Le Covid-19 : un symptôme de la crise de la biodiversité

Face à l’épidémie mondiale de Covid-19 due à la propagation d’un nouveau coronavirus, les prises de parole des scientifiques de l’écologie se sont multipliées ces derniers jours pour alerter sur le lien entre les atteintes que nous faisons subir à la biodiversité et l’émergence de nouvelles maladies infectieuses épidémiques. Pour le Comité français de l’UICN comme pour ces chercheurs, la destruction des habitats naturels, le commerce et la consommation d’animaux sauvages exotiques et les perturbations de toutes sortes imposées aux écosystèmes par les activités humaines, engendrent des déséquilibres écologiques importants qui créent de plus en plus de possibilités de passage des micro-organismes issus de la faune sauvage vers les humains. Comme d’autres épidémies majeures survenues ces dernières années (SRAS, MERS, Sida, Ebola…), ce sont encore une fois les activités humaines et leurs impacts sur l’environnement qui sont pointées du doigt dans la propagation du nouveau virus de type SARS-CoV. Parti d’un marché commercialisant des animaux sauvages à Wuhan en Chine, le pathogène est vraisemblablement issu d’une recombinaison virale impliquant plusieurs hôtes sauvages, parmi lesquels des chauves-souris et des pangolins. Illustrant la pression des trafics sur la faune, ces derniers figurent au rang des animaux les plus braconnés au monde. Malgré le classement des huit espèces de pangolins parmi les espèces menacées de la Liste rouge de l’UICN et leur inscription à l’annexe 1 de la convention de Washington (CITES) interdisant leur commerce international, ces animaux sont victimes d’intenses trafics pour leur viande et leurs écailles, avec une estimation de plus de 200 000 individus braconnés chaque année dans le monde. Cette crise sanitaire d’une ampleur inédite apparaît ainsi comme le symptôme d’une crise plus profonde, celle de la biodiversité. En poursuivant la destruction de la nature comme nous la menons jusque-là, nous nous dirigeons vraisemblablement au-devant de déséquilibres encore plus dangereux pour l’Humanité. Le Comité français de l’UICN appelle donc instamment à ce que cette crise sanitaire agisse comme un signal d’alarme.  Il appelle également à poursuivre la mobilisation engagée pour la préservation de la biodiversité dans la perspective du prochain Congrès mondial de l’UICN et de la COP15 Biodiversité (lire la tribune du Directeur du Comité français de l’UICN parue dans le JDD). Pour nous prémunir de nouvelles pandémies dans les prochaines années, elle doit être le déclencheur de changements profonds dans nos façons de produire et de consommer, nos modes d’élevage intensif et notre économie mondialisée. Plus largement, elle doit nous conduire à repenser notre relation avec le vivant pour nous assurer à l’avenir un environnement préservé garant de notre sécurité sanitaire. « L’accélération des pressions humaines sur le reste du vivant, la destruction et l’uniformisation des milieux naturels remplacés par les paysages de l’agriculture industrielle, le commerce incontrôlé et international des plantes et des animaux sauvages au prétexte de traditions locales, voilà certaines des raisons du creusement des inégalités et des sources de quelques émergences sanitaires », selon François Moutou, épidémiologiste et expert de la Commission de sauvegarde des espèces du Comité français de l’UICN.   Plus d’informations – La Liste rouge mondiale des espèces menacées – Les décisions prises lors de la COP18 de la CITES Sources et  sélection de quelques articles proposés sur ce thème : – Coronavirus : « La disparition du monde sauvage facilite les épidémies » Marianne, 17 mars 2020, interview de Serge Morand (CNRS / Cirad)  – Covid-19 ou la pandémie d’une biodiversité maltraitée The Conversation, 25 mars 2020, par Jean-Louis Justine (MNHN) et Philippe Grandcolas (CNRS) – Le Covid-19, symptôme d’une biodiversité maltraitée par l’activité humaine Science et avenir, 31 mars 2020 – « Le problème ne vient pas des espèces animales mais des changements environnementaux issus de nos activités » Actu-environnement, 24 mars 2020, interview de Camille Lebarbenchon (Université de La Réunion)

Retour sur la COP18 sur le commerce des espèces sauvages (CITES)

