La Forêt de Fontainebleau brûle : en tirer les vraies leçons !

Plus de 2000 hectares sont partis en fumée dans le Massif de Fontainebleau et notamment dans la forêt des Trois-Pignons. La proximité de l’agglomération parisienne assure à cette catastrophe sans précédent une médiatisation inédite qui conduit à des discours parfois étonnants, voire scandaleux et souvent contradictoires. Les associations signataires de cette tribune, au-delà du soutien qu’elles apportent à toutes celles et tous ceux ont luttés contre ce feu à l’échelle de cette forêt emblématique, souhaitent rappeler les points suivants : – Il y a toujours eu des feux en Forêt de Fontainebleau, certains très importants. Chaque année, les feux deviennent plus nombreux sans qu’une réelle prise de conscience ne soit réalisée, ni ne débouche sur la mise en œuvre de moyens de lutte adéquats. Bien sûr, des dispositifs ont été prévus, des exercices réalisés. Mais aucune de ces mesures ne sont à la hauteur des enjeux. Il était statistiquement évident qu’un feu de grande ampleur allait intervenir à court terme. Les prévisions du Groupe Régional d’Expertise sur le Changement climatique et la transition écologique en Île-de-France (GREC) ne laissent aucun doute sur cette question. – Le dérèglement climatique augmente de façon drastique les conséquences de ces feux, leur ampleur et leur récurrence. Les conséquences étaient prévisibles. Elles avaient été anticipées par l’ensemble de la communauté scientifique locale, régionale, nationale et internationale. Les décideurs qui découvrent l’ampleur du phénomène en se cachant derrière le caractère criminel de ces incendies sont dans le déni des conséquences de ce dérèglement. – Les changements en cours, climatiques ou globaux, s’accélèrent et s’emballent, là aussi comme l’avaient prévu les experts de ces questions et notamment le GIEC et la Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Écosystémiques (IPBES). Ce que certains considèrent aujourd’hui comme exceptionnel sera la norme dès demain. – On a laissé, au fil du temps, des maisons se construire au sein ou en lisière de la forêt. On pourrait croire que cela est une époque révolue. Et pourtant, on construit encore ou on prévoit de le faire. Il existe des projets d’urbanisme qui prévoient des constructions à ses marges notamment dans le Plan Local d’Urbanisme intercommunal de la Communauté d’Agglomération du Pays de Fontainebleau. Au-delà des risques que cette situation fait courir aux habitant.es, on mesure à quelle point la priorisation de l’action des pompiers est conditionnée par la présence de ces équipements. En plus des impacts écologiques de ces constructions, l’exposition des biens et des personnes aux risques générés par les incendies est une faute grave. – Le traitement médiatique de ce feu et les prises de position de certains acteurs nous alertent sur les conséquences différées de celui-ci. La Défense des Forêts Contre les Incendies (DFCI), poussée à l’extrême, risque d’avoir des impacts très importants sur les paysages et écosystèmes bellifontains. Il faut d’ailleurs rappeler que la Forêt de Fontainebleau est une des forêts françaises qui possèdent le réseau de chemins, pistes et routes intra-forestières le plus important de France. Le discours « anti-friche » est aussi à la mode. Il est utile de rappeler que les « friches » sont en fait à Fontainebleau des milieux naturels « ouverts » qui abritent une faune et une flore remarquables, souvent très menacées. À l’instar des réponses à l’emporte-pièce que l’on a connues avec les fortes températures (canicule = climatiseur), l’inquiétude est grande face à des réponses du même type pour les forêts et notamment pour celle de Fontainebleau. La mise en prison des pyromanes comme des incendiaires ne résoudra pas le problème à lui seul. En conséquence de ces constats, les associations signataires exhortent les pouvoirs publics à prendre en compte les éléments qui suivent : – Il doit être mis un terme immédiatement à la poursuite de l’artificialisation qui est aujourd’hui le principal obstacle à la résilience climatique et plus globalement écologique de la forêt. L’artificialisation des sols à la lisière de la forêt doit cesser. Le strict respect des dispositifs réglementaires tels que celui de la « Forêt de Protection » ne doit plus souffrir aucune dérogation. Il est maintenant patent, que faute d’obtenir les résultats attendus en matière de prévention ou de sanction, seule une anticipation des risques représente la solution. La création ou le renforcement d’infrastructures au sein ou à proximité des forêts ne doit plus être une hypothèse acceptable. – Les caractéristiques écologiques et paysagères doivent être respectées pour permettre une meilleure résistance de la Forêt de Fontainebleau aux changements climatiques. Une solution de type« bandes pare feux » de 400 m de large, comme cela a été parfois évoqué, n’est à l’évidence, ni acceptable, ni raisonnable. Par ailleurs, les conséquences des pistes créées par des bulldozers pour faciliter l’accès des services de secours seront beaucoup plus difficiles à cicatriser que le feu lui-même dans de nombreux secteurs. La Forêt de Fontainebleau n’est pas Notre-Dame de Paris. Il ne s’agit pas de la reconstruire. Il s’agit de faciliter et d’étudier, avec humilité, les conditions de sa résilience. – La monoculture du Pin sylvestre et du Pin maritime dans certains secteurs de la forêt a montré ses conséquences désastreuses pour l’évolution des feux et leur ampleur. Il y a lieu de tirer toutes les conséquences de cet évènement dramatique pour privilégier une sylviculture diversifiée prenant en compte, de façon prioritaire et urgente, la naturalité des écosystèmes. À cet effet, l’extension du réseau des Réserves Biologiques Intégrales doit être mise à l’étude. Et les solutions de plantation d’essences résilientes aux changements climatiques, surtout si elles sont allochtones, ne peuvent être une réponse réaliste ou efficiente. Les solutions fondées sur la nature seront toujours plus performantes que celles initiées par la main de l’homme. – Il est indispensable de tirer rapidement les conséquences de cet épisode dramatique pour lancer une vaste étude pluridisciplinaire visant à mesurer ses impacts, notamment sur la biodiversité et de mesurer les modalités de restauration des écosystèmes. – Si la Forêt de Fontainebleau bénéficie du label « Forêt d’exception », force est de constater que les moyens humains et financiers mis en
