50 ans de la loi de 1976 : avancées historiques et reculs récents pour la protection de la nature en France

Adoptée dans un contexte de prise de conscience internationale de la crise écologique, la première grande loi relative à la protection de la nature en France célèbre cette année ses 50 ans. Pour le Comité français de l’UICN, cet anniversaire est l’occasion de rappeler les succès marquants obtenus pour la faune, la flore et les écosystèmes grâce à ce socle juridique fondateur, qui a été porteur d’une véritable dynamique pour la nature. Mais si cette loi emplie de modernité a permis des avancées déterminantes, des reculs préoccupants sont récemment venus émailler le droit de l’environnement. Ces affaiblissements soulignent l’importance de continuer à faire preuve de vigilance et à être porteurs d’initiatives, pour ne pas perdre les progrès accomplis et défendre l’ambition d’une nature préservée pour l’avenir. La loi du 10 juillet 1976 a posé les fondements juridiques pour la préservation des espèces et des écosystèmes en France, et elle a permis la création d’outils importants pour les mettre en œuvre (réserves naturelles, arrêtés de protection d’espèces, études d’impact environnemental). Cinquante ans après son adoption, des espèces autrefois très menacées ou au bord de la disparition, comme le Flamant rose, le Gypaète barbu, le Bouquetin des Alpes ou la Loutre d’Europe, ont pu reconstituer leurs populations. Ces succès remarquables ont été obtenus grâce à la combinaison de leur protection juridique, de la préservation des espaces naturels et souvent, d’actions de conservation comme des réintroductions, portées par la mobilisation des associations, des scientifiques et des pouvoirs publics. Ce bilan encourageant est toutefois contrasté par des lacunes et de récentes régressions préoccupantes. Aujourd’hui, plus d’une espèce menacée sur deux ne bénéficie toujours pas de protection réglementaire en France, comme le Squale-chagrin de l’Atlantique ou le Nymphale brun des mangroves, un requin et un papillon tous deux classés « En danger » dans la Liste rouge nationale des espèces menacées. En parallèle, plusieurs évolutions législatives et réglementaires récentes sont venues fragiliser les dispositifs existants, suscitant de fortes inquiétudes sur la capacité de la France à tenir ses engagements internationaux en faveur de la préservation des espèces et des milieux naturels. Le Comité français de l’UICN rappelle l’importance de renforcer l’action sur les deux volets complémentaires que sont la protection des espèces et la protection des espaces naturels. Il appelle tout particulièrement à retrouver l’ambition et l’inspiration de la loi de 1976, consacrant la protection du vivant comme un principe d’intérêt général, et à concilier les activités humaines avec l’exigence d’une nature préservée. Le communiqué de presse présentant la position du Comité français de l’UICN et l’annexe détaillant les principales régressions récentes observées dans la protection de la nature, élaborés avec les expert.es de la Commission de sauvegarde des espèces, sont disponibles en téléchargement ci-dessous. > Communiqué de presse (juillet 2026) > Annexe : liste non exhaustive des régressions recensées dans la protection de la nature depuis 2023 LIENS UTILES • Analyse de la couverture de protection des espèces menacées en France• Résultats de la Liste rouge nationale des espèces menacées Photo bandeau :Flamant rose (Phoenicopterus roseus) © Laurie Lefebvre
Plus de la moitié des espèces menacées de disparition en France ne bénéficient pas d’un statut de protection

Pour renforcer la protection des espèces, le Comité français de l’UICN a mené une étude afin de déterminer la part des espèces menacées bénéficiant d’un statut de protection, en métropole et en outre-mer. Le croisement des résultats de la Liste rouge nationale des espèces menacées avec les arrêtés de protection d’espèces montre que plus de la moitié (56%) des quelque 2900 espèces menacées de disparition en France ne sont couvertes par aucun arrêté de protection, soit plus de 1600 espèces. Les constats dressés à partir de cette analyse mettent en évidence des lacunes importantes dans la protection des espèces menacées et appellent à renforcer significativement la couverture de la protection réglementaire. Cette démarche est essentielle pour que la France atteigne d’ici 2030 l’objectif de stopper l’extinction des espèces menacées connues sur son territoire, auquel elle s’est engagée dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique. Sur la base de cette analyse, le Comité français de l’UICN, appuyé par les experts de sa Commission de sauvegarde des espèces, formule une série de quatre recommandations et cinq priorités d’actions pour répondre au risque de disparition des espèces par la voie de la réglementation. La note de position détaillée et la fiche synthétique de décryptage des enjeux sont disponibles en téléchargement ci-dessous. DOCUMENTS ET LIENS • Lire le communiqué de presse (juin 2024)• Lire la note de position et les recommandations• Découvrir la fiche de décryptage synthétique• Consulter l’annexe listant les espèces menacées et de leur statut de protection (xls)• Accéder à la base de données de l’INPN• Parcourir les résultats de la Liste rouge des espèces menacées en France Photo bandeau :Agrion joli (Coenagrion pulchellum) CC-BY-SA Gilles San Martin
Cote d’alerte pour la flore de La Réunion