La 18e session de la Conférence des parties (CoP18) à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) s’est tenue du 17 au 28 août 2019 à Genève. La CITES est un accord international qui a pour objectif de veiller à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent.  La France a été à l’origine ou a fortement encouragé plusieurs des mesures adoptées lors de cette conférence. Le commerce de plusieurs espèces sera encadré de façon plus stricte (en Annexe 2), notamment les girafes, holothuries (concombres de mer), requins-taupes, mygales et tortues étoilées et le prélèvement en milieu naturel des éléphanteaux sera désormais interdit, grâce à la position des 28 Etats membres de l’Union européenne. Les grands félins asiatiques et les geckos tokay ont également bénéficié d’un renforcement de leur protection. « La COP CITES a revêtu cette année une dimension toute particulière alors que les enjeux de biodiversité montent en puissance. Il est donc d’autant plus réjouissant de constater les résultats globalement positifs cette année. Citons notamment les quelques sujets sur lesquels l’Etat français s’est investi : l’inscription à l’annexe II de la girafe et de trois sous-espèces d’holothuries, et l’interdiction de la capture d’éléphants (notamment d’éléphanteaux) dans la nature pour les envoyer dans des zoos ou parcs » a déclaré Yann Wehrling, Ambassadeur à l’environnement.   Interdiction du commerce d’éléphanteaux Alors qu’il ne reste qu’environ 415.000 éléphants d’Afrique, la COP18 a voté plusieurs dispositions favorables à l’espèce après des négociations intenses. C’est en premier lieu le cas de l’interdiction du commerce des éléphanteaux vivants, capturés dans la nature pour les besoins des zoos et des cirques hors de leur habitat naturel. La conférence a également repoussé les propositions de plusieurs pays d’Afrique australe visant à autoriser un commerce limité d’ivoire. L’interdiction existante du commerce est maintenue. Régulation du commerce des girafes La COP18 a accepté une proposition présentée par plusieurs Etats africains de contrôler le commerce des girafes vivantes et des produits qui en sont issus. L’animal est ajouté à l’Annexe II de la convention, sans aller jusqu’à l’interdiction qui s’applique aux espèces inscrites à l’Annexe I. Une protection endurcie pour les requins Dix-huit espèces de requins et de raies, menacées par l’ampleur du commerce international de leurs ailerons et de leur chair, ont reçu la protection de l’Annexe II lors de la COP18 de la CITES. L’inscription concerne le requin-taupe bleu et le petit requin-taupe (ou requins makos), en voie de disparition, ainsi que six espèces de guitares de mer et dix espèces de raies. La décision est importante car elle va permettre de réguler le commerce de ces espèces. Désormais, leur exportation sera proscrite depuis chacun des 183 Etats Parties, à moins d’avoir été formellement autorisée, permis et certificats à l’appui, par le pays en question. Inscription à l’Annexe I pour deux espèces de loutres Les loutres cendrées et les loutres d’Asie, menacées d’extinction par le commerce illicite d’animaux de compagnie et la demande pour leurs peaux, se sont également vues accorder une plus forte protection (en Annexe I). Les populations sauvages de ces deux espèces répondaient aux critères d’inscription à l’Annexe I car elles ont connu un fort déclin à cause de la réduction de leur aire de répartition, de la perte de leur habitat ou de sa qualité, et de la forte exploitation dont elles sont victimes. Ces deux espèces sont classées sur la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN comme « vulnérables ». Entre 1980 et 2018, il y a eu plus de 250 saisies représentant au total 6 010 loutres, dont des loutres cendrées et d’Asie, selon les données de la CITES sur ces activités commerciales.   Les actions du Comité français de l’UICN pour la CITES Le Comité français de l’UICN est consulté par les autorités françaises avant chaque Conférence des Parties à la CITES. Il fournit des avis reposant sur les analyses de l’UICN et de TRAFFIC et sur la contribution des experts de la Commission de sauvegarde des espèces.   Plus d’informations – Site dédié à la COP18 de la CITES – Les informations et documents de la CITES – Retrouver toutes les analyses de l’IUCN et de TRAFFIC – Le Programme Espèces de l’UICN France – Le Programme Coopération internationale de l’UICN France

CITES COP18 : Quelles décisions pour le commerce des espèces sauvages ?