Financer la conservation de la biodiversité : 10 recommandations pour encadrer les certificats et crédits biodiversité

Face à l’accélération de l’érosion de la biodiversité, les besoins de financement n’ont jamais été aussi importants pour sa préservation et restauration. Alors qu’un déficit annuel de 700 milliards de dollars reste à combler au niveau mondial, l’identification et la diversification de nouvelles sources de financements sont essentielles. Dans ce contexte, les certificats et crédits biodiversité suscitent un intérêt croissant en tant que mécanismes de financement innovants, tout en soulevant de nombreuses questions sur leur efficacité, leur gouvernance et leur intégrité. Le Comité français de l’UICN s’est ainsi emparé de la question avec la publication d’une note de position préparée à l’occasion de la COP 16 Biodiversité à Cali, et a porté, lors du dernier Congrès Mondial de la Nature de l’UICN, une motion visant à mieux réglementer ces mécanismes, adoptée par les membres en Assemblée générale. Dans la continuité de ces travaux, le programme Coopération Internationale et le Groupe de Travail “Pays en Développement et Biodiversité” du Comité français de l’UICN, a organisé le 10 décembre 2025 le colloque “Financer la protection de la nature au Sud : le rôle des crédits et certificats biodiversité”. Réunissant une centaine de participant.es, cette journée d’échanges a permis à des expert·es issu.es d’horizons variés de croiser leurs analyses autour de plusieurs enjeux majeurs à avec une attention particulière envers les pays du Sud : définir les certificats et crédits biodiversité, dresser un panorama des cadres existants, identifier les risques et les conditions d’intégrité à faire respecter, et enfin présenter plusieurs projets pilotes développés dans les pays. Afin de capitaliser sur ces échanges et de les rendre accessibles au plus grand nombre, le Comité français de l’UICN publie aujourd’hui une synthèse du colloque. Ce document rassemble les principaux enseignements des discussions ainsi que des recommandations destinées à alimenter les réflexions des décideurs publics, des acteurs économiques, des porteurs de projets et de l’ensemble des parties prenantes. Cette synthèse met en avant recommandations : Clarifier les objectifs poursuivis par les mécanismes en distinguant explicitement la logique de compensation par les crédits de celle de contribution portée par les certificats biodiversité, afin d’éviter les confusions et usages inappropriés. Mieux encadrer la compensation biodiversité, en renforçant les exigences (équivalence écologique, additionnalité, permanence) et en limitant son recours aux contextes disposant de cadres juridiques solides. Valoriser les certificats comme instruments de contribution volontaire, destinés à financer des actions positives et additionnelles pour la biodiversité, en particulier celles fondées sur des pratiques favorables à la nature et alignées avec des stratégies territoriales. Garantir des critères d’intégrité de l’offre élevés, reposant sur des méthodes transparentes d’évaluation des résultats, une gouvernance claire et la séparation des rôles entre porteur·ses de projets, certificateurs et financeurs. Faire preuve d’une grande prudence quant au développement de marchés secondaires, afin d’éviter les dérives spéculatives, et de garantir un partage équitable de la valeur au bénéfice des porteur·ses de projets et des résultats écologiques supplémentaires. Assurer une gouvernance multipartite et un ancrage territorial fort, incluant autorités publiques, acteur·ices économiques, société civile, peuples autochtones et communautés locales, 15 et la possibilité de politiques d’exclusion envers certain·es acheteur·ses, pour prévenir les atteintes aux droits humains et les risques d’une faible intégrité environnementale. Orienter la demande des entreprises vers le financement de projets réduisant leurs impacts et ceux de leurs chaînes de valeurs, en articulant ces mécanismes avec leurs stratégies de transformation alignées sur les limites planétaires, ou contribuant à la préservation des territoires dans lesquels elles opèrent, et prévenir le greenwashing (intégrité de la demande). Renforcer le rôle des États et décideur·ses public.que.s afin de définir des cadres règlementaires crédibles et d’assurer la cohérence avec les objectifs du Cadre Mondial de la Biodiversité. Soutenir des projets pilotes et des démarches d’expérimentation, afin de tester les méthodes, les cadres de gouvernance et les modèles économiques des certificats et crédits biodiversité, d’en tirer des enseignements opérationnels, et d’alimenter progressivement les cadres réglementaires et méthodologiques. Positionner les certificats et crédits biodiversité comme des outils complémentaires, et non comme des substituts aux financements publics et aux politiques de conservation, en les inscrivant dans une palette plus large de leviers financiers, notamment la réallocation des subventions néfastes pour la nature. La synthèse est téléchargeable ici dans son intégralité. Le Comité français de l’UICN remercie chaleureusement les intervenant·es et les membres comité de relecture pour leur précieux appui, ainsi ses partenaires stratégiques et financiers. Les travaux se poursuivront dans les prochains mois avec les membres du Comité et son Groupe de travail « Pays en développement et biodiversité », dans le cadre des actions de plaidoyer menées sur ces enjeux. Le Comité continuera également à participer à des initiatives communes avec ses partenaires privés et publics et à porter ces recommandations lors de grands rendez-vous internationaux comme la COP 17 Biodiversité, qui se tiendra du 19 au 30 octobre 2026 à Erevan, en Arménie. Ce colloque et sa synthèse ont été produits dans le cadre du programme ProBioDev, mis en œuvre par le Comité français de l’UICN, avec le soutien de AFD – Agence Française de Développement, de l’Office français de la biodiversité et de la Fondation Audemars Piguet pour les Arbres. Photo bandeau © Guy-ozenne
Trafic d’espèces sauvages : trois ans après les 25 recommandations, quel bilan ?

