Situation préoccupante pour les mille-pattes et les perles de France métropolitaine

Au terme d’un état des lieux conduit sur des espèces méconnues de la faune de France, le bilan dressé est préoccupant : une espèce sur cinq de mille-pattes dit “chilopodes” et une espèce sur trois parmi les insectes de l’ordre des “perles” se révèlent menacées dans l’Hexagone. Ces invertébrés fournissent des informations précieuses sur l’état de santé de leurs habitats, car ils sont reconnus comme des espèces bioindicatrices de la qualité des milieux naturels. Appartenant au groupe des mille-pattes, les chilopodes vivent principalement dans les forêts, les grottes ou sur les plages, dans la litière ou sous les pierres et les bois morts. Ils jouent un rôle important dans la régulation de la microfaune et la régénération des sols. Vivant sur les cours d’eau, le plus souvent au niveau des sources et des ruisseaux, les perles ou “plécoptères” de leur nom scientifique, sont des insectes aquatiques au stade larvaire et ailés au stade adulte, surnommés aussi “mouches de pierre”. Au total, sur les 146 espèces de mille-pattes chilopodes et les 198 espèces de perles natives du territoire métropolitain, les résultats montrent que respectivement 31 (soit 21%) et 62 (soit 31%) d’entre elles sont menacées de disparition. Les atteintes à leurs milieux naturels et le changement climatique représentent les principales pressions pour ces espèces. Réalisées dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France, ces analyses ont été menées grâce à l’expertise des spécialistes de l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie) et du groupe Myria-France, sous la coordination du Comité français de l’UICN et de l’unité PatriNat (OFB-MNHN-CNRS-IRD). Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale DOCUMENTS ET LIENS • Communiqué de presse (juin 2025) Chapitre Mille-pattes chilopodes de France métropolitaine• Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Publication : UICN Comité français, OFB, MNHN & Myria-France (2025). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Mille-pattes chilopodes de France métropolitaine. Paris, France Chapitre Perles de France métropolitaine• Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Publication : UICN Comité français, OFB, MNHN & Opie (2025). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Perles de France métropolitaine. Paris, France Photo bandeau :Perle à grosse tête © Bertrand Launay
UNOC 3 : les réactions du Comité français de l’UICN

Alors que la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan s’achève, le Comité français de l’UICN salue la mobilisation mondiale en faveur de l’Océan. Il demande que les engagements pris se poursuivent et se traduisent en résultats concrets afin de lutter contre les nombreuses menaces pesant sur l’Océan et d’améliorer sa protection. Des avancées pour renforcer le droit international pour la mer Au niveau international, le Comité français de l’UICN salue particulièrement la mobilisation en vue de la ratification du traité sur la haute mer, avec 51 ratifications déposées sur les 60 nécessaires et 15 pays qui se sont engagés à le ratifier. Cela permettra une entrée en vigueur d’ici la fin de l’année du traité ou début 2026. La mobilisation s’est également poursuivie en vue de la négociation finale du traité sur la pollution plastique avec 95 pays demandant un objectif mondial de réduction de la production et de la consommation, ainsi que celle en faveur du moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, actuellement soutenu par 37 pays. La création de nouvelles aires marines protégées en Polynésie française Au niveau national, le Comité français de l’UICN salue les annonces concernant la création de nouvelles aires marines protégées en Polynésie française, en particulier de deux zones de protection stricte. La première, de 220 000 km2, située près des îles de la Société, et l’autre, de 680 000 km2, près des îles Gambier, qui répondront aux catégories I et II de l’UICN. Une autre zone de 250 000 km2 sera réservée à la pêche artisanale. Des projets sont également en cours dans les îles Marquises et Australes. Le Président de la Polynésie française a également annoncé le classement