Un webinaire pour mieux comprendre les Solutions Fondées sur la Nature et leur déploiement dans le monde francophone

Lors du dernier Congrès Mondial de la Nature, l’UICN a appelé à déployer les Solutions Fondées sur la Nature dans les territoires. Précieuses alliées pour lutter et s’adapter aux effets des changements climatiques, elles nécessitent cependant d’être déployées selon des critères précis. Lors d’un webinaire sur les Solutions Fondées sur la Nature au sein du monde francophone, le Comité français de l’UICN a rappelé l’origine de ce concept forgé par l’UICN et les différents critères nécessaires à leur mise en place qui sont décrits en détails dans le standard mondial de l’UICN et présentés de façon synthétique dans un guide d’accompagnement publié par le Comité français de l’UICN. Des experts de l’UICN, du Centre béninois d’action pour l’environnement et le développement durable (ACED) et du Conservatoire du Littoral ont ensuite présenté des exemples concrets de Solution Fondées sur la Nature déployées en Afrique occidentale et en Méditerranée. Envie d’en savoir plus ? Retrouvez l’intégralité du webinaire et les présentations dans le lien ci-dessous : Le déploiement des SFN est essentiel pour assurer la résilience des territoires face aux changements climatiques tout en protégeant et restaurant la biodiversité. L’accompagnement et la formation des acteurs et des porteurs de projets est nécessaire pour permettre une mise en œuvre efficace de ces solutions. Pour aller plus loin : Les Solutions fondées sur la Nature8 questions à se poser pour mettre en oeuvre les Solutions fondées sur la NatureStandard mondial de l’UICN pour les Solutions fondées sur la Nature : première édition
La préservation des tortues marines en Afrique : la société civile se mobilise

Du 7 au 12 mars 2022 s’est tenu le premier Congrès africain des tortues marines. A cette occasion, Alexandre Girard, Président du Réseau des Acteurs de la Sauvegarde des Tortues Marines en Afrique Centrale (RASTOMA) dresse un état des lieux de la situation des tortues marines en Afrique et présente la dynamique de leur protection, notamment grâce aux réseaux régionaux de la société civile. Les côtes atlantiques de l’Afrique accueillent 5 espèces de tortues marines, classées sur la liste rouge de l’UICN : la tortue olivâtre et la tortue luth (toutes deux classées vulnérables), la tortue verte (en danger), la tortue imbriquée (en danger critique), et la tortue caouanne (vulnérable). L’Afrique atlantique abrite des sites de ponte d’importance mondiale pour ces espèces : les plages du Gabon et du Congo accueillent actuellement le plus grand nombre de pontes au monde pour la tortue luth. Les tortues olivâtres pondent régulièrement le long de l’ensemble de la côte atlantique de l’Afrique depuis l’Angola jusqu’à la Mauritanie ; l’Afrique centrale et de l’Ouest héberge ainsi l’une des plus importantes populations d’olivâtre non-arribadas. Les tortues vertes pondent quant à elles en masse sur certaines îles, notamment l’île de Poilao dans l’archipel des Bijagos (Guinée Bissau) en Afrique de l’Ouest avec plusieurs dizaines de milliers de ponte de cette espèce chaque année et sur l’île de Bioko (Guinée équatoriale) en Afrique centrale. La tortue imbriquée est très rare dans la région, elle pond à Sao Tomé et cette population relictuelle de l’Atlantique Est, réduite à quelques dizaines de femelles seulement constitue une priorité de conservation à l’échelle mondiale. Enfin l’archipel du Cap-Vert est le site de ponte le plus important de l’Atlantique Est pour la tortue Caouanne. Les eaux côtières des plateaux continentaux d’Afrique centrale et de l’Ouest sont également des aires d’alimentation où les tortues vertes et imbriquées se développent, se nourrissant sur les herbiers, et sur les fonds rocheux riches en faune et flore benthiques. Les statuts de la liste rouge de l’UICN sont fondés sur des évaluations globales à l’échelle mondiale de ces espèces. Mais la situation régionale reste globalement inconnue en raison du manque de données pour ces espèces en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. C’est pourquoi il est urgent d’évaluer l’abondance et les tendances des populations de tortues marines en recueillant des données sur leurs sites de ponte et d’alimentation dans l’Atlantique Est. Principales menaces et pressions Les menaces sont nombreuses et la pression anthropique sur les tortues marines et leurs habitats est forte le long des côtes atlantiques de l’Afrique. Les tortues sont fréquemment braconnées lorsqu’elles sortent sur les plages pour pondre. Leurs œufs sont régulièrement collectés. La consommation de la viande de tortues et des œufs est une pratique coutumière. Il existe pourtant des lois pour protéger ces espèces dans la plupart