One Ocean Summit : Le bilan

Annoncé lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN de Marseille par le Président Emmanuel Macron, le One Ocean Summit s’est tenu du 9 au 11 février à Brest. Les deux premières journées d’ateliers ont été l’occasion pour le Comité français de l’UICN d’appeler à la concrétisation de 8 engagements forts, basés sur les recommandations du Congrès mondial de l’UICN de Marseille. Une délégation du Comité français de l’UICN a participé aux 3 jours de Sommet composée de la Présidente, du Directeur, du Chargé de mission « biodiversité marine » et du président du Groupe « Mer & littoral ». De nombreux membres et experts du Comité français de l’UICN étaient également présents pour rappeler l’urgence de la protection de l’océan (WWF France, Office français de la biodiversité, Conservatoire du littoral, Océanopolis, Nausicaa, Muséum National d’Histoire Naturelle, IRD, Te Mana O Te Moana, Fondation Yves Rocher…). Le One Ocean Summit s’est achevé ce vendredi midi à Brest par le segment de haut niveau réunissant, autour du Président de la République, de nombreux chefs d’Etats, de responsables d’institutions multilatérales, de chefs d’entreprises et de décideurs de la société civile, dont le Comité français de l’UICN, représenté par sa Présidente. Le Président Macron y a invité les participants à « prendre des engagements fermes en faveur de l’Océan ». Les principaux engagement du segment de haut niveau Premier des quatre thèmes du segment de haut niveau, la protection de la biodiversité marine a été consacrée par l’engagement de nombreux chefs d’Etat (Malte, Chypre, Irlande, Portugal, Colombie…) à poursuivre la création d’aires marines protégées et à soutenir l’objectif mondial de 30% d’aires marines protégées d’ici 2030 dans la nouvelle stratégie mondiale de la biodiversité qui sera adoptée par la COP 15 Biodiversité. Le Président a appelé les Etats à rejoindre la Coalition de la haute ambition pour la Nature et les peuples qui regroupe actuellement 83 pays et à prendre des engagements très clairs sur la protection des AMP. Le Comité français de l’UICN salue à ce titre l’atteinte par la France de l’objectif ciblé de 30 % d’aires marines protégées grâce à l’extension de la Réserve Naturelle des Terres Australes Françaises et 4% de protection forte sachant que l’objectif de 10% est refixé pour 2030 (initialement fixé en 2022). Le Président a annoncé une stratégie polaire et son soutien à la demande de classement de la Mer de Weddell et de l’Antarctique Est en AMP, qui nécessite d’engager des négociations avec la Chine et de la Russie.   Le Président de la Polynésie Française Édouard Fritch a quant à lui annoncé la multiplication des réserves de biosphère, la protection de 500 000 Km² de zones côtières réservées à la pêche traditionnelle et vivrière, la protection de toutes les espèces de récifs coralliens, le classement de toute la ZEE de la Polynésie française en Zone Marine Particulièrement Vulnérable, et l’organisation en 2023 d’un One Island Summit.  Rappelant la mort de milliers de dauphins communs par an, due aux captures accidentelles dans les filets de pêche dans le Golfe de Gascogne, le président Macron a annoncé l’accélération de la recherche scientifique et le déploiement des équipements des navires par des pingers, sans toutefois proposer de fermeture saisonnière des pêches, comme le recommande l’UICN, le Conseil international pour l’Exploration de la mer et les ONG. Il a également soutenu la mise en place de TED (Turtle Excluder Device) pour réduire les prises accidentelles des tortues marines. Sur la surpêche, le Président a demandé à ce que la 12ème conférence ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Genève aboutisse à un accord supprimant les subventions publiques qui contribuent à la surpêche et la pêche illicite. Ce traité serait le premier accord biodiversité sous l’égide de l’OMC et permettrait de synchroniser pour la première fois les agendas biodiversité, climat et commerce. Le leadership de l’Union européenne a été rappelé pour construire une gouvernance des océans pour protéger les zones de non droit écologique et aboutir à un traité « universel, opérationnel et efficace » sur la haute mer lors des négociations BBNJ qui ont été lancées il y a 10 ans et qui se tiendront en mars à New York. A ce titre, le Président a lancé avec la Présidente de la Commission Européenne une coalition