Position du Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) sur les menaces exercées sur les sciences aux Etats-Unis

Ces dernières semaines, se multiplient les pressions exercées sur les sciences de l’environnement et du climat aux Etats-Unis. Face à ces différentes menaces, le Comité français de l’UICN apporte son soutien au mouvement « Stand up for science », qui s’organise à travers le monde, à l’initiative des chercheurs et chercheuses étasuniens, le 7 mars prochain. Le Comité français de l’UICN, qui appuie son action sur les sciences du vivant et rassemble près de 80 organisations de la protection de la nature en France et plus de 300 expert/es de la biodiversité, souhaite informer son réseau et le grand public de cette mobilisation et de sa décision de s’associer à ce mouvement international. Le Comité français de l’UICN tient à : rappeler le rôle fondamental de la contribution de la recherche américaine aux travaux sur le changement climatique et l’océan, le littoral et les prévisions météorologiques notamment, et à souligner le rôle historique et primordial des Etats-Unis dans les travaux du GIEC, souligner l’importance du partage des données scientifiques pour l’amélioration des connaissances et la production des savoirs à l’échelle mondiale, Face aux conséquences des pressions exercées, le Comité français de l’UICN : réaffirme son soutien aux scientifiques et aux jeunes chercheurs et chercheuses exerçant aux Etats-Unis dans le domaine de l’environnement, du climat, de la santé et des droits humains, alerte sur les conséquences de ces décisions dans d’autres pays, comme l’Argentine, avec les menaces pesant sur le CONICET (équivalent argentin du CNRS), demande à ce que les pressions exercées sur la communauté scientifique américaine et aux travaux inhérents cessent, demande à ce que le Gouvernement français influe en faveur d’une réintégration des personnes licenciées et au rétablissement des travaux interrompus, que ce soit dans les domaines de la qualité de l’eau, de l’air, de la protection des milieux naturels et des parcs nationaux, de la modélisation climatique ou de la santé, des droits humains ou de l’aide au développement, appelle ses organisations membres (ministères, établissements publics, organismes de recherche, associations) et le grand public à se mobiliser afin de poursuivre les objectifs de l’Union internationale pour la conservation de la nature de travailler au développement de relations avec la biosphère, qui soient au bénéfice de tous et toutes et assurent l’adaptabilité au changement, et la durabilité à tous les niveaux, appelle à la défense d’une vision du monde où les êtres humains vivent en harmonie avec la biosphère.
Les Solutions fondées sur la Nature pour répondre conjointement aux défis de l’alimentation et de la biodiversité

A l’occasion du Salon International de l’agriculture, le Comité français de l’UICN publie une étude intitulée « Solutions fondées sur la Nature pour la sécurité alimentaire en France ». Elle démontre que des projets, à l’échelle d’une exploitation ou d’un territoire, peuvent concilier à la fois des objectifs de production alimentaire et de préservation de la biodiversité. Que cela soit dans les domaines de l’agriculture, l’aquaculture ou la pêche, les Solutions fondées sur la Nature contribuent à renforcer la durabilité et la résilience des systèmes de production alimentaire. Plus de 20 retours d’expériences sont présentés et analysés selon le standard mondial de l’UICN pour les Solutions fondées sur la Nature, montrant des réussites variées et adaptées à différents contextes. Sécurité alimentaire versus dégradation de l’environnement La sécurité alimentaire repose sur la disponibilité, l’accessibilité et la stabilité des systèmes alimentaires afin de garantir à tous une nourriture suffisante, saine et nutritive. Elle a conduit à une augmentation importante de la productivité à travers l’utilisation croissante d’intrants (engrais et produits phytosanitaires) pour maximiser les rendements, l’intensification des méthodes et outils de production, ainsi que la spécialisation et la simplification des productions à l’échelle des exploitations agricoles et des territoires. Elle a parallèlement provoqué une disparition massive de la biodiversité et d’autres impacts environnementaux et sanitaires. La crise écologique et celle du climat, combinées à un contexte géopolitique et commercial instable, se posent comme un défi majeur pour les systèmes de production alimentaire : épuisement et pollutions des sols, impacts des sécheresses et inondations, diminution de la pollinisation et de la régulation naturelle des bioagresseurs… La transition écologique de notre production alimentaire est un impératif vital. Le rôle clé des écosystèmes pour une alimentation durable L’amélioration de la diversité, de la fonctionnalité et de la résilience des milieux agricoles, aquacoles et halieutiques constitue un levier primordial pour assurer une alimentation durable sur le long terme. En reconnaissant ce rôle essentiel, les Solutions fondées sur la Nature permettent de répondre au défi de la sécurité alimentaire tout en apportant des bénéfices pour la biodiversité. Ces solutions s’inscrivent pleinement dans la recherche de modes et de pratiques d’exploitation conciliant production alimentaire et préservation de la nature. Des exemples démonstratifs conjuguant production alimentaire et préservation de la biodiversité 23 retours d’expériences correspondant à des Solutions fondées sur la Nature sont présentés et témoignent le plus souvent d’une combinaison de pratiques, menées à différentes échelles, de l’exploitation individuelle au territoire. Elles reposent sur une approche où chaque projet vise à soutenir l’intégrité des écosystèmes locaux pour répondre à des objectifs de sécurité alimentaire. L’analyse de ces projets met en évidence que le soutien politique et financier, la mise en place d’une gouvernance participative, l’accompagnement technique, et une communication ciblée pour renforcer l’adhésion et la diffusion des connaissances sont des leviers importants pour la mise en place de ces projets. Le Comité français de l’UICN appelle ainsi les décideurs publics nationaux et locaux, les exploitants et secteurs professionnels, et les acteurs de la société civile, à s’inspirer de ces retours d’expériences pour déployer les Solutions fondées sur la Nature. Qu’est-ce qu’une Solution fondée sur la Nature ? Les Solutions