Trafic d’espèces sauvages : trois ans après les 25 recommandations, quel bilan ?

Hier, au ZooParc de Beauval, le colloque « Trafic d’espèces : bilan & perspectives », organisé par l’AFdPZ et le Comité français de l’UICN, a permis de dresser un état des lieux lucide, trois ans après la publication de nos 25 recommandations. Le constat demeure sans appel : le trafic d’espèces sauvages est aujourd’hui la quatrième activité criminelle mondiale, avec un poids financier qui peut atteindre 190 milliards de dollars par an. Au-delà de l’atteinte majeure portée à la biodiversité, ce trafic alimente la corruption, fragilise la sécurité globale et constitue un risque sanitaire croissant, notamment en matière de zoonoses. Trois ans après nos recommandations, des avancées concrètes sont à saluer :  la création du Commandement pour l’environnement et la santé (CESAN) au sein de la Gendarmerie nationale, l’institutionnalisation du Comité Opérationnel de Lutte contre la Délinquance Environnementale (COLDEN) et l’ouverture de stations d’accueil en zone aéroportuaire traduisent une évolution réelle des réponses apportées. Les campagnes de sensibilisation menées avec plusieurs partenaires, dont le WWF et TRAFFIC, ont également permis de toucher un large public et de mieux faire connaître les enjeux liés à ce trafic.   Pour autant, le bilan reste incomplet :  la France n’a pas respecté l’échéance du 21 mai 2026 pour la transposition de la directive européenne 2024/1203 sur la criminalité environnementale. Surtout, les moyens humains, techniques et budgétaires des services de contrôle demeurent insuffisants au regard de l’ampleur des trafics et de leur adaptation rapide, notamment via les plateformes numériques et des circuits logistiques de plus en plus fragmentés.   Ce colloque a confirmé une conviction forte : la lutte contre le trafic d’espèces ne pourra progresser durablement qu’à travers une stratégie cohérente, pluriannuelle et dotée de moyens à la hauteur des enjeux. C’est à cette condition que les avancées engagées pourront être consolidées et que de nouvelles étapes pourront être franchies. Nous remercions chaleureusement l’AFdPZ pour cette organisation conjointe, ainsi que le ZooParc de Beauval pour son accueil, sans oublier le travail de notre groupe de travail “Trafic des espèces sauvages”. Retrouvez les 25 recommandations élaborées par l’équipe Espèces du Comité français de l’UICN Photo bandeau © Paul-Antoine Le Guillou

Intégrer le déploiement de la Trame verte et bleue dans les stratégies régionales pour la biodiversité

La Trame verte et bleue (TVB) est une politique publique visant à  préserver et à restaurer les continuités écologiques dans les territoires. Elle constitue aujourd’hui un levier essentiel pour maintenir la fonctionnalité des écosystèmes. Les stratégies régionales pour la biodiversité (SRB) sont quant à elles les principaux cadres d’action partagés et co-construits pour la biodiversité à l’échelle régionale. Quelles sont les synergies possibles entre TVB et SRB, et comment les favoriser ? Pour répondre à cette question, l’Office français de la biodiversité et le Comité français de l’UICN publient, en partenariat avec le Ministère de la transition écologique, une nouvelle fiche de la « boîte à outils des SRB » intitulée : « Intégrer le déploiement de la Trame verte et bleue dans les stratégies régionales pour la biodiversité ». Afin d’identifier les complémentarités, les outils communs et les articulations possibles tout au long de l’élaboration, de la mise en œuvre et du suivi de ces deux démarches, cette nouvelle fiche présente : des éléments de méthode pour actualiser la cartographie régionale de la TVB : identification des continuités écologiques et des secteurs prioritaires à préserver ou à restaurer. La réalisation ou l’actualisation d’une cartographie régionale de la TVB peut ainsi être intégrée au plan d’actions de la SRB. À l’inverse, lorsqu’une région dispose déjà d’une cartographie actualisée, celle-ci peut nourrir le diagnostic biodiversité de la SRB et éclairer l’identification des enjeux prioritaires. La TVB peut ainsi constituer à la fois un axe structurant de la SRB et un vecteur opérationnel de sa mise en œuvre. un panel d’outils mobilisables pour accompagner la déclinaison locale de la TVB. Au-delà de la cartographie, les outils de mise en œuvre de la TVB (gouvernance, ingénierie, contractualisation, financements, urbanisme, etc.) peuvent être mobilisés de manière croisée dans l’élaboration, l’animation et la mise en œuvre d’une SRB, afin de garantir une cohérence globale des actions régionales. des retours d’expériences régionaux concrets et des ressources opérationnelles.   Dans le contexte de l’élaboration du futur plan national de restauration de la nature et du renouvellement prochain des stratégies régionales pour la biodiversité, cette fiche propose des pistes opérationnelles pour renforcer la cohérence des politiques régionales en faveur de la biodiversité. Élaborée par le Comité français de l’UICN et son groupe de travail « Collectivités & Biodiversité », en partenariat avec l’Office français de la biodiversité et le Ministère de la transition écologique, la boîte à outils des SRB est un outil opérationnel destiné à accompagner les territoires dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi de leurs stratégies en faveur de la biodiversité. Chaque fiche propose des pistes méthodologiques illustrées par des retours d’expériences territoriales sur des thèmes identifiés par le groupe de travail « Collectivités & Biodiversité » comme étant prioritaires pour « réussir » sa stratégie. Si elle s’adresse en priorité aux Régions et à leurs partenaires (ARB, services et opérateurs de l’État principalement), elle peut également être mobilisée par toute collectivité (Départements, Intercommunalités, communes) engagée dans une stratégie biodiversité. Télécharger la fiche : « Intégrer le déploiement de la Trame verte et bleue dans les stratégies régionales pour la biodiversité »

