Liste rouge de l’UICN : le papillon monarque migrateur désormais en danger

Le papillon monarque migrateur (Danaus plexippus plexippus), connu pour son spectaculaire voyage annuel de plus de 4 000 kilomètres à travers les Amériques, est entré sur la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées dans la catégorie En danger, menacé par la destruction de son habitat et les changements climatiques. Toutes les espèces d’esturgeons encore en vie dans l’hémisphère nord, également migratrices, sont aujourd’hui menacées d’extinction en raison des barrages et du braconnage, poussant ce groupe d’animaux, le plus gravement menacé du monde, encore plus près de l’extinction. Le tigre (Panthera tigris) a été réévalué, révélant de nouveaux chiffres de populations. La Liste rouge de l’UICN comprend désormais 147 517 espèces, dont 41 459 menacées d’extinction. La présente mise à jour de la Liste rouge souligne la fragilité des merveilles de la nature, telles que le spectacle unique des papillons monarques migrant sur des milliers de kilomètres. Afin de préserver la riche diversité de la nature, nous avons besoin d’aires protégées et conservées efficaces, gérées de façon équitable, ainsi que de mesures décisives pour lutter contre les changements climatiques et restaurer les écosystèmes. À son tour, la conservation de la biodiversité soutient les communautés en fournissant des services essentiels tels que de la nourriture, de l’eau et des emplois durables. Dr Bruno Oberle, Directeur général de l’UICN Le papillon monarque migrateur, En danger, est une sous-espèce du papillon monarque (Danaus plexippus). La population autochtone, connue pour ses migrations depuis le Mexique et la Californie en hiver vers les aires de reproduction estivales aux États-Unis et au Canada, a diminué d’entre 22% et 72% au cours de la dernière décennie. L’exploitation forestière légale et illégale et la déforestation pour faire de la place à l’agriculture et au développement urbain ont déjà détruit une grande partie des zones d’hivernage des papillons au Mexique et en Californie, tandis que les pesticides et herbicides utilisés dans l’agriculture intensive sur toute l’aire de répartition de l’espèce tuent les papillons et l’asclépiade, la plante hôte de laquelle les larves du papillon monarque se nourrissent. Les changements climatiques ont eu un impact significatif sur le papillon monarque migrateur et constituent une menace croissante : la sécheresse limite la croissance de l’asclépiade et augmente la fréquence des incendies de forêt catastrophiques, les températures extrêmes déclenchent des migrations précoces, avant que l’asclépiade ne soit disponible, tandis que les épisodes météorologiques sévères tuent des millions de papillons. La population occidentale est la plus menacée, avec une diminution d’environ 99,9%, de 10 millions de papillons dans les années 1980 à 1 914 individus en 2021. La population orientale, plus grande, a également diminué de 84% entre 1996 et 2014. La question de savoir s’il reste suffisamment de papillons pour maintenir les populations et empêcher leur extinction demeure préoccupante. Il est douloureux de voir les papillons monarques et leur extraordinaire migration vaciller au bord de l’effondrement, mais il existe des signes d’espoir. De nombreuses personnes et organisations se sont réunies pour essayer de protéger ce papillon et ses habitats. De plantations d’asclépiades autochtones à une réduction de l’utilisation des pesticides en passant par la protection des sites d’hivernage et une contribution à la science communautaire, nous avons tous un rôle à jouer pour nous assurer que cet insecte emblématique se rétablisse définitivement Anna Walker, membre du Groupe de spécialistes des papillons et papillons nocturnes de la CSE-UICN et Responsable de la sauvegarde des espèces à la New Mexico BioPark Society, qui a dirigé l’évaluation des papillons monarques. La réévaluation mondiale des esturgeons, publiée aujourd’hui, révèle que 100% des 26 espèces d’esturgeons restantes dans le monde sont aujourd’hui menacées d’extinction, contre 85% en 2009. Ces évaluations sont basées sur des calculs plus précis, qui montrent que le déclin de ce groupe d’espèces au cours des trois dernières