fondées sur la Nature sont définies par l’UICN comme « les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ». L’UICN a identifié 6 grands défis sociétaux (changement climatique, risques naturels, sécurité alimentaire, approvisionnement en eau, santé, développement socio-économique) auxquelles peuvent répondre les Solutions fondées sur la Nature à travers 3 grands types d’actions : Cette définition des Solutions fondées sur la Nature a été reprise par l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement. Le Comité français de l’UICN Le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature est le réseau des organismes et des expert/es de l’UICN en France. Regroupant au sein d’un partenariat original 2 ministères, 7 organismes publics, 8 collectivités et 61 organisations non gouvernementales, il joue un rôle de plateforme d’expertise, de concertation et d’action pour répondre aux enjeux de la biodiversité. Il rassemble également un réseau de 300 expert/es répartis en six commissions thématiques, dont la Commission de gestion des écosystèmes. Photo © Sandrine Mulas
La libre évolution : une approche en développement pour la protection et la restauration de la nature

Suite aux Journées de la libre évolution organisées les 20 et 21 janvier derniers par le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), en partenariat avec la Commission nationale française pour l’UNESCO, la libre évolution se confirme comme une stratégie pertinente pour la conservation et de restauration de la nature en France et en Europe. De nombreux gestionnaires d’aires protégées, d’associations nationales et internationales, d’établissements publics et de scientifiques se mobilisent pour l’adopter et la développer. Comment définir la libre évolution ? La libre évolution est définie par le Comité français de l’UICN comme « un lieu où la nature s’exprime de façon spontanée sans activité humaine extractive ou intrusive » (La libre évolution, une trajectoire de gestion des espaces naturels). Les Journées de la libre évolution, une rencontre clé L’édition 2025 des Journées de la libre évolution a été co-organisée par le Comité français de l’UICN, dans le cadre de son groupe de travail wilderness et nature férale, et par la Commission nationale française pour l’UNESCO (CNFU), en partenariat avec l’Office national des forêts (ONF), la Fédération des Parcs naturels régionaux de France, Réserves naturelles de France (RNF), la Fédération des Conservatoires d’espaces naturels (CEN) et le Conservatoire du littoral. Cet événement, ouvert par Lidia Brito, sous-directrice générale de l’UNESCO pour les sciences exactes et naturelles, Maud Lelièvre, présidente du Comité français de l’UICN, et Michèle Ramis, présidente de la CNFU, avait pour objectif de discuter des avancées et des enjeux relatifs à la mise en œuvre et à la reconnaissance des stratégies de libre évolution. Plus de deux cent personnes (scientifiques, décideurs et décideuses, gestionnaires, associations…) sur place et en ligne, se sont réunies pendant ces deux jours, confirmant le succès de la première édition en 2024 et constituant ainsi l’un des principaux espaces de mise en relation des acteurs de la libre évolution. Un état des lieux de la libre évolution en France Le Comité français de l’UICN a présenté ses activités sur le sujet, en évoquant notamment le développement d’un outil de cartographie des gradients de naturalité potentielle en France, CartNat, déjà publié pour les milieux terrestres et en cours de réalisation pour les milieux côtiers et marins. Il a également coordonné la rédaction d’une motion internationale sur la libre évolution, qui sera débattue au Congrès mondial de la nature en octobre 2025 en vue d’être adoptée par les membres de l’UICN. La Commission nationale française pour l’UNESCO travaille pour sa part à la reconnaissance de la libre évolution comme pratique de gestion à l’échelle nationale et internationale, et encadre un projet de cartographie des espaces en libre évolution en France. L’intérêt croissant dans les sphères de réflexions et de décisions nationales, mais aussi européennes et internationales, pour les actions en faveur des dynamiques naturelles dans les écosystèmes, a été évoqué. Il a notamment été souligné le moment fort que peut constituer pour la libre évolution l’adoption du Règlement européen sur la restauration de la nature. Pierre-Edouard Guillain, directeur-adjoint de la Direction de l’eau et de la biodiversité au ministère de la transition écologique, a présenté les orientations nationales en matière de libre évolution en France et Didier Babin, président du réseau MAB (Man and the Biosphere), un réseau de réserves créé par l’UNESCO, en France a exposé les axes de travail possibles pour renforcer cette dynamique. La philosophe au CNRS, Virginie Maris et le philosophe Rémi Beau ont rendu hommage à Raphaël Larrère, fervent défenseur de la libre évolution et du sauvage. Virginie Maris a ensuite présenté, les dimensions éthiques rattachées au concept connexe de rewilding (réensauvagement), principalement mobilisé en Europe. Les retours d’expériences ont été mis à l’honneur : Lou Beben et Lydie Doisy ont ainsi présenté ceux du réseau PRELE (Programme régional d’espace en libre évolution) du Conservatoire d’espaces naturels (CEN) de Normandie, et plus spécifiquement les moyens disponibles pour les collectivités afin de mettre en œuvre des stratégies de libre évolution. D’autres outils de développement ont été mis en lumière, comme la mobilisation citoyenne, via le recours au financement participatif, avec le cas de la ville de Brest présenté par Vincent Toison, habitant et initiateur du projet. La communication autour des enjeux de la libre évolution auprès de publics variés (collectivités territoriales, décideurs et décideuses, grand public, jeunes), a été développée, en s’appuyant sur les retours de Lou Beben et Lydie Doisy, ainsi que de Noame Hatimi et Damien Saraceni de l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire. Il s’agit de créer de nouveaux récits afin de permettre à un public plus large de se saisir des questions de libre évolution et d’être en mesure de développer des actions. Les ateliers de la libre évolution Ces deux journées ont été ponctuées par plusieurs ateliers. Un premier atelier a invité les participants à réfléchir à la définition de la « libre évolution », à partager leur positionnement vis-à-vis de cette dernière et au regard de la diversité