Des espèces sauvages torturées sur commande contre de l’argent

Alors que Le Parisien révèle ce matin l’existence de réseaux organisés de torture filmée d’animaux sauvages à des fins commerciales, le Comité français de l’UICN et le Jane Goodall Institute France demandent la création d’une commission d’enquête parlementaire. Ils annoncent avoir saisi ce jour les présidents des groupes politiques des deux chambres parlementaires. Un nouveau visage du trafic d’espèces sauvages Le trafic d’espèces sauvages est la quatrième forme de criminalité transnationale organisée au monde, générant entre 7 et 32 milliards de dollars par an et impliquant près de 180 pays. Le Comité français de l’UICN et le Jane Goodall Institute France le documentent et le combattent depuis des années, aux côtés des autorités françaises et européennes. Les faits révélés aujourd’hui représentent une aggravation inédite de ce phénomène : des singes, tortues et oiseaux sont torturés sur commande, leurs supplices filmés, monétisés par abonnement et diffusés entre membres de groupes en ligne. Ces réseaux reproduisent la même structure que celle des réseaux pédocriminels, en externalisant le crime pour échapper aux juridictions nationales, via des commanditaires étrangers faisant appel à des exécutants locaux pour la diffusion numérique. Ce n’est plus seulement une atteinte à la biodiversité. C’est un commerce de la cruauté. Nos travaux communs sur le trafic des espèces sauvages Depuis plusieurs années, nos deux organisations, aux côtés de IFAW France , WWF et l’AFdPZ portent ce combat : Constat lors de visites des infrastructures douanières de l’aéroport Roissy-CDG, publication de 25 recommandations concrètes à l’occasion de la COP CITES 19 (novembre 2022), dont le renforcement des cadres réglementaires, des sanctions effectives et de la coopération judiciaire internationale, organisation d’un colloque international sur l’amélioration de la coopération contre le trafic des espèces sauvages et le braconnage (mars 2023), réunissant magistrats, douanes, OFB et ONG, et d’ateliers sur le trafic des espèces lors du Forum européen de la conservation de la nature (2024), en préparation du Congrès mondial de la nature de l’UICN. Ces travaux nous permettent d’affirmer avec certitude que le commerce organisé et transnational de contenus de torture animale filmés sur commande ne fait l’objet d’aucune qualification juridique spécifique en droit français à ce jour. Nous demandons une Commission d’enquête sur les réseaux de torture filmée d’animaux sauvages : commerce en ligne, criminalité organisée et vides juridiques Avec pour objectif notamment de : Mesurer l’ampleur réelle du phénomène : combien d’abonnés en France, quelles plateformes, quels flux financiers. Les chiffres existent : Europol et les ONG spécialisées les ont. Il faut les mettre à disposition des parlementaires. Identifier et combler les vides juridiques : ce commerce organisé n’est pas qualifié par le droit français. Ce n’est pas une lacune technique : c’est une impunité. La commission doit produire une proposition législative. Contraindre les plateformes, YouTube, Snapchat, WhatsApp ont hébergé ces contenus. La commission doit établir leur responsabilité et les mécanismes de sanction effectifs, au-delà des déclarations d’intention. Protéger les mineurs, ces contenus sont accessibles en un Des mineurs en sont aujourd’hui spectateurs, parfois recruteurs. La commission doit traiter ce volet avec l’urgence qu’il mérite. Bâtir une réponse judiciaire internationale : les commanditaires sont à l’étranger, les exécutants aussi. Sans coopération renforcée avec les pays de production, toute loi nationale restera lettre   « Nous avons documenté le trafic d’espèces sauvages sous toutes ses formes. Les informations issues de notre réseau international sur cette nouvelle mode montrent des animaux dont le supplice est filmé, commandé et payé comme un divertissement. Ce n’est plus seulement une atteinte à la biodiversité ; c’est un effondrement moral que nos sociétés doivent nommer et sanctionner. La fenêtre est ouverte : le Parlement doit s’en saisir. » Maud LELIEVRE – Comité français de l’UICN « Jane Goodall a consacré sa vie à nous apprendre que les animaux ressentent, souffrent et ont une vie intérieure. Ce que nous découvrons aujourd’hui — des êtres vivants torturés sur commande pour le plaisir de spectateurs anonymes — est une négation absolue de tout ce que la science et l’éthique nous ont enseigné. Nos équipes sur le terrain constatent depuis des mois que ces réseaux recrutent là où les espèces sont les plus vulnérables. Nous ne pouvons plus attendre : la France doit se doter des outils juridiques pour nommer ce crime et le poursuivre.» Galitt KENAN – Jane Goodall Institute France ©ViktoriiaNovokhatska

La Camargue ne doit pas être sacrifiée sur l’autel de la souveraineté énergétique de la France

