10 nouveaux sites français candidats à la Liste Verte des aires protégées de l’UICN

La Liste Verte des aires protégées de l’UICN a accueilli dix nouveaux candidats français depuis octobre 2019. Il s’agit, dans les territoires ultramarins, des Réserves Biologiques Dirigées de la forêt de la Coloraie du Volcan à La Réunion et de la réserve naturelle nationale de l’Ile du Grand Connétable en Guyane. En métropole, deux sites Natura 2000 terrestres, le Bassin du Drugeon et le Massif du Canigou, ainsi que le site Natura 2000 en mer de la Baie de Seine Occidentale, sont également engagés dans le dispositif. Par ailleurs, un groupement de cinq réserves naturelles nationales de Haute-Savoie présentent également une candidature commune, ainsi que la réserve naturelle nationale des Contamines-Montjoie, toutes gérées par le Conservatoire d’Espaces Naturels de Haute-Savoie (Asters). Pour la première fois en France, une réserve géologique rejoint le programme, il s’agit de la réserve naturelle de la Montagne Sainte-Victoire. La totalité du Domaine de la Tour du Valat et du Petit Saint-Jean, incluant une grande diversité de statuts, se portent également candidats. Enfin, le Département de l’Essonne présente une portion des Espaces Naturels Sensibles des marais des Basses Vallées de l’Essonne et de la Juine. La diversité des outils de protection de la biodiversité française se trouve ainsi représentée dans le dispositif de la liste verte. Les dix gestionnaires entament désormais la phase cruciale d’auto-évaluation de leurs sites vis-à-vis des 50 indicateurs de la Liste Verte. Ils bénéficieront pour ce faire d’un accompagnement dédié par un gestionnaire ayant déjà obtenu le label Liste Verte, leur faisant bénéficier de leur connaissance du processus Liste Verte et des bonnes pratiques à mettre en valeur au cours de ce travail de mise en conformité avec les standards de la Liste Verte des Aires Protégées de l’UICN. A l’issue de cette étape, les dossiers de candidature complets seront évalués par les rapporteurs leur ayant été assignés, tous experts du Groupe de travail de la Liste Verte du Comité français de l’UICN. Les dossiers validés seront ensuite examinés au premier semestre 2020 par le Comité International de la Liste Verte qui décidera de leur inscription sur la Liste Verte des Aires Protégées. Les lauréats se verront attribuer leur label à l’occasion du Congrès mondial de la nature de l’UICN qui se tiendra en juin 2020 à Marseille, mettant à l’honneur ces sites exemplaires en matière de gouvernance et de gestion. Ils rejoindront les quatorze sites français labellisés à ce jour pour ainsi enrichir et renforcer les réseaux d’aires protégées. Ils deviendront à leur tour des sites de référence, en mesure d’accompagner d’autres aires protégées pour atteindre des standards témoignant d’une gestion efficace, équitable et concertée. Plus d’informations – Programme Aires protégées du Comité français de l’UICN – La Liste verte des aires protégées de l’UICN Photo bandeau : Réserve naturelle de Sixt-Passy © Asters-CEN74 – Photographie de J. Heuret
Invasions biologiques marines : risques et défis pour les outre-mer français

Le Comité français de l’UICN publie le premier état des lieux sur les espèces exotiques envahissantes marines à l’échelle des outre-mer. Sur cet enjeu beaucoup moins connu qu’en milieu terrestre, cette étude apporte les informations nécessaires pour mieux comprendre le phénomène, les conséquences sur les écosystèmes marins et littoraux, et propose des recommandations pour renforcer la prévention et l’anticipation des invasions biologiques marines. L’état des lieux recense une soixantaine d’espèces exotiques marines dans les collectivités françaises d’outre mer, incluant des poissons, des crustacés, des mollusques, des algues, et même une espèce de corail. La grande majorité d’entre elles a été introduite accidentellement depuis d’autres régions par les eaux de ballast des navires ou en se fixant sur les coques et les ancres. Les impacts sont préoccupants pour certaines de ces espèces introduites devenues envahissantes. Ainsi, le Poisson-lion menace l’équilibre des récifs coralliens de la Caraïbe avec des conséquences économiques négatives sur la pêche et la plante marine Halophila stipulacea tend à remplacer les herbiers sous-marins indigènes des Antilles. Et à Saint-Pierre et Miquelon, le Crabe vert constitue une menace potentielle pour la faune locale et inquiète les professionnels de l’aquaculture. A l’avenir, l’arrivée et l’installation de nouvelles espèces devrait se poursuivre avec le développement des activités portuaires, de la navigation de