des concepts qui existent concernant le retour de dynamiques sauvages dans les écosystèmes (rewilding, wilderness), en Europe et à l’échelle internationale. Cet atelier visait également à présenter le travail de typologie d’espaces en libre évolution développé par le Comité français de l’UICN et de le soumettre aux débats afin de l’améliorer pour mieux répondre aux besoins opérationnels. Le deuxième atelier avait pour objectif d’identifier les outils existants à disposition des collectivités territoriales et de proposer des pistes d’amélioration. Un engagement en faveur de la libre évolution Le Comité français de l’UICN et la Commission nationale française pour l’UNESCO ont réitéré leur engament en faveur de la libre évolution, à l’occasion des discours de clôture de Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN, et d’Alexandre Navarro, secrétaire général de la Commission nationale française pour l’UNESCO, pour promouvoir et accompagner le développement de la libre évolution dans leurs organisations internationales respectives. Toutes les informations relatives à la libre évolution et aux travaux du groupe de travail « wilderness et nature férale » sont disponibles sur le site Internet du Comité français de l’UICN sur la page dédiée. Le Comité français de l’UICN poursuivra ses travaux sur la
Les Solutions fondées sur la Nature pour répondre conjointement aux défis de l’alimentation et de la biodiversité

A l’occasion du Salon International de l’agriculture, le Comité français de l’UICN publie une étude intitulée « Solutions fondées sur la Nature pour la sécurité alimentaire en France ». Elle démontre que des projets, à l’échelle d’une exploitation ou d’un territoire, peuvent concilier à la fois des objectifs de production alimentaire et de préservation de la biodiversité. Que cela soit dans les domaines de l’agriculture, l’aquaculture ou la pêche, les Solutions fondées sur la Nature contribuent à renforcer la durabilité et la résilience des systèmes de production alimentaire. Plus de 20 retours d’expériences sont présentés et analysés selon le standard mondial de l’UICN pour les Solutions fondées sur la Nature, montrant des réussites variées et adaptées à différents contextes. Sécurité alimentaire versus dégradation de l’environnement La sécurité alimentaire repose sur la disponibilité, l’accessibilité et la stabilité des systèmes alimentaires afin de garantir à tous une nourriture suffisante, saine et nutritive. Elle a conduit à une augmentation importante de la productivité à travers l’utilisation croissante d’intrants (engrais et produits phytosanitaires) pour maximiser les rendements, l’intensification des méthodes et outils de production, ainsi que la spécialisation et la simplification des productions à l’échelle des exploitations agricoles et des territoires. Elle a parallèlement provoqué une disparition massive de la biodiversité et d’autres impacts environnementaux et sanitaires. La crise écologique et celle du climat, combinées à un contexte géopolitique et commercial instable, se posent comme un défi majeur pour les systèmes de production alimentaire : épuisement et pollutions des sols, impacts des sécheresses et inondations, diminution de la pollinisation et de la régulation naturelle des bioagresseurs… La transition écologique de notre production alimentaire est un impératif vital. Le rôle clé des écosystèmes pour une alimentation durable L’amélioration de la diversité, de la fonctionnalité et de la résilience des milieux agricoles, aquacoles et halieutiques constitue un levier primordial pour assurer une alimentation durable sur le long terme. En reconnaissant ce rôle essentiel, les Solutions fondées sur la Nature permettent de répondre au défi de la sécurité alimentaire tout en apportant des bénéfices pour la biodiversité. Ces solutions s’inscrivent pleinement dans la recherche de modes et de pratiques d’exploitation conciliant production alimentaire et préservation de la nature. Des exemples démonstratifs conjuguant production alimentaire et préservation de la biodiversité 23 retours d’expériences correspondant à des Solutions fondées sur la Nature sont présentés et témoignent le plus souvent d’une combinaison de pratiques, menées à différentes échelles, de l’exploitation individuelle au territoire. Elles reposent sur une approche où chaque projet vise à soutenir l’intégrité des écosystèmes locaux pour répondre à des objectifs de sécurité alimentaire. La restauration et la gestion durable d’une mosaïque d’agroécosystèmes : des pratiques comme la diversification des cultures ou la mise en place d’infrastructures agroécologiques, telles que les haies et les réseaux bocagers, contribuent à la résilience des systèmes agricoles tout en améliorant leur productivité. En intégrant différentes espèces végétales sur une même parcelle, notamment des légumineuses fixatrices d’azote, il est possible d’optimiser la productivité tout en réduisant le recours aux produits chimiques et en améliorant la fertilité des sols. L’agroforesterie et les rotations de cultures permettent de restaurer des dynamiques écosystémiques et d’assurer la stabilité des rendements agricoles, même en cas de perturbations climatiques. La gestion durable des systèmes aquacoles : des démarches innovantes sont mises en avant dans le secteur aquacole, à l’image de l’aquaculture multitrophique intégrée qui s’appuie sur les synergies trouvées entre les espèces élevées et leur milieu naturel, pour optimiser les productions, améliorer la qualité de l’eau, et soutenir le fonctionnement général de l’écosystème. La gestion durable des ressources halieutiques : des zones marines protégées ont été créées permettant d’augmenter l’abondance et la taille des poissons pêchés, tout en apportant des bénéfices pour d’autres espèces et habitats naturels marins. L’analyse de ces projets met en évidence que le soutien politique et financier, la mise en place d’une gouvernance participative, l’accompagnement technique, et une communication ciblée pour renforcer l’adhésion et la diffusion des connaissances sont des leviers importants pour la mise en place de ces projets. Le Comité français de l’UICN appelle ainsi les décideurs publics nationaux et locaux, les exploitants et secteurs professionnels, et les acteurs de la société civile, à s’inspirer de ces retours d’expériences pour déployer les Solutions fondées sur la Nature. Consulter la publication. Lire le communiqué de presse. Qu’est-ce qu’une