des pays d’Afrique atlantique mais leur mise en application est faible. Les captures accidentelles des tortues marines par les pêcheurs artisanaux et les pêcheries industrielles constituent aussi une menace de premier ordre pour les tortues marines le long de la côte Atlantique de l’Afrique. Les pêcheries artisanales côtières, notamment les filets maillants interagissent fortement avec les tortues marines. La pêche industrielle et semi-industrielle à la palangre, au chalut, à la seine sont également responsables de captures accidentelles. L’impact de ces pêcheries sur les tortues marines est encore mal évalué en Afrique Atlantique et mérite d’être mieux suivi. A cela s’ajoute le développement côtier : les constructions et extensions d’installations portuaires, l’urbanisation galopante des côtes en lien avec l’exode rural, la création de complexes touristiques, les installations pétrolières, etc. détruisent ou dégradent les habitats côtiers des tortues marines. Le réchauffement climatique provoque également une accélération de l’érosion côtière et la survenue plus fréquente d’évènements climatiques extrêmes. Ces phénomènes concourent à une plus grande vulnérabilité de la côte et à la détérioration des plages de ponte des tortues marines en Afrique. Enfin, la pollution physique (macro et micro-plastiques) et chimique (marée noire, dégazage, etc.) sont également responsables d’une détérioration de l’habitat des tortues marines. Les plastiques déversés dans la mer peuvent en outre être ingérés par les tortues marines, provoquant une surmortalité chez ces espèces déjà menacées. Les outils et solutions disponibles pour protéger les tortues marines Sur le terrain ces vingt dernières années, les Etats d’Afrique de l’Ouest et du Centre ont accéléré la sanctuarisation de zones côtières et marines en créant des aires marines protégées (AMP). Ces AMP sont une bonne nouvelle pour les tortues marines et certaines d’entre-elles ont été créés pour protéger ce groupe d’espèces sous l’impulsion des ONG (Grand bérébi en Côte d’Ivoire sous l’impulsion de CEM, Pointe Indienne en cours de création en République du Congo sous l’impulsion de Rénatura). Toutefois, la délimitation d’une AMP promulguée par la loi sur le papier ne protège pas. Les Etats oublient très souvent d’allouer des moyens humains et financiers pour la gestion de ces AMP et, le plus souvent, la protection effective de ces territoires dits protégés n’est pas réelle. Dans le meilleur des cas, de grandes ONG internationales de la conservation lèvent des fonds et créent des partenariats avec les Etats pour cogérer les Aires Protégées. Cette situation n’est pas souhaitable sur le long terme et il convient que les Etats africains s’emparent du sujet et fasse de la conservation de la biodiversité et de la gestion des Aires protégées une priorité méritant des moyens importants. Les tortues marines sont des espèces qui se déplacent parfois sur des milliers de kilomètres au cours de leur développement et entre leurs sites de reproduction et leurs sites d’alimentation. Elles peuvent utiliser l’ensemble de la bande sableuse littorale pour pondre et broutent dans les eaux côtières peu profondes pour les espèces herbivores et omnivores, ou chassent dans l’Océan ouvert pour les espèces carnivores. La protection de territoires circonscrits dans les AMP n’est donc pas une approche suffisante pour les protéger. C’est pourquoi l’action des communautés, des usagers de la mer et de la société civile est cruciale : les acteurs non-étatiques sont les seuls à assurer la protection de ces
Interview de Sébastien Pinchon
Président du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Sébastien, vous travaillez aujourd’hui en tant que responsable des opérations au sein de Parcs de Noé. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la conservation de la nature ? J’ai étudié la biologie avec une option marine à l’université. J’ai toujours été passionné par la mer et les grands espaces sauvages. J’ai eu la chance de vivre trois mois à Mayotte en 1988 ce qui m’a ouvert au monde, et accru mon attrait pour l’Afrique. Je suis également passionné par les cétacés, que j’ai étudié, mais j’ai arrêté mes études en 3ème cycle car je souhaitais privilégier le travail sur le terrain. Ce sont les raisons pour lesquelles je travaille dans la conservation de la nature : ma passion pour l’environnement, la faune, les grands espaces sauvages et le continent africain. