Le Comité français de l’UICN appelle à l’adoption définitive du traité international pour protéger la Haute Mer

À l’occasion de la reprise de la 5ème session de négociation de l’ONU, qui s’ouvre aujourd’hui 20 février jusqu’au 3 mars 2023 à New York, le Comité français de l’UICN demande l’adoption d’un traité ambitieux et efficace pour l’indispensable protection de la haute mer qui couvre 2/3 de l’océan mondial et qui subit de multiples pressions. Conformément à la résolution adoptée au Congrès mondial de l’UICN de Marseille, le Comité français de l’UICN demande que ce traité international comporte les engagements suivants : Aires marines protégées Lors de la COP15 Biodiversité qui a abouti à l’adoption du Cadre mondial sur la biodiversité, les Etats se sont engagés à protéger au moins 30 % des océans de la planète d’ici 2030. L’atteinte de cet objectif mondial ne pourra se faire sans la haute mer, qui représente 64 % de la superficie des océans, et dont seulement 1,44% est protégé aujourd’hui. Ainsi, il est essentiel que le traité international permette la mise en place d’un réseau d’aires marines protégées écologiquement représentatif, bien connecté et bien géré, dont une part substantielle soit hautement et entièrement protégée. Etudes d’impact sur l’environnement Les études d’impact sur l’environnement sont un outil essentiel pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité afin de réguler les différentes activités dans la haute mer. Pour être efficace, il est nécessaire que le traité prévoie un système commun, rigoureux, indépendant et fondé sur la science pour l’évaluation, la gestion et le suivi des effets individuels et cumulatifs des différentes activités humaines et du changement climatique sur la biodiversité marine de la haute mer. Les dispositions du projet de texte doivent permettre aux États d’élaborer des évaluations environnementales stratégiques pour constituer une base de connaissances et éviter les dommages environnementaux. Le Comité français de l’UICN demande également un système efficace de renforcement des capacités et de transfert de technologies marines, et de partage juste et équitable des avantages issus des ressources génétiques marines de la haute mer, pouvant être d’ordre monétaire ou non monétaire. Pour une mise en œuvre efficace, il est nécessaire d’avoir une Conférence des Parties avec des modalités de prise de décisions incluant un vote quand le consensus n’est pas atteint, et un Conseil scientifique et technique pour guider les décisions. Enfin, le traité doit favoriser la coopération et la cohérence des décisions prises pour la protection de la haute mer avec les Organisations régionales des pêches et l’Organisation maritime internationale. TÉLÉCHARGER LE COMMUNIQUÉ DE PRESSE
Bilan IMPAC 5

Le 5ème Congrès international des aires marines protégées (IMPAC5) s’est conclu jeudi 9 février à Vancouver avec la plus forte participation enregistrée de la série des congrès, en rassemblant près de 3000 participants sur place et 1000 participants en ligne. Parmi les messages fondamentaux du Congrès, IMPAC5 a rappelé que les aires marines protégées (AMP) et les autres mesures de conservation efficaces par zones (AMCEZ) représentent des investissements essentiels pour préserver, restaurer et soutenir un océan résilient, atténuer les changements climatiques, soutenir les moyens de subsistance des peuples autochtones et des populations locales, et sauvegarder les zones du patrimoine culturel et historique. IMPAC 5 a souligné l’importance de concrétiser les engagements collectifs qui y ont été pris pour lutter contre les changements climatiques et assurer la conservation de la biodiversité. IMPAC5 soutient ainsi le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal (COP15, Convention des Nations Unies sur la diversité biologique), l’Engagement pour la conservation des océans (COP27, Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques) et l’Appel à l’action « Notre océan, notre avenir, notre responsabilité » (Conférence des Nations unies sur les océans de 2022). Le Canada a confirmé son engagement à protéger 30% de son espace maritime d’ici 2030 et a recommandé de redoubler d’efforts pour atteindre la Cible 3 (conserver 30 % des océans d’ici 2030) du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal. À ce jour, 52 pays et territoires ont protégé au moins 10% de leurs espaces maritimes et, 8,16 % de l’océan mondial est couvert par des aires marines protégées. Le Comité français de l’UICN salue la déclaration des présidents, publiée le 9 février 2023 lors du Forum du leadership. Les coprésidents du Forum y demandent : la conclusion des négociations, prévues du 20 février au 3 mars 2023, afin d’établir un traité juridiquement contraignant dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, en vue de permettre la protection, la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité dans les zones situées au-delà des zones de compétence nationale – soit les zones en haute mer, qui couvre 64% de l’océan ; que les Nations accélèrent les progrès pour mettre pleinement en œuvre les mesures et les cibles relevant de l’Objectif de développement durable N°14 des Nations Unies (conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable), renforcent les normes de protection des AMP et des AMCEZ, et redoublent d’efforts pour atteindre la Cible 3 (conserver 30 % des zones marines et côtières d’ici 2030) du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal; que soient créées des AMP et des AMCEZ transfrontalières pour améliorer la conservation des écosystèmes, la connectivité et la migration des espèces (c’est-à-dire les corridors marins ou bleus) ainsi que les liens culturels et sociaux; que soient établis des réseaux d’AMP et d’AMCEZ qui soient : bien connectés, gérés de manière équitable, écologiquement représentatifs intégrés dans le paysage terrestre, marin et océanique au sens large et intégrés dans les plans nationaux pour la protection de