Quinze organisations, réseaux d’espaces protégés, associations nationales de protection de la nature et gestionnaires d’aires protégées, appellent l’État à renoncer au projet de ligne aérienne très haute tension qui traverserait la Camargue, la Crau et la Terre d’Argence et à réaffirmer la vocation environnementale de la Camargue. Alors que le ministère de l’Énergie a lancé le 13 mai 2026 l’instruction de la déclaration d’utilité publique d’une ligne électrique aérienne de 400 kV, les organisations signataires alertent sur la multiplication des projets d’infrastructures menaçant ces territoires, dénoncent un déficit démocratique, et appellent solennellement l’État à revoir sa position. Un patrimoine naturel d’importance internationale sous pression Le delta du Rhône constitue l’une des zones humides les plus vastes et diversifiées d’Europe. Située dans un couloir migratoire majeur, au cœur du « triangle d’or de la biodiversité » formé avec la Crau et les Alpilles, la Camargue concentre aujourd’hui le plus grand nombre d’outils de protection du territoire français : sites Ramsar, Réserve de Biosphère UNESCO, sites Natura 2000, Parc Naturel Régional, réserves naturelles, Grand Site de France… Pourtant, la Camargue et la Crau subissent des pressions fortes et croissantes. La réindustrialisation et la décarbonation de la zone industrialo-portuaire de Fos-Berre vont générer des besoins supplémentaires en électricité qui devraient être principalement couverts par une nouvelle ligne aérienne très haute tension de 400 KV qui traverserait ces territoires sur 65 km. S’y ajoutent des projets de pipelines d’hydrogène à travers la Crau, un projet autoroutier menaçant les rares tourbières du nord de la Camargue, un projet de pont au cœur du delta et des parcs éoliens offshore susceptibles d’affecter de nombreux oiseaux migrateurs. Pris isolément, chacun de ces projets soulève des inquiétudes. Ensemble, leurs impacts cumulés pourraient fragmenter les habitats, fragiliser les dynamiques biologiques et hydrologiques, accroître les risques pour les populations locales et mettre à mal la culture et l’économie de ce territoire comme la vocation environnementale de la Camargue. Un déficit démocratique préoccupant Lors du débat organisé par la Commission nationale du débat public (CNDP) en 2025, une opposition forte à la ligne THT aérienne a été exprimée. Une contre-proposition enfouie, jugée crédible par une expertise indépendante mandatée par l’État, a été élaborée et est soutenue par les élus de l’ensemble des communes concernées entre Jonquières et Fos, ainsi que par un grand nombre d’acteurs, dont de nombreux agriculteurs. Malgré cela, le ministère de l’Énergie a lancé le 13 mai 2026 l’instruction de la déclaration d’utilité publique de la ligne aérienne, ignorant les recommandations de la CNDP et les voix des acteurs locaux. Si les défis sont bien réels, les réponses ne sauraient opposer économie et environnement, transition énergétique et patrimoine écologique. Les quinze organisations signataires lancent un appel solennel à l’Etat Les organisations signataires de cet appel, très préoccupées par les développements en cours et les menaces qu’ils représentent pour un joyau dont la valeur naturelle et culturelle est reconnue internationalement, affirment que : La transition énergétique et la décarbonation de l’industrie ne doivent pas se faire au détriment la transition écologique, et doivent pleinement intégrer les notions de sobriété énergétique, foncière et hydrique, ainsi que l’approche « Une seule santé ». Les aires protégées ne peuvent être des variables d’ajustement des politiques de souveraineté énergétique ou d’aménagement du territoire ; Accepter de tels aménagements et leurs impacts cumulés en Camargue et en Crau, malgré les multiples statuts de protection et labels attachés à ces territoires représenterait un précédent inacceptable. Cela reviendrait à entériner implicitement qu’aucun espace naturel protégé français ne soit réellement protégé. Alors que nous célébrons cette année les 50 ans de la loi fondatrice de 1976 sur la protection de la nature ainsi que les 10 ans de la loi de 2016 pour la reconquête de la biodiversité, alors que le gouvernement s’apprête à finaliser et soumettre à la Commission européenne son plan national « Agir pour restaurer la nature », les signataires appellent l’Etat à : A l’échelle du delta du Rhône : Réaffirmer la vocation environnementale de la Camargue au même titre qu’il a affirmé la vocation industrielle et logistique de la zone de Fos-Berre, et agir en conséquence, Abandonner le projet de ligne THT aérienne qui traverserait la Camargue, la Crau et la terre d’Argence, et développer, en concertation, une solution alternative qui ne soit pas aérienne. A l’échelle nationale : Réaffirmer qu’une nature préservée et fonctionnelle est un atout stratégique de la France et une garantie de résilience face au changement climatique, en conséquence de quoi les espaces naturels protégés doivent être respectés dans leurs périmètres et Assurer la compatibilité de tout nouveau projet d’aménagement avec les objectifs des divers espaces protégés présents sur les territoires concernés ou susceptibles d’être affectés par ces aménagements, Être garant des processus de participation et de la pleine prise en considération des faits scientifiquement établis comme des connaissances, avis et propositions des acteurs des territoires concernés par les projets d’aménagement. SIGNATAIRES Comité français de l’UICN – Fédération des conservatoires d’espaces naturels – Forum des gestionnaires d’aires marines protégées – France Nature Environnement – Groupe d’étude des tourbières – Ligue pour la protection des oiseaux – MAB France – Ramsar France – Réseau des grands sites de France – Réserves Naturelles de France – Rivages de France – Société nationale de protection de la nature – Syndicat mixte de Camargue gardoise – Tour du Valat – WWF France En savoir plus : Appel solennel à l’Etat. ©Olivier Briand    

Maud Lelièvre nommée vice-présidente de l’UICN : un retour historique de la France dans la gouvernance mondiale de la biodiversité