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? A la suite de mes études, je suis parti deux fois six mois en République du Congo (RC) pour accompagner un ami primatologue dans son travail au sein de l’association HELP, au sein du parc national de Conkouati-Douli. Par la suite, de 2004 à 2009, j’ai été volontaire pour la conservation des baleines à bosse dans l’Océan Indien (Madagascar, Mayotte, Comores, Djibouti) avec l’association Megaptera et Cetamada pour laquelle j’ai contribué à sa création. J’étais en charge de collecter des données sur les baleines, de coordonner les volontaires, de conduire des sorties écotouristiques… Après 8 ans de bénévolat/volontariat, j’ai rejoint un réseau d’associations de médiation scientifique et d’éducation populaire en France, Planète Sciences. J’y ai été responsable national de l’éducation environnementale pendant 7 ans. J’ai ainsi construit des projets scientifiques basés sur la démarche expérimentale avec des jeunes en partenariat avec des instituts de recherche (IRD, CNRS, IRSTEA…). Si j’adorais faire de l’éducation populaire et travailler avec la jeunesse, l’appel des grands espaces résonnait toujours. J’ai eu l’opportunité de rejoindre Noé en 2014, avec une progression linéaire, de chargé de projets à responsable de pôle jusqu’à mon poste actuel de responsable des opérations pour Parcs de Noé. Chaque expérience m’a apporté des moments très forts mais mes plus belles rencontres sont certainement les six mois passés en forêt à Conkouati-Douli et celles avec les baleines à bosse. En République du Congo, ça a été une claque monumentale, de vivre avec une flore et une faune si riche, côtoyer les chimpanzés au quotidien, se retrouver face à face avec des gorilles, des éléphants… Les rencontres avec les baleines à bosse sont inoubliables, ce sont des interactions qui ont fait vibrer mon âme toute entière et qui m’ont marqué à vie. Ensuite, les rencontres avec les enfants, les bénévoles, les chercheurs à Planète Science ont été toutes aussi incroyables et m’ont permis de développer une culture scientifique très large. A Noé, j’apprends tous les jours. J’ai développé une certaine expertise sur énormément de sujets, notamment sur les aspects de développement, de gouvernance et même sécuritaires… j’ai pris conscience de l’approche large et holistique de ce qu’est la conservation et ai eu la chance de pouvoir me confronter à l’ensemble de ces champs, ce qui est extrêmement enrichissant. Le but de la conservation étant de trouver des solutions à des problèmes d’intérêts généraux pour les communautés et la biodiversité, y arriver est extrêmement satisfaisant. Ce n’est pas redondant car les difficultés et les problèmes ne sont jamais les mêmes. Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? Les grands espaces dans le monde ont toujours eu un fort pouvoir d’attraction sur moi et, de par mon histoire familiale et personnelle, j’ai un lien particulier avec l’Afrique. Depuis tout petit, je suis attiré par ses grands espaces mais aussi par ses communautés et sa richesse culturelle. Lors de mon premier séjour en Afrique, à 11 ans à Mayotte, j’ai développé des amitiés incroyables et cela m’a ouvert au monde. Et à chacune de mes expériences j’ai eu la chance d’y rencontrer des personnes d’une grande richesse. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Au sein du programme Parcs de Noé, je suis le superviseur opérationnel de nos activités au Niger. Nous intervenons également au Tchad et au Congo, et j’y assiste mes collègues. Je suis aussi référent sécurité et contribue aux réflexions stratégiques et à toutes les autres activités de notre programme. Les principaux défis auxquels nous sommes confrontés dans le cadre de nos actions sont les défis liés à la délégation de gestion des aires protégées : mettre en place une stratégie de gestion adaptée et efficiente. Pour cela, nous avons une gestion adaptative permanente. Il y a aussi un enjeu financier car nous portons la responsabilité de gestion financière et de financement des aires protégées dans lesquelles nous intervenons. C’est un défi lorsque l’on multiplie les sites et notamment, dans le cadre des mandats de longue durée qui nous sont attribués. Il y a aussi le défi sécuritaire au Niger, qui est lié à la sous-région, qui cause beaucoup de crispations et de tensions. Le prisme sur les ONG évolue avec la présence de trafiquants, de terroristes et djihadistes et cela complexifie notre travail. Depuis quelques années, le personnel ONG peut être pris pour cible (comme cela a pu être le cas au Bénin, au Burkina Faso ou au Niger) et cela a un impact sur notre travail, et une réflexion est nécessaire pour se protéger dans le futur avec l’ensemble des acteurs des aires protégées, la société civile, les communautés, les autorités et même le secteur privé. Les réalisations professionnelles chez Noé dont je suis le plus fier sont le succès de conservation des Pélicans Frisés dans les Balkans mais aussi et surtout que Parcs de Noé soit impliqué sur
Les Solutions Fondées Sur La Nature à la Monaco Ocean Week