Hier, au ZooParc de Beauval, le colloque « Trafic d’espèces : bilan & perspectives », organisé par l’AFdPZ et le Comité français de l’UICN, a permis de dresser un état des lieux lucide, trois ans après la publication de nos 25 recommandations. Le constat demeure sans appel : le trafic d’espèces sauvages est aujourd’hui la quatrième activité criminelle mondiale, avec un poids financier qui peut atteindre 190 milliards de dollars par an. Au-delà de l’atteinte majeure portée à la biodiversité, ce trafic alimente la corruption, fragilise la sécurité globale et constitue un risque sanitaire croissant, notamment en matière de zoonoses. Trois ans après nos recommandations, des avancées concrètes sont à saluer : la création du Commandement pour l’environnement et la santé (CESAN) au sein de la Gendarmerie nationale, l’institutionnalisation du Comité Opérationnel de Lutte contre la Délinquance Environnementale (COLDEN) et l’ouverture de stations d’accueil en zone aéroportuaire traduisent une évolution réelle des réponses apportées. Les campagnes de sensibilisation menées avec plusieurs partenaires, dont le WWF et TRAFFIC, ont également permis de toucher un large public et de mieux faire connaître les enjeux liés à ce trafic. Pour autant, le bilan reste incomplet : la France n’a pas respecté l’échéance du 21 mai 2026 pour la transposition de la directive européenne 2024/1203 sur la criminalité environnementale. Surtout, les moyens humains, techniques et budgétaires des services de contrôle demeurent insuffisants au regard de l’ampleur des trafics et de leur adaptation rapide, notamment via les plateformes numériques et des circuits logistiques de plus en plus fragmentés. Ce colloque a confirmé une conviction forte : la lutte contre le trafic d’espèces ne pourra progresser durablement qu’à travers une stratégie cohérente, pluriannuelle et dotée de moyens à la hauteur des enjeux. C’est à cette condition que les avancées engagées pourront être consolidées et que de nouvelles étapes pourront être franchies. Nous remercions chaleureusement l’AFdPZ pour cette organisation conjointe, ainsi que le ZooParc de Beauval pour son accueil, sans oublier le travail de notre groupe de travail “Trafic des espèces sauvages”. Retrouvez le bilan des 25 recommandations élaborées par l’équipe Espèces du Comité français de l’UICN Photo bandeau © Paul-Antoine Le Guillou
Intégrer le déploiement de la Trame verte et bleue dans les stratégies régionales pour la biodiversité

La Trame verte et bleue (TVB) est une politique publique visant à préserver et à restaurer les continuités écologiques dans les territoires. Elle constitue aujourd’hui un levier essentiel pour maintenir la fonctionnalité des écosystèmes. Les stratégies régionales pour la biodiversité (SRB) sont quant à elles les principaux cadres d’action partagés et co-construits pour la biodiversité à l’échelle régionale. Quelles sont les synergies possibles entre TVB et SRB, et comment les favoriser ? Pour répondre à cette question, l’Office français de la biodiversité et le Comité français de l’UICN publient, en partenariat avec le Ministère de la transition écologique, une nouvelle fiche de la « boîte à outils des SRB » intitulée : « Intégrer le déploiement de la Trame verte et bleue dans les stratégies régionales pour la biodiversité ». Afin d’identifier les complémentarités, les outils communs et les articulations possibles tout au long de l’élaboration, de la mise en œuvre et du suivi de ces deux démarches, cette nouvelle fiche présente : des éléments de méthode pour actualiser la cartographie régionale de la TVB : identification des continuités écologiques et des secteurs prioritaires à préserver ou à restaurer. La réalisation ou l’actualisation d’une cartographie régionale de la TVB peut ainsi être intégrée au plan d’actions de la SRB. À l’inverse, lorsqu’une région dispose déjà d’une cartographie actualisée, celle-ci peut nourrir le diagnostic biodiversité de la SRB et éclairer l’identification des enjeux prioritaires. La TVB peut ainsi constituer à la fois un axe structurant de la SRB et un vecteur opérationnel de sa mise en œuvre. un panel d’outils mobilisables pour accompagner la déclinaison locale de la TVB. Au-delà de la cartographie, les outils de mise en œuvre de la TVB (gouvernance, ingénierie, contractualisation, financements, urbanisme, etc.) peuvent être mobilisés de manière croisée dans l’élaboration, l’animation et la mise en œuvre d’une SRB, afin de garantir une cohérence globale des actions régionales. des retours d’expériences régionaux concrets et des ressources opérationnelles. Dans le contexte de l’élaboration du futur plan national de restauration de la nature et du renouvellement prochain des stratégies régionales pour la biodiversité, cette fiche propose des pistes opérationnelles pour renforcer la cohérence des politiques régionales en faveur de la biodiversité. Élaborée par le Comité français de l’UICN et son groupe de travail « Collectivités & Biodiversité », en partenariat avec l’Office français de la biodiversité et le Ministère de la transition écologique, la boîte à outils des SRB est un outil opérationnel destiné à accompagner les territoires dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de leurs stratégies en faveur de la biodiversité. Chaque fiche propose des pistes méthodologiques illustrées par des retours d’expériences territoriales sur des thèmes identifiés par le groupe de travail « Collectivités & Biodiversité » comme étant prioritaires pour « réussir » sa stratégie. Si elle s’adresse en priorité aux Régions et à leurs partenaires (ARB, services et opérateurs de l’État principalement), elle peut également être mobilisée par toute collectivité (Départements, Intercommunalités, communes) engagée dans une stratégie biodiversité. Télécharger la fiche : « Intégrer le déploiement de la Trame verte et bleue dans les stratégies régionales pour la biodiversité »
Des espèces sauvages torturées sur commande contre de l’argent