plaisance, de l’aquaculture marine et des changements environnementaux. Cela accentuera les risques de voir de nouvelles espèces devenir envahissantes. Pour répondre aux enjeux, la surveillance des espèces exotiques marines doit être organisée dans les sites prioritaires que sont les ports d’outre-mer, les marinas, les fermes aquacoles et les aires marines protégées. La France doit accélérer la mise en œuvre des mesures prévues par la convention internationale pour le traitement des eaux de ballast des navires. Une meilleure intégration de la problématique est nécessaire dans les documents et instances de planification des activités maritimes. L’amélioration des connaissances doit également être poursuivie pour mieux comprendre les processus complexes d’invasions biologiques en mer, identifier les espèces présentes et évaluer leurs impacts. Enfin, ces actions doivent s’accompagner d’une prise de conscience de l’ensemble des acteurs et usagers de la mer des risques associés aux invasions biologiques marines et des bons gestes à adopter. Cette étude a été réalisée par le Comité français de l’UICN dans le cadre de son initiative spécifique sur les espèces exotiques envahissantes en outre-mer. Sa réalisation a bénéficié des contributions de plus d’une quarantaine de contributeurs et du soutien de l’IFRECOR, de l’Agence française pour la biodiversité, du Ministère de la transition écologique et solidaire et du Ministère des Outre-mer. DOCUMENTS JOINTS – Communiqué de presse (décembre 2019) – Publication : UICN Comité français (2019). Espèces exotiques envahissantes marines : risques et défis pour les écosystèmes marins et littoraux des collectivités françaises d’outre-mer. État des lieux et recommandations. Paris, France. 100 pages. – Site dédié aux espèces exotiques envahissantes en outre-mer – Le programme Espèces du Comité français de l’UICN Photo bandeau : Halophila stipulacea © J. Chalifour
PPI : 28 NOUVEAUX PROJETS DE CONSERVATION DE LA BIODIVERSITÉ EN AFRIQUE

Le comité de sélection du Programme de Petites Initiatives (PPI) s’est réuni fin novembre afin d’étudier les nouvelles propositions qui lui ont été soumises à l’issue du dernier appel à projets et désigner les meilleures. Cet appel à projets, lancé en début d’année dans le cadre d’une extension de la cinquième phase du PPI, ciblait plus particulièrement les thématiques suivantes : la protection des espèces menacées, l’amélioration de la gouvernance territoriale, la gestion des Aires Protégées (AP) et de leurs périphéries et la lutte contre le braconnage et le commerce illégal d’espèces sauvages. Il s’adressait à des Organisations de la Société Civile (OSC) n’ayant jamais bénéficié d’un financement PPI. À la clôture de l’appel, 506 propositions avaient été réceptionnées et 43 projets ont été présélectionnés et les porteurs ont été invités à soumettre un dossier complet pour lequel ils ont pu bénéficier d’un accompagnement du programme d’Afrique Centrale et Occidentale de l’UICN (UICN PACO). Parmi les nouveautés, la Fondation MAVA a rejoint le PPI en finançant l’ouverture à 7 nouveaux pays situés en façade Atlantique d’Afrique de l’Ouest ce qui portait à 19 le nombre total de pays éligibles au programme. Les dossiers présentés en comité de sélection les 13 et 14 novembre 2019 ont été analysés par 3 évaluateurs différents avec une innovation majeure dans la gouvernance même du programme puisque pour chaque projet, un des évaluateurs était un bénéficiaire historique du PPI, non éligible pour cet appel. Il s’agit d’une forte innovation au sein du programme, qui se situe en cohérence avec l’objectif de renforcer la place de la société civile dans les dynamiques de conservation en Afrique. Au terme de ce comité de sélection, 28 projets ont été retenus dans 9 pays d’Afrique pour un montant total attribué de 884 206 euros (liste complète des projets sélectionnés disponible ici). A travers des petites subventions (32 k€ en moyenne sur 15 mois), les organisations sélectionnées auront comme objectif commun de mettre en œuvre des projets locaux de conservation de la biodiversité par des actions concrètes de terrain. Elles seront pour cela appuyées par le Comité français de l’UICN qui, au-delà des financements octroyés, apportera également un accompagnement complémentaire pour renforcer leurs capacités. Depuis 2007, le Comité Français de l’UICN, en partenariat avec l’UICN PACO, est chargé de mettre en œuvre le PPI, financé par le Fonds Français pour l’Environnement Mondial (FFEM) et nouvellement la Fondation MAVA. Cet outil a pour objectif de renforcer la contribution de la société civile des pays d’Afrique subsaharienne à la préservation de l’environnement mondial tout en améliorant les conditions de vie des populations locales. Le PPI constitue aujourd’hui le principal outil de la coopération française finançant directement les OSC de pays du sud pour des actions spécifiques de conservation de biodiversité. PLUS D’INFORMATIONS – Paul Estève – Chargé de mission du Programme de Petites Initiatives – Nicolas Salaün – Chargé de programme « Coopération internationale » – Page dédiée au Programme des petites initiatives (PPI) – Page Facebook du PPI – Chaine Youtube du PPI