Après le One Ocean Summit de février 2022 à Brest, le Comité français de l’UICN était présent à Monaco lors de la 5ème édition de la Monaco Ocean Week. Ce rendez-vous annuel a accueilli durant la semaine les acteurs clés du monde de la mer (pouvoirs publics, monde associatif, communauté scientifique…) engagés à l’échelle locale et internationale. Notre participation a été l’occasion de présenter les Solutions fondées sur la nature pour répondre aux changements climatiques dans le bassin Méditerranéen. Inondations, montée des eaux, incendies, sécheresses, canicules…la Méditerranée est particulièrement touchée par les changements climatiques et le sera encore davantage à l’avenir. Pour y faire face, l’UICN a recommandé d’y développer les Solutions fondées sur la Nature lors de son dernier Congrès mondial de la nature à Marseille (motion 036 ) afin de limiter le changement climatique et les risques naturels associés, et protéger la biodiversité. Avec le Centre de coopération pour la Méditerranée de l’UICN, la Tour du Valat et la Plateforme Océan et Climat, le Comité français de l’UICN a organisé une conférence à ce sujet le 25 mars 2022 pour présenter les Solutions fondées sur la nature et des retours d’expériences réussies et d’échanger sur l’appropriation du concept dans un contexte méditerranéen. De la gestion adaptative des étangs et marais des Salins de Camargue comme solutions face à l’élévation du niveau de la mer à la protection du lido de Sète, l’auditoire a pu faire un tour d’horizon des initiatives pour renforcer la résilience climatique de la Méditerranée. Il est crucial d’investir aujourd’hui dans les Solutions fondées sur la nature qui offrent des réponses concrètes et durables dans la lutte contre les crises interconnectées du changement climatique et de la biodiversité. Elles doivent être un élément clé des contributions des États à l’Accord de Paris pour le climat et de la nouvelle stratégie mondiale de la biodiversité qui sera adoptée prochainement par la COP15 de la Convention sur la Diversité Biologique. Envie d’en savoir plus ? Téléchargez les présentations de cette conférence : Que sont les solutions fondées sur la Nature ? – Comité Français de l’UICNEtat des lieux des initiatives pour renforcer la résilience climatique de la Méditerranée – Centre de coopération pour la Méditerranée de l’UICNSolutions d’adaptation pour les villes côtières exposées à l’élévation du niveau de la mer – Plateforme Océans & Climat
Protection de la haute mer : gardons le cap et adoptons un traité ambitieux en 2022

Alors que se terminait vendredi 18 mars la quatrième session de négociations sur la haute mer – dit “BBNJ” (Biodiversity Beyond National Jurisdictions) – à New-York, le Comité français de l’UICN salue la dynamique impulsée et exhorte les États à finaliser et adopter un traité sur la haute mer ambitieux et opérationnel, lors de la 5ème session prévue en août 2022. Ce nouveau rendez-vous décisif pour la gouvernance de l’océan fait suite au One Ocean Summit de Brest en février, qui voyait le lancement par l’Union Européenne et 13 autres pays d’une coalition de la haute ambition pour conclure un traité international destiné à protéger la haute mer. Représentant près de la moitié de la surface du globe, la haute mer est considérée comme une zone quasiment non réglementée, comprenant selon la Convention sur le droit de la mer (CNUDM, 1982) tout l’espace marin non soumis à la juridiction des États côtiers et où prévaut le principe de la liberté. Aujourd’hui moins de 1% de la haute mer est hautement protégé et il n’existe pas de critères uniformes pour la réalisation d’études d’impact environnemental pour ces espaces vulnérables. En effet, le changement climatique, l’acidification et la désoxygénation de l’océan, la surpêche, la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, l’exploitation minière en eaux profondes, la destruction des habitats, le bruit, ou encore la pollution chimique et plastique figurent parmi les nombreuses menaces pour la biodiversité marine. Pour répondre à ce manque de réglementation, et après dix années de préparation, la conférence BBNJ a rassemblé les représentants de 196 États du 7 au 18 mars à New-York, pour poursuivre les travaux repris en septembre 2020. Les négociations ont porté sur quatre sujets clés : les outils de gestion par zone, en particulier les Aires Marines Protégées, les études d’impact sur l’environnement, les ressources génétiques marines incluant les questions relatives au partage des avantages issus de leur exploitation, et le renforcement des capacités et le transfert de technologies. Si les discussions n’ont pas été conclusives, les pays ont entamé un réel processus de négociation que nous souhaitons voir aboutir cette année. Mais pour garder le cap de la protection de l’océan, le Comité français de l’UICN