l’environnement, le développement durable et l’atténuation des changements climatiques ainsi que l’adaptation à ces derniers; un soutien financier durable des AMP et des AMCEZ à long terme, en particulier pour les pays en développement, de la part des gouvernements, des institutions financières privées, de l’industrie maritime, des organisations philanthropiques et des ONG, et l’exploration d’outils financiers novateurs à cette fin; un soutien bilatéral et multilatéral aux pays en développement pour le développement des capacités, l’accès aux technologies et leur transfert, la promotion de l’innovation et de la coopération technique et scientifique (cible 20 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal) afin d’établir et de gérer efficacement et équitablement les AMP et les AMCEZ, de protéger le milieu marin et de gérer les ressources marines de manière durable; et une approche de précaution pour s’assurer que le développement des ressources marines est conforme à des principes environnementaux, sociaux et de gouvernance rigoureux, qui soutiennent nos efforts pour lutter contre les changements climatiques, la perte de biodiversité et la pollution. Le Comité français de l’UICN salue également les initiatives annoncées par le Gouvernement du Canada : Publication de détails sur la Norme de protection de 2023 pour les aires marines protégées et les zones clés que le Canada a l’intention d’envisager en vue d’une protection marine; Progrès réalisés pour protéger une vaste zone océanique écologiquement unique au large de la côte ouest du Pacifique; Annonce d’un financement de 69,5 millions de dollars pour protéger et restaurer les écosystèmes océaniques dans les pays en développement; Investissements dans un système de surveillance des océans de calibre mondial pour améliorer la protection des océans au Canada; Établissement du premier refuge marin dans la biorégion du plateau Nord; Appui des partenaires du Réseau d’aires marines protégées pour protéger la côte nord de la Colombie-Britannique; Progrès vers la création de 10 nouvelles aires marines nationales de conservation avec une nouvelle orientation stratégique; Publication de la position du Canada sur l’exploitation minière des fonds marins. Sur cette dernière position, nous nous réjouissons que le Canada rejoigne la liste des pays soutenant le moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, suite à la recommandation de l’UICN adoptée au Congrès mondial de la nature à Marseille. A l’occasion de ce congrès, le Comité français a proposé de nouvelles recommandations pour avancer sur la protection forte en mer en France, en publiant deux nouveaux rapports identifiant des zones de protection forte dans les espaces maritimes français de Saint-Pierre-et-Miquelon, de la Guyane, des Antilles françaises et du bassin Sud océan Indien.
Le Comité français de l’UICN appelle au renforcement de la lutte contre le trafic des espèces sauvages en France

Le Comité français de l’UICN a organisé ce mercredi 15 février 2023, en collaboration avec le Groupe ADP, une visite des infrastructures douanières et de la station d’accueil pour les animaux saisis de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, en présence de Madame Bérangère Couillard, Secrétaire d’État chargée de l’Écologie. Quatrième activité de criminalité transnationale organisée la plus lucrative au monde, le trafic des espèces sauvages représente aujourd’hui jusqu’à 23 milliards d’euros par an selon INTERPOL, en augmentation et constituant l’une des principales causes de la disparition des espèces. En 2021, les services douaniers du seul terminal 2 de l’aéroport de Roissy annonçaient avoir saisi 36 tonnes de produits illégaux issus d’espèces sauvages, dont 17 tonnes d’espèces animales et de viande de brousse (pangolins, primates, agoutis, chauve-souris…), tout en estimant ne saisir qu’environ 10% du commerce illégal. Au-delà des atteintes aux espèces menacées, les risques sanitaires sont élevés, avec l’importation possible de zoonoses (maladies infectieuses transmises de l’animal aux humains) via ce trafic. Face à l’urgence d’enrayer et d’inverser la perte de la biodiversité, le Comité français de l’UICN a annoncé aujourd’hui avoir conclu un accord de collaboration avec le Groupe ADP pour renforcer la lutte contre le trafic des espèces sauvages. Cette collaboration inclut : Le lancement d’une campagne conjointe de sensibilisation des voyageurs des aéroports de Paris (représentants 42 millions de voyageurs par an) sur le trafic des espèces sauvages, alertant sur la menace que fait peser ce trafic sur la disparition des espèces, et des risques sanitaires (zoonoses) qui peuvent y être associés. Un travail d’accompagnement et de formation des professionnels des aéroports français pour les soutenir dans la mise en oeuvre de stations d’accueil des animaux saisis en régions. Une campagne de sensibilisation et de partage d’expérience en direction des professionnels des aéroports localisés dans les principaux pays de départ du trafic des espèces sauvages, présentant les solutions à mettre en oeuvre pour lutter contre ce trafic. Le Comité français de l’UICN estime qu’il est impératif de lutter rapidement et concrètement contre le trafic des espèces, et appelle donc le Gouvernement à agir urgemment en : Uniformisant le volume des bagages en soute à 23 kilos maximum en classe économique pour tous les vols commerciaux y compris en provenance d’Afrique, afin de réduire les risques sanitaires et environnementaux, et le volume des bagages à contrôler. Inscrivant dans le droit international aérien la responsabilité légale du transporteur pour sa cargaison, une fois qu’il a accepté la Lettre de Transport Aérien (LTA) de l’expéditeur ou le billet d’avion du passager, et procédé à l’embarquement de ses marchandises ou bagages. Augmentant les effectifs des services douaniers chargés des contrôles à Paris-Charles de Gaulle et dans les autres aéroports susceptibles d’être des points d’entrée pour