Solution fondée sur la Nature ? Les Solutions fondées sur la Nature sont définies par l’UICN comme « les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ». L’UICN a identifié 6 grands défis sociétaux (changement climatique, risques naturels, sécurité alimentaire, approvisionnement en eau, santé, développement socio-économique) auxquelles peuvent répondre les Solutions fondées sur la Nature à travers 3 grands types d’actions : La préservation d’écosystèmes fonctionnels et en bon état écologique L’amélioration de la gestion d’écosystèmes pour une utilisation durable par les activités humaines La restauration d’écosystèmes dégradés ou la création d’écosystèmes Cette définition des Solutions fondées sur la Nature a été reprise par l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement. Le Comité français de l’UICN Le Comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature est le réseau des organismes et des expert/es de l’UICN en France. Regroupant au sein d’un partenariat original 2 ministères, 7 organismes publics, 8 collectivités et 61 organisations non gouvernementales, il joue un rôle de plateforme d’expertise, de concertation et d’action pour répondre aux enjeux de la biodiversité. Il rassemble également un réseau de 300 expert/es répartis en six commissions thématiques, dont la Commission de gestion des écosystèmes. Cette publication a été réalisée grâce au soutien du Ministère de la Transition écologique, de l’Office français de la biodiversité, de Veolia et de Primagaz. Photo © Nicolas Bertrand – Inrae
La libre évolution : une approche en développement pour la protection et la restauration de la nature

Suite aux Journées de la libre évolution organisées les 20 et 21 janvier derniers par le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), en partenariat avec la Commission nationale française pour l’UNESCO, la libre évolution se confirme comme une stratégie pertinente pour la conservation et de restauration de la nature en France et en Europe. De nombreux gestionnaires d’aires protégées, d’associations nationales et internationales, d’établissements publics et de scientifiques se mobilisent pour l’adopter et la développer. Comment définir la libre évolution ? La libre évolution est définie par le Comité français de l’UICN comme « un lieu où la nature s’exprime de façon spontanée sans activité humaine extractive ou intrusive » (La libre évolution, une trajectoire de gestion des espaces naturels). Les Journées de la libre évolution, une rencontre clé L’édition 2025 des Journées de la libre évolution a été co-organisée par le Comité français de l’UICN, dans le cadre de son groupe de travail wilderness et nature férale, et par la Commission nationale française pour l’UNESCO (CNFU), en partenariat avec l’Office national des forêts (ONF), la Fédération des Parcs naturels régionaux de France, Réserves naturelles de France (RNF), la Fédération des Conservatoires d’espaces naturels (CEN) et le Conservatoire du littoral. Cet événement, ouvert par Lidia Brito, sous-directrice générale de l’UNESCO pour les sciences exactes et naturelles, Maud Lelièvre, présidente du Comité français de l’UICN, et Michèle Ramis, présidente de la CNFU, avait pour objectif de discuter des avancées et des enjeux relatifs à la mise en œuvre et à la reconnaissance des stratégies de libre évolution. Plus de deux cent personnes (scientifiques, décideurs et décideuses, gestionnaires, associations…) sur place et en ligne, se sont réunies pendant ces deux jours, confirmant le succès de la première édition en 2024 et constituant ainsi l’un des principaux espaces de mise en relation des acteurs de la libre évolution. Un état des lieux de la libre évolution en France Le Comité français de l’UICN a présenté ses activités sur le sujet, en évoquant notamment le développement d’un outil de cartographie des gradients de naturalité potentielle en France, CartNat, déjà publié pour les milieux terrestres et en cours de réalisation pour les milieux côtiers et marins. Il a également coordonné la rédaction d’une motion internationale sur la libre évolution, qui sera débattue au Congrès mondial de la nature en octobre 2025 en vue d’être adoptée par les membres de l’UICN. La Commission nationale française pour l’UNESCO travaille pour sa part à la reconnaissance de la libre évolution comme pratique de gestion à l’échelle nationale et internationale, et encadre un projet de cartographie des espaces en libre évolution en France. L’intérêt croissant dans les sphères de réflexions et de décisions nationales, mais aussi européennes et internationales, pour les actions en faveur des dynamiques naturelles dans les écosystèmes, a été évoqué. Il a notamment été souligné le moment fort que peut constituer pour la libre évolution l’adoption du Règlement européen sur la restauration de la nature. Pierre-Edouard Guillain, directeur-adjoint de la Direction de l’eau et de la biodiversité au ministère de la transition écologique, a présenté les orientations nationales en matière de libre évolution en France et Didier Babin, président du réseau MAB (Man and the Biosphere), un réseau de réserves créé par l’UNESCO, en France a exposé les axes de travail possibles pour renforcer cette dynamique. La philosophe au CNRS, Virginie Maris et le philosophe Rémi Beau ont rendu hommage à Raphaël Larrère, fervent défenseur de la libre évolution et du sauvage. Virginie Maris a ensuite présenté, les dimensions éthiques rattachées au concept connexe de rewilding (réensauvagement), principalement mobilisé en Europe. Les retours d’expériences ont été mis à l’honneur : Lou Beben et Lydie Doisy ont ainsi présenté ceux du réseau PRELE (Programme régional d’espace en libre évolution) du Conservatoire d’espaces naturels (CEN) de Normandie, et plus spécifiquement les moyens disponibles pour les collectivités afin de mettre en œuvre des stratégies de libre évolution. D’autres outils de développement ont été mis en lumière, comme la mobilisation citoyenne, via le recours au financement participatif, avec le cas de la ville de Brest présenté par Vincent Toison, habitant et initiateur du projet. La communication autour des enjeux de la libre évolution auprès de publics variés (collectivités territoriales, décideurs et décideuses, grand public, jeunes), a été développée, en s’appuyant sur les retours de Lou Beben et Lydie Doisy, ainsi que de Noame Hatimi et Damien Saraceni de l’Association Francis Hallé pour la forêt primaire. Il