La nomination de Maud Lelièvre, présidente du Comité français, à la vice-présidence de l’UICN marque le retour d’une personnalité française à un poste de gouvernance au sein de l’organisation, renouant avec une tradition historique longtemps marquée par l’influence de la France.  Une histoire française inscrite dans la culture de notre Union Fondée en 1948 à Fontainebleau, l’UICN a compté, dès ses origines, des figures scientifiques majeures parmi ses responsables, inscrivant durablement la France dans sa culture institutionnelle. Parmi ces personnalités, trois ont notamment exercé la fonction de vice-président : Roger Heim (1948-1952), l’un des fondateurs de l’organisation ; François Bourlière (1960-1963), pionnier de l’écologie scientifique ; et Christian Jouanin (1970-1975). Un héritage en déclin pendant plusieurs décennies Cet héritage, enrichi par les contributions d’Henri Humbert, Théodore Monod ou Pierre Aguesse, a longtemps porté la voix de la France dans les réflexions internationales sur la conservation et la gouvernance environnementale. Toutefois, cette présence régulière au plus haut niveau a décliné progressivement à partir des années 1970, laissant un vide institutionnel de plus de 50 ans sans représentation française directe dans les instances dirigeantes. Une expertise au service des enjeux globaux Dans ce contexte, l’arrivée de Maud Lelièvre à la vice-présidence constitue une réactivation stratégique de cet engagement, alors que les enjeux liés à l’érosion de la biodiversité exigent des instances internationales fondées sur l’expertise et la coopération. Juriste spécialisée en droit de l’environnement et présidente du Comité français de l’UICN, elle incarne cette articulation entre ancrage national et responsabilité internationale, renforçant ainsi la capacité de la France et de son Comité à influencer les négociations et les orientations globales de l’Union. Photo bandeau © Martin Serrano / IUCN  

Solutions fondées sur la Nature et sécurité des ressources en eau : la restauration du cycle de l’eau dans le bassin de l’Armançon

EPAGE de l'Armançon

Les Solutions fondées sur la Nature (« SfN »), définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), consistent à protéger, gérer durablement et restaurer les écosystèmes afin de répondre à des défis sociétaux, qui génèrent des bénéfices pour la biodiversité et le bien-être humain. Dans le domaine de l’eau, celles-ci s’appuient sur le fonctionnement des milieux naturels tels que les zones humides, les cours d’eau et les forêts, pour améliorer la qualité de l’eau, soutenir les débits en période sèche et atténuer les extrêmes hydrologiques, renforçant ainsi la résilience des territoires face au changement climatique. Dans le bassin versant de l’Armançon, une rivière située dans l’Est de la France, cette approche est aujourd’hui mise en œuvre à grande échelle par l’EPAGE (Etablissement public d’aménagement et de gestion de l’eau), offrant un exemple concret de mobilisation des Solutions fondées sur la Nature pour répondre aux enjeux de la sécurité des ressources en eau du territoire. Enjeux sur les ressources en eau : un territoire sous pression Situé à cheval sur plusieurs départements (Aube, Côte d’Or, Yonne), le bassin de l’Armançon fait face à de multiples pressions. Les effets du changement climatique s’y traduisent par des étiages plus sévères et des épisodes de pluie plus intenses, tandis que les transformations anciennes des rivières continuent de peser fortement sur leur fonctionnement. Le diagnostic territorial met ainsi en évidence des dégradations importantes : près de 80 % des zones humides sont aujourd’hui altérées, et les cours d’eau ont subi une perte moyenne d’environ 25 % de leur linéaire naturel, du fait des rectifications et recalibrages passés. À cela s’ajoutent des problématiques de qualité de l’eau et de pression sur la ressource, qui affectent directement les usages et les milieux. Ces constats, largement partagés, ont conduit à faire de la gestion de l’eau une priorité à l’échelle du territoire. Restaurer les écosystèmes pour sécuriser durablement la ressource en eau Pour répondre aux enjeux liés à l’eau, l’EPAGE a fait le choix d’une approche globale, fondée sur la restauration des fonctionnalités naturelles des écosystèmes. Plutôt que de chercher à contrôler l’eau uniquement par des infrastructures, la stratégie vise à redonner aux milieux leur capacité à l’infiltrer, la stocker et la restituer. Cette orientation se traduit concrètement par la mise en œuvre d’une Solution fondée sur la Nature à grande échelle : 73 kilomètres de cours d’eau restaurés et plus de 13 kilomètres de méandres ajoutés, 200 mares créées ou réhabilitées, 46 ouvrages hydrauliques supprimés ou aménagés, et près de 24 km² de forêts remis en eau en favorisant sa rétention dans les sols. Ces interventions permettent de ralentir les écoulements, de limiter les pics de crue, de soutenir les débits en période sèche et d’améliorer la qualité de l’eau. Elles contribuent également à rétablir des habitats diversifiés et connectés, favorables au retour de nombreuses espèces, renforçant ainsi l’état et la fonctionnalité des écosystèmes. En agissant ainsi sur les processus écologiques, l’approche des Solutions fondées sur la Nature améliore les services écosystémiques pour répondre directement à plusieurs dimensions de la sécurité des ressources en eau, tout en renforçant la résilience globale du territoire. Au-delà de ces effets hydrologiques, la démarche génère des bénéfices tangibles pour les activités locales. La restauration des prairies humides soutient les systèmes d’élevage, tandis que la remise en eau des sols forestiers améliore la résistance des peuplements face aux sécheresses. Les bénéfices se traduisent également par une réduction des dommages liés aux inondations et une amélioration du cadre de vie des habitants. Cette capacité à articuler enjeux écologiques, économiques et sociaux constitue l’un des fondements de l’approche portée par l’EPAGE. Une action collective, structurée et en montée d’échelle Cette ambition s’appuie sur des moyens conséquents. Chaque année, près de 2 millions d’euros sont investis par l’établissement dans la restauration des milieux aquatiques, avec une programmation d’environ 13 millions d’euros sur les cinq prochaines années. Ces investissements traduisent un changement d’échelle dans l’action publique, où la restauration des écosystèmes devient progressivement un levier structurant des politiques de l’eau. Reflétant l’un des principes clés des Solutions fondées sur la Nature, la réussite des interventions repose en particulier sur une gouvernance territoriale solide. L’EPAGE fédère élus, agriculteurs, forestiers, usagers et partenaires institutionnels autour d’un diagnostic partagé et d’actions co-construites. Cette proximité avec le terrain permet d’adapter les interventions aux réalités locales et de favoriser leur appropriation par les acteurs concernés. En parallèle, le programme s’inscrit dans une logique d’apprentissage continu. Des suivis sont réalisés sur des sites représentatifs afin d’évaluer les effets des actions menées – au regard des bénéfices humains et de la biodiversité – et d’ajuster les pratiques si nécessaire. Cette gestion adaptative permet d’améliorer progressivement les interventions et de mieux anticiper les évolutions liées notamment au changement climatique. Enfin, la démarche s’inscrit dans une dynamique de montée en échelle, avec plus d’une centaine d’actions programmées dans les années à venir et plusieurs milliers de personnes déjà sensibilisées aux enjeux de l’eau et des milieux aquatiques. Cette capacité à structurer une action dans la durée, à diffuser les enseignements et à inspirer d’autres territoires en fait un exemple particulièrement inspirant, bien au-delà des zones d’intervention. L’exemple du bassin de l’Armançon illustre ainsi le potentiel des Solutions fondées sur la Nature pour transformer en profondeur la gestion de l’eau, en apportant des réponses à la fois écologiques, sociales et économiques face aux défis croissants de la sécurité des ressources en eau. Pour plus d’informations : https://www.bassin-armancon.fr/ Ce retour d’expérience figurera prochainement dans une publication du Comité français de l’UICN consacrée aux Solutions fondées sur la Nature pour la sécurité des ressources en eau en France*. À travers la présentation de différents cas concrets, cette publication montrera comment la restauration des écosystèmes peut constituer une réponse opérationnelle, durable et réplicable aux enjeux liés à l’eau. * Les retours d’expériences présentés dans cette publication seront analysés à l’aide du Standard mondial de l’UICN pour les Solutions fondées sur la Nature, cadre de référence international pour qualifier la cohérence et la robustesse des démarches. Photo bandeau ©EPAGE de