générations est plus prononcé qu’on ne le pensait auparavant. L’esturgeon jaune (Acipenser dabryanus) est passé de la catégorie En danger critique à Éteint à l’état sauvage, 17 espèces sont désormais En danger critique, trois sont En danger et cinq sont Vulnérables sur la Liste rouge de l’UICN. La réévaluation a également confirmé l’extinction du spatulaire chinois (Psephurus gladius). Réputés pour leur taille, le béluga (Huso huso), En danger critique, pouvant atteindre huit mètres et peser jusqu’à 1 700 kilogrammes, les esturgeons sont surexploités pour leur viande et leur caviar depuis des siècles. Bien qu’ils soient protégés en vertu du droit international, le braconnage continue d’affecter plus de la moitié de ces espèces, et une application plus stricte de la réglementation sur la vente illégale de viande et de caviar d’esturgeon est essentielle pour mettre fin à de nouveaux déclins. Les barrages affectent toutes les espèces d’esturgeons migrant vers leurs aires de reproduction, tandis que le réchauffement des rivières dû aux changements climatiques perturbe plus avant la reproduction de ces poissons. La restauration des écosystèmes d’eau douce et la construction de passages à poissons efficaces, ainsi que les repeuplements, qui se sont déjà avérés efficaces pour des espèces telles que l’esturgeon adriatique (Acipenser naccarii), En danger critique, sont des mesures clés pour assurer la survie à long terme des esturgeons du monde. Le tigre a été réévalué, et de nouveaux chiffres révèlent qu’il existe actuellement entre 3 726 et 5 578 tigres dans la nature, dans le monde entier. Cette augmentation de 40% depuis la dernière évaluation des tigres, en 2015, s’explique par des améliorations des techniques de suivi, montrant qu’il existe plus de tigres qu’on ne le pensait auparavant, et que le nombre de tigres dans le monde semble être stable ou en augmentation. Bien que cette réévaluation confirme que le tigre reste En danger sur la Liste rouge de l’UICN, les tendances démographiques indiquent que des projets tels que le Programme intégré de l’UICN de conservation de l’habitat du tigre sont efficaces et qu’un rétablissement est possible tant que des efforts de conservation se poursuivent. Les principales menaces comprennent le braconnage des tigres, le braconnage et la chasse de leurs proies, ainsi que la fragmentation et la destruction des habitats en raison des pressions croissantes de l’agriculture et des établissements humains. Pour protéger cette espèce, il est essentiel
Les solutions sont dans la nature pour réduire les risques littoraux et préserver la biodiversité

Le Comité français de l’UICN publie aujourd’hui « Les Solutions fondées sur la Nature pour la réduction des risques littoraux en France », un recueil à destination des élus et acteurs locaux pour faciliter le déploiement des Solutions fondées sur la nature dans les territoires. Des solutions efficaces faces aux risques naturels Érosion côtière, submersion marine, mobilité dunaire… face aux risques naturels, accentués par les changements climatiques, les Solutions fondées sur la Nature sont des réponses efficaces et durables pour répondre à ces enjeux tout en apportant des bénéfices pour la biodiversité. Dunes, marais côtiers, estuaires ou encore mangroves constituent des espaces tampons et des obstacles face aux tempêtes. Ils fixent et stockent également le sable permettant de réduire l’érosion côtière et les mouvements dunaires. Enfin, ils sont des remparts naturels contre la montée des eaux. Les actions de préservation et la restauration de ces écosystèmes sont donc cruciales pour augmenter la résilience des territoires face aux effets des changements climatiques. Ce sont en outre des alternatives pérennes et moins couteuses que les infrastructures grises. La France, en métropole comme en Outre-Mer, est particulièrement concernée par ces risques littoraux. Cette vulnérabilité est exacerbée par une forte densité de population qui entraine un haut niveau d’artificialisation alors que ces milieux concentrent une biodiversité remarquable et particulièrement menacée par les activités humaines. Des retours d’expériences concrets Face à ce constat et à l’urgence d’agir, la publication « Les Solutions fondées