le trafic d’espèces sauvages. Par ailleurs, le Comité français de l’UICN appelle le Gouvernement à augmenter le budget affecté à la réalisation des missions des services douaniers aéroportuaires ainsi que leurs moyens (scanners à rayons X, chiens de détection…), afin de renforcer la quantité et la qualité de leurs contrôles, et sécuriser leurs conditions de travail. Rehaussant les sanctions des délits se rattachant au trafic d’espèces sauvages, en les ajustant sur celles prévues en matière de trafic de stupéfiants. Sensibilisant les magistrats des parquets quant à l’existence de qualifications pénales assorties de la circonstance aggravante de bande organisée, et à l’importance de délivrer des instructions de politique pénale visant à renforcer la répression en matière de criminalité environnementale. Créant de nouvelles de stations d’accueil des animaux saisis, comme celle de l’aéroport Paris-Charles de Gaulle, et prendre un arrêté définissant le statut juridique des établissements prétendant à la qualité de refuge ou de sanctuaire, et les modalités de subventionnement public attachées à ce statut et à leur mission d’intérêt général. Pour consulter l’ensemble des propositions du Comité français de l’UICN pour lutter contre le trafic des espèces sauvages : https://uicn.fr/trafic-despeces-sauvages-25-recommandations/ TÉLÉCHARGER LE COMMUNIQUÉ DE PRESSE
5ème Congrès international des aires marines protégées : le Comité français de l’UICN propose de nouvelles recommandations pour la protection forte en mer

À l’occasion du cinquième Congrès international sur les aires marines protégées (IMPAC5), qui s’ouvre aujourd’hui à Vancouver, le Comité français de l’UICN publie deux nouveaux rapports pour identifier les zones de protection forte dans les espaces maritimes français de Saint-Pierre-et-Miquelon, de la Guyane, des Antilles françaises et du bassin Sud océan Indien. À l’initiative de l’UICN et coorganisé avec la Société pour la nature et les parcs du Canada, le Congrès IMPAC5 va élaborer la feuille de route pour la conservation des océans afin de mettre en œuvre le nouveau Cadre mondial pour la biodiversité post 2020, et en particulier sa cible 3, qui vise à protéger au moins 30 % des océans de la planète d’ici 2030 grâce à des aires marines protégées. Avec sa stratégie nationale 2020-2030 pour les aires protégées, la France s’est engagée à protéger, d’ici 2030, au moins 30 % des espaces terrestres et marins dont un tiers sous protection forte, soit 10%. Les zones de protection forte en mer représentent actuellement 4 % du domaine maritime français. Après un premier rapport du Comité français de l’UICN qui formulait des recommandations sur la définition et la mise en œuvre des zones de protection forte en mer en accord avec les standards internationaux de l’UICN en matière d’aires marines protégées, un second proposait des sites pour la métropole. Aujourd’hui, le Comité français de l’UICN poursuit ses propositions sur les zones de protection forte en mer à Saint-Pierre-et-Miquelon, en Guyane, dans les Antilles françaises et dans le bassin Sud océan Indien (Réunion, Mayotte, Terres australes et antarctiques françaises, îles Eparses). Pour chacun des territoires ultramarins, le rapport présente les enjeux de conservation décrits dans les documents stratégiques de bassin maritime (DSBM) ou dans les analyses stratégiques régionales, ainsi que le réseau d’aires marines protégées en place. Sur la base de ce bilan et en s’appuyant sur l’expertise de son réseau, le Comité français de l’UICN émet des recommandations pour répondre efficacement aux enjeux de conservation de la biodiversité marine et progresser rapidement vers la mise en place d’un réseau cohérent et représentatif de zones de protection forte en mer. « Ce congrès est une occasion unique pour la communauté internationale des gestionnaires et praticiens de la conservation marine pour renforcer la protection de la biodiversité marine et sauvegarder le patrimoine naturel et culturel de l’océan. » Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN Le Comité français de l’UICN y participe de façon efficace à travers la publication de ces rapports mettant en valeur la particularité de notre territoire national et son importance, puisque la France possède le 2ème domaine maritime mondial. TÉLÉCHARGER LE RAPPORT SUR SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON, LA GUYANE, ET LES ANTILLES FRANÇAISES TÉLÉCHARGER LE RAPPORT SUR LE BASSIN SUD OCÉAN INDIEN Retour sur les précédents Congrès internationaux des aires marines protégées (IMPAC) Co-organisés par l’Union internationale pour la conservation de la nature, les Congrès internationaux des aires marines protégées (IMPAC) ont lieu tous les quatre ans et représentent une occasion pour la communauté internationale des gestionnaires et praticiens de la conservation marine d’échanger des connaissances, des expériences et des pratiques exemplaires pour renforcer la conservation de la biodiversité marine et protéger le patrimoine naturel et culturel de l’océan. Rétrospective depuis la première édition en 2005 : IMPAC 1, Geelong, Australie, octobre 2005 : le congrès a réuni 800 participants, principalement scientifiques et représentants d’organismes de recherche et gestion de l’environnement marin. Le congrès donne une impulsion mondiale aux aires marines protégées. IMPAC 2, Washington, octobre 2009 : le congrès a fait émerger l’arrivée des sciences sociales et des enjeux socio-économiques dans les pratiques de gestion des aires marines protégées (AMP). L’événement phare pour la France a été la reconnaissance de l’Agence des aires marines protégées sur la scène internationale et la décision de lui confier la co-organisation d’IMPAC 3 en octobre 2013 à Marseille. IMPAC 3, Marseille, France, octobre 2013 : cette 3ème édition se situe au cœur d’une nouvelle dynamique en termes de protection du milieu marin avec l’adoption un an plus tôt des objectifs d’Aichi (visant 10 % d’AMP en 2020) et avec