pour soutenir l’adoption de cet accord. La nécessité de lancer les négociations sur la lutte contre la pollution plastique a fait consensus, pour engager la rédaction d’un traité international contraignant, à l’ANUE 5 qui se tiendra fin février à Nairobi. La France et l’Inde étant d’ores et déjà engagées pour l’élimination des plastiques à usage unique. Par ailleurs, le Président Macron a annoncé vouloir régler la problématique des décharges littorales et a identifié une cinquantaine de sites prioritaires en métropole et en outre mer et s’engage à agir, dès 2022, sur les sites de Dollemard, Fouras et Anse Charpentier (Martinique). Le One Ocean Summit a également été l’occasion de rappeler la place primordiale des sciences océaniques et de la nécessité de mieux « comprendre les secrets de l’océan ». L’Unesco, tout comme le Shom, se sont engagés à passer de 20 à 80 % des fonds marins connus et cartographiés d’ici 2030.  Le Président Macron a insisté sur le fait que la connaissance scientifique est la condition sine qua non à la protection des grands fonds marins et annoncé le lancement de grandes missions d’exploration des fonds marins – et des pôles – en déclarant « On ne peut pas protéger ce que l’on ne connait pas ». Mais il n’a pas pris position sur l’exploration et l’exploitation minière suite à l’adoption de la demande de moratoire au Congrès mondial de la nature de l’UICN de Marseille. Le One Ocean Summit marque le début de l’année 2022 qui sera bien l’année de l’Océan. Les prochains événements internationaux qui vont jalonner l’année (les négociations BBNJ qui se tiendront en mars à New York, l’ANUE 5, la conférence de Palau, la COP 15 Biodiversité, la conférence des Nations Unies sur l’Océan à Lisbonne en juin puis la COP27 Climat qui se tiendra à Charm

One Ocean Summit : Alerte sur l’exploitation des fonds marins dans les eaux françaises

Alors que le One Ocean Summit rassemble un grand nombre de chefs d’Etats autour d’une « diplomatie bleue » instiguée par le Président de la République française, le Comité français de l’UICN souhaite alerter sur une possible exploitation minière au sein de l’espace maritime français par le biais d’une position officielle, publiée aujourd’hui. La menace qui pèse sur grands fonds marins, un des derniers écosystèmes encore préservés de notre planète – c’est à dire la volonté d’aller y extraire des minerais – a fait beaucoup parler d’elle ces derniers jours. De nombreux scientifiques et ONG s’inquiètent en effet des conséquences de ce type d’activités industrielles sur ces habitats encore méconnus et éloignés de tout son et lumière, au développement très lent. Cependant, l’attention semble se focaliser sur la possibilité d’extraction en dehors des espaces maritimes sous souveraineté des Etats Côtiers, appelée la « Zone » dans le jargon juridique. Or, au sein de la Zone, les velléités d’extraction sont régulées par l’Autorité Internationale des Fonds Marins, qui distribue les permis d’exploration (la France en détient deux) et travaille actuellement à la régulation des activités avec l’élaboration d’un code minier qui encadrerait l’extraction. Ce n’est cependant pas le cas au sein des espaces maritimes sous juridiction nationale, y compris au sein des eaux françaises qui pour rappel, représentent la deuxième plus grande Zone Economique Exclusive (ZEE) et plateaux continentaux du monde. Et ce notamment, grâce aux territoires d’outre-mer situés dans les trois océans, mais aussi au fait que la France a travaillé ces dernières années à étendre son plateau continental au delà des 200 milles marins : c’est ce qu’on appelle le « plateau continental étendu »,  qui a permis a la France de gagner 730 000 km2 d’espace maritime supplémentaire au large de la Guyane, des Antilles, de La Réunion, des Terres australes et de la Nouvelle-Calédonie. Or, le gouvernement a annoncé clairement en octobre dernier sa volonté de sécuriser les métaux stratégiques tels que le colbalt, le cuivre ou le nickel, dont recèleraient certains espaces au sein de la ZEE et du plateau français, notamment au large de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et des Terres Australes françaises – qui abritent pourtant des écosystèmes marins exceptionnels et vulnérables. Le Comité français de l’UICN, en publiant cette Position, souhaite alerter sur les dangers d’une exploitation minière au sein des eaux françaises. L’Etat possède