Alors que Le Parisien révèle ce matin l’existence de réseaux organisés de torture filmée d’animaux sauvages à des fins commerciales, le Comité français de l’UICN et le Jane Goodall Institute France demandent la création d’une commission d’enquête parlementaire. Ils annoncent avoir saisi ce jour les présidents des groupes politiques des deux chambres parlementaires. Un nouveau visage du trafic d’espèces sauvages Le trafic d’espèces sauvages est la quatrième forme de criminalité transnationale organisée au monde, générant entre 7 et 32 milliards de dollars par an et impliquant près de 180 pays. Le Comité français de l’UICN et le Jane Goodall Institute France le documentent et le combattent depuis des années, aux côtés des autorités françaises et européennes. Les faits révélés aujourd’hui représentent une aggravation inédite de ce phénomène : des singes, tortues et oiseaux sont torturés sur commande, leurs supplices filmés, monétisés par abonnement et diffusés entre membres de groupes en ligne. Ces réseaux reproduisent la même structure que celle des réseaux pédocriminels, en externalisant le crime pour échapper aux juridictions nationales, via des commanditaires étrangers faisant appel à des exécutants locaux pour la diffusion numérique. Ce n’est plus seulement une atteinte à la biodiversité. C’est un commerce de la cruauté. Nos travaux communs sur le trafic des espèces sauvages Depuis plusieurs années, nos deux organisations, aux côtés de IFAW France , WWF et l’AFdPZ portent ce combat : Constat lors de visites des infrastructures douanières de l’aéroport Roissy-CDG, publication de 25 recommandations concrètes à l’occasion de la COP CITES 19 (novembre 2022), dont le renforcement des cadres réglementaires, des sanctions effectives et de la coopération judiciaire internationale, organisation d’un colloque international sur l’amélioration de la coopération contre le trafic des espèces sauvages et le braconnage (mars 2023), réunissant magistrats, douanes, OFB et ONG, et d’ateliers sur le trafic des espèces lors du Forum européen de la conservation de la nature (2024), en préparation du Congrès mondial de la nature de l’UICN. Ces travaux nous permettent d’affirmer avec certitude que le commerce organisé et transnational de contenus de torture animale filmés sur commande ne fait l’objet d’aucune qualification juridique spécifique en droit français à ce jour. Nous demandons une Commission d’enquête sur les réseaux de torture filmée d’animaux sauvages : commerce en ligne, criminalité organisée et vides juridiques Avec pour objectif notamment de : Mesurer l’ampleur réelle du phénomène : combien d’abonnés en France, quelles plateformes, quels flux financiers. Les chiffres existent : Europol et les ONG spécialisées les ont. Il faut les mettre à disposition des parlementaires. Identifier et combler les vides juridiques : ce commerce organisé n’est pas qualifié par le droit français. Ce n’est pas une lacune technique : c’est une impunité. La commission doit produire une proposition législative. Contraindre les plateformes, YouTube, Snapchat, WhatsApp ont hébergé ces contenus. La commission doit établir leur responsabilité et les mécanismes de sanction effectifs, au-delà des déclarations d’intention. Protéger les mineurs, ces contenus sont accessibles en un Des mineurs en sont aujourd’hui spectateurs, parfois recruteurs. La commission doit traiter ce volet avec l’urgence qu’il mérite. Bâtir une réponse judiciaire internationale : les commanditaires sont à l’étranger, les exécutants aussi. Sans coopération renforcée avec les pays de production, toute loi nationale restera lettre « Nous avons documenté le trafic d’espèces sauvages sous toutes ses formes. Les informations issues de notre réseau international sur cette nouvelle mode montrent des animaux dont le supplice est filmé, commandé et payé comme un divertissement. Ce n’est plus seulement une atteinte à la biodiversité ; c’est un effondrement moral que nos sociétés doivent nommer et sanctionner. La fenêtre est ouverte : le Parlement doit s’en saisir. » Maud LELIEVRE – Comité français de l’UICN « Jane Goodall a consacré sa vie à nous apprendre que les animaux ressentent, souffrent et ont une vie intérieure. Ce que nous découvrons aujourd’hui — des êtres vivants torturés sur commande pour le plaisir de spectateurs anonymes — est une négation absolue de tout ce que la science et l’éthique nous ont enseigné. Nos équipes sur le terrain constatent depuis des mois que ces réseaux recrutent là où les espèces sont les plus vulnérables. Nous ne pouvons plus attendre : la France doit se doter des outils juridiques pour nommer ce crime et le poursuivre.» Galitt KENAN – Jane Goodall Institute France ©ViktoriiaNovokhatska
La Camargue ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la souveraineté énergétique de la France

Quinze organisations, réseaux d’espaces protégés, associations nationales de protection de la nature et gestionnaires d’aires protégées, appellent l’État à renoncer au projet de ligne aérienne très haute tension qui traverserait la Camargue, la Crau et la Terre d’Argence et à réaffirmer la vocation environnementale de la Camargue. Alors que le ministère de l’Énergie a lancé le 13 mai 2026 l’instruction de la déclaration d’utilité publique d’une ligne électrique aérienne de 400 kV, les organisations signataires alertent sur la multiplication des projets d’infrastructures menaçant ces territoires, dénoncent un déficit démocratique, et appellent solennellement l’État à revoir sa position. Un patrimoine naturel d’importance internationale sous pression Le delta du Rhône constitue l’une des zones humides les plus vastes et diversifiées d’Europe. Située dans un couloir migratoire majeur, au cœur du « triangle d’or de la biodiversité » formé avec la Crau et les Alpilles, la Camargue concentre aujourd’hui le plus grand nombre d’outils de protection du territoire français : sites Ramsar, Réserve de Biosphère UNESCO, sites Natura 2000, Parc Naturel