sur la Nature pour la réduction des risques littoraux en France » présente 9 retours d’expériences de projets concrets de protection, restauration et gestion durable d’écosystèmes côtiers mis en œuvre en France métropolitaine et en Outre-Mer : En Gironde, la restauration des dunes de la conche des Gaillouneys sur la commune de La Teste de Buch, a permis de réduire significativement la mobilité dunaire (auparavant de 5m/an) en utilisant notamment des espèces locales qui ont colonisé le milieu dunaire et permis la stabilisation du sable. Dans l’Hérault, la destruction d’une route construite sur la dune et la restauration du lido du Petit et Grand Travers ont permis de réduire les risques de submersion marine et d’érosion côtière. Une avancée du trait de côte est même visible sur une partie du site. Crédit photo : Petit Travers – Jean Favennec En Vendée, le confortement dunaire et le reprofilage des dunes de Luzéronde a permis réduire la vulnérabilité de la communauté de communes de l’île de Noirmoutier aux submersions marines et prévenir les inondations Dans le Var, la restauration de la dune des Vieux Salins d’Hyères et la suppression d’une partie des enrochements ont permis de redonner une résilience au système dune-plage et de rétablir les fonctions de barrière naturelle contre les submersions. Crédit photo : Les Vieux Salins d’Hyères – Christophe Fretard En Guadeloupe, la restauration du couvert végétal littoral sur les communes de Sainte-Rose et de Petit-Canal, à travers la plantation d’espèces endémiques protégées par des enclos, a permis de rétablir le rôle de protection fourni par un couvert végétal dense contre les phénomènes érosifs. Crédit photo : Adam Gibaud Par la valorisation d’exemples concrets inspirants, ce recueil identifie les facteurs de réussite de chaque projet pour guider les acteurs du territoire qui souhaitent s’engager dans la démarche. Ces retours d’expérience illustrent l‘importance de la mise en place de démarches participatives de co-construction, de la concertation et de la communication entre l’ensemble des parties prenantes d’un territoire. De plus, ils montrent la nécessité de renforcer les moyens humains et financiers consacrés à ces actions pour garantir la pérennité de ces projets sur le long terme. Le déploiement des Solutions fondées sur la Nature doit aujourd’hui s’accélérer fortement avec la mise en œuvre de politiques volontaristes et opérationnelles. Des écosystèmes préservés et diversifiés sont nos meilleurs alliés pour limiter les impacts des catastrophes naturelles, dont la fréquence et l’intensité sont amplifiées par les changements climatiques. Pour aller plus loin : Les Solutions fondées sur la Nature Les 8 questions clés à se poser pour mettre en oeuvre les Solutions fondées sur la Nature
Quarry Life Award : Découvrez les deux projets de la catégorie « Recherche et gestion de la biodiversité » !

Tous les deux ans, le Groupe HeidelbergCement organise le Quarry Life Award, un concours scientifique et éducatif qui se déroule dans plus de vingt pays à travers le monde. L’ambition de ce concours est d’améliorer les connaissances en matière de biodiversité sur les sites de carrières, de la favoriser mais aussi d’informer et de sensibiliser le grand public à l’importance de sa préservation. Pour cette édition, quatre projets français concourent dans les catégories « Recherche et gestion de la biodiversité » et « Initiatives sociétales ». Depuis février et jusqu’à septembre, les porteurs de projet vont mettre en œuvre leurs projets sur les carrières de Bazoches, Achères, Ségrie et La Huellerie. Après avoir découvert les deux projets de la catégorie « Initiatives sociétales » en mai, découvrez maintenant les deux projets de la catégorie « Recherche et gestion de la biodiversité ». Cette dernière regroupe les projets qui visent à accroître les connaissances écologiques à l’échelle d’une carrière ou à améliorer la gestion de la biodiversité, du paysage et de l’eau sur le site. Ces projets seront évalués au regard de plusieurs critères comme la faisabilité du projet, sa valeur ajoutée pour la science et pour la carrière, son intérêt local, sa créativité et sa méthodologie. Restauration de corridors écologiques en faveur du sonneur