des droits souverains sur les ressources naturelles de son sol et sous-sol, droits qui ne sont que peu encadrés par la législation française. La France, dans sa nouvelle stratégie nationale des grands fonds marins (21 janvier 2021) prône l’exploration de ces fonds, et ne cache désormais plus son ambition de les exploiter. Elle est d’ailleurs en train d’élaborer des ordonnances qui abrogeront la seule disposition du code minier français qui interdisait jusqu’ici d’exploiter les fonds marins français… « L’exploitation des derniers écosystèmes encore non impactés par l’homme est une catastrophe environnementale annoncée. Il est urgent de réaliser ce qui est en train de se passer, et demander au gouvernement des garanties juridiques pour préserver l’espace maritime de la France, et les trésors de biodiversité qui s’y trouvent encore, avant qu’il ne soit trop tard. Compte tenu de l’étendue de son espace maritime, la France possède une responsabilité importante vis-à-vis de tous et elle doit se montrer à la hauteur de ses obligations environnementales internationales ». Virginie Tassin Campanella, avocate en droit de la mer et experte du Comité français de l’UICN. ll en va de la protection de ce « One Ocean », au coeur des discussions des dirigeants réunis à Brest aujourd’hui.  PLUS D’INFORMATIONS – La position du Comité français de l’UICN sur l’exploitation des fonds marins dans les eaux françaises– Les travaux du groupe Outre-mer– Le One Ocean Summit Photo bandeau : © NOAA Okeanos Explorer Program, 2016 Deepwater Exploration of the Marianas, Leg 3

One Ocean Summit : 8 engagements forts pour l’océan

Lors du dernier Congrès mondial de la nature de l’UICN en septembre 2021 à Marseille, le Président de la République française a annoncé l’organisation d’un One Ocean Summit qui se tiendra du 9 au 11 février 2022 à Brest. Plusieurs initiatives doivent être lancées pour une meilleure gouvernance des océans, la protection des écosystèmes marins, la lutte contre les pollutions, notamment plastique, et la lutte contre le changement climatique. « Le Congrès mondial de la nature à Marseille a lancé une nouvelle dynamique internationale pour la protection de la biodiversité. Le One Ocean Summit est une opportunité de la renforcer en faveur de l’océan avec des enjeux cruciaux puisqu’il représente 70% de la surface de notre planète. » Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN. Le Comité français de l’UICN rappelle l’urgence de la protection de l’océan compte tenu que les deux tiers de sa superficie sont aujourd’hui considérés comme sévèrement altérés par les activités humaines (IPBES 2019). Présent à Brest au One Ocean Summit, le Comité français de l’UICN appelle à la concrétisation de 8 engagements en réponse aux recommandations du Congrès mondial de l’UICN portant sur l’océan : 1. Achever les négociations de l’accord international sur la biodiversité marine des zones hors juridiction nationale (haute mer) le plus tôt possible, en mars 2022, et que le texte final intègre la mise en place et la gestion d’un réseau écologiquement représentatif, bien connecté et bien géré d’aires marines protégées efficaces, dont une part substantielle hautement et entièrement protégées, ainsi que des études d’impact environnemental basées sur un système rigoureux, intégré, indépendant et fondé sur la science d’évaluation, de gestion et de suivi des effets individuels et cumulatifs des activités humaines et du changement climatique sur la biodiversité marine de la haute mer. 2. Combattre la pollution plastique par l’élimination de la production et de l’utilisation des plastiques non-nécessaires, en particulier les plastiques à usage unique, et par la promotion de l’innovation sur toute la chaîne de valeur, facilitant la gestion responsable des déchets et débris plastiques, et mettant fin aux déversements dans la nature et les océans. L’UICN demande de parvenir rapidement à un accord mondial pour combattre cette pollution plastique marine. 3. Appliquer des démarches rigoureuses de planification des espaces maritimes pour qu’elles soient garantes de la préservation et de la protection à long terme des écosystèmes marins, en insistant sur l’évitement et la réduction des impacts environnementaux. 