La 18e session de la Conférence des parties (CoP18) à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) initialement prévue du 23 mai au 3 juin 2019 à Colombo, Sri Lanka, se tiendra dans les prochains mois, suite à son report. La CITES est un accord international qui a pour objectif de veiller à ce que le commerce international des spécimens d’animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent.  Le commerce international des espèces sauvages représente des milliards de dollars par an et porte sur des centaines de millions de spécimens de plantes et d’animaux. Ce commerce est varié, allant de plantes et d’animaux vivants à une large gamme de produits dérivés – produits alimentaires, articles en cuir exotique, instruments de musique en bois, souvenirs pour touristes, remèdes, et bien d’autres encore. L’exploitation et le commerce intensifs de certaines espèces, auxquels s’ajoutent d’autres facteurs tels que la disparition des habitats, peuvent épuiser les populations et même conduire certaines espèces au bord de l’extinction. De nombreuses espèces sauvages faisant l’objet d’un commerce ne sont pas en danger d’extinction mais l’existence d’un accord garantissant un commerce durable est importante pour les préserver. Comme le commerce des plantes et des animaux sauvages dépasse le cadre national, sa réglementation nécessite la coopération internationale pour préserver certaines espèces de la surexploitation. La CITES a été conçue dans cet esprit de coopération. Aujourd’hui, plus de 35 000 espèces sauvages sont couvertes par la CITES en étant inscrites à l’une des trois annexes de la Convention selon le degré de protection dont elles ont besoin. Lors de cette prochaine Conférence mondiale de la vie sauvage, les 183 Parties à la CITES (182 pays, plus l’Union Européenne) se réuniront afin d’examiner les 57 propositions d’amendements aux Annexes de la CITES demandés par les Etats membres, certaines propositions visant à limiter plus encore leur commerce, d’autres contre-propositions visant à supprimer les restrictions, par exemple concernant le commerce des éléphants et de leur ivoire ou des cornes de rhinocéros.   Les actions de l’UICN France pour la CITES Le Comité français de l’UICN est consulté par les autorités françaises avant chaque Conférence des Parties à la CITES, en fournissant des avis reposant sur les analyses de l’UICN et de TRAFFIC et sur la contribution des experts de la Commission de Sauvegarde des espèces.   Plus d’informations – Site dédié à la COP18 de la CITES – Les 57 propositions d’amendements aux Annexes : en français / en anglais – Retrouver toutes les analyses de l’IUCN et de TRAFFIC – Le Programme Espèces de l’UICN France – Le Programme Coopération internationale de l’UICN France photo bandeau © PPI  – Films au clair de lune

Le commerce illégal de l’ivoire pourrait faire disparaître un cinquième des éléphants d’Afrique dans la prochaine décennie

D’après de nouvelles études rendues publiques aujourd’hui, à l’occasion d’un sommet organisé par le gouvernement du Botswana et l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) afin d’examiner la situation inquiétante de l’Éléphant d’Afrique, si les taux de braconnage se poursuivent au niveau actuel, le continent africain pourrait perdre un cinquième de ses éléphants dans les dix années à venir. Les dernières études relatives au braconnage estiment en effet qu’en 2012, près de 15 000 éléphants ont été abattus de façon illicite sur 42 sites, dans 27 pays africains participant au programme MIKE (Système de suivi de l’abattage illégal des éléphants), un programme de la CITES (la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction) bénéficiant d’un soutien financier de l’Union européenne. Selon les analyses de MIKE, ces chiffres signifient qu’à l’échelle de l’ensemble du continent, 22 000 éléphants environ auraient été abattus illégalement en 2012, légèrement moins que l’estimation de 25 000 pour 2011. « Avec 22 000 