rappelle ses attentes et recommandations : Concernant les aires marines protégées (AMP), il est essentiel que le traité permette la mise en place d’un réseau écologiquement représentatif, bien connecté et bien géré d’Aires Marines Protégées, dont une part substantielle hautement et entièrement protégées. L’UICN se félicite à ce sujet de la reconnaissance par les négociateurs du rôle de la Conférence des Parties (COP) et demande à ce qu’elle puisse avoir un rôle actif pour les aires marines protégées et la conservation de la biodiversité marine, même lorsqu’il existe déjà d’autres organismes compétents. Pour les études d’impact environnemental, sujet qui a également fait débat, il apparaît essentiel que le traité prévoie un système commun, rigoureux, intégré, indépendant et fondé sur la science d’évaluation, de gestion et de suivi des effets individuels et cumulatifs des activités humaines et du changement climatique sur la biodiversité marine de la haute mer. Il est important que les activités affectant la biodiversité soient évaluées selon des normes communes et élevées, et que les États élaborent des évaluations environnementales stratégiques (EES) pour constituer une base de connaissances partagées et permettant de prendre les décisions nécessaires pour la préservation de la biodiversité marine. Enfin, nous soutenons la mise en place d’un organe scientifique et technique chargé de conseiller et évaluer de manière indépendante les processus relatifs à ces évaluations et aux AMP. En conclusion, nous appelons à l’adoption en 2022 de ce traité international sur la haute mer conformément à la recommandation du Congrès mondial de l’UICN de Marseille.
Conclusions des assises de la forêt et du bois : entre satisfactions et attentes

Les Assises de la forêt et du bois ont mis en évidence le large consensus sur les enjeux : mieux prendre en compte les attentes de la société, renforcer la résilience des forêts face au changement climatique et préserver leur biodiversité. Nous saluons l’annonce d’avancées concrètes comme les lancements d’un plan national d’action en faveur des vieilles forêts et des vieux bois, si importants pour la biodiversité ; d’un appel à manifestation d’intérêt «Territoires forestiers résilients» pour expérimenter des démarches de concertation ; l’élargissement des acteurs du Conseil Supérieur de la Forêt et du Bois et son pilotage devenant interministériel. Pour autant, des sujets importants restent en suspens : encadrement des coupes rases de grande dimension ; enjeux spécifiques des forêts ultramarines ; sortie des produits chimiques de synthèse. Nous appelons le futur gouvernement, les collectivités, parlementaires et tous les acteurs de la filière à poursuivre un dialogue constructif et la mobilisation de tous pour définir les principes et modalités d’une gestion soutenable des forêts. Les assises de la forêt et du bois ont ouvert un dialogue inédit et indispensable Lancées le 19 octobre 2021, les Assises de la Forêt du Bois ont été saluées par nos organisations, tant pour la qualité des débats que par le choix de leurs quatre thèmes de travail : résilience de la forêt face au changement climatique, préservation de la biodiversité, valorisation économique, renforcement du dialogue avec la société. Nous avons contribué activement aux réflexions des groupes de travail, et avons résumé nos propositions dans un document final de synthèse portant sur les forêts métropolitaines et ultramarines. Ce document, diffusé en janvier 2021, appelait à s’appuyer sur 3 dispositifs pour poursuivre le dialogue, à ouvrir 4 chantiers de moyen terme et à prendre 5 décisions immédiates et marquantes à court terme. Les premières avancées concrètes étaient attendues Nous saluons l’annonce du lancement d’un plan de protection des sols forestiers et d’un plan national d’action en faveur des vieilles forêts et des vieux bois attendu depuis 2004, deux sujets si importants pour la biodiversité et la résilience. Dans ce cadre, nous appelons à la mise en place d’un véritable réseau de forêts en libre évolution à l’échelle nationale, s’inspirant de démarches existantes dans plusieurs régions. Nous constatons avec soulagement l’intention de mieux encadrer les soutiens financiers accordés pour l’adaptation des forêts au changement climatique, en prévoyant notamment une obligation de diversification des plantations au-dessus de 4 ha et l’annonce de la création d’une commission scientifique sur les arbres exotiques. C’est un premier pas encourageant. Nous saluons également le lancement d’un appel à manifestation d’intérêt «Territoires forestiers résilients» expérimenter des démarches de concertation autour de l’adaptation de la gestion des forêts au changement climatique. Enfin, nous partageons l’objectif de renforcer les moyens