4. Réduire l’incidence de la pêche sur la biodiversité marine, en particulier, en mettant en oeuvre des dispositifs d’exclusion des tortues (TED) dans la pêche à la crevette tropicale et améliorer la gestion des dispositifs de concentration de poissons (DCP) dérivants, une méthode nuisible pour l’environnement qui a considérablement augmenté partout dans le monde. 5. Adopter un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, tant que les conditions n’ont pas été définies pour garantir la protection des écosystèmes et de la biodiversité des grands fonds marins. 6. Renforcer les mesures de protection des espèces marines comme les mammifères marins et les requins et raies, dont respectivement 25% et 37% sont menacées selon la Liste rouge mondiale de l’UICN, en agissant en particulier sur la réduction des captures accidentelles. 7. Poursuivre la création d’aires marines protégées et soutenir collectivement l’objectif mondial  de 30% d’aires marines protégées d’ici 2030 dans la nouvelle stratégie mondiale de la biodiversité qui sera adoptée par la COP 15 Biodiversité, en insistant sur le respect des catégories mondiales des aires protégées de l’UICN, la qualité de leur gestion conformément au standard mondial de la Liste verte des aires protégées de l’UICN, et la protection forte. 8. Respecter l’Accord de Paris sur le Climat pour limiter les impacts du changement climatique sur l’océan et à développer des solutions fondées sur la nature en renforçant la conservation et la restauration des écosystèmes marins qui jouent un rôle important pour le carbone bleu, comme les récifs coralliens, les mangroves, les marais salants et les herbiers marins. PLUS D’INFORMATIONS – Communiqué de presse en français et en anglais– La note complète sur les 8 recommandations en français et en anglais– Les travaux du groupe de travail mer et littoral – Le One Ocean Summit– Les recommandations du Congrès mondial de l’UICN– La mobilisation du Comité français de l’UICN pour le Congrès de l’UICN (Septembre 2021)

La vie marine et les activités de pêche de plus en plus menacés, à mesure que l’océan perd son oxygène

Un nouveau rapport de l’UICN nous alerte sur le fait que la perte d’oxygène dans l’Océan mondial menace de plus en plus les espèces de poissons et perturbe l’ensemble des écosystèmes marins. Selon ce rapport publié lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques réunie à Madrid (COP 25), la perte d’oxygène océanique provoquée par les changements climatiques et l’enrichissement des eaux marines en nutriments constitue une menace croissante pour les pêcheries, ainsi que pour de nombreuses espèces telles que les thons, les marlins ou les requins. « Avec ce rapport, l’ampleur des dommages causés par les changements climatiques sur l’océan prend toute son importance. Alors que l’océan qui se réchauffe perd de l’oxygène, l’équilibre délicat de la vie marine est largement perturbé », a déclaré le Dr Grethel Aguilar, Directeur général par intérim de l’UICN. « Les effets potentiellement désastreux sur les pêcheries et les communautés côtières vulnérables signifient que les décisions prises lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques sont encore plus cruciales. Pour freiner la perte d’oxygène dans les océans, parallèlement aux autres effets désastreux des changements climatiques, les dirigeants mondiaux doivent s’engager à des réductions d’émissions immédiates et substantielles ». Le rapport intitulé « La désoxygénation des océans : un problème pour tous », est à ce jour la plus vaste étude scientifique sur les causes, les impacts et les solutions possibles face à la désoxygénation des océans. Les régions océaniques à faible concentration en oxygène se multiplient, avec aujourd’hui environ 700 sites affectés par des conditions de faible teneur en oxygène dans le monde contre seulement 45 dans les années 1960. Au cours de la même période, le volume des eaux anoxiques – des zones complètement dépourvues d’oxygène – dans l’océan mondial a quadruplé, selon le rapport. « Nous constatons maintenant des niveaux d’oxygène dissous de plus en plus bas dans de vastes zones de l’océan. Ceci est peut-être l’ultime signal d’alarme des résultats de l’expérience incontrôlée que l’humanité déclenche dans l’océan mondial, à mesure que les émissions de carbone continuent d’augmenter » a déclaré Dan Laffoley, Conseiller principal en sciences marines et conservation du Programme marin et polaire mondial de l’UICN et corédacteur du rapport. « L’appauvrissement de l’océan en oxygène menace les écosystèmes marins déjà soumis au