Régional, réserves naturelles, Grand Site de France… Pourtant, la Camargue et la Crau subissent des pressions fortes et croissantes. La réindustrialisation et la décarbonation de la zone industrialo-portuaire de Fos-Berre vont générer des besoins supplémentaires en électricité qui devraient être principalement couverts par une nouvelle ligne aérienne très haute tension de 400 KV qui traverserait ces territoires sur 65 km. S’y ajoutent des projets de pipelines d’hydrogène à travers la Crau, un projet autoroutier menaçant les rares tourbières du nord de la Camargue, un projet de pont au cœur du delta et des parcs éoliens offshore susceptibles d’affecter de nombreux oiseaux migrateurs. Pris isolément, chacun de ces projets soulève des inquiétudes. Ensemble, leurs impacts cumulés pourraient fragmenter les habitats, fragiliser les dynamiques biologiques et hydrologiques, accroître les risques pour les populations locales et mettre à mal la culture et l’économie de ce territoire comme la vocation environnementale de la Camargue. Un déficit démocratique préoccupant Lors du débat organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) en 2025, une opposition forte à la ligne THT aérienne a été exprimée. Une contre-proposition enfouie, jugée crédible par une expertise indépendante mandatée par l’État, a été élaborée et est soutenue par les élus de l’ensemble des communes concernées entre Jonquières et Fos, ainsi que par un grand nombre d’acteurs, dont de nombreux agriculteurs. Malgré cela, le ministère de l’Énergie a lancé le 13 mai 2026 l’instruction de la déclaration d’utilité publique de la ligne aérienne, ignorant les recommandations de la CNDP et les voix des acteurs locaux. Si les défis sont bien réels, les réponses ne sauraient opposer économie et environnement, transition énergétique et patrimoine écologique. Les quinze organisations signataires lancent un appel solennel à l’Etat Les organisations signataires de cet appel, très préoccupées par les développements en cours et les menaces qu’ils représentent pour un joyau dont la valeur naturelle et culturelle est reconnue internationalement, affirment que : La transition énergétique et la décarbonation de l’industrie ne doivent pas se faire au détriment la transition écologique, et doivent pleinement intégrer les notions de sobriété énergétique, foncière et hydrique, ainsi que l’approche « Une seule santé ». Les aires protégées ne peuvent être des variables d’ajustement des politiques de souveraineté énergétique ou d’aménagement du territoire ; Accepter de tels aménagements et leurs impacts cumulés en Camargue et en Crau, malgré les multiples statuts de protection et labels attachés à ces territoires représenterait un précédent inacceptable. Cela reviendrait à entériner implicitement qu’aucun espace naturel protégé français ne soit réellement protégé. Alors que nous célébrons cette année les 50 ans de la loi fondatrice de 1976 sur la protection de la nature ainsi que les 10 ans de la loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité, alors que le gouvernement s’apprête à finaliser et soumettre à la Commission européenne son plan national « Agir pour restaurer la nature », les signataires appellent l’Etat à : A l’échelle du delta du Rhône : Réaffirmer la vocation environnementale de la Camargue au même titre qu’il a affirmé la vocation industrielle et logistique de la zone de Fos-Berre, et agir en conséquence, Abandonner le projet de ligne THT aérienne qui traverserait la Camargue, la Crau et la terre d’Argence, et développer, en concertation, une solution alternative qui ne soit pas aérienne. A l’échelle nationale : Réaffirmer qu’une nature préservée et fonctionnelle est un atout stratégique de la France et une garantie de résilience face au changement climatique, en conséquence de quoi les espaces naturels protégés doivent être respectés dans leurs périmètres et Assurer la compatibilité de tout nouveau projet d’aménagement avec les objectifs des divers espaces protégés présents sur les territoires concernés ou susceptibles d’être affectés par ces aménagements, Être garant des processus de participation et de la pleine prise en considération des faits scientifiquement établis comme des connaissances, avis et propositions des acteurs des territoires concernés par les projets d’aménagement. SIGNATAIRES Comité français de l’UICN – Fédération des conservatoires d’espaces naturels – Forum des gestionnaires d’aires marines protégées – France Nature Environnement – Groupe d’étude des tourbières – Ligue pour la protection des oiseaux – MAB France – Ramsar France – Réseau des grands sites de France – Réserves Naturelles de France – Rivages de France – Société nationale de protection de la nature – Syndicat mixte de Camargue gardoise – Tour du Valat – WWF France En savoir plus : Appel solennel à l’Etat. ©Olivier Briand
Maud Lelièvre nommée vice-présidente de l’UICN : un retour historique de la France dans la gouvernance mondiale de la biodiversité

La nomination de Maud Lelièvre, présidente du Comité français, à la vice-présidence de l’UICN marque le retour d’une personnalité française à un poste de gouvernance au sein de l’organisation, renouant avec une tradition historique longtemps marquée par l’influence de la France. Une histoire française inscrite dans la culture de notre Union Fondée en 1948 à Fontainebleau, l’UICN a compté, dès ses origines, des figures scientifiques majeures parmi ses responsables, inscrivant durablement la France dans sa culture institutionnelle. Parmi ces personnalités, trois ont notamment exercé la fonction de vice-président : Roger Heim (1948-1952), l’un des fondateurs de l’organisation ; François Bourlière (1960-1963), pionnier de l’écologie scientifique ; et Christian Jouanin (1970-1975). Un héritage en déclin pendant plusieurs décennies Cet héritage, enrichi par les contributions d’Henri Humbert, Théodore Monod ou Pierre Aguesse, a longtemps porté la voix de la France dans les réflexions internationales sur