à ventre jaune – carrière de Ségrie (72) Précédent Suivant Le Sonneur à ventre jaune est un petit crapaud, classé en danger critique de disparition (CR) sur la dernière liste rouge des amphibiens des Pays de la Loire. L’espèce est suivie sur la carrière de Ségrie depuis 2006 et une analyse génétique de cette population et de celle des sites de Vernie, situé à seulement 5km, a confirmé l’isolement des populations. Un travail sur la restauration des corridors écologiques a donc été entrepris dans le cadre de la déclinaison régionale du Plan National d’Actions en faveur du Sonneur à ventre jaune. Ce projet, porté par la LPO Sarthe, consiste à restaurer une zone humide, à créer une mare et à mesurer l’efficacité de ces actions afin de poursuivre le travail déjà engagé. Consultez le blog du projet pour suivre sa mise en œuvre ! Suivi des papillons de nuit sur une carrière calcaire – Carrière de la Huellerie (72) Marek Banasiak, naturaliste et le porteur de ce projet, participe pour la deuxième fois à ce concours afin d’étudier les papillons de nuit présents sur la carrière. En 2018, lors de la précédente édition, l’équipe de bénévoles qui l’accompagne avait inventorié 318 espèces de macrohétéroècres (grands papillons de nuit). Ce résultat avait montré l’attractivité de cette carrière pour la biodiversité là où il faut des années d’inventaire pour arriver au même résultat sur des sites plus ordinaires. Cette année, l’objectif est de poursuivre ce travail et de démontrer à nouveau toute la richesse du site. Consultez le blog du projet pour suivre sa mise en œuvre ! Vous avez manqué les deux projets de la catégorie initiatives sociétales présentés en mai dernier ? Retrouvez les ici. Rendez vous à l’automne pour découvrir le projet gagnant de chacune des catégories ! Plus d’informations Consultez les blogs des projets français sur le site du concours Contacter Fanny Brunstein, chargée de mission “Entreprises et biodiversité” Contacter Ludovic Pero, le référent national du concours (HeidelbergCement France) Les travaux du Comité français de l’UICN sur les entreprises et la biodiversité
Deux nouveaux guides Liste verte à disposition des gestionnaires

Le programme de la Liste verte de l’UICN vise à reconnaître et à accroître le nombre d’aires protégées gérées équitablement et efficacement à travers le monde. La Liste verte est une méthodologie et un label fondés sur un standard international, adaptable dans tous les pays. Le Comité français de l’UICN, avec son Groupe d’experts de la Liste verte, a déployé le programme Liste verte en France et continue d’accompagner les aires protégées françaises. Aujourd’hui, 22 sites sont labellisés et 3 sites sont en phase de candidature. Dans l’optique d’améliorer l’accompagnement des aires protégées vers la labellisation Liste verte, de faciliter la compréhension du standard et le cheminement dans la procédure, deux guides techniques viennent d’être finalisés. Le Guide du candidat à la Liste verte des aires protégées et conservées de l’UICN Ce document synthétique explique quelles sont les étapes chronologiques à suivre pour une inscription sur la Liste verte. Il précise également quelles sont les fonctions de chacun des acteurs impliqués dans le programme. Il s’adresse à tous les gestionnaires souhaitant comprendre le fonctionnement du programme de la Liste verte et candidater. LE GUIDE DE RECOMMANDATIONS POUR L’AUTO-ÉVALUATION VIS-À-VIS DES INDICATEURS DE LA LISTE VERTE DE L’UICN À L’ATTENTION DES CANDIDATS NATURA 2000 EN MER Ce guide a été conçu dans le but d’accompagner les gestionnaires de sites Natura 2000 en mer souhaitant s’engager dans le programme de la Liste verte des aires protégées et conservées de l’UICN. Il propose des conseils et orientations pour renseigner les 50 indicateurs lors de la phase d’auto-évaluation et complète ainsi le Guide du candidat en entrant dans les détails de ce qui est attendu en phase de candidature pour ces sites. Il a été élaboré en collaboration avec l’OFB, dans le cadre du projet européen LIFE intégré MarHa. Le LIFE MarHa poursuit l’objectif de rétablir et maintenir le bon état de conservation des habitats naturels marins en s’appuyant sur l’ensemble des acteurs impliqués dans la gestion du réseau Natura 2000 en mer et en lagunes méditerranéennes. PLUS D’INFORMATIONS Programme Aires protégées du Comité français de l’UICN La Liste verte des aires protégées de l’UICN Le réseau francophone de la Liste verte des aires protégées de l’UICN Pour toute question, contacter l’équipe Liste verte du Comité français de l’UICN : Laure Debeir – Chargée de programme aires protégées, Comité français de l’UICN – laure.debeir@uicn.fr Laurie Lefebvre – Chargée de mission Liste verte des aires protégées et conservées, Comité français de l’UICN – laurie.lefebvre@uicn.fr Crédit photo : Thierry Tortosa, Réserve Naturelle de la Sainte-Victoire