s’agit de créer de nouveaux récits afin de permettre à un public plus large de se saisir des questions de libre évolution et d’être en mesure de développer des actions. Les ateliers de la libre évolution Ces deux journées ont été ponctuées par plusieurs ateliers. Un premier atelier a invité les participants à réfléchir à la définition de la « libre évolution », à partager leur positionnement vis-à-vis de cette dernière et au regard de la diversité des concepts qui existent concernant le retour de dynamiques sauvages dans les écosystèmes (rewilding, wilderness), en Europe et à l’échelle internationale. Cet atelier visait également à présenter le travail de typologie d’espaces en libre évolution développé par le Comité français de l’UICN et de le soumettre aux débats afin de l’améliorer pour mieux répondre aux besoins opérationnels. Le deuxième atelier avait pour objectif d’identifier les outils existants à disposition des collectivités territoriales et de proposer des pistes d’amélioration. Un engagement en faveur de la libre évolution Le Comité français de l’UICN et la Commission nationale française pour l’UNESCO ont réitéré leur engament en faveur de la libre évolution, à l’occasion des discours de clôture de Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN, et d’Alexandre Navarro, secrétaire général de la Commission nationale française pour l’UNESCO, pour promouvoir et accompagner le développement de la libre évolution dans leurs organisations internationales respectives. Toutes les informations relatives à la libre évolution et aux travaux du groupe de travail « wilderness et nature férale » sont disponibles sur le site Internet du Comité français
Journée internationale des femmes et des filles de science

Le 11 février, c’est la Journée internationale des femmes et des filles de science ! Une décennie après l’instauration de cette journée mondiale par l’ONU, les femmes demeurent sous-représentées dans les sciences. Aussi, à cette occasion, le Comité français de l’UICN et la Commission Nationale Française pour l’UNESCO ont souhaité présenter deux scientifiques exerçant dans le domaine de la protection de la nature, Diane Sorel et Elodie Magnanou, respectivement conservatrice et gestionnaire de la Réserve Naturelle Nationale de la Forêt de la Massane. Ces dernières sont des expertes de la libre évolution, concept défini par le Comité français de l’UICN comme « un lieu où la nature s’exprime de façon spontanée sans activité humaine extractive ou intrusive ». Les 20 et 21 janvier derniers, les deux structures ont organisé la 2ème édition des Journées de la libre évolution à l’UNESCO sur cette thématique. > Retrouvez ces portraits d’expertes en suivant ce lien !> Plus d’informations sur la libre évolution. Photographie © Diane Sorel, Réserve Naturelle Nationale de la Forêt de la Massane. Merci à Laure Germain-Thomas, Camille Aspar, Julie Thuillier et Alexandra Locquet.
Le Comité français de l’UICN appelle à prendre en compte le patrimoine naturel et la biodiversité dans la reconstruction de Mayotte

A la suite du passage du cyclone Chido qui a dévasté Mayotte, le Comité français de l’UICN appelle le Gouvernement, les collectivités du territoire et le futur établissement public chargé de la coordination de la reconstruction, à élaborer un projet respectant la biodiversité unique de Mayotte. Ce projet doit identifier et mettre en œuvre des solutions adaptées, en évitant les actions aux conséquences écologiques négatives, grâce à l’expertise scientifique et à la mobilisation des acteurs environnementaux locaux. Un fort impact environnemental du cyclone Chido Le cyclone Chido a dévasté en grande partie les milieux naturels de Mayotte, tant au niveau terrestre que marin et côtier. Les conséquences indirectes du cyclone sont diverses et nombreuses : accumulation de déchets et polluants sur terre et arrivant jusqu’au lagon, forte dynamique d’installation de cultures illégales dans les espaces forestiers protégés conduisant à des incendies aujourd’hui encore en cours, développement des espèces exotiques envahissantes… Le cyclone s’est abattu sur un territoire déjà très fragilisé et aux capacités d’agir limitées malgré un tissu d’acteurs mobilisés et aux compétences affirmées en matière de gestion des espaces naturels, d’accompagnement scientifique des problématiques post-cyclone et de mobilisation de la société civile. Des enjeux forts de biodiversité à préserver ou restaurer L’archipel de Mayotte fait partie d’un des 36 « points chauds » de la planète en matière de biodiversité et présente à cet égard un endémisme particulièrement original et fragile. Côté terrestre, Mayotte possède des écosystèmes forestiers très menacés, qui rendent des services écologiques essentiels pour réguler la ressource en eau et empêcher l’envasement du lagon. Le Comité français de l’UICN avait précédemment alerté sur le taux de déforestation élevé et demandé à prendre les mesures nécessaires pour assurer un avenir pérenne à ces espaces naturels. Également, 43 % des plantes à fleurs étaient considérées comme menacées selon les critères de l’UICN. Côté marin, Mayotte possède également un lagon unique avec une double barrière récifale abritant une faune très riche dont le célèbre Dugong, dont il ne subsiste que quelques individus, ainsi qu’une diversité de poissons contribuant significativement aux besoins alimentaires locaux. Face à cette situation exceptionnelle, le Comité français de l’UICN : Souligne l’importance de la mobilisation générale du Gouvernement pour rétablir l’accès aux besoins essentiels des Mahorais/es et son ambition d’une reconstruction du territoire ; S’inquiète de la tentation de reconstruire en s’éloignant des standards et des règlementations en matière d’urbanisme et d’environnement et de la non prise en compte des enjeux de biodiversité ; Alerte les pouvoirs publics face à des propositions qui peuvent s’avérer être de « fausses bonnes solutions » et avoir des conséquences écologiques très négatives comme les reboisements avec des essences exotiques, car seuls des plants d’espèces indigènes du territoire et provenant de semences locales devraient venir en appui des mécanismes naturels de restauration; Appelle le Gouvernement, et particulièrement le ministre des Outre-mer en charge du dossier, mais aussi les collectivités et les acteurs socio-économiques de Mayotte à élaborer un projet de restauration qui s’appuie sur les atouts et respecte les enjeux de biodiversité, en