Un fax en 2026 ? L’idée du Comité français de l’UICN pour attirer l’attention des élu.e.s sur l’avenir de la biodiversité

Sensibiliser les élu.es locaux sur la nécessité de protéger efficacement les espaces naturels pour préserver la biodiversité en les inscrivant sur la « Liste verte », tel est l’objectif du Comité français de l’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature. Mais après les élections municipales, les nouveaux et nouvelles élu.e.s croulent sous les courriers, coups de fil, et autres sollicitations. Leur boîte mail est saturée, leur attention est diluée.  Alors, pour capter l’attention des nouveaux et nouvelles élu.e.s, le Comité français de l’UICN a décidé de leur envoyer un message d’une manière pour le moins inattendue… Pas de coup de fil, pas de SMS, pas de courriers, mais… Un fax. Oui, vous avez bien lu, un fax. Le Comité français de l’UICN a fait un pari original : réveiller ces vieilles machines, bizarrement encore présentes dans les mairies et les collectivités, qui fonctionnent toujours. Un bruit qu’on n’entend plus. Une curiosité immédiate. Un message impossible à ignorer, directement faxé sur le bureau des maires et des élu.e.s dans tous les territoires. Une annonce intégralement conçue en « ASCII », une technique visant à former une image à partir de caractères spéciaux, permettant à la fois de minimiser la quantité d’encre requise à l’impression, mais aussi d’illustrer avec finesse la biodiversité qui évolue sur nos territoires, qu’ils soient terrestres ou marins. Le fax envoyé permet aux élu.e.s d’agir à leur échelle. Il contient un QR code les invitant à se rendre sur une page dédiée, prendre contact avec l’équipe en charge du programme Liste verte et engager une démarche pour y inscrire les forêts, les lacs, les rivières, les montagnes ou les océans présents dans leur collectivité. Un message également repris et amplifié sur les réseaux sociaux du Comité français de l’UICN, grâce à une vidéo de lancement pour inviter le grand public à interpeller les élu.e.s de leur collectivité. « Au lieu de passer par une campagne classique, nous avons trouvé une solution bien plus originale pour toucher directement les élu.es et les interpeller sur l’importance de préserver la biodiversité : les fax. » indique Maud Lelièvre, présidente du Comité français de l’UICN. Cette opération contribue à enrayer la perte de la biodiversité en renforçant l’efficacité de la gestion des aires protégées. L’objectif appelé « 30×30 » du Cadre mondial de la Biodiversité vise à protéger efficacement 30% de la superficie terrestre et 30% de la superficie marine à horizon 2030. Rejoindre la liste mondiale des 104 sites lauréats de la Liste verte, c’est participer à réhausser l’ambition collective mondiale pour les aires protégées et atteindre le plus haut niveau de protection des milieux naturels. « C’est aussi un pont entre l’ancien et le moderne. Comme les aires protégées, dont la première a été créée en France en 1861, et qui continuent d’assurer la préservation à long terme des milieux naturels, des espèces et des paysages. Parce que parfois pour protéger l’avenir, il faut réveiller le passé. Cette campagne pour nous c’était une évidence », ajoute Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN. Une initiative lancée avec le soutien de la marque Fujifilm, fabriquant de solutions innovantes pour photocopieurs et fax. Parce que pour protéger l’avenir, même un vieux fax peut suffire. Plus d’informations sur la campagne : https://uicn.fr/fax-for-future/ https://www.youtube.com/watch?v=o6DY6F7ESRA