Liste rouge mondiale : des espèces en voie de rétablissement

Les efforts de Conservation ont permis d’améliorer le statut de dix espèces, selon la mise à jour de la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées. Celles-ci incluent le Râle de Guam, un oiseau auparavant considéré comme éteint dans la nature. Malgré ces améliorations, la Liste rouge de l’UICN compte aujourd’hui 30 178 espèces menacées d’extinction, et les effets néfastes du changement climatique sur celles-ci sont de plus en plus évidents. La Liste rouge de l’UICN couvre aujourd’hui 112 432 espèces. « Cette mise à jour de la Liste rouge de l’UICN démontre que la conservation fonctionne et offre une lueur d’espoir dans la crise de la biodiversité », a déclaré la Dr Grethel Aguilar, Directrice générale par intérim de l’UICN. « Bien que nous sommes témoins de soixante-treize déclins vérifiés d’espèces, le succès de ces dix améliorations réelles prouve que la nature peut se rétablir si on lui en laisse une chance. Le changement climatique ajoute aux multiples menaces auxquelles les espèces sont confrontées, il est donc urgent d’agir de manière décisive pour juguler la crise. » « Les résultats d’actions de conservation déterminées démontrent que lorsque les gouvernements, les organisations de conservation et les communautés locales travaillent ensemble, nous pouvons inverser la tendance de perte de biodiversité », a déclaré Jane Smart, Directrice mondiale du Groupe de conservation de la biodiversité de l’UICN. « Cette mise à jour révèle les impacts croissants des activités humaines sur la vie sauvage. L’année qui vient sera cruciale pour l’avenir de la planète, le Congrès mondial de la nature de l’UICN en juin 2020 représentant une étape clé pour définir le programme de travail mondial en matière de conservation nécessaire pour répondre à l’urgence dans laquelle se trouvent les espèces, en vue des décisions que les gouvernements prendront lors de la réunion de la Convention sur la diversité biologique à Kunming, Chine, en octobre 2020 ». Histoires de réussites en matière de conservation La dernière mise à jour de la Liste rouge de l’UICN révèle de véritables améliorations de la situation de huit espèces d’oiseaux et deux espèces de poissons d’eau douce. L’élevage en captivité, combiné à une gestion prudente des populations sauvages, a été la clé de ces réussites en matière de conservation. Parmi ces améliorations, on peut citer le Râle de Guam (Hypotaenidia owstoni), aptère et véloce, le deuxième oiseau de l’histoire à se rétablir après avoir été déclaré « Éteint dans la nature », après le Condor de Californie (Gymnogyps californianus). Autrefois commun sur l’Île de Guam, dans le Pacifique, les populations de cette espèce ont décliné après l’introduction accidentelle du Serpent brun arboricole (Boiga irregularis), à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En 1987, le dernier Râle de Guam sauvage a été tué par ce prédateur envahissant. Grâce à un programme d’élevage en captivité de 35 ans, le Râle de Guam est aujourd’hui établi sur l’île voisine des Cocos. L’oiseau est cependant toujours classé « En danger critique », à une étape seulement de l’extinction. À l’Île Maurice, la Perruche de l’Île Maurice (Psittacula eques) poursuit son processus de rétablissement grâce à des efforts de conservation, dont un programme d’élevage en captivité très productif. On compte aujourd’hui plus de 750 Perruches de l’Ile Maurice à l’état sauvage et, dans cette actualisation, l’espèce a été reclassée comme « Vulnérable », après être passée d’espèce « En danger critique » à espèce « En danger » en 2007. Deux espèces de poissons d’eau douce australiens, le Maccullochella macquariensis et le Galaxias pedderensis, ont également vu leur statut s’améliorer, passant d’espèce « En danger » à « Vulnérable » et d’espèce « En danger critique » à « En danger », respectivement. Des décennies de mesures de conservation ont mis l’accent sur l’établissement de sous-populations additionnelles par le biais de réintroductions et de translocations entre