s’appuyant notamment sur les Solutions fondées sur la Nature et sur les dynamiques naturelles ; Demande à associer la riche expertise scientifique locale et nationale existante en matière de restauration d’espaces naturels insulaires à ce projet ; Invite le futur établissement public chargé de la coordination de la reconstruction à s’appuyer sur les compétences des acteurs locaux et nationaux, et à consulter le public, pour accompagner les initiatives de reconstruction en cohérence avec les nécessités de conservation de la biodiversité unique de Mayotte. Une opportunité inédite est donnée aujourd’hui à la puissance publique de mobiliser les expertises scientifiques pour accompagner les meilleurs choix politiques et techniques en matière de planification et de prise en compte des enjeux de biodiversité dans cette reconstruction. Le Comité français de l’UICN, par l’intermédiaire de son antenne à Mayotte et avec ses organisations membres et ses experts, prendra toute sa part dans cette recherche des meilleures solutions pour rendre Mayotte et son extraordinaire biodiversité plus résilientes. Photo bandeau : Kelly064 — CC BY-SA 4.0
La moitié des forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse menacée par le changement climatique, selon la Liste rouge des écosystèmes en France

La Liste rouge des écosystèmes en France évalue pour la première fois les forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse. Parmi les 19 écosystèmes évalués selon les critères de l’UICN, 10 sont menacés et 6 apparaissent quasi-menacés, principalement par le changement climatique. Ces résultats sont le fruit d’analyses coordonnées par le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), fondées sur les connaissances existantes et l’expertise de nombreux écologues forestiers. Cette évaluation a également bénéficié de la collaboration avec plusieurs Conservatoires botaniques nationaux (CBN) et l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Cette étude porte sur les écosystèmes forestiers rencontrés aux étages montagnard (zone des forêts mixtes) et subalpin (étage le plus élevé avec des forêts) des différents massifs montagneux de l’Hexagone (Alpes, Jura, Massif central, Pyrénées, Vosges) et de Corse. Parmi les 19 écosystèmes forestiers de montagne qui ont été évalués, 8 relèvent des forêts mixtes (mélanges de Hêtres et de Sapins blancs) qui caractérisent l’étage montagnard, 6 relèvent de forêts de Sapins blancs ou d’Épicéas communs qui marquent la transition entre l’étage montagnard et l’étage subalpin, et 5 d’écosystèmes de forêts de pins (Pin sylvestre, Pin cembro, Pin à crochets), typiques des espaces les plus écologiquement contraints, par la sécheresse ou le froid. Au sein de chacun de ces écosystèmes, les essences forestières dominantes sont accompagnées de tout un cortège d’espèces végétales et fongiques (arbres, arbustes, plantes herbacées, mousses, lichens et champignons) et d’une faune forestières spécifiques. Des bouleversements inédits marqués par le changement climatique Malgré une augmentation de la surface des forêts depuis le milieu du XIXème siècle, les forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse connaissent aujourd’hui des bouleversements liés à de multiples pressions d’origine anthropique, locales ou globales : épisodes de dépérissement ou diminution du renouvellement forestier, modification des communautés d’espèces (ensemble des populations d’espèces qui interagissent ensemble dans un espace donné), etc. En particulier, elles sont exposées à des conditions climatiques qui diffèrent de plus en plus de celles qui ont permis leur développement. C’est notamment le cas des hêtraies et des cembraies-mélézins (forêts de Pins cembros et de Mélèzes) de l’étage subalpin qui sont 2 écosystèmes de forêts de montagne classés « En danger » montrant des mutations de leurs végétations. 8 autres écosystèmes de l’étage montagnard sont classés « Vulnérable » et 6 sont « Quasi menacé ». Le changement climatique est un facteur déterminant des résultats de cette évaluation. Des incertitudes sur l’avenir des forêts de montagne C’est l’un des autres constats de cette étude : malgré une abondance de recherches sur les forêts, il reste difficile de prédire les trajectoires futures des forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse face au cocktail de pressions qu’elles subissent. Les forêts actuelles sont l’héritage de la sylviculture et de déprises d’activités agricoles et pastorales : anciens alpages reconquis par de jeunes forêts, forêts plantées ou semées, futaies de sapins pour le bois d’œuvre, taillis de hêtres pour le bois de chauffage, ou encore forêts anciennes et matures à préserver… Un même type d’écosystème forestier peut être différent d’un endroit à un autre, et, selon les contextes, les pressions sont indépendantes ou constituent un ensemble dont il est difficile de prédire les effets sur le fonctionnement des écosystèmes des forêts de montagne et leur risque de disparition. Agir pour la résilience des forêts de montagne et le renforcement des connaissances Les montagnes hébergent une biodiversité unique, héritée des dernières ères glaciaires avec des populations d’espèces « reliques » adaptées à des conditions extrêmes. Les caractéristiques écologiques, géographiques et historiques des montagnes en font des territoires à enjeux pour la protection du patrimoine naturel. Face aux menaces actuelles et aux défis à venir, il est donc nécessaire d’agir afin d’assurer l’avenir des forêts de montagne et des services écosystémiques qu’elles rendent en : – favorisant la naturalité des forêts de montagne en privilégiant la restauration et la préservation de la biodiversité forestière et des processus propres à ces écosystèmes, – assurant la pérennité des programmes de surveillance des forêts, qui constituent une source d’information essentielle pour mettre en place des actions efficaces et les adapter aux évolutions. Consulter la publication La Liste rouge des écosystèmes en France – les forêts de montagne, Hexagone et Corse Les résultats détaillés sont disponibles sur : la page de la Liste rouge des écosystèmes du Comité français de l’UICN et sur la page dédiée sur le site de l’INPN Le communiqué de presse Photo bandeau : Hêtraie-sapinière sur granit, sols podzoliques, forêt de Cornimont (Vosges) ; © T. Gauquelin
Congrès mondial de la nature 2025 : 45 recommandations de la France pour répondre aux enjeux mondiaux de la biodiversité