le Grenelle de la mer (où la France s’est engagée à parvenir à 20 % d’AMP dont 10 % de réserves de pêche en 2020). Cette évolution des objectifs surfaciques impliquait une nécessaire association de la société civile dans la gestion et la gouvernance des AMP. Ainsi, l’agence des aires marines protégées et l’UICN ont voulu placer IMPAC3 sous le concept de l’ « océanité », approche proposée comme chemin indispensable vers la durabilité des océans en valorisant les apports bénéfiques des AMP, traduits par le slogan O+ ou Ocean+. Conclusions d’IMPAC 3 IMPAC 4, La Serena, Chili, septembre 2017 : le congrès avait pour thème : « aires marines protégées: réunir les hommes et l’océan ». Le Congrès s’est conclu par un appel à l’action en faveur des océans. Cet appel encourage les Etats à atteindre l’ensemble des composantes de l’objectif 11 d’Aichi et l’objectif de développement durable 14. Il insiste également sur la qualité de gestion et la nécessité d’une gouvernance inclusive des acteurs à tous niveaux, et favoriser la création d’aires marines protégées au-delà des juridictions nationales. En relation avec l’accord de Paris, une attention particulière a été portée à l’adaptation et l’atténuation du changement climatique dans les stratégies des aires marines protégées. Bilan d’IMPAC 4 IMPAC 5, Vancouver, Canada, 3 au 9 février 2023
Eolien en mer : le Comité français de l’UICN demande une meilleure planification écologique pour protéger la biodiversité

Dans le contexte de l’accélération de la production d’énergies renouvelables avec notamment 50 parcs éoliens en mer attendus d’ici 2050, le Comité français de l’UICN réaffirme la nécessité d’améliorer la planification écologique de ces projets. Grâce à l’expertise des membres et des experts de son groupe de travail dédié aux énergies marines renouvelables, il propose 7 recommandations stratégiques, présentées dans une publication dévoilée aujourd’hui, pour mieux prendre en compte la conservation de la biodiversité dans les évaluations environnementales des projets éoliens en mer. La transition énergétique doit aussi être écologique en conciliant le développement des énergies renouvelables avec la conservation de la biodiversité. Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN. Pour cela, Il faut davantage tenir compte des zones à enjeux pour la biodiversité dans le choix d’implantation des projets et mieux traiter les impacts unitaires et cumulés des projets sur les espèces et les écosystèmes, à travers une application rigoureuse de la séquence ERC (éviter, réduire, compenser). Les 7 recommandations proposées se fondent sur l’analyse des documents d’évaluation d’impact et des résultats des concertations publiques de quatre projets : deux parcs éoliens posés (Yeu-Noirmoutier et Saint-Nazaire) et deux parcs pilotes éoliens flottants (Gruissan et Groix-Belle-Ile), afin d’apprécier les spécificités de ces deux technologies. Elles s’adressent aux décideurs (élus et administration), aux acteurs privés de la filière des énergies marines renouvelables (porteurs de projets, développeurs, bureaux d’études) et aux organismes et experts de la protection de la biodiversité : Financer des programmes structurés d’études et de recherche à l’échelle des façades maritimes Capitaliser les connaissances existantes et l’accessibilité des données Poser un cadre méthodologique standardisé pour l’évaluation et le suivi des projets Améliorer la lisibilité de la séquence éviter, réduire, compenser Changer de paradigme concernant l’évaluation des impacts cumulés Renforcer la qualité de l’évaluation environnementale stratégique des documents de planification des activités marines, dont les Documents Stratégiques des Façades maritimes Améliorer la gouvernance des évaluations d’impact environnemental par l’implication du public et le dialogue entre acteurs. Cette étude plaide pour une meilleure prise en compte des effets cumulés des activités humaines sur les écosystèmes marins lors de la planification des projets éoliens en mer. En effet, d’une part, les éoliennes en mer ont des impacts sur la biodiversité selon leur type de structure (posée ou flottante), leur raccordement et les pressions qu’elles exercent qui peuvent être de nature physique, chimique et biologique. Elles impactent les habitats marins ainsi que différentes espèces (oiseaux marins et terrestres, mammifères marins, tortues marines, poissons, crustacés et autres faune et flore sous-marines). D’autre part, dans les zones d’implantation des projets d’éolien en mer, les écosystèmes marins subissent déjà de multiples pressions : pollutions, notamment d’origine agricole, pêche industrielle, extraction de granulats… dont les effets se cumulent. Le Comité français de l’UICN promeut donc une approche intégrée prenant en compte les effets cumulés de toutes les activités humaines et traitant l’évitement, la réduction et la compensation de leur impact global sur les écosystèmes. Ces recommandations rejoignent les objectifs 2030 du nouveau Cadre mondial de la Biodiversité approuvés par les Etats en décembre 2022, demandant un aménagement du territoire participatif et intégré en matière de biodiversité, préservant les zones importantes pour la biodiversité et l’intégrité écologique des écosystèmes (cible 1) et la réduction au minimum des effets négatifs de l’action climatique sur la biodiversité (cible 8) comme le déploiement des énergies renouvelables. Le Comité français de l’UICN rappelle également que la résolution 102 adoptée par le Congrès mondial de la nature de l’UICN en 2016 stipule que les activités industrielles et le développement d’infrastructures portant préjudice à l’environnement, comme les grands projets industriels d’énergies marines renouvelables, ne sont pas compatibles avec les aires marines protégées, et en particulier avec les zones de protection forte. La mise en œuvre de ces recommandations est essentielle pour atteindre le bon état écologique du milieu marin. Le Comité français de l’UICN rappelle que c’est l’objectif visé par la Directive-cadre européenne “stratégie pour le milieu marin” et que cela doit être une priorité du nouveau règlement européen sur la restauration de la nature. © Franck Latraube TÉLÉCHARGER LA PUBLICATION DOWNLOAD THE DOCUMENT