consacrés à la résilience des forêts face aux crises, notamment climatique et de biodiversité, par l’intermédiaire de moyens pérennes. Nous restons vigilants concernant leur utilisation à bon escient, en particulier dans les espaces protégés. Des sujets urgents restent en suspens Cela étant, nous regrettons que l’occasion n’ait pas été saisie de supprimer clairement l’utilisation en forêt des produits chimiques de synthèse, et de promouvoir leurs alternatives. En outre, nous demandions qu’un nouveau cap soit donné sur l’encadrement des coupes rases de grande dimension, ces perturbations de l’écosystème et du paysage étant particulièrement rejetées par nos concitoyens. Cette réflexion devra se poursuivre pour promouvoir des pratiques d’exploitation moins impactantes. Enfin, nous regrettons vivement à nouveau que la grande diversité et richesse des contextes et enjeux des forêts ultramarines ne donnent pas lieu à des décisions concrètes significatives pour répondre aux attentes des acteurs de ces territoires. Voies d’avenir Face au changement climatique, les forêts ont un rôle essentiel à jouer. Celui-ci est d’ores et déjà fragilisé par les difficultés de la gestion des forêts à s’adapter. Découlant d’une crise climatique durable, ces enjeux plaident pour une révision en profondeur de la politique forestière. Une gouvernance plus ouverte à tous les enjeux et des choix politiques fixant un cap partagé restent à concrétiser dans les années à venir. Nos organisations œuvrent ensemble depuis la remise du rapport “Forêts françaises en crise” en mai 2020 à la députée Anne-Laure Cattelot. Nous portons des propositions communes visant à inscrire les enjeux environnementaux à leur juste place dans la multifonctionnalité des forêts. Nos organisations sont déterminées à poursuivre et renforcer le dialogue sur ces enjeux d’importance. Le Comité français de l’UICN, France Nature Environnement, Humanité et Biodiversité, la LPO, Réserves naturelles de France et le WWF France
COP15 : une étape décisive s’ouvre pour la future stratégie mondiale de la biodiversité

Alors que les négociations reprennent en présentiel à Genève, le Comité français de l’UICN appelle les États à confirmer leurs engagements pour adopter une stratégie mondiale de la biodiversité ambitieuse et efficace. Cette stratégie doit enrayer l’érosion de la biodiversité d’ici 2030 et engager les actions nécessaires pour sa restauration d’ici 2050, afin de vivre en harmonie avec la nature. L’ambition doit se traduire par des objectifs concrets et mesurables pour mettre fin à la perte de la biodiversité et la restaurer. L’efficacité doit se traduire par des stratégies nationales de la biodiversité déclinant ces objectifs dans les pays, de contributions financières à la hauteur des enjeux et par un mécanisme de suivi et d’évaluation régulier et rigoureux pour vérifier l’atteinte des objectifs. Le Comité français de l’UICN demande en particulier aux Etats de défendre : L’objectif 30×30 de conservation d’au moins 30% des écosystèmes terrestres, d’eau douce, marins et souterrains d’ici 2030 à l’échelle mondiale, fondé sur l’efficacité de gestion des aires protégées ; Un objectif de restauration des écosystèmes à 30% et tenant compte des priorités liées à leurs risques d’effondrement ; L’inclusion des Solutions fondées sur la Nature pour lutter contre le changement climatique et s’adapter à ses effets : Des objectifs distincts et ambitieux pour les espèces, les écosystèmes et la diversité génétique couvrant les trois niveaux de diversité biologique ; La réduction forte des pressions sur la biodiversité (dégradation des milieux naturels, surexploitation, changement climatique, pollutions, espèces exotiques envahissantes) L’évaluation régulière et obligatoire des progrès réalisés par les États avec un bilan d’étape sur les actions mises en œuvre par les États à chaque COP Biodiversité, tous les 2 ans, pour vérifier que l’atteinte des objectifs est en bonne voie. Une mobilisation accrue des ressources financières pour la biodiversité, aujourd’hui seulement 100 milliards de dollars de dépenses publiques et privées sont mobilisées par an pour la biodiversité alors que 800 milliards sont nécessaires. Cette augmentation des financements doit obligatoirement aller de pair avec une réforme des subventions publiques dommageables à la biodiversité. La mobilisation de tous les acteurs et en particulier les ONG, les collectivités locales, les peuples autochtones et communautés locales, les entreprises, le secteur de la finance, les jeunes, et les femmes. La Déclaration de Kunming adoptée en octobre dernier avait donné le ton des ambitions politiques qui devront être confirmées dans les négociations de Genève, avant l’adoption définitive de la stratégie mondiale prévue cette année.