Interview de Romain Calaque
Membre du Bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Romain, vous travaillez aujourd’hui en tant que consultant indépendant. Pouvez-vous présenter les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la conservation de la nature, en particulier dans les pays en développement ? J’ai grandi dans le 6ème arrondissement à Paris (Quartier latin). Mes parents me disent que depuis que j’ai 4-5 ans, je souhaite partir protéger les animaux en Afrique. Il y avait un lien avec toutes les images de l’Afrique que nous recevions à cet âge (télé, images, etc…). En grandissant, il s’imposait que les animaux et cet univers était en train de disparaître, passant d’une hypothèse à une affirmation puis à la 6ème extinction. Cela a conforté mon intérêt pour travailler dans la conservation de la nature. J’ai aussi été très sensibilisé à cette question à la lecture de Romain Gary, notamment des Racines du ciel et de la Lettre à l’éléphant. Pour l’anecdote, lorsque j’étais en études vétérinaires, je rêvais de travailler avec la faune sauvage mais on m’avait averti qu’il y avait peu de places dans ce domaine. Pour un stage, j’avais candidaté au zoo de la Palmyre (l’un des rares zoo avec un vétérinaire résident) et je m’étais dit que si j’arrivais à obtenir ce stage alors je continuerai dans la faune sauvage. J’ai eu ce stage et cela a sûrement été déterminant dans mon engagement. Par la suite, j’ai participé à la création d’une association étudiante sur la faune sauvage qui nous permettait de rencontrer de nombreux professionnels puis je suis parti au Gabon pour un premier emploi de volontaire. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? Je suis vétérinaire de formation, c’est ce qui m’a conduit en Afrique. Puis je suis devenu expert. Je suis parti en brousse pour la première fois à la fin des années 90, en Afrique Centrale, pour un projet de soutien à des Chimpanzés orphelins. A cette occasion, je suis allé voir Jeff, qui était un chimpanzé orphelin remis en liberté un peu particulier car asocial. Nous avons passé plus de deux heures ensemble, à interagir et jouer. Cet évènement a ancré en moi les raisons pour lesquelles j’étais parti, a cristallisé mes rêves d’enfant. C’est aussi grâce à cet évènement que j’ai commencé à se faire rapprocher la protection de la nature et ma passion pour la politique. En effet, cet évènement a mis en exergue l’empathie (théorisé par Frans de Waal dans La politique du chimpanzé) et l’altruisme (effet réversif identifié par Darwin par lequel la sélection naturelle tend à faire émerger un mécanisme de groupe : le groupe prend soin de tous ses membres, en particulier les plus faibles) dont sont dotés les chimpanzés. Par la suite, je suis parti dix ans au Gabon, d’abord pour les Grands Singes (gorilles) puis j’ai obtenu mon premier emploi pour une ONG de conservation américaine (Wildlife Conservation Society) en tant qu’administrateur d’une équipe. J’ai évolué petit à petit en tant que chef de projet jusqu’à manager de la protection de la nature, Directeur adjoint pour le Gabon. Suites à des problèmes budgétaires, mon chef perd son poste et un des bailleurs se désengage engrangeant une perte de 50% du budget total. Je prends donc sa suite pour gérer l’organisation et engager un plan social de plus d’une vingtaine de personnes. Ceci m’a fait plonger dans le monde « merveilleux » du langage du management et de la recherche de financements. C’est avec cette expérience que je me rends compte des liens étroits de notre activité de conservation de la nature avec la politique, je décide de partir du Gabon