Le Cadre mondial de la biodiversité post-2020 adopté à la COP15

Après 4 ans de négociations, dix jours et une nuit d’intenses sessions, les représentants des 196 pays membres à la Convention sur la Diversité Biologique (CDB) réunis à Montréal du 7 au 19 décembre, ont adopté le cadre mondial de la biodiversité post-2020 Kunming-Montréal appelé « Pacte de paix avec la nature ». Cette COP15 Biodiversité, présidée par la Chine, aura rassemblé plus de 17 000 délégués des Etats et des représentants de la société civile, des peuples autochtones et communautés locales, du secteur privé, des femmes et de la jeunesse. En tant que membre de la délégation internationale de l’UICN, le Comité français de l’UICN était présent sur place à Montréal du 6 au 15 décembre et a pu suivre activement l’avancée des négociations et l’adoption de ces engagements forts dont nous nous réjouissons. Le Comité français de l’UICN salue des engagements forts et ambitieux. La mission 2030 a été validée de la façon suivante : “Prendre des mesures urgentes pour stopper et inverser la perte de biodiversité afin de mettre la nature sur la voie du rétablissement au profit des personnes et de la planète en conservant et en utilisant durablement la biodiversité et en garantissant une utilisation équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques, tout en fournissant les moyens de mise en œuvre nécessaires« . 23 cibles d’action ont été adoptées pour 2030 dont plusieurs sont conformes aux recommandations émises par le Comité français de l’UICN et l’UICN. Parmi celles-ci : Tous les espaces avec une planification spatiale intégrant la biodiversité pour lutter contre l’artificialisation des terres et des mers et pas de perte de zones importantes pour la biodiversité La restauration de 30% de la superficie d’écosystèmes terrestres et marins dégradés (cible 2) ; 30% d’aires protégées et conservées, terrestres et marines, qui sont efficacement et équitablement gérées, et écologiquement représentatives, par le biais des aires protégées et des AMCEZ, en respectant les droits des peuples autochtones et communautés locales sur leurs territoires (cible 3 ou objectif 30×30) ; Stopper les extinctions d’espèces menacées connues et agir en urgence pour leur conservation et rétablissement (cible 4) La réduction de 50% de l’introduction des espèces exotiques envahissantes(cible 6) ; La réduction de toutes les pollutions dont au moins de moitié pour les engrais (« nutriments en excès »), les risques liés aux pesticides et les substances chimiques dangereuses, et agir pour l’élimination de la pollution plastique (cible 7) ; L’inclusion des Solutions fondées sur la nature dans les cibles 8 (comme moyen de minimiser les impacts du changement climatique et de l’acidification des océans sur la biodiversité) et 11 (comme appui au maintien des contributions de la nature aux populations) ; L’augmentation de façon substantielle des pratiques agricoles favorables à la biodiversité comme l’agroécologie (cible 10) ; La mobilisation des collectivités locales et des entreprises pour aligner leurs activités et leurs financements en conformité avec les objectifs du cadre mondial (cible 14 et 15) La réduction de l’empreinte écologique de la consommation mondiale en réduisant de moitié le gaspillage alimentaire (cible 16). Outre le cadre mondial, les délégués également ont adopté 5 propositions de décisions permettant sa mise en oeuvre à savoir : les mécanismes de planification, suivi, rapportage et révision ; les indicateurs du cadre de suivi ; l’information sur le séquençage génétique des ressources génétiques ; la mobilisation des ressources ; le renforcement des capacités, le développement, la coopération scientifique et technique. Sur les financements, dont la question a occupé les débats jusqu’à la session plénière d’adoption et a vu de nombreuses oppositions Nord/Sud, les engagements finaux sont d’identifier d’ici 2025 puis éliminer ou réformer les incitations financières néfastes à la biodiversité d’au moins 500 milliards de dollars par an d’ici 2030 (cible 18) et augmenter les financements publics et privés à 200 milliards de dollars par an d’ici 2030 pour la mise en œuvre des stratégies nationales de la biodiversité, dont au moins 20 milliards réservés aux pays du Sud d’ici 2025 et 30 milliards d’ici 2030 (cible 19). Le Fonds pour l’environnement mondial devra en outre établir en 2023 et jusqu’à 2030 un fonds d’affectation spécial pour soutenir la mise en œuvre du cadre. Certains objectifs restent cependant moins ambitieux qu’escomptés en particulier sur la protection des espèces. Selon l’objectif A et la cible 4, les Etats devront stopper les extinctions d’espèces menacées connues d’ici 2030, mais le texte prévoit la réduction par dix du rythme et du risque d’extinction de toutes les espèces à 2050 alors que l’UICN demandait un objectif de 0 extinction pour toutes les espèces en 2050 au vu de l’urgence de la situation. Concernant le secteur privé, l’UICN demandait que les entreprises, quelle que soient leur taille, rapportent de façon transparente sur leurs impacts et leurs dépendances sur la biodiversité et de réduire de moitié leurs impacts négatifs. Si la cible 15 “encourage et permet” aux entreprises le rapportage et la réduction des impacts, le caractère obligatoire et chiffré de l’objectif font défaut. Soulignons également l’absence d’objectifs chiffrés sur l’augmentation de la surface des espaces naturels d’ici à 2050 et sur la réduction de l’empreinte écologique. Le Comité français de l’UICN se félicite de ces engagements ambitieux et demande un passage à l’action immédiat, notamment en France à travers le renouvellement de la troisième Stratégie Nationale pour la Biodiversité.