Bilan CITES : Des avancées mais de fortes préoccupations qui demeurent

Alors que se termine aujourd’hui la conférence de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) à Lyon, le Comité français de l’UICN salue les décisions des Etats de renforcer les mesures pour lutter contre la surexploitation des espèces mais souligne les préoccupations importantes qui subsistent encore. Le trafic d’espèces sauvages figure parmi les principales menaces pour la biodiversité, affectant des milliers d’espèces animales et végétales classées dans la Liste rouge mondiale des espèces menacées de l’UICN. Ce trafic constitue aujourd’hui l’une des activités criminelles transnationales les plus lucratives au monde, représentant environ 20 milliards d’euros par an. Il apparaît souvent associé à d’autres activités illicites (blanchiment d’argent, corruption) et alimente parfois des groupes armés et des réseaux terroristes. Le Lambi est une des espèces les plus braconnées dans les Antilles françaises © L. Baraud Pour faire face à cette menace, la réunion du Comité permanent de la CITES a rassemblé près de 500 participants, du 7 au 11 mars à Lyon, représentant les Etats parties à la convention et des ONG du monde entier dont le Comité français de l’UICN. Le Comité permanent a pour fonction d’assurer un suivi des mesures mises en œuvre dans le cadre de la convention et de définir de futures orientations pour son application. Parmi les points à l’agenda cette année, figurait notamment la préparation de plusieurs projets de résolutions qui seront discutés en vue de leur adoption lors de la prochaine Conférence des Parties de la CITES (COP19) prévue du 14 au 25 novembre au Panama. Plusieurs sujets importants ont été abordés, comme la situation des éléphants d’Afrique et le commerce illégal de l’ivoire, la situation des requins et des raies, des grands félins, des lambis, des hippocampes, des coraux ou encore des forêts… Au terme de ces journées, le Comité français de l’UICN salue les décisions prises par les Etats pour accentuer la coopération internationale, renforcer les possibilités d’enquêtes et améliorer la lutte contre le trafic de nombreuses espèces victimes du braconnage et du commerce illégal. Ces actions vont dans le sens des recommandations du dernier Congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille sur la lutte contre la criminalité environnementale, ainsi que sur le trafic de lions, de tigres et d’oiseaux chanteurs d’Asie. La menace majeure que représentent ces trafics pour la santé humaine, avec le risque de propagation de pathogènes et d’émergence de futures zoonoses, a aussi été soulignée et fera partie des enjeux au cœur des discussions de la COP19 au Panama. Cela vient en écho à la recommandation de l’UICN demandant de développer l’approche « une seule santé » en s’attaquant aux causes de la perte de biodiversité. De vives discussions ont également eu lieu sur des sujets figurant au centre des attentions, tels que la capture et la vente d’éléphants vivants, comme vient de le réaliser la Namibie avec l’exportation de 22 éléphants aux Emirats Arabes Unis, sujet qui devra faire l’objet de décisions lors de la prochaine COP. Enfin, de fortes préoccupations demeurent sur le commerce illégal de nombreuses espèces, parmi lesquelles les pangolins, les rhinocéros, le tigre, le guépard, les requins ou des essences forestières comme le palissandre et le bois de rose. Face à l’ampleur des menaces, il est urgent de redoubler les efforts pour enrayer le braconnage et la surexploitation qui frappent la faune et la flore. Le Comité français de l’UICN propose 10 solutions concrètes pour renforcer la lutte contre le trafic d’espèces sauvages en impliquant davantage tous les acteurs, en particulier les autorités judiciaires (juges et magistrats), les agents de contrôle déployés sur le terrain (douanes), les transporteurs aériens et les aéroports. Plus d’informations – Communiqué de presse– Le rapport avec nos 10 recommandations concrètes – en anglais– La CITES– L’appel de décembre 2021 au renforcement de la lutte contre le trafic des espèces sauvages en france– Le programme « Politique de la biodiversité »– Le programme « Espèces »
Gestion du risque requins : prévenir plutôt qu’abattre