stress du réchauffement et de l’acidification des océans. Pour arrêter l’expansion inquiétante des zones à faible concentration d’oxygène, nous devons réduire de manière décisive les émissions de gaz à effet de serre, ainsi que la pollution par les nutriments provenant de l’agriculture et d’autres sources. » La désoxygénation commence à modifier l’équilibre de la vie marine, en favorisant les espèces les plus tolérantes à une faible teneur en oxygène (notamment les microbes, les méduses et certains calamars) au détriment des espèces sensibles au manque d’oxygène (de nombreuses espèces marines dont la plupart des poissons). Certains des biomes les plus productifs de l’océan – qui assurent un cinquième des captures de poissons marins sauvages dans le monde – sont formés par des courants océaniques transportant une eau riche en nutriments mais pauvre en oxygène jusqu’aux côtes bordant les façades orientales des bassins océaniques du monde. En tant que systèmes naturellement pauvres en oxygène, ces zones sont particulièrement vulnérables aux changements, même minimes, dans la teneur en oxygène océanique. Les impacts observés ici finiront par se propager et toucheront des centaines de millions de personnes. Les groupes d’espèces comme les thons, les marlins et les requins sont particulièrement sensibles au faible taux d’oxygène, en raison de leur grande taille et de leurs besoins énergétiques. Ces espèces commencent à être poussées vers des eaux de plus en plus superficielles, riches en oxygène, ce qui les rend davantage vulnérables à la surpêche. Le rapport prévient également que le très faible taux d’oxygène océanique peut aussi affecter des processus de base comme le cycle des éléments essentiels à la vie sur Terre, tels que les cycles de l’azote et du phosphore. Les océans seraient amenés à perdre 3 à 4 % de leur taux d’oxygène d’ici 2100 en cas de scénario « business-as-usual », mais cette moyenne mondiale masque les changements locaux qui devraient, par exemple, être beaucoup plus sévères dans les hautes et moyennes latitudes. De plus, la plupart de la perte d’oxygène devrait se concentrer dans la tranche d’eau comprise entre la surface et 1000 mètres de profondeur, la plus riche en biodiversité marine. « Alors que nous avons connaissance des zones mortes depuis de nombreuses décennies, le réchauffement des océans devrait maintenant amplifier la désoxygénation de très grandes étendues de l’océan. Nous devons travailler ensemble pour rétablir l’équilibre en oxygène des océans », a déclaré Isabella Lövin, ministre de l’environnement et de l’énergie et vice-Premier ministre de Suède, l’un des principaux bailleurs de fonds du rapport. « Avec ce rapport, il est temps de placer la désoxygénation des océans parmi nos principales priorités afin de restaurer la santé des océans. » Les principaux moteurs de la perte d’oxygène océanique sont les changements climatiques et l’enrichissement des eaux en nutriments, ces derniers affectant principalement les zones côtières. À mesure que les océans se réchauffent, leurs eaux retiennent moins d’oxygène et gagnent en flottabilité, ce qui affecte le mélange des eaux de surface très riches en oxygène avec celles des profondeurs, qui contiennent naturellement moins d’oxygène. La pollution par les nutriments entraîne quant à elle une perte d’oxygène au sein des eaux côtières car les engrais, les eaux usées ou les déchets animaux et aquacoles provoquent une croissance excessive des algues, qui à leur tour épuisent l’oxygène dissous lors de leur décomposition. « Une action mondiale urgente pour surmonter et inverser les effets de la désoxygénation des océans est nécessaire. Les décisions prises lors de la conférence sur le climat détermineront si notre océan continue de maintenir une vie marine riche et variée, ou si les zones habitables et riches en oxygène seront de plus en plus, progressivement et irrémédiablement, perdues. Les dirigeants mondiaux se réuniront également en juin 2020 lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN, à Marseille, pour mener des actions en vue

La réponse de l’UICN au rapport Spécial du GIEC sur l’Océan et la Cryosphère dans le contexte des changements climatiques