Focus sur la flore endémique des petits territoires d’outre-mer

Au sein des territoires d’outre-mer se trouvent des espèces végétales qui n’existent nulle part ailleurs au monde. Parmi ces plantes uniques identifiées à Wallis-et-Futuna, à Saint-Martin, aux Îles Éparses et à Saint-Paul et Amsterdam, l’analyse montre que 15 espèces sont menacées sur les 17 recensées. Les résultats mettent en évidence les principales menaces pesant sur la flore vasculaire endémique de ces petites îles, situées sous les latitudes tropicales, subtropicales ou australes, dont la préservation est sous l’entière responsabilité de la France et des collectivités ultramarines. Publié dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France, cet état des lieux a été coordonné par le Comité français de l’UICN et l’unité PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), avec l’implication d’un groupe de botanistes. Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale DOCUMENTS ET LIENS • Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Publication : UICN Comité français, OFB & MNHN (2022). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Flore vasculaire endémique des petits territoires d’outre-mer. Paris, France. Photo bandeau :Merisier de Boldingh © Nils Servientis
Un premier site Natura 2000 en mer français rejoint la Liste verte des aires protégées et conservées de l’UICN !

A l’occasion de la COP15 qui se tient actuellement à Montréal, la cérémonie de remise des labels Liste verte organisée par l’UICN samedi 10 décembre a été l’occasion de distinguer un premier site Natura 2000 en mer français : le site de Baie de Seine occidentale, parmi 16 sites mondialement reconnus pour leur bonne gouvernance, leur efficacité de gestion et l’atteinte de leurs objectifs de conservation. Cela porte désormais à 23 le nombre d’aires protégées françaises figurant sur la Liste verte des aires protégées et conservées, représentant ainsi un quart des sites mondiaux. Cette candidature a été instruite par le Comité français de l’UICN grâce à son groupe d’experts « Liste verte des aires protégées et conservées ». Elle a été initiée dans le cadre du LIFE IP MARHA visant le rétablissement et le maintien du bon état de conservation des habitats naturels marins qui appuie l’ensemble des acteurs impliqués dans la gestion des 162 sites français Natura 2000 en mer et en lagunes méditerranéennes. Pour cet espace cogéré par l’Office Français de la Biodiversité et le Comité Régional des Pêches et des Elevages Marins de Normandie, il s’agit d’une réelle reconnaissance de cette gouvernance partagée, propice aux efforts consentis depuis de nombreuses années par une communauté de travail pour concilier usages et préservation d’une biodiversité marine remarquable. Macreuses en vol. S. Poncet D’une superficie de 45 566ha à cheval entre les eaux côtières des départements de la Manche et du Calvados, la Baie de Seine occidentale est annuellement fréquentée par plus d’une trentaine d’espèces d’oiseaux migrateurs dont 11 nichent à proximité. Les mammifères marins comme le Phoque veau marin ou le Phoque gris y séjournent également tout au long de l’année, et le Grand dauphin de façon saisonnière. Les habitats remarquables comme les fonds sablo-vaseux en fond de baie ou encore les forêts de laminaires y sont indispensables à la reproduction, au nourrissage et au développement de nombreuses espèces. Leur maintien conditionne tout autant la pérennité de la biodiversité caractéristique de ces zones, que les ressources en poissons et en crustacés. Laminaires. S. Poncet Listé pour une durée de deux ans à échéance de laquelle l’effectivité des mesures de gestion des activités de pêche sera examinée au regard du maintien de la biodiversité, ce site Natura 2000 en mer ouvre la voie, pour le réseau dans son ensemble, à la mise en adéquation urgente des objectifs de préservation de la nature et de transition vers des activités de pêche durable. Pour aller plus loin La Liste Verte des aires protégées et conservées Le Guide du candidat à la Liste Verte Recommandations pour l’autoévaluation vis-à-vis des indicateurs de la Liste verte à l’attention des candidats Natura 2000 en mer Photo Ile Saint-Marcouf . S. Poncet
Liste rouge de l’UICN : Les activités humaines dévastent les espèces marines, des mammifères aux coraux

La dernière mise à jour de la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées™ met en lumière le grand nombre de menaces affectant les espèces marines, dont la pêche illégale et non durable, la pollution, les changements climatiques et les maladies. Les populations de dugongs, de grands mammifères marins herbivores, et 44% de tous les ormeaux rejoignent les espèces menacées d’extinction sur la Liste rouge de l’UICN, et le statut du Corail de pilaires s’est détérioré à « En danger critique » en raison de pressions accumulées. La Liste rouge de l’UICN comprend désormais 150 388 espèces, dont 42 108 menacées d’extinction. Plus de 1 550 des 17 903 espèces d’animaux et végétaux marins évaluées sont menacées d’extinction, les changements climatiques ayant un impact sur au moins 41% des espèces marines menacées. « La dernière mise à jour de la Liste rouge de l’UICN révèle une combinaison parfaite d’activités humaines non durables décimant la vie marine dans le monde entier. Au moment où le monde se tourne vers la conférence des Nations Unies sur la biodiversité pour tracer la voie du rétablissement de la nature, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre d’échouer », a déclaré le Dr Bruno Oberle, Directeur général de l’UICN. « Nous devons d’urgence nous attaquer aux crises interconnectées du climat et de la biodiversité par des changements profonds dans nos systèmes économiques, ou nous risquons de perdre les avantages cruciaux que les océans nous procurent. » Les différentes espèces d’ormeaux sont récoltées