la conservation et la gouvernance environnementale. Toutefois, cette présence régulière au plus haut niveau a décliné progressivement à partir des années 1970, laissant un vide institutionnel de plus de 50 ans sans représentation française directe dans les instances dirigeantes. Une expertise au service des enjeux globaux Dans ce contexte, l’arrivée de Maud Lelièvre à la vice-présidence constitue une réactivation stratégique de cet engagement, alors que les enjeux liés à l’érosion de la biodiversité exigent des instances internationales fondées sur l’expertise et la coopération. Juriste spécialisée en droit de l’environnement et présidente du Comité français de l’UICN, elle incarne cette articulation entre ancrage national et responsabilité internationale, renforçant ainsi la capacité de la France et de son Comité à influencer les négociations et les orientations globales de l’Union. Photo bandeau © Martin Serrano / IUCN
Solutions fondées sur la Nature et sécurité des ressources en eau : la restauration du cycle de l’eau dans le bassin de l’Armançon

Les Solutions fondées sur la Nature (« SfN »), définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), consistent à protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes afin de répondre à des défis sociétaux, qui génèrent des bénéfices pour la biodiversité et le bien-être humain. Dans le domaine de l’eau, celles-ci s’appuient sur le fonctionnement des milieux naturels tels que les zones humides, les cours d’eau et les forêts, pour améliorer la qualité de l’eau, soutenir les débits en période sèche et atténuer les extrêmes hydrologiques, renforçant ainsi la résilience des territoires face au changement climatique. Dans le bassin versant de l’Armançon, une rivière située dans l’Est de la France, cette approche est aujourd’hui mise en œuvre à grande échelle par l’EPAGE (Etablissement public d’aménagement et de gestion de l’eau), offrant un exemple concret de mobilisation des Solutions fondées sur la Nature pour répondre aux enjeux de la sécurité des ressources en eau du territoire. Enjeux sur les ressources en eau : un territoire sous pression Situé à cheval sur plusieurs départements (Aube, Côte d’Or, Yonne), le bassin de l’Armançon fait face à de multiples pressions. Les effets du changement climatique s’y traduisent par des étiages plus sévères et des épisodes de pluie plus intenses, tandis que les transformations anciennes des rivières continuent de peser fortement sur leur fonctionnement. Le diagnostic territorial met ainsi en évidence des dégradations importantes : près de 80 % des zones humides sont aujourd’hui altérées, et les cours d’eau ont subi une perte moyenne d’environ 25 % de leur linéaire naturel, du fait des rectifications et recalibrages passés. À cela s’ajoutent des problématiques de qualité de l’eau et de pression sur la ressource, qui affectent directement les usages et les milieux. Ces constats, largement partagés, ont conduit à faire de la gestion de l’eau une priorité à l’échelle du territoire. Restaurer les écosystèmes pour sécuriser durablement la ressource en eau Pour répondre aux enjeux liés à l’eau, l’EPAGE a fait le choix d’une approche globale, fondée sur la restauration des fonctionnalités naturelles des écosystèmes. Plutôt que de chercher à contrôler l’eau uniquement par des infrastructures, la stratégie vise à redonner aux milieux leur capacité à l’infiltrer, la stocker et la restituer. Cette orientation se traduit concrètement par la mise en œuvre d’une Solution fondée sur la Nature à grande échelle : 73 kilomètres de cours d’eau restaurés et plus de 13 kilomètres de méandres ajoutés, 200 mares créées ou réhabilitées, 46 ouvrages hydrauliques supprimés ou aménagés, et près de 24 km² de forêts remis en eau en favorisant sa rétention dans les sols. Ces interventions permettent de ralentir les écoulements, de limiter les pics de crue, de soutenir les débits en période sèche et d’améliorer la qualité de l’eau. Elles contribuent également à rétablir des habitats diversifiés et connectés, favorables au retour de nombreuses espèces, renforçant ainsi l’état et la fonctionnalité des écosystèmes. En agissant ainsi sur les processus écologiques, l’approche des Solutions fondées sur la Nature améliore les services écosystémiques pour répondre directement à plusieurs dimensions de la sécurité des ressources en eau, tout en renforçant la résilience globale du territoire. Au-delà de ces effets hydrologiques, la démarche génère des bénéfices tangibles pour les activités locales. La restauration des prairies humides soutient les systèmes d’élevage, tandis que la remise en eau des sols forestiers améliore la résistance des peuplements face aux sécheresses. Les bénéfices se traduisent également par une réduction des dommages liés aux inondations et une amélioration du cadre de vie des habitants. Cette capacité à articuler enjeux écologiques, économiques et sociaux constitue l’un des fondements de l’approche portée par l’EPAGE. Une action collective, structurée et en montée d’échelle Cette ambition s’appuie sur des moyens conséquents. Chaque année, près de 2 millions d’euros sont investis par l’établissement dans la restauration des milieux aquatiques, avec une programmation d’environ 13 millions d’euros sur les cinq prochaines années. Ces investissements traduisent un changement d’échelle dans l’action publique, où la restauration des écosystèmes devient progressivement un levier structurant des politiques de l’eau. Reflétant l’un des principes clés des Solutions fondées sur la Nature, la réussite des interventions repose en particulier sur une gouvernance territoriale solide. L’EPAGE fédère élus, agriculteurs, forestiers, usagers et partenaires institutionnels autour d’un diagnostic partagé et d’actions co-construites. Cette proximité avec le terrain permet d’adapter les interventions aux réalités locales et de favoriser leur appropriation par les acteurs concernés. En parallèle, le programme s’inscrit dans une logique