Gestion du risque requins : prévenir plutôt qu’abattre

Le sujet des risques avec les requins est une problématique majeure pour la sécurité humaine et la gestion des écosystèmes marins, particulièrement dans les outre-mer où des évènements tragiques ont lieu de plus en plus fréquemment ces dernières années. Le Comité français de l’UICN publie aujourd’hui une position officielle appelant à la mise en place de politiques de prévention du risque requin (systèmes de signalisation et moyens de surveillance proactifs et non létaux dans les zones touristiques et sportives, réglementations des déchets de pêche, amélioration des systèmes de collecte et de traitement des eaux usées et de ruissellement, adoption d’outils de gestion prévisionnels opposables…) à la place de mesures ayant des impacts sur l’environnement, en particulier l’abattage des grands requins, maillon essentiel des écosystèmes marins aujourd’hui menacés. La position du Comité français de l’UICN incite également les collectivités concernées à mettre en place des espaces de concertation et d’animations permettant une meilleure compréhension et acceptation des facteurs de risque par les populations locales, ainsi qu’une coopération internationale en matière de gestion du risque requin.  Les requins peuplent depuis des millions d’années l’océan et jouent un rôle fondamental dans le maintien de son équilibre, en tant que grand prédateur. La Liste rouge des espèces menacées de l’UICN indique cependant que 37% des espèces de requins et de raies sont désormais menacées d’extinction. Le respect et la rationalité sont la pierre angulaire d’une coexistence re-pacifiée pour un « mieux-vivre ensemble » avec le vivant, comme l’a souligné le Comité français de l’UICN dans son Manifeste éthique. Plus d’informations – Télécharger l’avis– Les travaux du groupe outre-mer Photo bandeau : Requin tigre à Rangiroa, Polynésie française © Bernard Beaussier

One Ocean Summit : Alerte sur l’exploitation des fonds marins dans les eaux françaises