pour être vendues parmi les fruits de mer les plus chers du monde, la récolte et le braconnage non durables constituant des menaces primaires aggravées par les changements climatiques, les maladies et la pollution. Vingt des 54 espèces mondiales d’ormeaux sont aujourd’hui menacées d’extinction, selon la première évaluation mondiale de ces espèces sur la Liste rouge. En Afrique du Sud, le braconnage par des réseaux criminels, dont beaucoup sont liés au commerce international de la drogue, a ravagé les populations d’Ormeau de Mida (Haliotis midae), considéré comme « En danger ». Des vagues de chaleur marines de plus en plus fréquentes et sévères ont causé des phénomènes de mortalité massive, tuant 99% des ormeaux de Roe (H. roei) dans la partie la plus septentrionale de son aire de répartition en Australie-Occidentale, en 2011. Les vagues de chaleur marines ont exacerbé les maladies affectant les ormeaux dans le monde entier, dont l’Ormeau noir (H. cracherodii), « En danger critique », en Californie et au Mexique, et l’Ormeau tuberculeux (H. tuberculata), « Vulnérable », présent de la Manche à l’Afrique du Nord-Ouest et à la Méditerranée. Les vagues de chaleur marines tuent également les algues dont les ormeaux dépendent pour leur nourriture. La pollution causée par le ruissellement agricole et industriel cause des proliférations d’algues nuisibles, qui ont par exemple éliminé l’Ormeau d’Oman (H. mariae), une espèce commerciale présente dans la péninsule arabique, de la moitié de son aire de répartition. Des toxines telles que la peinture antisalissure des bateaux affaiblissent encore plus les populations. « Les ormeaux reflètent l’intendance désastreuse de nos océans par l’humanité dans un microcosme : surpêche, pollution, maladies, perte d’habitats, proliférations d’algues, réchauffement et acidification, pour ne nommer que quelques menaces. Ils sont comme les canaris des mines de charbon », a déclaré Dr Howard Peters, membre du Groupe de spécialistes des mollusques de la CSE-UICN et associée en recherche à l’Université de York, Royaume Uni, qui a dirigé l’évaluation des ormeaux. « La mesure la plus immédiate que nous pouvons tous prendre est de ne manger que des ormeaux d’élevage ou d’origine durable. L’application des quotas de pêche et des mesures de lutte contre le braconnage est également essentielle. Cependant, nous devons également stopper les changements dans la chimie et la température des océans pour préserver la vie marine, y compris les espèces d’ormeaux, à long terme. » Les populations de dugongs d’Afrique de l’Est et de Nouvelle-Calédonie ont été respectivement ajoutées à la Liste rouge de l’UICN dans les catégories « En danger critique » et « En danger ». L’espèce reste « Vulnérable » à l’échelle mondiale. Il reste aujourd’hui moins de 250 individus matures en Afrique de l’Est et moins de 900 en Nouvelle-Calédonie. Les principales menaces sont les captures involontaires dans les engins de pêche en Afrique de l’Est et le braconnage en Nouvelle-Calédonie, ainsi que les blessures causées par des bateaux dans les deux localités. En Afrique de l’Est, l’exploration et la production de pétrole et de gaz, le chalutage, la pollution chimique et les développements côtiers non autorisés endommagent et détruisent les herbiers marins dont dépendent les dugongs pour se nourrir. La dégradation et la perte des herbiers marins en Nouvelle-Calédonie sont le résultat du ruissellement agricole, d’une pollution due à l’extraction de nickel et au développement côtier, ainsi que des dommages causés par les ancres des bateaux. Les impacts des changements climatiques représentent une menace sur toute l’aire de répartition des dugongs. « Le renforcement de la gouvernance de la pêche communautaire et l’élargissement des opportunités d’emploi au-delà de la pêche sont essentiels en Afrique de l’Est, où les écosystèmes marins sont fondamentaux pour la sécurité alimentaire et les moyens d’existence des populations », a déclaré Evan Trotzuk, qui a dirigé l’évaluation de la Liste rouge en Afrique de l’Est. « En outre, la création d’aires de conservation supplémentaires dans les zones où vivent les dugongs, en particulier autour du parc national de l’archipel de Bazaruto, permettrait également aux communautés locales et autres parties prenantes de trouver, mettre en œuvre et bénéficier des solutions qui mettent fin au déclin à long terme des dugongs et de l’étendue et de la qualité des herbiers marins. » Le Corail de pilaires (Dendrogyra cylindrus), présent partout dans les Caraïbes, de la péninsule du Yucatan et de la Floride à Trinité-et-Tobago, est passé de la catégorie « Vulnérable » à « En danger critique » sur la Liste rouge de l’UICN, après que ses populations aient diminué de plus de 80% sur la majeure partie de son aire de répartition depuis 1990. La menace la plus urgente est la maladie de la perte de tissu des coraux, apparue au cours des quatre dernières années et très contagieuse, qui infecte
COP15 Biodiversité – la nature n’attendra pas 2030