Le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a coordonné la rédaction de 32 motions françaises, portées par ses organisations membres (principalement des établissements publics et des associations de protection de la nature). Ces motions sont le fruit d’un travail collectif, entamé au printemps 2024, qui a également mobilisé plus de 300 expert/es du Comité français de l’UICN et a donné lieu à des échanges riches avec ses partenaires internationaux. Elles seront proposées pour adoption au prochain Congrès mondial de la nature de l’UICN, qui se tiendra à Abu Dhabi en octobre 2025, avec pour objectif d’enrayer l’effondrement de la biodiversité. Le Congrès mondial de la nature : un rendez-vous majeur en matière de négociations internationales Les motions débattues lors des Congrès mondiaux de la nature ont pour but de façonner le programme et les actions de l’UICN – la plus grande organisation internationale de conservation de la nature et la seule organisation environnementale à disposer d’un statut d’observateur à l’ONU – et d’émettre des recommandations afin d’influer sur les politiques internationales et nationales. Par le passé, les Congrès mondiaux de la nature ont permis des avancées considérables : – Définition des bases de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES), règlementant le trafic des espèces menacés (1960), – Rédaction des fondements de la Convention du Patrimoine mondial de l’UNESCO, permettant le classement de sites naturels au Patrimoine mondial de l’humanité (1966), – Soutien décisif à la Convention de Ramsar sur les zones humides d’importance internationale, qui constitue un réseau mondial de sites pour les protéger (1972), – Rédaction des principes de la Convention pour la Diversité Biologique, concernant la conservation de la biodiversité, son utilisation durable et à son partage juste et équitable entre tous les pays (1981). Le Congrès mondial de la nature de l’UICN a lieu tous les 4 ans. Il s’agit d’un événement majeur où les 1.400 organisations membres de l’UICN, présentes dans plus de 160 pays, définissent les priorités d’action de l’Union pour les 4 prochaines années et influencent la législation et les décisions politiques des différents pays. La prochaine édition se tiendra du 9 au 15 octobre 2025 aux Emirats Arabes Unis et interviendra dans un riche agenda international, après la COP16 Biodiversité de novembre 2024 en Colombie et la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan qui se tiendra à Nice en juin 2025 (UNOC 3). Le précédent Congrès mondial s’est tenu à Marseille en 2021. A cette occasion, 148 recommandations avaient été adoptées, dont 18 avaient été portées par le Comité français de l’UICN avec ses membres. Ces dernières portaient notamment sur la protection des mammifères marins et des vieilles forêts d’Europe, la lutte contre la déforestation importée, la planification des activités en mer, la lutte contre la pollution plastique et l’exploitation minière dans les grands fonds marins, avec la demande d’un moratoire. A titre d’exemple, la résolution visant à mettre fin à la crise de la pollution plastique dans les milieux marins a été suivie par l’ouverture de négociations pour la mise en place d’un traité mondial dont la dernière session de négociations a eu lieu en décembre à Busan en Corée du Sud. Le règlement européen sur la déforestation importée a été finalisé en 2022 puis promulgué en 2023 afin d’interdire la mise sur le marché ou l’exportation depuis l’Union européenne des produits ayant contribué à la déforestation ou à la dégradation des forêts. Suite à l’adoption de la résolution demandant un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, la France s’est prononcée en 2022 en faveur de son interdiction dans ses eaux et dans les eaux internationales. Le Comité français de l’UICN a également fait adopter une motion créant une nouvelle catégorie de membre pour les collectivités locales, qui peuvent désormais adhérer à l’UICN. Avec 45 motions françaises, la France est l’un des principaux pays contributeurs à l’échelle internationale o 32 motions portées par le Comité français de l’UICN et ses organisations membres Elles sont portées par le Comité français de l’UICN grâce aux travaux de ses organisations membres (établissements publics et associations) et ses 300 expert/es des commissions et groupes de travail, sur des thématiques diverses. « Après le succès du Congrès mondial de l’UICN à Marseille, ces motions montrent une nouvelle fois la forte contribution de notre communauté française de la conservation de la nature à identifier les enjeux et proposer des solutions d’actions pour la biodiversité mondiale », souligne Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN. « Ce nombre record de motions déposées est une réussite collective pour notre comité national, plateforme de dialogue et de négociation française entre les différents acteurs et actrices de la protection de la nature en France, directement connectée à l’international », ajoute quant à elle Maud Lelièvre, présidente du Comité français de l’UICN. Ces motions ont été au total soutenues par 111 organismes de 43 pays différents et portent sur les 8 thématiques suivantes :– conservation et restauration des écosystèmes terrestres,– conservation et restauration des écosystèmes marins,– conservation et restauration des écosystèmes d’eau douce,– conservation des espèces,– aires protégées,– amélioration des cadres politiques, juridiques et règlementaires,– économie et financements pour la nature,– éducation et engagement de la société civile. → Retrouvez les 32 motions déposées par le Comité français de l’UICN o 13 motions complémentaires portées directement par des organisations membres du Comité français de l’UICN 5 motions ont été également déposées par le ministère français des affaires étrangères (criminalité environnementale, genre, rangers, haies, bioéconomie circulaire et durable) et 8 autres motions par des membres français sur des sujets variés : l’océan, le surtourisme, l’implication de la jeunesse, la biologie de synthèse, la taxonomie, les aires protégées régionales, la plantation d’arbres ou le pacte international sur les droits environnementaux. Le Comité français de l’UICN Le Comité français de l’UICN est le réseau des organismes et des expert/es de l’UICN en France. Regroupant au sein d’un partenariat original 2 ministères, 7 organismes publics, 8 collectivités et 61 organisations non gouvernementales, il joue