Les preuves scientifiques selon laquelle les océans du monde se modifient de façon spectaculaire en raison des changements climatiques sont étayées par un rapport publié aujourd’hui par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Ce rapport spécial sur les océans et la cryosphère dans le contexte des changements climatiques (SROCC en anglais) nous plonge au cœur des impacts déjà observés, des risques à venir et des limites quant aux possibilités d’adaptation, mais également des solutions d’adaptation et d’atténuation possibles fondées sur les littoraux et océans. Atteindre les objectifs d’atténuation fixés par l’Accord de Paris sur les changements climatiques et limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à bien moins de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels est crucial pour prévenir les impacts massifs et irréversibles des changements climatiques sur les écosystèmes côtiers et marins et leurs services. Les Etats sont cependant encore loin de la profonde transformation de la société dont nous avons désespérément besoin pour faire face à ces changements climatiques. Les Solutions fondées sur la nature (SFN) – comme le réaffirme ce rapport du GIEC – restent un outil essentiel pour s’adapter à ces bouleversements dramatiques, tout en contribuant à atténuer les effets des changements climatiques. Le travail de l’UICN avec ses membres et ses partenaires a considérablement amélioré les conditions politiques en faveur des solutions fondées sur la nature et a contribué à leur mise en œuvre aux niveaux national et local dans des zones marines et côtières. « L’ampleur de l’assaut que nous, êtres humains, soumettons à l’océan est vraiment bouleversant. Les changements climatiques déciment toujours plus vite la vie marine et mettent en danger les moyens de subsistance de l’homme et notre propre vie » a déclaré la Directrice générale par intérim de l’UICN, Dr Grethel Aguilar. « La communauté mondiale doit agir de toute urgence pour atténuer et s’adapter à ces changements imminents, en exploitant pleinement le potentiel offert par les solutions fondées sur la nature en parallèle de réductions drastiques des émissions. Une action décisive peut encore porter un frein aux pertes alarmantes auxquelles nous assistons. » Avec l’Initiative sur le carbone bleu, l’UICN contribue à atténuer les changements climatiques en préservant et en restaurant les écosystèmes côtiers et marins. L’initiative continue de faire progresser les connaissances scientifiques sur le principe de carbone bleu et d’accélérer l’action politique, y compris l’intégration dans les Contributions déterminées au niveau national (Nationally Determined Contributions, NDCs) d’actions de gestion des zones côtières. La protection des écosystèmes côtiers, tels que les mangroves, les herbiers marins et les marais littoraux, peut contribuer à la séquestration continue du carbone. Inversement, la destruction de ces écosystèmes contribue aux émissions de carbone. La gestion durable des zones côtières joue également un rôle vital pour l’Adaptation fondée sur les écosystèmes (Ecosystem-based adaptation), par exemple via la conservation des récifs coralliens. Bien que largement reconnu, l’adaptation fondée sur les écosystèmes reste une solution sous-utilisée dans la lutte immédiate contre les changements climatiques, en dépit des avantages supplémentaires pour la société et la biodiversité que cela fournit. La mise en place d’aires marines protégées et d’autres mesures d’adaptation, telles que des limites de capture préventives pour prévenir la surpêche, peuvent aider à protéger les écosystèmes océaniques et à protéger les humains des effets des changements climatiques, notamment le réchauffement, la désoxygénation et l’acidification des océans. Le monde a besoin de toute urgence de nouveaux moyens pour mettre en œuvre et financer de manière durable de telles solutions fondées sur la nature dans les écosystèmes côtiers et marins. C’est pourquoi l’UICN a créé le Mécanisme de financement du capital naturel bleu (Blue Natural Capital Financing Facility) avec le gouvernement luxembourgeois. Ce mécanisme aide les investisseurs à s’impliquer dans la construction d’un avenir durable et résilient au climat, fondé sur l’utilisation durable et la conservation des écosystèmes côtiers et marins. Bien que de nombreux impacts climatiques sur les terres soient bien connus, on en sait relativement peu sur les impacts des changements climatiques sur nos océans, tels que le réchauffement des océans, la désoxygénation et l’acidification, et en particulier sur les écosystèmes des grands fonds