d’apprentissage continu. Des suivis sont réalisés sur des sites représentatifs afin d’évaluer les effets des actions menées – au regard des bénéfices humains et de la biodiversité – et d’ajuster les pratiques si nécessaire. Cette gestion adaptative permet d’améliorer progressivement les interventions et de mieux anticiper les évolutions liées notamment au changement climatique. Enfin, la démarche s’inscrit dans une dynamique de montée en échelle, avec plus d’une centaine d’actions programmées dans les années à venir et plusieurs milliers de personnes déjà sensibilisées aux enjeux de l’eau et des milieux aquatiques. Cette capacité à structurer une action dans la durée, à diffuser les enseignements et à inspirer d’autres territoires en fait un exemple particulièrement inspirant, bien au-delà des zones d’intervention. L’exemple du bassin de l’Armançon illustre ainsi le potentiel des Solutions fondées sur la Nature pour transformer en profondeur la gestion de l’eau, en apportant des réponses à la fois écologiques, sociales et économiques face aux défis croissants de la sécurité des ressources en eau. Pour plus d’informations : https://www.bassin-armancon.fr/ Ce retour d’expérience figurera prochainement dans une publication du Comité français de l’UICN consacrée aux Solutions fondées sur la Nature pour la sécurité des ressources en eau en France*. À travers la présentation de différents cas concrets, cette publication montrera comment la restauration des écosystèmes peut constituer une réponse opérationnelle, durable et réplicable aux enjeux liés à l’eau. * Les retours d’expériences présentés dans cette publication seront analysés à l’aide du Standard mondial de l’UICN pour les Solutions fondées sur la Nature, cadre de référence international pour qualifier la cohérence et la robustesse des démarches. Photo bandeau ©EPAGE de
Un fax en 2026 ? L’idée du Comité français de l’UICN pour attirer l’attention des élu.e.s sur l’avenir de la biodiversité

Sensibiliser les élu.es locaux sur la nécessité de protéger efficacement les espaces naturels pour préserver la biodiversité en les inscrivant sur la « Liste verte », tel est l’objectif du Comité français de l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature. Mais après les élections municipales, les nouveaux et nouvelles élu.e.s croulent sous les courriers, coups de fil, et autres sollicitations. Leur boîte mail est saturée, leur attention est diluée. Alors, pour capter l’attention des nouveaux et nouvelles élu.e.s, le Comité français de l’UICN a décidé de leur envoyer un message d’une manière pour le moins inattendue… Pas de coup de fil, pas de SMS, pas de courriers, mais… Un fax. Oui, vous avez bien lu, un fax. Le Comité français de l’UICN a fait un pari original : réveiller ces vieilles machines, bizarrement encore présentes dans les mairies et les collectivités, qui fonctionnent toujours. Un bruit qu’on n’entend plus. Une curiosité immédiate. Un message impossible à ignorer, directement faxé sur le bureau des maires et des élu.e.s dans tous les territoires. Une annonce intégralement conçue en « ASCII », une technique visant à former une image à partir de caractères spéciaux, permettant à la fois de minimiser la quantité d’encre requise à l’impression, mais aussi d’illustrer avec finesse la biodiversité qui évolue sur nos territoires, qu’ils soient terrestres ou marins. Le fax envoyé permet aux élu.e.s d’agir à leur échelle. Il contient un QR code les invitant à se rendre sur une page dédiée, prendre contact avec l’équipe en charge du programme Liste verte et engager une démarche pour y inscrire les forêts, les lacs, les rivières, les montagnes ou les océans présents dans leur collectivité. Un message également repris et amplifié sur les réseaux sociaux du Comité français de l’UICN, grâce à une vidéo de lancement pour inviter le grand public à interpeller les élu.e.s de leur collectivité. « Au lieu de passer par une campagne classique, nous avons trouvé une solution bien plus originale pour toucher directement les élu.es et les interpeller sur l’importance de préserver la biodiversité : les fax. » indique Maud Lelièvre, présidente du Comité français de l’UICN. Cette opération contribue à enrayer la perte de la biodiversité en renforçant l’efficacité de la gestion des aires protégées. L’objectif appelé « 30×30 » du Cadre mondial de la Biodiversité vise à protéger efficacement 30% de la superficie terrestre et 30% de la superficie marine à horizon 2030. Rejoindre la liste mondiale des 104 sites lauréats de la Liste verte, c’est participer à réhausser l’ambition collective mondiale pour les aires protégées et atteindre le plus haut niveau de protection des milieux naturels. « C’est aussi un pont entre l’ancien et le moderne. Comme les aires protégées, dont la première a été créée en France en 1861, et qui continuent d’assurer la préservation à long terme des milieux naturels, des espèces et des paysages. Parce que parfois pour protéger l’avenir, il faut réveiller le passé. Cette campagne pour nous c’était une évidence », ajoute Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN. Une initiative lancée avec le soutien de la marque Fujifilm, fabriquant de solutions innovantes pour photocopieurs et fax. Parce que pour protéger l’avenir, même un vieux fax peut suffire. Plus d’informations sur la campagne : https://uicn.fr/fax-for-future/ https://www.youtube.com/watch?v=o6DY6F7ESRA
Vers une loi Une seule santé