éléphants d’Afrique abattus illégalement en 2012, la situation reste critique. Le braconnage de l’espèce en Afrique atteint toujours des chiffres très élevés, et pourrait entraîner des extinctions locales s’il se poursuit au rythme actuel. La situation est particulièrement préoccupante en Afrique centrale, où le taux estimé de braconnage double la moyenne continentale », précise John E. Scanlon, Secrétaire général de la CITES. Le Groupe de spécialistes de l’Éléphant d’Afrique de l’UICN estime que la population de l’espèce (Loxodonta africana) est de 500 000 individus environ. En Afrique centrale, les éléphants subissent de plein fouet les effets du braconnage, mais, eu égard à l’importance de l’abattage illégal dans toutes les sous-régions, même les populations plus nombreuses d’Afrique australe et de l’est sont confrontées à un risque si la tendance n’est pas inversée. L’escalade du braconnage ces dernières années semble être principalement due à la pauvreté et aux insuffisances de la gouvernance dans les pays de l’aire de répartition de l’éléphant, associées à une demande croissante d’ivoire illégal dans les pays consommateurs. L’importance du braconnage trouve son pendant dans les chiffres élevés du commerce de l’ivoire tirés de la base de données du Système d’information sur le commerce des produits de l’éléphant (ETIS), gérée par TRAFFIC au nom de la Conférence des Parties à la CITES. D’après des données de l’ETIS corrigées des biais, le commerce illégal de l’ivoire a atteint en 2011 son niveau le plus élevé depuis au moins 16 ans et ces niveaux inadmissibles persistent en 2012. D’après des indicateurs préliminaires, le commerce illicite pourrait atteindre des chiffres encore plus élevés en 2013. Bien qu’encore incomplètes, les données brutes des saisies importantes d’ivoire en 2013 (portant sur 500 kg d’ivoire au moins en une seule transaction) représentent d’ores et déjà la plus grande quantité d’ivoire confisquée depuis 25 ans pour ce type de saisie. Des saisies d’ivoire à très grande échelle signalent l’implication de la criminalité organisée ; dans le courant de cette année, 41,6 tonnes d’ivoire ont été saisies lors d’opérations de ce genre, mais nous ne savons pas encore si ces résultats reflètent un progrès dans la lutte contre la criminalité ou une escalade du commerce ; il faudra pour cela attendre l’analyse complète des résultats de 2013, qui sera disponible l’année prochaine. « Entre 2000 et 2013, on observe un accroissement du trafic de l’ivoire à grande échelle, en termes du nombre d’expéditions et de la quantité d’ivoire échangée illégalement. En 2013, nous constatons une augmentation de 20% par rapport aux chiffres record de 2011 ; nous sommes très inquiets », dit Tom Milliken, spécialiste du commerce de l’ivoire chez TRAFFIC et responsable de la base de données ETIS. Depuis 2009, les routes commerciales ont changé, privilégiant maintenant l’Afrique de l’est au lieu de l’Afrique occidentale et centrale. La Tanzanie et le Kenya sont maintenant les points de sortie les plus importants pour l’ivoire illicite quittant le continent. La Malaisie, le Vietnam et Hong Kong sont les lieux de transit principaux, avec la Chine pour destination principale, et parfois la Thaïlande. Depuis deux ans, toutefois, d’autres évolutions se dessinent : le Togo et la Côte d’Ivoire semblent ainsi devenir de nouveaux points de sortie sur le continent africain, et l’Indonésie, l’Espagne, le Sri Lanka, la Turquie et les Émirats Arabes Unis de nouveaux pays de transit. Les chiffres les plus récents du braconnage et du trafic sont publiés au moment où les représentants des pays de l’aire de répartition de l’Éléphant d’Afrique, ainsi que des principaux pays de transit et de destination du commerce illégal de l’ivoire se réunissent au Botswana. Les participants devraient s’engager à prendre des mesures concrètes pour enrayer le commerce illégal et préserver des populations viables dans l’ensemble du continent africain, notamment