Vers une loi Une seule santé

Le One Health Summit, qui s’est tenu à Lyon le 7 avril, a été l’occasion pour le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) d’appeler à l’adoption d’un cadre juridique et règlementaire clair et ambitieux visant à favoriser l’intégration de l’approche Une seule santé au cœur de l’action publique. L’approche Une seule santé a fait de la santé de toutes les espèces – humaine, animales, végétales – et des écosystèmes une seule et même priorité. Pour mettre en place ce cadre juridique, les travaux de la Société Française pour le Droit de l’Environnement, membre de l’UICN, soulignent l’importance de l’adoption d’une loi Une seule santé et montrent les évolutions juridiques et règlementaires nécessaires à son opérationnalisation à toutes les échelles, du national au local. Une occasion unique pour la France de faire preuve du même avant-gardisme qui a guidé l’adoption de la loi de protection de la nature en 1976, dans l’intérêt de toutes les santés. Repenser notre rapport au vivant et à l’action publique Faisant le constat de l’interdépendance de toutes les santés, dont la pandémie du COVID-19 a apporté une démonstration tragique à l’échelle mondiale, elle souligne l’urgence d’une mobilisation large, multi-sectorielle et multidisciplinaire pour « travailler ensemble à promouvoir le bien-être et à lutter contre les menaces pour la santé et les écosystèmes »[1]. Elle invite ainsi à forger des collaborations et des partenariats entre des secteurs aujourd’hui peu intégrés, en particulier ceux de la conservation de la nature et de la santé publique, dont l’histoire récente est pourtant marquée par une préoccupation commune vis-à-vis des défis posés par l’industrialisation de nos sociétés et des pollutions qui y sont associées. Elle doit permettre de renforcer les actions sur la santé environnementale car les nombreuses pollutions sont à l’origine de multiples pathologies, notamment cancéreuses, sur laquelle de nombreuses données et recommandations sont disponibles. Au Congrès mondial de l’UICN qui s’est tenu à Abou Dabi en 2025, ses membres gouvernementaux et non-gouvernementaux ont ainsi largement adopté deux résolutions visant à renforcer les partenariats entre ces secteurs et à promouvoir une gouvernance intégrée et multi-échelle de l’approche Une seule santé. Au sein de cette alliance unique rassemblant plus de 1400 gouvernements, organisations non gouvernementales, établissements publics, collectivités locales et organisations représentatives de peuples autochtones, il s’agit désormais d’une priorité stratégique pour les prochaines décennies, sur un enjeu qu’elle avait déjà identifié dès 1990[2]. Conserver la nature pour protéger les santés Face aux défis que posent les zoonoses, l’antibiorésistance et les différents types de pollutions pour toutes les santés, la conservation de la nature est porteuse de solutions. Ses outils fournissent un cadre d’action clair et robuste, prenant pleinement en compte la dimension systémique de la triple crise du climat, de la biodiversité et des pollutions et de ses implications pour les santés. A ce titre, les Solutions fondées sur la Nature convergent avec les approches Une seule santé. Elles visent à « protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés dans le but de répondre de manière efficace et adaptative à des défis sociétaux, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité ». La santé est l’un de ces défis sociétaux et les démarches de renaturation de quartiers urbains, de restauration de zones de captage d’eau et d’agroécologie, pour ne citer que quelques exemples, apportent des solutions durables et pérennes pour toutes les santés. Les aires protégées, qui couvrent 33 % du territoire national, produisent aussi des effets tangibles. Elles contribuent à la santé mentale et physique des populations humaines, à la réduction des risques de zoonoses en limitant la dégradation et la fragmentation des habitats et favorisant le bon état écologique des espèces, ou encore à l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau. Elles constituent aussi des laboratoires pour l’émergence de nouveaux modèles. A titre d’exemple, elles participent à des contrats locaux de santé et favorisent des pratiques agricoles, telle que l’agroécologie, permettant de limiter voire supprimer les intrants agricoles et les pesticides. Les analyses du Comité français de l’UICN, publiées le 30 mars dernier, mettent en évidence que les approches Une seule santé prennent d’ores et déjà vie dans les territoires. Ainsi, des régions, départements, agglomérations et villes intègrent l’approche Une seule santé dans leurs stratégies territoriales de biodiversité et initient des actions concrètes visant à concilier toutes les santés, et des projets d’associations de protection de la nature émergent localement. La France est-elle prête à voter une loi « Une seule santé ? » Il y a 50 ans, le Parlement français adoptait à l’unanimité la loi de protection de la nature. Tournée vers l’avenir, elle insuffla une dynamique forte en faveur de la protection de l’environnement : création du statut d’espèces protégées et de celui des Réserves naturelles (la France en compte aujourd’hui 370 contre une trentaine avant la loi), généralisation des études d’impact dans le cadre de projets d’aménagement, renforcement du rôle et des capacités d’action des associations de protection de l’environnement etc.. Elle ouvrit aussi la voie à plusieurs grandes lois environnementales, telles que la loi Grenelle 1 de 2009 ou encore la Charte de l’environnement de 2004. En 2016, la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages inscrivit dans le droit les principes de non-régression environnementale et de solidarité écologique. Cette dynamique est aujourd’hui fortement remise en question par les bouleversements politiques en cours et leurs manifestations à l’échelle européenne et nationale. Face à la tentation du désengagement d’un combat pourtant existentiel pour l’humanité – celui de la préservation de toutes les santés humaine, animale, végétale et environnementale qui se conditionnent entre elles – de nouvelles approches de l’action publique sont nécessaires. Signataires : Ghislain Bardout, co-fondateur et co-directeur de Under The Pole et co-président de la Commission Climat et biodiversité du Comité français de l’UICN Martine Bigan, présidente de la Commission de la sauvegarde des espèces du Comité français de l’UICN Patrick Blandin, ancien président du Comité français de l’UICN Allain Bougrain Dubourg, président