populations sauvages. Les deux espèces sont menacées par la destruction et la dégradation de leur habitat. De plus en plus de preuves des effets du changement climatique Le changement climatique contribue au déclin de nombreuses espèces, dont plusieurs poissons d’eau douce et le Requin nourrice à queue courte, tributaire des récifs. Les évaluations présentées dans cette actualisation montrent que le changement climatique affecte les espèces en modifiant les habitats et en augmentant la force et la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes, par exemple. Cette actualisation de la Liste rouge révèle que 37% des espèces de poissons d’eau douce d’Australie sont menacées d’extinction, dont au moins 58% directement à cause du changement climatique. Les poissons sont très sensibles aux sécheresses extrêmes causées par la baisse des précipitations et l’augmentation des températures. Le changement climatique aggrave également la menace que représentent les espèces exotiques envahissantes, qui peuvent se déplacer vers de nouvelles zones à mesure que la température et les débits d’eau changent. Originaire de l’ouest de l’Océan Indien, le Requin nourrice à queue courte (Pseudoginglymostoma brevicaudatum) a vu ses populations diminuer d’environ 80% en 30 ans. Simultanément affecté par la pêche non contrôlée et le changement climatique, il est passé de « Vulnérable » à « En danger critique ». Ne vivant que dans des eaux peu profondes, n’offrant aucun refuge contre la pêche, ce requin perd son habitat en raison de la dégradation des récifs coralliens causée, en partie, par le réchauffement des océans. Le changement climatique menace également l’oiseau national de la Dominique, l’Amazone impériale (Amazona imperialis). Bien que les ouragans soient un phénomène naturel dans les Caraïbes, leur fréquence et leur intensité accrues entraînent une mortalité élevée chez les oiseaux et la destruction des habitats, en plus d’effets dévastateurs sur les populations humaines. L’espèce est passée de « En danger » à « En danger critique » après l’ouragan Maria, en 2017, le plus fort ouragan jamais enregistré sur l’Île. On estime qu’il reste aujourd’hui moins de 50 individus matures dans la nature. Évaluation mondiale des eucalyptus Toutes les espèces d’eucalyptus connues dans le monde ont été évaluées dans cette mise à jour de la Liste rouge, révélant que près de 25% d’entre elles sont menacées d’extinction. Parmi les 826 espèces d’eucalyptus, comprenant les groupes Eucalyptus, Corymbia et Angophora, 812 ne sont présentes qu’en Australie. Il s’agit d’espèces clés, qui définissent les paysages de
La vie marine et les activités de pêche de plus en plus menacés, à mesure que l’océan perd son oxygène

Un nouveau rapport de l’UICN nous alerte sur le fait que la perte d’oxygène dans l’Océan mondial menace de plus en plus les espèces de poissons et perturbe l’ensemble des écosystèmes marins. Selon ce rapport publié lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques réunie à Madrid (COP 25), la perte d’oxygène océanique provoquée par les changements climatiques et l’enrichissement des eaux marines en nutriments constitue une menace croissante pour les pêcheries, ainsi que pour de nombreuses espèces telles que les thons, les marlins ou les requins. « Avec ce rapport, l’ampleur des dommages causés par les changements climatiques sur l’océan prend toute son importance. Alors que l’océan qui se réchauffe perd de l’oxygène, l’équilibre délicat de la vie marine est largement perturbé », a déclaré le Dr Grethel Aguilar, Directeur général par intérim de l’UICN. « Les effets potentiellement désastreux sur les pêcheries et les communautés côtières vulnérables signifient que les décisions prises lors de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques sont encore plus cruciales. Pour freiner la perte d’oxygène dans les océans, parallèlement aux autres effets désastreux des changements climatiques, les dirigeants mondiaux doivent s’engager à des réductions d’émissions immédiates et substantielles ». Le rapport intitulé « La désoxygénation des océans : un problème pour tous », est à ce jour la plus vaste étude scientifique sur les causes, les impacts et les solutions possibles face à la désoxygénation des océans. Les régions océaniques à faible concentration en oxygène se multiplient, avec aujourd’hui environ 700 sites affectés par des conditions de faible teneur en oxygène dans le monde contre seulement 45 dans les années 1960. Au cours de la même période, le volume des eaux anoxiques – des zones complètement dépourvues d’oxygène – dans l’océan mondial a quadruplé, selon le