les ambitions et les articulations entre ces traités… et donner une nouvelle impulsion. Une transition urgente, mais entravée par de trop nombreuses résistances Les motifs d’inquiétude ne manquent pas à l’approche de ces rendez-vous internationaux : Le rythme de disparition des zones humides sur la planète ne faiblit pas malgré les engagements répétés des Etats ; un récent rapport du PNUE[6] sur le climat montre que les progrès de la communauté internationale sont « terriblement insuffisants » pour tracer un chemin crédible vers l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris ; côté biodiversité, après l’échec patent des objectifs d’Aïchi qui devaient engager la reconquête de la biodiversité au cours de la période 2011-2020, le nouveau cadre qui se dessine pour la décennie en cours s’annonce trop peu ambitieux et manque toujours cruellement d’un mécanisme de redevabilité des Etats. Inventer un nouveau partage de l’eau en plaçant le vivant au centre Accaparement de l’eau en plaine dans des méga-bassines ou en montagne pour produire de la neige de culture, « chant du cygne » d’acteurs agricoles ou touristiques qui refusent de s’adapter face à l’inéluctable. Arbitrages impossibles entre irrigation des cultures, production hydroélectrique, refroidissement des centrales nucléaires, usages domestiques ou industriels face à une eau trop rare pour satisfaire les divers besoins auxquels nos modèles de production et de consommation nous ont habitués. Il est urgent d’accepter l’évidence, de reconsidérer notre rapport à l’eau et au vivant, de changer nos comportements qui affectent profondément le grand cycle de l’eau. Face à des besoins grandissants et à une disponibilité en eau de moins en moins prévisible et pilotable, nous devons réinventer ses usages et son partage, en laissant sa juste part à la nature. Cette nature que nous ne devons plus considérer comme une variable d’ajustement de nos systèmes de production, mais bien comme leur socle, comme le fondement de nos vies et de nos économies. Les zones humides, pourvoyeuses de solutions face aux défis sociétaux croissants Les zones humides[7], longtemps perçues comme insalubres, constituent l’écosystème le plus détruit de la planète, connaissant un déclin trois fois plus rapide que la forêt. Mais au fil de leur disparition, elles se révèlent être l’écosystème qui contribue le plus à l’humanité. Plus d’un milliard de personnes en dépendent directement pour leur existence et bien plus encore bénéficient de leurs pouvoirs extraordinaires. Elles sont les « reins de la nature », purifiant l’eau que nous polluons. Gigantesques éponges, elles captent les précipitations de plus en plus irrégulières et souvent massives, atténuent les pics de crue, rechargent les nappes phréatiques et soutiennent les débits des rivières lors des sécheresses plus longues et intenses. Les hydrologues l’attestent : la façon la plus efficace et durable de stocker l’eau et de la rendre disponible pour divers usages est de s’assurer que les nappes phréatiques et les zones humides soient pleinement fonctionnelles et interconnectées. Alors que les défis sociétaux – sécurité alimentaire, changement climatique, approvisionnement en eau, santé humaine… – n’ont jamais été aussi intenses, il est urgent de protéger et restaurer massivement les zones humides. Ce sont des solutions très efficaces, peu coûteuses et offrant de multiples bénéfices collatéraux. Des Solutions fondées sur la Nature. Notre assurance-vie. Ce texte est soutenu par Francis Hallé, Botaniste Erik Orsenna, écrivain, membre de l’Académie frnçaise, Président de l’Initiative pour l’Avenir des Grands fleuves Françoise Nyssen, Editrice et ancienne ministre Allain Bougrain Dubourg, Président de la LPO Jean-Paul Capitani, Editeur Vincent Munier, Photographe Charlélie Couture, Artiste Emma Haziza, Hydrologue Jérôme Bignon, Président de RAMSAR France Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature André Hoffmann, Président de la Fondation Tour du Valat Maja Hoffmann, Fondation LUMA Arles Vera Michalski-Hoffmann, Fondation Tour du Valat Frédérique Tuffnell, Vice-Présidente de RAMSAR France Wolfgang Cramer, Biologiste CNRS, Institut Méditerranéen Patrick Duncan, Biologiste CNRS Marc-André Selosse, Biologiste Rémi Luglia, Président de la Société Nationale de Protection de la Nature Véronique Andrieux, Directrice Générale, WWF France Charlotte Meunier, Présidente des Réserves Naturelles de France Didier Babin, Président du comité français du programme Man and Biosphere Didier Réault, Président de Rivages de France Jean Jalbert, Directeur général de la Tour du Valat Jean-Marie Gilardeau, Président du Forum des Marais Atlantiques Luc Barbier, Vice-Président du CEN Hauts de France Laurent Godé, Secrétaire de Ramsar