Une seule santé : le Comité français de l’UICN appelle à intégrer la biodiversité au cœur des politiques de santé

Face à l’accélération conjointe des crises sanitaire et écologique, le Comité français de l’UICN soutient l’urgence d’adopter une vision de la santé fondée sur l’interdépendance entre humains, animaux, plantes et écosystèmes. Dans une publication diffusée aujourd’hui, il montre, avec de nombreux exemples à l’appui, que protéger la santé humaine doit se faire en prenant soin de celle des autres animaux, des plantes et des écosystèmes. Depuis plus de deux décennies, les expert/es de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et de l’IPBES (plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) démontrent que les humains, les autres espèces animales, végétales, et les écosystèmes sont conjointement affectés par l’artificialisation et la dégradation des habitats naturels, les pollutions, le changement climatique, et la multiplication des interactions entre humains et faune sauvage. La pandémie de Covid‑19 a propulsé ces avertissements au premier plan : 75 % des maladies humaines émergentes sont d’origine zoonotique, et jusqu’à 25 % des pathologies chroniques sont aujourd’hui liées à des facteurs environnementaux. Ces chiffres illustrent une réalité longtemps ignorée : la santé humaine est indissociable de celle des autres êtres vivants et des écosystèmes. « Notre approche sanitaire a oublié le lien qui existait entre le vivant et les humains, elle est trop anthropocentrique, plaçant la santé humaine au-dessus de la nature et sans lien avec elle. Les crises récentes ont mis en exergue les relations d’interdépendance existant entre la nature et les êtres humains, en soulignant leur dimension planétaire », déclare Violaine du Pontavice, présidente de la commission droit et politiques environnementales du Comité français de l’UICN. Depuis 2004, l’UICN joue un rôle moteur dans la promotion et l’ancrage de l’approche Une seule santé au niveau international. Lors des Congrès mondiaux de la nature, ses organisations membres ont adopté plusieurs résolutions appelant les États à intégrer le concept Une seule santé (« One Health ») dans leurs politiques publiques. L’approche est inscrite dans la Vision stratégique à 20 ans de l’UICN comme l’un des huit domaines clés présentant un potentiel transformateur pour la biodiversité. Pourtant, en France comme ailleurs, ces recommandations peinent encore à irriguer le cadre législatif et les politiques sectorielles, malgré des avancées ponctuelles et des tentatives de structuration. Dans une nouvelle publication, le Comité français de l’UICN propose de mieux comprendre ce concept devenu incontournable et de l’intégrer dans les politiques et les décisions publiques. Ce travail de long terme a mobilisé un grand nombre d’organisations membres et d’expert/es du Comité français de l’UICN, issus d’horizons disciplinaires variés. A l’occasion de la Journée mondiale de la santé le 7 avril prochain, et de l’organisation par la France du One Health Summit à Lyon, le Comité français de l’UICN appelle à travers les recommandations de cette brochure, à une transformation profonde des politiques de santé pour intégrer le vivant. Parmi les 19 recommandations du Comité français de l’UICN pour la mise en œuvre de l’approche Une seule santé, les recommandations suivantes peuvent être considérées comme prioritaires : Adopter une loi et une stratégie nationale Une seule santé, soutenues par une gouvernance interministérielle dédiée. Cette proposition vise à intégrer de manière cohérente les dimensions de santé animale, végétale, humaine et environnementale dans l’ensemble des politiques publiques, en garantissant l’harmonisation des cadres normatifs. La gouvernance proposée devra associer les ministères chargés de la Santé, de l’Agriculture et de l’Agro-alimentaire, de la Transition écologique, et de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, afin d’assurer un pilotage coordonné, un suivi renforcé et une véritable transversalité des actions.   Faire de la lutte contre le commerce illégal et de la réduction des interactions inutiles ou illicites entre humains et faune sauvage une priorité nationale et de coopération transfrontière. Le commerce, l’utilisation ou la consommation d’animaux sauvages — qu’il s’agisse d’alimentation, de pharmacopée, de mode, d’animaux de compagnie, de pratiques culturelles ou de tourisme — constituent des pressions majeures sur de nombreuses espèces. Ces pratiques représentent également un risque important pour la santé publique en favorisant la transmission d’agents pathogènes entre la faune sauvage et l’être humain. Les flux liés au trafic engendrent aussi une importante dispersion géographique de ces agents pathogènes, et accroissent le risque de transmission entre populations animales de régions différentes et de contamination. Une action renforcée est donc essentielle pour protéger la biodiversité tout en limitant les risques sanitaires associés.   Faire de la préservation et de la restauration de la biodiversité un pilier structurant de la politique sanitaire nationale. Les actions de protection, de restauration et d’amélioration de la gestion durable des écosystèmes contribuent directement à la réduction des risques sanitaires, en renforçant les fonctions écologiques qui régulent les agents pathogènes, les vecteurs et les pressions environnementales. Dans cette perspective, les aires protégées et les Solutions fondées sur la Nature (SfN), qui s’inscrivent dans une approche systémique et intégrée du vivant, constituent des leviers particulièrement efficaces pour opérationnaliser l’approche Une seule santé. Il est donc nécessaire de renforcer leur déploiement et leur efficacité, notamment par la mobilisation de financements dédiés, par leur intégration dans les politiques sectorielles et par le développement de dispositifs d’évaluation de leurs bénéfices sanitaires et écologiques.   Renforcer la mobilisation des territoires dans le déploiement de politiques et d’actions relevant de l’approche Une seule santé. Il s’agit d’encourager les collectivités territoriales à poursuivre et structurer leurs initiatives en élaborant des stratégies Une seule santé intégrant ce principe dans l’ensemble des secteurs d’action publique, notamment via des outils tels que la planification écologique, les documents de planification territoriale ou encore l’évaluation environnementale. Cette dynamique devra être accompagnée par une reconnaissance nationale des initiatives territoriales exemplaires ainsi que par la mise en place de dispositifs financiers adaptés pour soutenir leur mise en œuvre, leur diffusion et leur pérennisation.   Consultez et téléchargez la brochure Comprendre le concept Une seul santé Lire le communiqué de presse  Contact  Florence Clap Responsable Politiques de la biodiversitéComité français de l’UICNflorence.clap@uicn.fr  Photo bandeau : © Olivier Briand 