Le sujet des risques avec les requins est une problématique majeure pour la sécurité humaine et la gestion des écosystèmes marins, particulièrement dans les outre-mer où des évènements tragiques ont lieu de plus en plus fréquemment ces dernières années. Le Comité français de l’UICN publie aujourd’hui une position officielle appelant à la mise en place de politiques de prévention du risque requin (systèmes de signalisation et moyens de surveillance proactifs et non létaux dans les zones touristiques et sportives, réglementations des déchets de pêche, amélioration des systèmes de collecte et de traitement des eaux usées et de ruissellement, adoption d’outils de gestion prévisionnels opposables…) à la place de mesures ayant des impacts sur l’environnement, en particulier l’abattage des grands requins, maillon essentiel des écosystèmes marins aujourd’hui menacés. La position du Comité français de l’UICN incite également les collectivités concernées à mettre en place des espaces de concertation et d’animations permettant une meilleure compréhension et acceptation des facteurs de risque par les populations locales, ainsi qu’une coopération internationale en matière de gestion du risque requin. Les requins peuplent depuis des millions d’années l’océan et jouent un rôle fondamental dans le maintien de son équilibre, en tant que grand prédateur. La Liste rouge des espèces menacées de l’UICN indique cependant que 37% des espèces de requins et de raies sont désormais menacées d’extinction. Le respect et la rationalité sont la pierre angulaire d’une coexistence re-pacifiée pour un « mieux-vivre ensemble » avec le vivant, comme l’a souligné le Comité français de l’UICN dans son Manifeste éthique. Plus d’informations – Télécharger l’avis– Les travaux du groupe outre-mer Photo bandeau : Requin tigre à Rangiroa, Polynésie française © Bernard Beaussier
CITES : 10 recommandations pour lutter contre le trafic d’espèces sauvages et la criminalité organisée

Du 7 au 11 mars 2022 se tient à Lyon la 74e session du Comité permanent de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), en préparation de la Conférence des Parties prévue en novembre prochain au Panama (COP19). Plusieurs sujets importants pour la France y seront abordés, tels que la situation des éléphants d’Afrique et le commerce illégal de l’ivoire, avec une attention forte portée sur le renforcement de la coopération, la lutte contre la fraude et la gestion des spécimens confisqués. Le Comité français de l’UICN saisit cette occasion pour proposer 10 solutions concrètes pour renforcer la lutte contre le trafic d’espèces en impliquant davantage tous les acteurs, et en particulier les autorités judiciaires (juges, magistrats), les agents de contrôle déployés sur le terrain (douanes), les transporteurs aériens et les aéroports. Le droit de l’environnement français, renouvelé et renforcé depuis une dizaine d’années, prévoit de nombreux outils dont l’utilisation rendrait plus efficace la lutte contre le trafic d’espèces : en retenant par exemple des peines plus fortes ou la qualification de circonstance aggravante de bande organisée, en prononçant des peines complémentaires ou la confiscation des biens. Il est aussi nécessaire aujourd’hui d’accroître la responsabilité et l’engagement des transporteurs aériens et de prévoir une réglementation plus adaptée pour les bagages des voyageurs, en prévoyant la réduction du poids des bagages en soute à 23 kilos maximum pour tous les vols commerciaux en provenance d’Afrique comme c’est le cas pour les autres provenances, pour diminuer les quantités transportées tout comme les risques sanitaires et environnementaux liés au trafic de viande de brousse. La sensibilisation des voyageurs aux enjeux et aux conséquences du trafic d’espèces est l’un des leviers importants pour enrayer ce phénomène. Pour apporter une première réponse, une campagne de communication portée par Air France et le Groupe ADP à destination des passagers sera lancée cet été en collaboration avec le Comité français de l’UICN. Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN. Plus d’informations – Le rapport avec nos 10 recommandations concrètes – en anglais– Contact : Florence Clap, Chargée de programme Politique de la biodiversité– La CITES – suivre la SC74 de Lyon sur Youtube– L’appel de décembre 2021 au renforcement de la lutte contre le trafic des espèces sauvages en france– Le programme « Politique de la biodiversité »– Le programme « Espèces » Photo bandeau : Pangolin – CC BY Tikki Hywood