Interview de Chloé Orland
Référente Ecologue au sein d’Action Contre la Faim France et membre du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Chloé, vous travaillez aujourd’hui en tant que Référente Ecologue au sein d’Action Contre la Faim France. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? J’ai toujours été attirée par le monde naturel, avec un grand désir de comprendre comment il fonctionnait. J’ai grandi à Paris mais une année passée en Californie durant mon enfance a éveillé ma passion pour les milieux aquatiques, des rivières à l’océan. En découvrant la richesse de ces écosystèmes et de la nature dans son ensemble, j’ai compris que je voudrais consacrer ma carrière à mieux la comprendre pour mieux la protéger. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? J’ai étudié la biologie à l’Université d’Oxford, où j’ai découvert l’écologie comme discipline scientifique. Ma passion pour l’océan m’a ensuite conduite à un master en biologie marine à l’Université de Plymouth durant lequel j’ai exploré la complexité structurelle des algues en tant qu’habitats pour invertébrés marins. Après des stages sur la pêche et au sein de la Commission Océanographie Intergouvernementale de l’UNESCO, j’ai effectué mon doctorat à l’Université de Cambridge sur les liens entre les écosystèmes terrestres et aquatiques. C’est à cette occasion que j’ai découvert l’écologie moléculaire : je séquençais l’ADN environnemental dans les sédiments de lac afin d’identifier les différentes espèces microbiennes présentes et leurs fonctions. Cette expérience m’a amenée à me spécialiser en génomique environnementale lors de mon postdoctorat à l’Université de Californie Santa Cruz, où j’ai également été très impliquée dans l’enseignement. Mes expériences sur le terrain restent parmi mes souvenirs les plus marquants. On ne mesure pas toujours l’importance de la créativité dans les projets d’écologie. Les obstacles sont nombreux – météo, prédateurs, rapports humains, limitations technologiques – et il faut constamment faire preuve d’ingéniosité et d’adaptabilité, sur les plans technique comme humain. J’ai tiré un grand enseignement de ces expériences, que j’ai eu la chance de vivre dans des lieux extraordinaires comme les forêts boréales canadiennes, la côte ouest des Etats Unis ou encore la savane rwandaise. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? J’étais précédemment chercheuse dans le monde universitaire. Bien que mes sujets de recherche me passionnaient, je commençais à me lasser de l’aspect méthodologique de mon travail. Il était temps pour moi de quitter la paillasse pour aller à la rencontre des communautés directement affectées par des projets de conservation. Mon intérêt pour les liens entre changements climatique et environnemental et sécurité alimentaire s’était renforcé durant ma thèse. J’avais rejoint la Fondation JR Biotek, dont l’objectif est de former des chercheurs africains dans le domaine de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, tout en favorisant la santé et la durabilité environnementale. Intégrer une organisation d’aide internationale, comme ACF, qui n’est pas spécialisée dans la conservation, m’offrait une opportunité unique d’y apporter mes connaissances scientifiques et de combiner mon intérêt de toujours pour les enjeux sociaux et environnementaux. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontée dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes la plus fière ? Mon rôle aujourd’hui est multiple. Le mandat d’ACF est de lutter contre la faim et ses causes profondes, notamment le changement climatique et la perte de biodiversité. Je travaille à développer l’approche écosystémique d’ACF pour décloisonner cette lutte, en identifiant les enjeux environnementaux et climatiques auxquels sont confrontées les communautés avec lesquelles nous collaborons. Ce travail est nécessairement multisectoriel, car ces enjeux impactent aussi bien la sécurité alimentaire, la gestion de l’eau, la santé ou la nutrition. Ils doivent également être intégrés aux problématiques liées au genre. J’accompagne les équipes sur le terrain dans le développement de nouveaux projets, que ce soit lors de leur conception, leur mise en œuvre ou même dans le cadre de projets de recherche. Par exemple, j’ai participé à un projet d’agroécologie au Zimbabwe visant à diversifier les pollinisateurs alternatifs aux abeilles mellifères en enrichissant les parcelles agricoles avec des semences attractives pour ces pollinisateurs. En Sierra Leone, nous travaillons actuellement sur la protection des mangroves, en promouvant des moyens de subsistance alternatifs à l’exploitation du bois. Je propose également des formations, guides et manuels à nos équipes, qui viennent principalement du monde humanitaire et ont souvent moins de connaissances sur les thématiques environnementales. Enfin, au-delà de cette transformation en interne, il existe un véritable enjeu de visibilité externe. Je m’efforce de bâtir des ponts avec des organisations environnementales et de conservation, qui sont des partenaires indispensables si nous voulons réellement intégrer la gestion durable des ressources naturelles dans nos actions. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Difficile de choisir ! J’ai toujours eu un faible pour les invertébrés marins, et en me plongeant dans le séquençage de l’ormeau noir j’ai découvert une espèce fascinante. Sa capacité à résister aux vagues et à s’adapter aux conditions changeantes des marées en fait une espèce d’une résilience extrême. J’aime aussi la symbolique de son apparence physique : son extérieur, terne et discret, cache une beauté intérieure spectaculaire, avec un nacre argenté, irisé. Cette coquille nacrée, d’une solidité unique dans la nature, est d’ailleurs ce qui lui donne toute sa force physique face aux vagues et aux prédateurs. Enfin, son importance culturelle et historique est immense : des traditions des peuples autochtones du Pacifique à son commerce, en passant par son lien avec les loutres de mer, cette espèce dépasse son rôle écologique pour marquer profondément l’histoire et la démographie de toute une région du continent américain. Comment voyez-vous l’avenir de la planète et les nombreux défis qui se posent aujourd’hui pour concilier à la fois les enjeux de protection de la nature et de développement ? J’essaye de rester positive. J’ai le sentiment qu’il y a un désir de mieux concilier