en renforçant la législation nationale de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages et en améliorant la coopération entre les différents pays et à l’intérieur de chacun d’entre eux. L’UICN, par le biais du Groupe de spécialistes de l’Éléphant d’Afrique de sa Commission de la sauvegarde des espèces (CSE), fournit des données scientifiques qui sous-tendent le Programme de suivi de l’abattage illégal de l’éléphant et le Système d’information sur le commerce des produits de l’éléphant. « Ces systèmes de suivi fournissent aux décideurs des données vitales et fiables, et nous sommes très heureux de pouvoir présenter des informations actualisées au Sommet de l’Éléphant d’Afrique », dit Mme Holly Dublin, Présidente du Groupe de spécialistes de l’Éléphant d’Afrique de l’UICN. « Le tableau d’ensemble dessiné par ces nouveaux éléments devrait inciter tous les délégués à ce Sommet à se mettre d’accord sur les mesures nécessaires qui doivent être prises d’urgence pour préserver les éléphants d’Afrique ». « Confrontés à ce sombre tableau, nous devons rester vigilants, mais pour la première fois depuis des années il y a quelques signes encourageants indiquant une stabilisation possible en matière de braconnage. Ceci nous permet d’espérer que, si nous renforçons nos actions de lutte contre la criminalité et de sensibilisation du public dans l’ensemble de la chaîne du trafic illégal, si nous appuyons la mise en place de moyens d’existence

Les requins, les rhinocéros et les éléphants ressortent gagnants du sommet de la CITES sur le commerce des espèces sauvages

Un vote historique pour améliorer la durabilité du commerce international de huit espèces de requins et de raies, inscrites dans la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN, est l’une des principales décisions prises lors de la conférence de la CITES sur le commerce des espèces sauvages qui s’est tenue à Bangkok. Parmi les autres décisions prises lors de la 16e réunion de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES), certaines concernent aussi des mesures pour réduire le braconnage et le commerce illégal de l’ivoire et des cornes de rhinocéros, qui ont augmenté de façon dramatique ces dernières années. « Les décisions prises à la CITES permettront d’améliorer la survie de nombreuses espèces menacées dans la nature », explique la Directrice générale de l’UICN, Julia Marton-Lefèvre. « Nous sommes ravis de voir que l’expertise scientifique sur la biologie, la conservation et le commerce des espèces fournie à la Convention par la Commission de Sauvegarde des Espèces de l’UICN et par TRAFFIC a été précieuse pour les prises de décision de la réunion de Bangkok. » La conférence a vu un nombre record de pays voter pour réglementer le commerce international du Requin Océanique, de trois espèces de requins-marteaux, du Requin-taupe commun et des deux espèces existantes de raies Manta. Les parties ont également voté pour l’interdiction du commerce international du Poisson-scie (Pristis microdon), qui est classé en Danger critique d’extinction. La demande croissante d’ailerons, de viande et de plaques branchiales de requins, ainsi que d’individus pour les aquariums, menace sérieusement la survie de ces espèces. Près de 1,2 millions de requins océaniques, pêchés pour leurs grandes nageoires, transitent à travers les marchés de l’Asie du Sud Est chaque année et plus de 4000 raies Manta sont harponnées pour prélever leurs branchies. « Il s’agit d’une étape historique vers une meilleure protection de ces espèces marines », explique Nick Dulvy, co-président du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN. « Maintenant, après presque deux décennies de progrès lents et fragmentaires, les Parties ont convenu que la CITES peut compléter les mesures nationales de pêche afin de s’assurer que le commerce mondial est durable et légal. » Pour faire face à la hausse des niveaux de braconnage des éléphants d’Afrique et du commerce illégal