rapport. « Nous constatons maintenant des niveaux d’oxygène dissous de plus en plus bas dans de vastes zones de l’océan. Ceci est peut-être l’ultime signal d’alarme des résultats de l’expérience incontrôlée que l’humanité déclenche dans l’océan mondial, à mesure que les émissions de carbone continuent d’augmenter » a déclaré Dan Laffoley, Conseiller principal en sciences marines et conservation du Programme marin et polaire mondial de l’UICN et corédacteur du rapport. « L’appauvrissement de l’océan en oxygène menace les écosystèmes marins déjà soumis au stress du réchauffement et de l’acidification des océans. Pour arrêter l’expansion inquiétante des zones à faible concentration d’oxygène, nous devons réduire de manière décisive les émissions de gaz à effet de serre, ainsi que la pollution par les nutriments provenant de l’agriculture et d’autres sources. » La désoxygénation commence à modifier l’équilibre de la vie marine, en favorisant les espèces les plus tolérantes à une faible teneur en oxygène (notamment les microbes, les méduses et certains calamars) au détriment des espèces sensibles au manque d’oxygène (de nombreuses espèces marines dont la plupart des poissons). Certains des biomes les plus productifs de l’océan – qui assurent un cinquième des captures de poissons marins sauvages dans le monde – sont formés par des courants océaniques transportant une eau riche en nutriments mais pauvre en oxygène jusqu’aux côtes bordant les façades orientales des bassins océaniques du monde. En tant que systèmes naturellement pauvres en oxygène, ces zones sont particulièrement vulnérables aux changements, même minimes, dans la teneur en oxygène océanique. Les impacts observés ici finiront par se propager et toucheront des centaines de millions de personnes. Les groupes d’espèces comme les thons, les marlins et les requins sont particulièrement sensibles au faible taux d’oxygène, en raison de leur grande taille et de leurs besoins énergétiques. Ces espèces commencent à être poussées vers des eaux de plus en plus superficielles, riches en oxygène, ce qui les rend davantage vulnérables à la surpêche. Le rapport prévient également que le très faible taux d’oxygène océanique peut aussi affecter des processus de base comme le cycle des éléments essentiels à la vie sur Terre, tels que les cycles de l’azote et du phosphore. Les océans seraient amenés à perdre 3 à 4 % de leur taux d’oxygène d’ici 2100 en cas de scénario « business-as-usual », mais cette moyenne mondiale masque les changements locaux qui devraient, par exemple, être beaucoup plus sévères dans les hautes et moyennes latitudes. De plus, la plupart de la perte d’oxygène devrait se concentrer dans la tranche d’eau comprise entre la surface et 1000 mètres de profondeur, la plus riche en biodiversité marine. « Alors que nous avons connaissance des zones mortes depuis de nombreuses décennies, le réchauffement des océans devrait maintenant amplifier la désoxygénation de très grandes étendues de l’océan. Nous devons travailler ensemble pour rétablir l’équilibre en oxygène des océans », a déclaré Isabella Lövin, ministre de l’environnement et de l’énergie et vice-Premier ministre de Suède, l’un des principaux bailleurs de fonds du rapport. « Avec ce rapport, il est temps de placer la désoxygénation des océans parmi nos principales priorités afin de restaurer la santé des océans. » Les principaux moteurs de la perte d’oxygène océanique sont les changements climatiques et l’enrichissement des eaux en nutriments, ces derniers affectant principalement les zones côtières. À mesure que les océans se réchauffent, leurs eaux retiennent moins d’oxygène et gagnent en flottabilité, ce qui affecte le mélange des eaux de surface très riches en oxygène avec celles des profondeurs, qui contiennent naturellement moins d’oxygène. La pollution par les nutriments entraîne quant à elle une perte d’oxygène au sein des eaux côtières car les engrais, les eaux usées ou les déchets animaux et aquacoles provoquent une croissance excessive des algues, qui à leur tour épuisent l’oxygène dissous lors de leur décomposition. « Une action mondiale urgente pour surmonter et inverser les effets de la désoxygénation des océans est nécessaire. Les décisions prises lors de la conférence sur le climat détermineront si notre océan continue de maintenir une vie marine riche et variée, ou si les zones habitables et riches en oxygène seront de plus en plus, progressivement et irrémédiablement, perdues. Les dirigeants mondiaux se réuniront également en juin 2020 lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN, à Marseille, pour mener des actions en vue