Parcs éoliens terrestres et marins : quels leviers pour réduire leurs impacts sur la biodiversité ?

Le Comité français de l’UICN publie aujourd’hui une analyse et des recommandations sur la réduction des impacts des parcs éoliens terrestres et marins sur la biodiversité. L’objectif de cette publication est de faire évoluer les pratiques pour une meilleure conciliation entre transition énergétique et préservation de la nature, en accompagnant la filière éolienne et les pouvoirs publics, dans la réduction des impacts. Le Comité français de l’UICN poursuit ainsi ses travaux sur la séquence « Eviter-Réduire-Compenser », après sa publication sur l’amélioration de la prise en compte de la biodiversité dans la planification et la conception des projets éoliens et photovoltaïques*, correspondant au nécessaire évitement des impacts sur la biodiversité. Dans sa stratégie de transition énergétique, la France prévoit la décarbonation du mix énergétique en réduisant les consommations, en électrifiant les usages et en développant les énergies bas-carbone. La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) prévoit entre autres de tenir un rythme de déploiement d’environ 1,3 GW de puissance éolienne terrestre chaque année, soit 35 à 40 GW d’ici 2035, et de viser 15 GW de puissance installée d’éolien offshore à ce même horizon. Le Comité français de l’UICN soutient le développement des énergies renouvelables comme un levier important d’atténuation du changement climatique et de sécurisation de l’approvisionnement énergétique français, mais appelle à ce que les enjeux de biodiversité soient systématiquement pris en compte dans la planification et la mise en œuvre de chaque projet. En effet, le développement des énergies renouvelables, comme tout projet d’infrastructures, engendre des impacts potentiellement significatifs sur les habitats naturels et les espèces. Les parcs éoliens, à terre comme en mer, peuvent engendrer une dégradation des écosystèmes, une perte d’habitats naturels pour les espèces, des perturbations comportementales et des mortalités de la faune volante comme les oiseaux et les chauves-souris. Les incidences des parcs éoliens dépendent de leur localisation et de la nature des sites d’implantation, d’où l’importance, en premier lieu, de la planification spatiale et des mesures d’évitement. En phase de construction, d’exploitation et de démantèlement, des mesures de réduction visent à limiter les impacts n’ayant pas pu être évités. L’efficacité de certaines de ces mesures est démontrée par la science, comme par exemple l’arrêt des éoliennes dans les conditions d’activité des chauves-souris ou les rideaux de bulles pour limiter la propagation du bruit sous-marin. D’autres mesures, comme les Systèmes de Détection Automatique de l’Avifaune (SDA), font l’objet d’une évolution et d’une diffusion rapides, suivant les progrès des technologies sur lesquelles elles se reposent. L’efficacité de ces dernières doit cependant systématiquement être évaluée afin que leur intérêt pour la réduction des impacts de l’éolien sur la biodiversité soit prouvée de manière transparente.  Au fil de quatre grandes fiches thématiques, où des retours d’expérience de développeurs éoliens sont mis au regard des connaissances scientifiques, le Comité français de l’UICN montre que la prise en compte de la biodiversité est nécessaire et possible dans la réalisation et l’exploitation des projets éoliens, au travers de mesures de réduction pensées avec rigueur et pragmatisme. Cette publication conduit, en conclusion, à la formulation de recommandations pour améliorer les pratiques en matière de réduction d’impacts sur la biodiversité et poursuivre leur déploiement. Le Comité français de l’UICN s’est appuyé sur l’expertise de son réseau de membres et d’expert(e)s et a pu compter sur la mobilisation de chercheurs/euses français.e.s et internationaux pour l’accompagner dans la réalisation de ce travail. Celui-ci s’inscrit dans une démarche de facilitation du dialogue et de partage de connaissances entre les différents acteurs de la transition énergétique et de la conservation de la nature. Cette brochure a été réalisée avec le soutien de l’Ademe, du Ministère de la Transition écologique, du Fonds AXA pour le Progrès Humain, de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale et d’Engie Green France. Consulter la brochure : La réduction des impacts sur la biodiversité des parcs éoliens terrestres et marins. Visionner le Webinaire Réduction éolien terrestre et marin. Lire la brochure précédente : Améliorer la prise en compte de la biodiversité dans la planification et la conception des projets éoliens et photovoltaïques. Photo bandeau : © Paul Bonfils, Freepik, Aurélien Audevard.