Alors que le One Ocean Summit rassemble un grand nombre de chefs d’Etats autour d’une « diplomatie bleue » instiguée par le Président de la République française, le Comité français de l’UICN souhaite alerter sur une possible exploitation minière au sein de l’espace maritime français par le biais d’une position officielle, publiée aujourd’hui. La menace qui pèse sur grands fonds marins, un des derniers écosystèmes encore préservés de notre planète – c’est à dire la volonté d’aller y extraire des minerais – a fait beaucoup parler d’elle ces derniers jours. De nombreux scientifiques et ONG s’inquiètent en effet des conséquences de ce type d’activités industrielles sur ces habitats encore méconnus et éloignés de tout son et lumière, au développement très lent. Cependant, l’attention semble se focaliser sur la possibilité d’extraction en dehors des espaces maritimes sous souveraineté des Etats Côtiers, appelée la « Zone » dans le jargon juridique. Or, au sein de la Zone, les velléités d’extraction sont régulées par l’Autorité Internationale des Fonds Marins, qui distribue les permis d’exploration (la France en détient deux) et travaille actuellement à la régulation des activités avec l’élaboration d’un code minier qui encadrerait l’extraction. Ce n’est cependant pas le cas au sein des espaces maritimes sous juridiction nationale, y compris au sein des eaux françaises qui pour rappel, représentent la deuxième plus grande Zone Economique Exclusive (ZEE) et plateaux continentaux du monde. Et ce notamment, grâce aux territoires d’outre-mer situés dans les trois océans, mais aussi au fait que la France a travaillé ces dernières années à étendre son plateau continental au delà des 200 milles marins : c’est ce qu’on appelle le « plateau continental étendu »,  qui a permis a la France de gagner 730 000 km2 d’espace maritime supplémentaire au large de la Guyane, des Antilles, de La Réunion, des Terres australes et de la Nouvelle-Calédonie. Or, le gouvernement a annoncé clairement en octobre dernier sa volonté de sécuriser les métaux stratégiques tels que le colbalt, le cuivre ou le nickel, dont recèleraient certains espaces au sein de la ZEE et du plateau français, notamment au large de la Nouvelle-Calédonie, de la Polynésie française et des Terres Australes françaises – qui abritent pourtant des écosystèmes marins exceptionnels et vulnérables. Le Comité français de l’UICN, en publiant cette Position, souhaite alerter sur les dangers d’une exploitation minière au sein des eaux françaises. L’Etat possède des droits souverains sur les ressources naturelles de son sol et sous-sol, droits qui ne sont que peu encadrés par la législation française. La France, dans sa nouvelle stratégie nationale des grands fonds marins (21 janvier 2021) prône l’exploration de ces fonds, et ne cache désormais plus son ambition de les exploiter. Elle est d’ailleurs en train d’élaborer des ordonnances qui abrogeront la seule disposition du code minier français qui interdisait jusqu’ici d’exploiter les fonds marins français… « L’exploitation des derniers écosystèmes encore non impactés par l’homme est une catastrophe environnementale annoncée. Il est urgent de réaliser ce qui est en train de se passer, et demander au gouvernement des garanties juridiques pour préserver l’espace maritime de la France, et les trésors de biodiversité qui s’y trouvent encore, avant qu’il ne soit trop tard. Compte tenu de l’étendue de son espace maritime, la France possède une responsabilité importante vis-à-vis de tous et elle doit se montrer à la hauteur de ses obligations environnementales internationales ». Virginie Tassin Campanella, avocate en droit de la mer et experte du Comité français de l’UICN. ll en va de la protection de ce « One Ocean », au coeur des discussions des dirigeants réunis à Brest aujourd’hui.  PLUS D’INFORMATIONS – La position du Comité français de l’UICN sur l’exploitation des fonds marins dans les eaux françaises– Les travaux du groupe Outre-mer– Le One Ocean Summit Photo bandeau : © NOAA Okeanos Explorer Program, 2016 Deepwater Exploration of the Marianas, Leg 3