de l’aire marine gérée, Tainui Atea, qui recouvre l’ensemble de la zone économique exclusive, en aire marine protégée. L’arrêté de classement sera révisé pour que le site corresponde aux standards de l’UICN en matière d’aires marines protégées, notamment concernant l’interdiction des activités industrielles préjudiciables à l’environnement (exploitation minière et pêche industrielle). Des engagements en faveur de la conservation des fonds marins Le Comité français de l’UICN souligne l’effort de la France en faveur de la protection des fonds marins, en ciblant toutes les activités impactantes, particulièrement le chalutage de fond. Ces zones comprennent les écosystèmes marins vulnérables, interdits par la Commission européenne aux engins de fond (chaluts de fond, dragues, filets maillants de fond, palangres de fond, casiers et pièges) et d’autres zones. Cet effort de protection doit être complété par des mesures sur l’ensemble de la colonne d’eau, selon une approche écosystémique, et en adéquation avec les lignes directrices de l’UICN sur les aires protégées. Cette stratégie sur les fonds marins va être accompagnée d’un renforcement du niveau de protection des aires marines protégées, comme le demandait le Comité français de l’UICN dans son appel pour l’Océan. L’évaluation des incidences des différentes activités, dont les analyses risque pêche, devront garantir que les activités ne compromettent pas les objectifs de conservation. Elles devront être réglementées afin de correspondre à la définition de l’UICN d’une aire protégée (Recommandation 102 et Résolution 55). Pour aboutir à des zones de protection forte, les activités impactantes devront être supprimées. De l’UNOC3 au Congrès mondial de la nature de l’UICN Dans quatre mois, les enjeux de la protection de l’Océan seront de nouveau mis à l’honneur lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN. Des recommandations sont attendues sur les aires marines protégées en haute mer, l’économie bleue régénérative qui intègre la protection et la restauration des écosystèmes marins et côtiers, ou encore la protection des écosystèmes marins peu profonds (zone mésophotique située entre 30 et 200 mètres de profondeur). Photo bandeau : © Damocean
Le Comité français de l’UICN à la Conférence des Nations Unies pour l’Océan (UNOC 3)

La troisième Conférence Océan des Nations Unies 2025 (UNOC 3) aura lieu du 9 au 13 juin 2025 à Nice. Elle sera accueillie conjointement par la France et le Costa Rica autour du thème « Accélérer l’action et mobiliser tous les acteurs pour conserver et utiliser durablement l’Océan ». Cette rencontre de haut niveau vise à soutenir des actions urgentes pour la mise en œuvre de l’Objectif de Développement Durable (ODD) 14 « Vie aquatique : conserver et utiliser durablement les océans, les mers et les ressources marines pour le développement durable ». A mi-chemin de la Décennie des sciences océaniques pour le développement durable 2021-2030, la conférence adoptera le Plan d’Action de Nice pour l’Océan, composé d’une déclaration politique et d’une liste d’engagements volontaires de la part des parties prenantes. Vous trouverez ci-après le lien vers la page officielle de la conférence et le programme des événements parallèles officiels. Le Comité français de l’UICN sera mobilisé pour porter son appel à l’action pour l’Océan signé par signé par près de 80 organisations membres de son réseau et d’autres pays, présentant ses recommandations pour protéger et restaurer la santé de l’Océan. Le Comité français de l’UICN sera présent à Nice avec sa présidente, Maud Lelièvre, son directeur, Sébastien Moncorps, la présidente de son groupe Mer & littoral, Céline Liret, et une partie de son équipe : Florence Clap, Haizea Jimenez, Jean-François Sys, Laurie Lefebvre, Benjamin Konnert, Leilani Wong et Aude Bontemps. De nombreux membres ou experts du Comité français seront présents. Le Comité français de l’UICN débutera par une première intervention au One Ocean Science Congress (3 au 6 juin 2025), un évènement spécial de l’UNOC sera entièrement consacré à la science, avec une table ronde le mercredi 4 juin de 09:00 à 10:00, intitulée « Greening the Blue: How can the IUCN Green List for protected and conserved