Le One Health Summit, qui s’est tenu à Lyon le 7 avril, a été l’occasion pour le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) d’appeler à l’adoption d’un cadre juridique et règlementaire clair et ambitieux visant à favoriser l’intégration de l’approche Une seule santé au cœur de l’action publique. L’approche Une seule santé a fait de la santé de toutes les espèces – humaine, animales, végétales – et des écosystèmes une seule et même priorité. Pour mettre en place ce cadre juridique, les travaux de la Société Française pour le Droit de l’Environnement, membre de l’UICN, soulignent l’importance de l’adoption d’une loi Une seule santé et montrent les évolutions juridiques et règlementaires nécessaires à son opérationnalisation à toutes les échelles, du national au local. Une occasion unique pour la France de faire preuve du même avant-gardisme qui a guidé l’adoption de la loi de protection de la nature en 1976, dans l’intérêt de toutes les santés. Repenser notre rapport au vivant et à l’action publique Faisant le constat de l’interdépendance de toutes les santés, dont la pandémie du COVID-19 a apporté une démonstration tragique à l’échelle mondiale, elle souligne l’urgence d’une mobilisation large, multi-sectorielle et multidisciplinaire pour « travailler ensemble à promouvoir le bien-être et à lutter contre les menaces pour la santé et les écosystèmes »[1]. Elle invite ainsi à forger des collaborations et des partenariats entre des secteurs aujourd’hui peu intégrés, en particulier ceux de la conservation de la nature et de la santé publique, dont l’histoire récente est pourtant marquée par une préoccupation commune vis-à-vis des défis posés par l’industrialisation de nos sociétés et des pollutions qui y sont associées. Elle doit permettre de renforcer les actions sur la santé environnementale car les nombreuses pollutions sont à l’origine de multiples pathologies, notamment cancéreuses, sur laquelle de nombreuses données et recommandations sont disponibles. Au Congrès mondial de l’UICN qui s’est tenu à Abou Dabi en 2025, ses membres gouvernementaux et non-gouvernementaux ont ainsi largement adopté deux résolutions visant à renforcer les partenariats entre ces secteurs et à promouvoir une gouvernance intégrée et multi-échelle de l’approche Une seule santé. Au sein de cette alliance unique rassemblant plus de 1400 gouvernements, organisations non gouvernementales, établissements publics, collectivités locales et organisations représentatives de peuples autochtones, il s’agit désormais d’une priorité stratégique pour les prochaines décennies, sur un enjeu qu’elle avait déjà identifié dès 1990[2]. Conserver la nature pour protéger les santés Face aux défis que posent les zoonoses, l’antibiorésistance et les différents types de pollutions pour toutes les santés, la conservation de la nature est porteuse de solutions. Ses outils fournissent un cadre d’action clair et robuste, prenant pleinement en compte la dimension systémique de la triple crise du climat, de la biodiversité et des pollutions et de ses implications pour les santés. A ce titre, les Solutions fondées sur la Nature convergent avec les approches Une seule santé. Elles visent à « protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés dans le but de répondre de manière efficace et adaptative à des défis sociétaux, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ». La santé est l’un de ces défis sociétaux et les démarches de renaturation de quartiers urbains, de restauration de zones de captage d’eau et d’agroécologie, pour ne citer que quelques exemples, apportent des solutions durables et pérennes pour toutes les santés. Les aires protégées, qui couvrent 33 % du territoire national, produisent aussi des effets tangibles. Elles contribuent à la santé mentale et physique des populations humaines, à la réduction des risques de zoonoses en limitant la dégradation et la fragmentation des habitats et favorisant le bon état écologique des espèces, ou encore à l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau. Elles constituent aussi des laboratoires pour l’émergence de nouveaux modèles. A titre d’exemple, elles participent à des contrats locaux de santé et favorisent des pratiques agricoles, telle que l’agroécologie, permettant de limiter voire supprimer les intrants agricoles et les pesticides. Les analyses du Comité français de l’UICN, publiées le 30 mars dernier, mettent en évidence que les approches Une seule santé prennent d’ores et déjà vie dans les territoires. Ainsi, des régions, départements, agglomérations et villes intègrent l’approche Une seule santé dans leurs stratégies territoriales de biodiversité et initient des actions concrètes visant à concilier toutes les santés, et des projets d’associations de protection de la nature émergent localement. La France est-elle prête à voter une loi « Une seule santé ? » Il y a 50 ans, le Parlement français adoptait à l’unanimité la loi de protection de la nature. Tournée vers l’avenir, elle insuffla une dynamique forte en faveur de la protection de l’environnement : création du statut d’espèces protégées et de celui des Réserves naturelles (la France en compte aujourd’hui 370 contre une trentaine avant la loi), généralisation des études d’impact dans le cadre de projets d’aménagement, renforcement du rôle et des capacités d’action des associations de protection de l’environnement etc.. Elle ouvrit aussi la voie à plusieurs grandes lois environnementales, telles que la loi Grenelle 1 de 2009 ou encore la Charte de l’environnement de 2004. En 2016, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages inscrivit dans le droit les principes de non-régression environnementale et de solidarité écologique. Cette dynamique est aujourd’hui fortement remise en question par les bouleversements politiques en cours et leurs manifestations à l’échelle européenne et nationale. Face à la tentation du désengagement d’un combat pourtant existentiel pour l’humanité – celui de la préservation de toutes les santés humaine, animale, végétale et environnementale qui se conditionnent entre elles – de nouvelles approches de l’action publique sont nécessaires. Signataires : Ghislain Bardout, co-fondateur et co-directeur de Under The Pole et co-président de la Commission Climat et biodiversité du Comité français de l’UICN Martine Bigan, présidente de la Commission de la sauvegarde des espèces du Comité français de l’UICN Patrick Blandin, ancien président du Comité français de l’UICN Allain Bougrain Dubourg, président