où j’avais passé 10 ans de ma vie. Je décide également de rompre avec le management et devient conseiller-expert pour WCS. A ce moment-là, j’ai commencé à travailler dans tous les pays de la région. Une mission dans l’est de la RDC a été tout particulièrement marquante étant donné le contexte de guerre. J’ai découvert une espèce incroyable, on aurait dit un photo-montage, un couplement de zèbre et de girafe. C’est l’Okapi. Je suis donc arrivé dans cette réserve d’Okapi 6 mois après une grosse crise avec les Maï-Maï. Un jour, ils ont tué le garde (sectionné les deux jambes) puis sont rentrés dans le village. Le lendemain matin, alors que la plupart des collègues de l’ONG avaient fui dans la forêt, sur la place du village, les autres ont été regroupés et tués (en tout, 12 personnes) puis tous les okapis du refuge ont été abattus. Un garde et une femme de garde ont été brulés vifs au milieu du village, l’horreur absolue… Cette situation a fait apparaître la question sous-jacente du foncier et des ressources naturelles (minerais exploités par les militaires) et le fait que notre métier était pris dans un cadre politique beaucoup plus large. Par la suite, j’ai commencé à travailler avec mes amis camerounais sur la gouvernance car c’est un très bon cheval de Troie : Comment utiliser la gouvernance pour traiter de la question politique sans le dire (afin de conserver les financements) ? C’est à ce moment que je suis devenu consultant pour des ONG et des bailleurs. Maintenant je conseille principalement l’Union Européenne. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Actuellement, je travaille principalement sur les projets biodiversité de l’Union Européenne en Afrique du Centre et de l’Est. Depuis le début d’année, mon portfolio de projets s’est agrandi vers les pays classés en crise par l’UE (Soudan et Soudan du Sud, Afghanistan, Haïti, etc…). Mon rôle est de conseiller l’UE au siège mais aussi dans les pays partenaires via les délégations de l’UE sur leurs initiatives biodiversité et de conservation. Avec le non-renouvellement des Accords de Cotonou, c’est une phase particulière avec des procédures plus souples et concurrentielles dans le cadre du lancement de la nouvelle programmation. Ceci
Bilan de la Conférence des Nations Unies pour les océans de Lisbonne

La conférence des Nations Unies pour les océans qui s’est tenue à Lisbonne du 27 juin au 1er juillet avait pour objectif de soutenir la mise en œuvre de l’objectif de développement durable 14 : Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable. Elle s’est achevée avec l’adoption par les Etats de la déclaration politique « Our ocean, our future, our responsibility », dans laquelle ils s’engagent à mettre en œuvre les quelques 700 engagements volontaires annoncés à Lisbonne. La déclaration est introduite par le fait qu’« il faut plus d’ambition à tous les niveaux pour répondre à la situation désastreuse de l’océan » et Antonio Guterres, secrétaire général des Nations-Unies, a rappelé que l’ODD14 était le moins financé des objectifs de développement durable. Présent le 30 juin, le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé la candidature conjointe de la France et du Costa Rica pour l’organisation de la prochaine conférence des Nations unies pour les océans en 2025. Il a notamment rappelé les engagements pris à Brest lors du One Ocean Summit et que 102 États avaient rejoint la Coalition de la haute ambition pour la nature et les peuples, l’« alliance verte et bleue » en soutien à l’objectif 30/30. Il a annoncé le même jour, lors d’un événement à l’Oceanarium de Lisbonne, être en faveur d’un cadre légal pour mettre un coup d’arrêt à l’exploitation minière des fonds en haute mer et ne pas autoriser de nouvelles activités qui mettraient en danger les écosystèmes. Au début de la conférence, les gouvernements des îles Palaos, Fidji et Samoa ont lancé, avec le soutien d’une centaine de parlementaires de 37 pays, un appel à un moratoire sur l’exploitation minière des grands fonds, comme l’a demandé le Congrès mondial de l’UICN à Marseille. Parmi les plénières et les dialogues interactifs qui ont jalonné les cinq jours de débat, voici les éléments de synthèse et les liens de rediffusion des vidéos : Lutter