de l’ivoire, les Parties ont convenu de mesures pour améliorer le contrôle du commerce illégal mondial de l’ivoire, comprenant le développement d’actions spécifiques par pays. Un soutien a également été réaffirmé pour les systèmes mondiaux de surveillance qui permettent d’appuyer les décisions prises dans le cadre de la Convention, ainsi que pour le Plan d’action pour l’Eléphant d’Afrique. La conservation des éléphants d’Asie a également été abordée, notamment à travers une plus grande reconnaissance du commerce illégal d’éléphants vivants et le développement d’une stratégie de conservation de l’Eléphant d’Asie avec tous les pays de son aire de répartition d’ici novembre 2013. La conférence a identifié le commerce illégal des cornes de rhinocéros comme un enjeu nécessitant des actions urgentes de la part de plusieurs pays. Selon le Groupe de spécialistes des rhinocéros d’Afrique de l’UICN, leur braconnage a augmenté de 43% entre 2011 et 2012 et le commerce illicite des cornes continue de constituer une menace sérieuse pour les rhinocéros dans le monde entier. Les délégués à Bangkok sont également entendus sur des contrôles plus stricts du commerce international d’espèces de bois à Madagascar, tels que bois de rose (Dalbergia spp.) et d’ébène (Disopyros spp.). Ils ont aussi adopté des mesures pour réduire l’impact du commerce sur certaines espèces de tortues d’eau douce et terrestres de façon à augmenter leurs chances de survie. D’autres décisions concernent plusieurs espèces de crocodiles et de serpents, la surveillance du commerce des pangolins et l’engagement renouvelé de gérer durablement la pêche au Napoléon, une espèce en danger qui fut l’une des premières espèces de poissons faisant l’objet d’une pêche commerciale à être considérée par la CITES.

La colonne vertébrale de la nature est en péril

L’étude la plus complète jamais réalisée sur les vertébrés mondiaux confirme une crise de l’extinction : un cinquième des espèces sont menacées. Toutefois, selon l’étude publiée aujourd’hui à l’occasion de la 10e réunion de la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique (CDB) à Nagoya, au Japon, la situation serait encore pire si des efforts de conservation n’avaient pas été déployés dans le monde entier. Pour enquêter sur l’état des vertébrés de la planète (mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles et poissons) et l’évolution de cet état avec le temps, l’étude, publiée dans le journal international Science, s’est appuyée sur les données relatives à 25 000 espèces de la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées™. Les résultats montrent qu’en moyenne, chaque année, 50 espèces de mammifères, d’oiseaux et d’amphibiens sont poussées un peu plus vers l’extinction sous l’effet de l’expansion agricole, de l’exploitation des forêts, de la surexploitation et des espèces exotiques envahissantes. Selon les termes de l’éminent écologiste et écrivain américain Edward O. Wilson, de l’Université d’Harvard, «  la colonne vertébrale ’ de la biodiversité est en voie d’érosion. Une petite marche gravie sur l’échelle de la Liste rouge est un bond de géant vers l’extinction. Ce n’est qu’un aperçu des pertes en cours au niveau mondial. » C’est l’Asie du Sud Est qui a connu les pertes récentes les plus graves, essentiellement causées par la plantation de cultures d’exportation comme les palmiers à l’huile, par les opérations commerciales d’exploitation des forêts de feuillus, par la transformation des terres en rizières et par une chasse non durable. Certaines régions d’Amérique centrale, les Andes tropicales d’Amérique du Sud et même l’Australie ont connu des pertes également marquées, dues en particulier à l’impact du chytridiomycète, un champignon mortel pour les amphibiens. L’étude confirme des rapports précédents qui faisaient état de pertes constantes de la biodiversité mais elle est la première à présenter des preuves indiscutables des effets positifs des efforts de conservation