COP26 : Les positions de l’UICN pour la nature et le climat

La COP26 de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se tient du 31 octobre au 12 novembre 2021 à Glasgow dans un contexte de crises climatique et de la biodiversité. Les évènements météorologiques extrêmes de 2021, dont des inondations catastrophiques, des vagues de chaleur et des incendies de forêts, nous rappellent l’urgence d’agir sur le changement climatique qui genère des boulversements aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. La COP 26 sur le Climat doit prendre des décisions fortes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et s’appuyer davantage sur les solutions fondées sur la nature. « Nous savons qu’une partie de la réponse face au réchauffement climatique réside dans la régénération des écosystèmes. Notre message pour la Cop26 est le suivant : la nature est la solution à la majorité de nos problèmes » Bruno Oberle, Directeur général de l’UICN – le 8 septembre 2021 au Congrès mondial de l’UICN à Marseille Pour cette COP26, l’UICN met l’accent sur les points suivants en s’appuyant sur les messages clés du Congrès mondial de l’UICN :  1. L’urgence du climat et de la biodiversité sont deux manifestations d’une même crise. L’UICN appelle les Etats à réduire d’urgence les émissions de GES dans tous les secteurs afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5° et à promouvoir les synergies avec les processus internationaux visant à lutter contre le changement climatique et la perte de la biodiversité. Le rapport du GIEC de 2018 indique que pour maintenir un réchauffement planétaire à 1,5°C par rapport aux niveaux préindustriels, il faut que les émissions anthropiques nettes mondiales de CO2 diminuent d’environ 45% par rapport aux niveaux de 2010 d’ici à 2030. Or les contributions actuelles des Etats entraineraient des émissions mondiales de GES d’environ 16% en 2030 par rapport aux niveaux de 2010. 2. Les Solutions fondées sur la Nature (SfN) peuvent apporter une contribution essentielle à l’atténuation et à l’adaptation au changement climatique, tout en contribuant à la conservation de la biodiversité. L’UICN demande à toutes les Parties de reconnaître et de soutenir clairement la mise en œuvre renforcée des SfN, y compris par le biais d’un texte de décision officiel lors de la COP26, en se référant au standard mondial de l’UICN. Une étude scientifique récente parue dans Nature (Girardin et al. 2021) estime que les Solutions fondées sur la nature pourraient permettre d’économiser 10 gigatonnes de CO2e par an, soit plus que les émissions de l’ensemble du secteur mondial des transports. 3. L’UICN exhorte les Parties à renforcer l’ambition de leurs contributions nationalement déterminées (CND), de leurs plans d’adaptation nationaux (PNA) et de leurs stratégies à long terme de développement à faible émission (LT-LEDS) dans le cadre de l’Accord de Paris, notamment en y intégrant des solutions fondées sur la nature plus ambitieuses et plus concrètes. 4. L’UICN appelle les Parties à mobiliser des financements accrus, y compris par le biais de mécanismes innovants, afin de permettre la mise en œuvre réussie de solutions fondées sur la nature à grande échelle.  5. L’UICN souligne l’importance de garantir l’intégrité environnementale ainsi que des mesures de protection environnementales et sociales adéquates lors de la définition des règles, modalités, procédures et orientations de l’article 6 de l’Accord de Paris, y compris celles qui pourraient régir l’utilisation future de solutions fondées sur la nature pour atteindre les résultats d’atténuation prévus par cet article. 6. L’UICN se félicite des progrès réalisés dans la préparation du premier inventaire mondial au titre de l’article 14 de l’Accord de Paris et appelle à une prise en compte systématique des solutions fondées sur la nature dans le cadre de ce processus. 7. L’UICN se félicite des progrès réalisés à ce jour dans l’opérationnalisation de la Plateforme des communautés locales et des peuples autochtones (LCIP) de la CCNUCC et souligne la nécessité de convenir d’un nouveau plan de travail triennal lors de la COP26.  8. L’UICN réaffirme son engagement à l’égard du Programme de travail de Lima relatif au genre (LWPG) et de son Plan d’action pour l’égalité entre les sexes (GAP), en notant leur rôle essentiel de facilitateur dans la politique de changement climatique tenant compte du genre, y compris pour l’apprentissage continu et le renforcement des approches du changement climatique tenant compte du genre et du respect des droits. Plus d’informations – Le document de position de l’UICN pour la COP26 détaillé– La COP26 de la CCNUCC– Les Solutions fondées sur la Nature

Position du Comité français de l’UICN sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes

Les zones humides abritent un très grand nombre d’espèces animales et végétales adaptées et caractéristiques de ces milieux. Elles rendent de nombreux services à notre société, tels que la production de nourriture et de matériaux divers, la régulation de la ressource en eau ou encore le contrôle des pollutions. Pourtant, près de 67% des zones humides métropolitaines ont disparu depuis le début du XXème siècle : leur conservation est donc un enjeu prioritaire et le lancement d’un nouveau plan national d’actions en 2014 a été annoncé par le gouvernement lors de la 2ème conférence environnementale. Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est né en 1967 et les associations de protection de l’environnement s’y sont montrées réticentes dès les premières phases, contestant ce choix d’aménagement du territoire et constatant les très forts impacts écologiques de ce projet. Il a récemment déclenché de vives réactions et manifestations citoyennes et associatives, dont l’ampleur est souvent comparée à la mobilisation contre l’extension du camp militaire sur le plateau du Larzac ou contre le projet d’implantation de la centrale nucléaire dans le Cap Sizun du début des années 1970 à 1981. Le site concerné, d’une superficie d’environ 1600 hectares, est en effet constitué à 98 % de zones humides. Il s’agit d’un espace bocager de landes et de prairies humides, ainsi que de prairies mésophiles et de forêts de feuillus. L’équilibre entre les activités agricoles extensives et une artificialisation très limitée des sols a permis le maintien d’un réseau hydrographique dense caractérisé par une eau de très bonne qualité, qui de fait, joue un rôle important vis-à-vis des bassins versants avals de la Loire et de la Vilaine. En raison de la déclaration en Zone d’Aménagement Différé de 1974, l’agriculture extensive de proximité s’est maintenue. Beaucoup de milieux similaires ont déjà été drainés ou modifiés en Loire-Atlantique, département classé comme l’un des plus artificialisés de France avec un taux supérieur à 16% de sa superficie. Ce site est d’une grande importance écologique, au sens large. En effet, il englobe deux ZNIEFF et accueille une quarantaine d’espèces d’intérêt national et/ou communautaire, pour certaines protégées par les Directives « Oiseaux » et « Habitats », au même titre que plusieurs communautés végétales. Mais surtout, de par la configuration topographique, leur situation géographique, et leurs conditions d’usages, ces zones humides jouent un rôle clé dans la régulation de la ressource en eau, dont l’écrêtement des crues. La destruction de cet écosystème, même accompagnée de mesures compensatoires adéquates, aura des impacts autant quantitatifs que qualitatifs sur les masses d’eaux de surface, souterraines et de transition à une échelle bien plus large que celle du site, sans oublier l’augmentation du risque d’inondation pour les habitants des villes alentours. Enfin, la mise en œuvre de ce projet créera en l’état un précédent dommageable pour de nombreux sites naturels en France. La mise en œuvre de la doctrine « Eviter-Réduire-Compenser » apparaît en effet insuffisante dans la méthodologie proposée par les maîtres d’ouvrages, de par la globalisation des fonctions à compenser, les ajustements réalisés en termes de surfaces de zones humides impactées et la conversion en « Unité de Compensation Globale » de l’évaluation des impacts résiduels sur ces zones humides. Le manque de justification de cette méthode a été avancé par de nombreux experts et par le Conseil National de la Protection de la Nature. Le Comité français de l’UICN estime donc qu’il est nécessaire, avant le lancement de tout travaux, de compléter les connaissances par la réalisation d’études permettant d’aboutir à une connaissance approfondie des impacts du projet sur les systèmes écologiques du site et de ses alentours. Il est notamment indispensable de disposer de données précises sur les fonctions liées à la gestion de la ressource en eau et sur les risques potentiels engendrés par la disparition d’une telle superficie de zones humides fonctionnelles. Ces études doivent être réalisées pour définir et mettre en oeuvre toutes les actions nécessaires pour éviter, réduire et compenser les impacts sur les services rendus par les zones humides et les espèces présentes dans une démarche d’exemplarité et d’excellence environnementale.

Position sur l’agence nationale de la biodiversité

Dans le cadre de la mission de préfiguration sur l’agence nationale de la biodiversité, lancée par la Ministre de l’Ecologie, le Comité français de l’UICN a précisé ses attentes et ses positions. Annoncée par le Président de la République lors de la conférence environnementale en septembre 2012, la création de l’agence nationale de la biodiversité fait actuellement l’objet d’une mission de préfiguration. Cette mission a été confiée par la Ministre de l’Ecologie à M. Bernard Chevassus et M. Jean-Marc Michel, qui doivent rendre leur rapport le 31 janvier 2013. Dans le cadre de cette mission, le Comité français de l’UICN a précisé ses attentes et ses positions sur les missions, l’organisation territoriale et le financement de cette nouvelle agence. Ces éléments ont été présentés à la mission de préfiguration le 22 janvier 2013. La note de position, consultable ci-dessous, complète ainsi la recommandation adoptée par le Congrès français de la nature le 27 juin 2011, issue des études réalisées sur le thème « gouvernance et biodiversité ». Document joint Note position UICN France ANB