Alors que la nouvelle stratégie mondiale pour la biodiversité va être discutée à Montréal, les membres du Comité français de l’UICN – Union Internationale pour la Conservation de la Nature – lancent un appel dans une tribune pour que cette COP se traduise par des résultats concrets, ambitieux et efficaces avant 2030. À un moment où les pressions qui s’exercent sur le vivant n’ont jamais été aussi fortes, de grandes attentes reposent sur la COP15 Biodiversité. Sur fond de double crise du climat et de la biodiversité, les 196 États Parties à la Convention de la Diversité Biologique doivent adopter le nouveau cadre mondial pour la biodiversité. Si la pandémie a retardé l’agenda international, la nature n’attend pas. Notre planète est en crise et la situation va empirer si nous n’agissons pas davantage dès maintenant. Une action décisive face à une crise sans précédent Comme pour l’Accord de Paris sur le Climat, nous avons besoin d’une haute ambition politique des États pour enrayer la perte de la biodiversité d’ici 2030 et en assurer sa restauration d’ici 2050. Œuvrons pour un monde positif envers la nature tout comme nous œuvrons pour un monde neutre en carbone car les crises du climat et de la biodiversité sont intimement liées et doivent être résolues ensemble. Évitons de répéter les erreurs Les négociations finales de Montréal seront cruciales pour la sauvegarde de la planète. Alors qu’aucun des précédents objectifs fixés à horizon 2020 n’a été atteint et que la pression sur les milieux naturels ne cesse de s’accroître, nous demandons un cadre d’action robuste avec des objectifs chiffrés et précis tels que : L’objectif 30×30 de conservation d’au moins 30% des écosystèmes terrestres, d’eau douce, marins et souterrains d’ici 2030 à l’échelle mondiale, et l’amélioration de l’efficacité de gestion des aires protégées ; L’arrêt de la perte de superficie et d’intégrité des écosystèmes et la restauration d’au moins 2 milliards d’hectares de milieux naturels dégradés ; Un renforcement de la conservation des espèces pour empêcher toute nouvelle extinction, améliorer le statut de celles qui sont menacées et rétablir l’abondance des espèces ; Le déploiement des Solutions fondées sur la Nature pour lutter et s’adapter au changement climatique et répondre à d’autres défis comme l’alimentation et l’approvisionnement en eau ; Nous avons en outre besoin d’une stratégie mondiale qui fasse l’objet d’un meilleur suivi avec des évaluations régulières et obligatoires des actions mises en oeuvre par les Etats, à chaque COP Biodiversité, tous les 2 ans, pour vérifier que l’atteinte des objectifs est en bonne voie. Ce système de rapportage régulier des États devra être basé sur des indicateurs fiables. Il est urgent de repenser notre rapport au reste de la nature Un enjeu crucial du cadre mondial concerne la réduction des menaces qui pèsent sur la biodiversité et la préservation des 70 % de zones non protégées. Pour relever ce défi, des changements importants sont nécessaires dans nos modes de production et de consommation. D’autant que la pandémie nous a rappelé que plus nous détruisons les environnements, plus les risques d’émergence de nouvelles maladies sont grands. Nous devons nous engager sur des modifications profondes et, pour y parvenir, renouveler nos relations au reste de la nature pour mieux vivre ensemble et interagir autrement avec le vivant, comme nous l’avons rappelé dans notre rapport, en 2021[1]. [1] Comité français de l’UICN (2021). L’avenir du vivant – nos valeurs pour l’action. Investir financièrement dans de nouvelles solidarités Alors que la moitié du PIB mondial dépend de la nature, le budget actuel de financement pour préserver la biodiversité affiche toujours un déficit de l’ordre de 700 milliards de dollars (663 milliards d’euros) par an d’ici à 2030[1]. Nous appelons à une mobilisation beaucoup plus forte de financements pour la biodiversité, afin d’atteindre au moins 200 milliards de dollars par an (contre seulement 130 milliards annuels aujourd’hui). Nous réclamons également la baisse des subventions néfastes à la nature et la réallocation d’au moins 500 milliards de dollars par an (476 milliards d’euros). Nous voulons enfin que la COP15 soit le démarrage d’une plus grande mobilisation de l’ensemble des acteurs, et en particulier les scientifiques, les ONG, les collectivités locales, les peuples autochtones et communautés locales, les citoyens, les jeunes et les femmes. Et nous demandons aux entreprises publiques et privées d’évaluer, de rendre compte et de réduire leurs impacts négatifs – de moitié au moins – pour enrayer la crise de la biodiversité. [1] Deutz et al. (2020). Financing Nature: Closing the Global Biodiversity Financing Gap VOIR LA TRIBUNE SUR LE SITE DU MONDE Liste des signataires Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN Sébastien Moncorps, Directeur du Comité français de l’UICN Bruno David, Président du Muséum national d’Histoire naturelle Jean Jalbert, Directeur général de la Fondation Tour du Valat Véronique Andrieux, Directrice Générale du WWF France Bernard Cressens, Président d’honneur du Comité français de l’UICN Élisabeth Claverie de Saint Martin, Présidente Directrice Générale du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) Rodolphe Delord, Président de Beauval Nature Valérie Verdier, Présidente Directrice Générale de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) Allain Bougrain-Dubourg, Président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux Philippe Mauguin, Président-Directeur général d’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) Arnaud Schwartz, Président de France Nature Environnement Charlotte Meunier, Présidente de Réserves Naturelles de France Marie-Hélène Aubert, Présidente du Partenariat Français pour l’Eau Patrick Blandin, Attaché honoraire du Muséum National d’Histoire Naturelle et Président d’honneur du Comité français de l’UICN Bernard Chevassus-au-Louis, Président d’Humanité & Biodiversité Erik Orsenna, Président d’Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves (IAGF) Guillaume Réveilhac, Président de l’Alliance pour la Préservation des Forêts Valérie Collin, Secrétaire Générale de Noé Jérôme Fromageau, Président de la Société Française pour le Droit de l’Environnement Patricia Ricard, Présidente de l’Institut Océanographique Paul Ricard Christophe Lépine, Président de la Fédération des Conservatoires d’Espaces Naturels Gilles Kleitz, Président de la commission des aires protégées du Comité français de l’UICN et Directeur Exécutif Développement Durable de l’Agence Française de Développement Agnès Vince, Directrice du Conservatoire du Littoral Jean-Pierre Bouquet, Président délégué des Eco Maires Michaël