dans le monde entier. Les résultats montrent que si des mesures de conservation n’avaient pas été prises, la biodiversité aurait subi un déclin supplémentaire de presque 20 %. « L’histoire a montré que la conservation peut faire l’impossible, comme le savent bien ceux qui connaissent le cas du rhinocéros blanc d’Afrique du Sud » fait remarquer Simon Stuart, Président de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN et auteur de l’étude. « Mais pour la première fois nous pouvons démontrer les effets conjugués et positifs de ces succès sur l’état de l’environnement. » L’étude met en évidence 64 mammifères, oiseaux et amphibiens dont l’état s’est amélioré grâce à des mesures de conservation qui ont réussi. Ce groupe comprend trois espèces qui étaient éteintes à l’état sauvage et qui ont été réintroduites dans la nature : le condor de Californie Gymnogyps californianus et le putois à pieds noirs Mustela nigripes, aux États-Unis, et le cheval de Przewalski Equus feru, en Mongolie. Les efforts de conservation ont été particulièrement efficaces dans la lutte contre les espèces exotiques envahissantes sur les îles. La population mondiale du shama des Seychelles Copsychus sechellarum est passée de moins de 15 oiseaux en 1965 à 180 en 2006 grâce aux mesures de lutte contre les prédateurs introduits tels que le surmulot Rattus norvegicus, et à des programmes d’élevage en captivité et de réintroduction. Sur Maurice, l’état de six espèces d’oiseaux s’est amélioré, notamment celui de la crécerelle de Maurice Falco punctatus, dont la population est passée de quatre oiseaux en 1974 à près de 1000. En Amérique du Sud, les aires protégées et l’action conjuguée de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) et de la Convention sur la vigogne ont permis la reconstitution des populations de vigognes Vicugna vicugna. De même, la législation adoptée pour interdire la chasse commerciale à la baleine a permis de faire passer le mégaptère Megaptera novaeangliae de la catégorie Vulnérable à Préoccupation mineure. Malheureusement, très peu d’amphibiens ont à ce jour montré des signes de reconstitution mais les efforts internationaux s’intensifient et l’on peut citer, à ce titre, le programme de réintroduction dans la nature du crapaud Nectophrynoides asperginis en Tanzanie. Les auteurs indiquent que cette étude ne représente qu’une estimation minimale de l’effet réel des mesures de conservation, soulignant que les populations de quelque 9% des espèces menacées ont augmenté. Les résultats prouvent qu’avec les ressources et l’engagement voulus, la conservation est efficace. Ils montrent également que les mesures prises au plan mondial devront être considérablement renforcées parce qu’elles sont, actuellement, largement compensées par l’ampleur des menaces. Dans ce contexte, les décideurs qui assistent à la réunion de la CDB à Nagoya ont demandé une augmentation très substantielle des ressources – par rapport aux niveaux actuels qui sont extrêmement bas – pour que les objectifs de la Convention soient réalisables. « Cela démontre, à l’évidence, que nous devons absolument partir de Nagoya avec un plan d’action stratégique pour guider nos efforts en faveur de la biodiversité dans la décennie à venir » déclare Julia Marton-Lefèvre, Directrice générale de l’UICN. « C’est un appel pour nous tous – les gouvernements, les entreprises, les citoyens – à mobiliser les ressources pour les actions requises. La conservation est payante – mais elle a besoin de notre appui et vite ! » Récemment, une étude parrainée par l’Organisation des Nations Unies et intitulée « The Economics of Ecosystems and Biodiversity (TEEB) » a évalué le coût de la perte de la nature entre 2 à 5 mille milliards USD par an, surtout dans les régions les plus pauvres du monde. Une autre étude récente a déterminé qu’un cinquième des plus de 5000 espèces d’eau douce d’Afrique est menacé, ce qui met en péril les moyens d’existence des millions de personnes dépendant de ces ressources vitales. Comme le démontre l’étude, n’avoir pas réussi à remplir l’objectif de 2010 de réduction de la perte de biodiversité, qui avait été adopté au plan international, ne signifie pas que les efforts de conservation ont été déployés en vain. Toutefois, l’érosion de la biodiversité a atteint des niveaux si