marins. L’UICN aide à combler ce manque de connaissance par la recherche, y compris par un prochain rapport sur la désoxygénation des océans qui doit être publié à la COP25 de la CCNUCC, avec le soutien du gouvernement suédois. « Une action globale pour faire face à l’état de l’océan n’a jamais été aussi urgente. Les solutions fondées sur la nature qui s’appuient sur la conservation d’écosystèmes tels que les mangroves et les herbiers ont un rôle beaucoup plus important à jouer dans les efforts d’adaptation et contribuent également à atténuer les changements climatiques », a déclaré Minna Epps, directrice du programme marin et polaire de l’UICN. Mais le message du GIEC est très clair : si les émissions ne sont pas réduites de manière drastique, les océans et leurs écosystèmes ne seront plus les mêmes d’ici la fin de ce siècle. Cela aura des conséquences dramatiques pour les espèces et les écosystèmes, ainsi que pour nous, les êtres humains, dans le monde entier.   Plus d’informations – Le site internet du GIEC – Découvrir le rapport – La recommandation du Comité français de l’UICN demandant ce rapport spécial (Congrès de l’UICN 2016) – Le site internet de la Plateforme Océan Climat (POC) – Océan et Changement Climatique : Les nouveaux défis – publication de la POC – Les Solutions fondées sur la Nature – Le programme Ecosystèmes – Le programme Aires protégées Photo bandeau  © James Eades

Journée Mondiale de l’Océan 2015

Le Comité français de l’UICN s’associe à la célébration de la Journée mondiale des océans 2015 pour soutenir leur préservation et les solutions qu’ils apportent dans la lutte contre les changements climatiques. A l’occasion de la journée mondiale de l’Océan, célébrée le 8 juin 2015, la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO (COI-UNESCO) a organisé, conjointement avec la Plateforme Océan et Climat, dont le Comité français de l’UICN est membre, une journée complète dédiée au rôle de l’océandans le système climatique et à son absence des négociations internationales sur le climat. À six mois des négociations climatiques qui s’ouvriront à Paris fin 2015 dans le cadre de la Convention sur le Changement Climatique des Nations-Unies (COP 21), cet évènement a été le coup d’envoi d’une large mobilisation internationale, impulsée par la communauté des acteurs de la préservation des océans. En ouverture de cette journée, Monsieur Laurent Fabius, Ministre français des affaires étrangères, s’est engagé à ce qu’une journée soit consacrée à l’océan durant les négociations de Paris. Cette proposition a été faite au Secrétariat général de la COP 21 par les acteurs de la Plateforme Océans Climat. Monsieur Fabius s’est également engagé à accélérer la prise de conscience de la place de l’océan comme allié décisif dans la bataille pour le climat. A l’issue des ateliers scientifiques et tables rondes a été lancé l’Appel pour le climat qui a pour objectif d’engager les Etats signataires de la Convention Climat à placer l’océan au cœur des solutions pour le climat : cet écosystème vital, « poumon bleu » de notre planète, est en effet le producteur de 50 % de notre oxygène, c’est un thermostat du système climatique et il absorbe 25% de nos émissions de CO2. A l’issue de la Conférence Climat Paris 2015 (COP 21), il est absolument nécessaire d’obtenir un accord ambitieux pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre.   Il est également impératif que l’océan – deux tiers de la surface du globe – soit intégré explicitement dans le futur régime climatique de manière à : Renforcer la capacité de l’océan à atténuer les changements climatiques, grâce à des écosystèmes marins protégés et fonctionnels en mesure de stocker le CO2 ; Relever les défis de l’adaptation des régions littorales et côtières, les pays insulaires étant souvent les plus vulnérables ; Intégrer, dans les mécanismes de financement climatique, les projets de gestion durable et de conservation de la biodiversité marine et côtière, en particulier ceux qui concernent les aires marines protégées ; Développer des solutions innovantes dans le domaine de l’énergie, de l’alimentation et des transports maritimes ; Poursuivre l’investissement dans la recherche scientifique, afin de mieux comprendre les interactions océan-climat et d’orienter l’action politique en conséquence.   Un océan en bonne santé, c’est un climat préservé. Ensemble, faisons entendre la voix de l’océan !