contre la pollution marine (27 juin) Chaque année, environ 11 millions de tonnes de plastiques finissent dans les océans. Les États, ont promu une transition vers une économie circulaire du plastique et appelé à la mise en œuvre d’un instrument international juridiquement contraignant sur la pollution plastique d’ici 2024, comme acté à l’ANUE 5 à Nairobi. Gérer, protéger, conserver et restaurer les écosystèmes marins et côtiers (28 juin) En introduction, Elizabeth Mrema, Secrétaire exécutive de la Convention pour la Diversité Biologique, a rappelé le déclin de la biodiversité et la nécessité d’une plus grande mobilisation, et la Secrétaire exécutive de la Convention de RAMSAR, Martha Rojas Urrego, a illustré par la disparition de 67% des mangroves depuis 30 ans, et indiqué que les pertes de zones humides sont 3 fois plus rapides que les pertes de forêt alors qu’elles captent jusqu’à 50 fois plus de carbone. Elle a plaidé, comme de nombreux panélistes, pour développer des solutions fondées sur la nature pour renforcer les liens climat/biodiversité, notamment pour les mangroves et les récifs coralliens. Le Prince Albert II de Monaco a appelé à hausser les niveaux de protection des aires marines protégées en indiquant que seuls 2,4% sur les 8% correspondaient à de la protection forte. Minna Epps, Cheffe de l’Equipe Océan du Centre de l’UICN pour les actions de conservation, a appelé à soutenir l’adoption de l’objectif 30×30 dans le cadre des négociations pour la prochaine COP de la CDB, en rappelant que cet objectif est aussi soutenu par le GIEC, et l’importance de l’amélioration de la qualité de la gestion en référence à la Liste verte des aires protégées et conservées de l’UICN qui constitue aujourd’hui une référence mondiale pour progresser dans cette voie. Elle a aussi demandé le développement des autres mesures de conservation efficace par zone, une protection ambitieuse de la haute mer, et une réduction des impacts cumulés. Heremoana Maamaatuaiahutapu, Ministre de la culture et de l’environnement de la Polynésie française a quant lui a annoncé son intention de s’engager davantage dans la protection des récifs coralliens. Minimiser et traiter l’acidification, la désoxygénation et le réchauffement des océans John Kerry, envoyé spécial pour le climat des Etats-Unis a introduit les échanges en rappelant que l’océan absorbe 90% de l’excès de chaleur, et a appelé l’OMI à adopter des cibles plus ambitieuses, et à accompagner l’évolution vers des navires plus verts. Loreley Picourt, directrice exécutive de la plateforme Océan-Climat s’est félicitée de la prise en compte des océans dans les dialogues sur le climat depuis la COP 21. Rendre la pêche durable et permettre aux petits pêcheurs artisanaux d’accéder aux ressources et aux marchés marins (29 juin) Le rapport de la FAO sur la situation mondiale des pêches et de l’aquaculture 2022 été lancé. La production totale a atteint un record de 214 millions de tonnes dont 90.3 millions de tonnes pour les captures, 87.5 pour l’aquaculture et 36 millions de tonnes pour les algues. L’UIICN a ensuite rappelé l’importance de mettre un terme aux captures accidentelles, responsables de la mort de milliers de dauphins, tortues, requins et oiseaux marins. Accroître les connaissances scientifiques et développer la capacité de recherche et le transfert de technologie marine Amélie de Montchalin, Ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, a introduit les échanges en rappelant la mobilisation de la France pour protéger et exploiter durablement les océans, à travers la structuration de la flotte océanographique, l’implication sur la conclusion de l’accord sur la haute mer (BBNJ), et la constitution de Mercator en organisation intergouvernementale. Elle a rappelé le projet français de cartographier ses ZEE et le projet de jumeau numérique de Mercator océan. Elle a conclu les échanges en soulignant que la science devait fonder la prise de décision politique pour la protection de l’environnent. Pour aller plus loin Position de l’UICN en amont de la Conférence des Nations Unies sur les océans One Ocean Summit : le bilan Grands fonds marins : le Comité français de l’UICN soutient leur protection face aux dangers de l’exploitation minière