Bilan du Grenelle de la Mer

Le Grenelle de la mer s’achève aujourd’hui et dessine enfin les éléments d’une nouvelle politique maritime intégrée pour la France. Le bilan tiré aujourd’hui de ces 5 mois de travail est globalement positif avec des engagements structurants pour la protection de la mer et du littoral et l’intégration de critères écologiques et sociaux dans de nombreux domaines. Cependant, la réussite du Grenelle de la Mer dépendra aussi des mesures et des engagements que doit prendre demain le Président de la République en matière de biodiversité et de pêche, d’exploitation des ressources de la mer et de gouvernance. Aires Marines Protégées : un engagement historique L’objectif d’ici à 2020 de 20 % des eaux françaises (eaux territoriales et zone économique exclusive) en Aires Marines Protégées dont la moitié en réserves marines se fera en concertation avec les pêcheurs en intégrant la représentativité des écosystèmes. Si ces objectifs sont réellement mis en œuvre, la France (deuxième domaine maritime international) deviendra le leader mondial en termes de protection de la biodiversité et de gestion des pêches. Le thon rouge le requin-taupe aux annexes de la CITES La France doit soumettre le classement du thon rouge et du requin-taupe aux annexes de la CITES (convention sur le commerce international des espèces menacées) pour pouvoir réellement protéger ces espèces. Une nouvelle gouvernance intégrée de la mer En termes de gouvernance nationale, la confirmation du poids politique affirmé par le Ministère chargé de la Mer pour la coordination interministérielle et le choix de l’instauration d’un organe consultatif réunissant les 5 collèges constituent une réelle avancée et un processus démocratique original à poursuivre. Quel financement ? Face à l’ensemble des mesures prises qui demandent des engagements forts en termes financiers que ce soit pour le renforcement de la recherche ou la mise en place des mesures prises dans ce Grenelle, les ONG ont proposé de continuer la réflexion avec les autres acteurs sur les nouveaux modes de financement de la mer. Cette réflexion devra se faire en lien avec une réflexion globale sur la fiscalité et en prenant en compte la notion de solidarité de bassin. Les conclusions de cette commission doivent arriver très vite avant 2010. Malgré tout, des défis encore à relever et des pistes à creuser Enfin, les associations signataires seront particulièrement attentives au développement donné à certains sujets d’importance : mise en œuvre d’une aquaculture véritablement durable reposant moins sur la production de poissons carnivores et la pêche minotière, protection des écosystèmes de grands fonds (la France continue à détruire des écosystèmes vulnérables malgré la résolution onusienne qui l’interdit effectivement depuis le 31 décembre 2008), maîtrise des pollutions d’origine terrestre, traitement des déchets portuaires et réduction des macrodéchets. D’autre part, une réflexion sera engagée sur les gigantismes des navires de commerce et à passagers sous l’angle de la sécurité en mer, du sauvetage des vies humaines et de la protection de l’environnement. Les mesures actées dans ce Grenelle doivent être le plus rapidement mises en place que ce soit au sein du grenelle II, au sein des instances compétentes et le suivi des mesures ne peut que se faire entre les 5 collèges réunis pendant ces 5 mois. (Communiqué commun des ONG ayant participé au Grenelle de la Mer) L’ensemble des propositions actées lors du Grenelle de la Mer sont regroupées dans le Livre bleu, consultable en ligne. Pour en savoir plus, visitez le site officiel du Grenelle de la Mer.