Conseil de la mer et des littoraux, traçons un cap pour les océans !

Biodiversité, transition énergétique, réforme du code minier, fiscalité écologique… Pour chacun des grands chantiers lancés par le gouvernement à la suite de la conférence environnementale, la dimension maritime doit être prise compte. Pourtant, la mer est la grande absente des débats. Demain, la première réunion du Conseil National de la Mer et des Littoraux (CNML), créé à l’initiative du Grenelle de la Mer, est l’occasion de mettre les océans au cœur de la politique environnementale de la France. Parviendra-t-il à le faire ? Le CNML doit être porteur d’une politique maritime environnementale ambitieuse Pour certains, la mer est le nouvel « eldorado ». On connaît malheureusement les travers d’un développement économique sauvage. Pour ne pas répéter en mer les erreurs commises à terre, il est impératif de réintégrer la protection de la mer à l’agenda du Gouvernement. Créé pour assurer le suivi du Grenelle de la mer et rendre son avis sur tous les domaines intéressant la mer, le CNML doit donner une dimension environnementale réelle à la politique maritime de la France. Demandez le programme ! Biodiversité, transition énergétique, réforme du code minier, fiscalité écologique… Le CNML doit insuffler une dynamique marine aux chantiers ouverts par le Gouvernement. La transition énergétique devra passer par le développement des énergies marines renouvelables, notamment dans les outre-mer, où la France s’est engagée pour le développement de projets pilotes. La réforme du code minier, quant à elle, doit intégrer les enjeux de l’exploitation minière en mer et la protection des milieux. Enfin, le volet marin de la fiscalité écologique doit impérativement être développé si nous voulons nous donner les moyens de respecter nos engagements européens et internationaux (qualité de l’eau, bon état écologique en 2020, atteinte du rendement maximum durable pour les stocks de poissons, création d’aires marines protégées…). Océans : la France doit être chef de file La France devra également s’atteler au chantier de la gouvernance des océans. Lors du Sommet de Rio+20, de juin dernier, les Etats membres des Nations unies se sont engagés à « s’occuper en urgence » et ce avant 2014, de la préservation et de la gestion de la biodiversité marine en haute mer. Malheureusement, l’agenda et les propositions restent toujours aussi flous. Avec 11 millions de km² d’espaces maritimes, la France doit être force de propositions dès maintenant ! Le Conseil National de la Mer et des Littoraux doit être porteur d’une nouvelle ambition pour la mer. C’est en réussissant à mettre les océans au cœur des priorités environnementales de la France qu’il légitimera son existence et démontrera son utilité. La mer est notre patrimoine commun et il est grand temps de la connaître et de la sauver pour faire mentir l’adage « la mer c’est ce que les gens ont dans le dos quand ils regardent la plage »* Communiqué de presse en pdf en téléchargement ci-dessous. * Eric Tabarly Document joint Communiqué de presse CNML