areas help us meet the qualitative elements of Objective 30×30? ». Animé par Jean-François Sys, chargé de la biodiversité marine au Comité français de l’UICN, cette table ronde rassemblera les experts et les participants pour une discussion sur la cible 3 du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming à Montréal (GBF objectif 30×30), qui appelle à conserver et gérer de manière efficace au moins 30% des zones marines et côtières d’ici 2030. Le Comité français de l’UICN sera ensuite associé à un événement sur l’économie bleue régénérative (Baleine, zone verte), organisé par Respect Ocean le 6 juin de 12:45 à 14:00 dans la salle ORCA de La Baleine/Green Zone, intitulé « Beyond sustainability, the promise of Regenerative Blue Economy, from concept to practice » (« Au-delà de la durabilité, la promesse d’une économie bleue régénérative, du concept à la pratique »). Cet événement parallèle explorera la valeur ajoutée d’une économie bleue régénérative (RBE) en tant que modèle permettant d’atteindre les objectifs conservation et les objectifs socio-économiques, pour répondre aux engagements de l’ODD 14. Au niveau international, l’UICN a publié ses messages clés pour la conférence et son programme d’événements : https://iucn.org/events/external-event/un-oceans-conference-2025. © LFPuntel – L’UICN France soutient l’UNOC 3.
Réaction à la révision du statut de protection du Loup en Europe

Le Conseil de l’Union européenne (UE) a adopté aujourd’hui la révision du statut de protection du Loup gris (Canis lupus), entérinant l’affaiblissement de la protection de l’espèce sur le sol européen. Après le vote du Parlement de l’UE en ce sens en mai dernier, le loup est désormais retiré de l’Annexe IV de la Directive Habitats Faune Flore qui lui conférait une protection stricte, pour être placé dans l’Annexe V qui autorise l’application de mesures de gestion. La gestion de l’espèce restant malgré tout encadrée dans l’UE, les Etat membres devront s’assurer de prendre les mesures nécessaires pour garantir que les tirs de loups dans la nature soient rigoureusement compatibles avec son maintien dans un état de conservation favorable. Cependant, selon la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN, six des neuf populations de loups présentes dans l’Union européenne sont classées vulnérables ou quasi-menacées. L’espèce est également classée vulnérable en France. La priorité devrait donc être d’atteindre et de garantir à long terme l’état de conservation favorable du loup, avant d’envisager des mesures de contrôle de ses populations. Alors que le Comité permanent de la Convention de Berne et l’Union européenne avaient jusqu’ici toujours basé leurs décisions sur la réalité des données établies, ce déclassement sans précédent suscite la préoccupation du Comité français de l’UICN. Cette décision soulève des interrogations sur la place accordée aux connaissances scientifiques dans les décisions relatives à la préservation des espèces, faisant craindre une gestion inefficace pour réduire la prédation sur les troupeaux domestiques et constituant un recul supplémentaire dans les engagements en faveur de la biodiversité. Le Comité français de l’UICN continue à plaider en faveur d’une cohabitation durable entre le loup et les activités humaines, notamment d’élevage, et appelle instamment à poursuivre la recherche déterminée d’une approche équilibrée. Il souligne pour cela la nécessité de fonder les décisions prises sur la base des connaissances scientifiques les plus récentes, et d’appuyer les options retenues sur les expériences de terrain ayant fait la preuve de leur efficacité. À l’heure où les Etats membres préparent leur plan national dans le cadre du règlement européen sur la restauration de la nature, le Comité français rappelle le rôle primordial des grands prédateurs, dont le loup, dans l’équilibre des écosystèmes. Une politique ambitieuse en matière de restauration de la nature devrait donc pleinement inclure le maintien de cette espèce essentielle et organiser sa coexistence durable avec les activités humaines. >> Consulter les recommandations du Comité français de l’UICN pour une cohabitation durable avec le loup Photo bandeau :Loup gris (Canis lupus) © Roland Clerc