Treize ans après le premier bilan, l’actualisation de l’état de la flore vasculaire de La Réunion fait apparaître une situation très préoccupante marquée par une forte aggravation : 41 % des espèces sont aujourd’hui menacées contre 30 % en 2010. Reconnue pour la richesse et l’originalité de sa flore, l’île de La Réunion abrite de nombreuses espèces qui n’existent nulle part ailleurs au monde. En 13 ans, les connaissances sur le patrimoine végétal de l’île se sont significativement améliorées, mais les mesures de conservation déployées ne portent pas encore leurs fruits et demandent à être renforcées. Les analyses réalisées ont porté sur l’ensemble de la flore vasculaire réunionnaise (orchidées, arbres et autres plantes à fleurs, fougères et plantes alliées), soit au total 962 espèces indigènes. Les résultats montrent que 395 espèces sont menacées et 31 autres quasi menacées, tandis que 41 espèces ont déjà disparu. Le bilan dressé met en évidence les pressions croissantes qui pèsent sur la flore de l’île. Mené dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France, cet état des lieux a été porté par le Comité français de l’UICN et l’unité PatriNat (OFB-MNHN-CNRS-IRD), grâce à la coordination locale du Conservatoire botanique national de Mascarin (CBN-CPIE Mascarin) et à l’expertise de nombreux spécialistes professionnels et amateurs. Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale DOCUMENTS ET LIENS • Communiqué de presse (novembre 2023)• Tableau synthétique avec catégories et critères (xlsx)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Synthèse des changements de catégories entre 2010 et 2023 (pdf)• Publication : UICN Comité français, OFB, MNHN & CBN-CPIE Mascarin (2023). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Flore vasculaire de La Réunion. Paris, France. Photo bandeau :Bois de senteur blanc (Ruizia cordata) © Sonia Françoise
Focus sur la flore endémique des petits territoires d’outre-mer

Au sein des territoires d’outre-mer se trouvent des espèces végétales qui n’existent nulle part ailleurs au monde. Parmi ces plantes uniques identifiées à Wallis-et-Futuna, à Saint-Martin, aux Îles Éparses et à Saint-Paul et Amsterdam, l’analyse montre que 15 espèces sont menacées sur les 17 recensées. Les résultats mettent en évidence les principales menaces pesant sur la flore vasculaire endémique de ces petites îles, situées sous les latitudes tropicales, subtropicales ou australes, dont la préservation est sous l’entière responsabilité de la France et des collectivités ultramarines. Publié dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France, cet état des lieux a été coordonné par le Comité français de l’UICN et l’unité PatriNat (OFB-CNRS-MNHN), avec l’implication d’un groupe de botanistes. Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale DOCUMENTS ET LIENS • Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Publication : UICN Comité français, OFB & MNHN (2022). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Flore vasculaire endémique des petits territoires d’outre-mer. Paris, France. Photo bandeau :Merisier de Boldingh © Nils Servientis
Liste rouge de la flore : 742 espèces menacées ou quasi menacées en France métropolitaine

Pour la première fois, le risque de disparition de l’ensemble de la flore vasculaire de France métropolitaine a été évalué. Après un examen de la situation de chacune des 4982 espèces de plantes indigènes recensées sur le territoire, les analyses montrent que 421 espèces sont menacées et 321 autres quasi menacées, soit 15 % au total. Les plantes vasculaires rassemblent l’ensemble des plantes à fleurs, des fougères et des conifères. L’analyse fine des menaces pour ce groupe extrêmement riche et diversifié a requis plus de trois ans de travaux, la synthèse de près de trente millions de données floristiques rassemblées par les Conservatoires botaniques et la mobilisation d’une quarantaine de botanistes experts. Ces nouveaux résultats fournissent une base scientifique inédite qui aidera à réorienter les priorités et à guider les stratégies de préservation de la biodiversité à l’échelle nationale comme à l’échelle locale. Mené dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France, cet état des lieux est le fruit d’une collaboration associant le Comité français de l’UICN, la Fédération et le réseau des Conservatoires botaniques nationaux (FCBN), l’Agence française pour la biodiversité (AFB) et le Muséum national d’Histoire naturelle. Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale DOCUMENTS ET LIENS • Communiqué de presse• Infographie des résultats• Tableau synthétique avec catégories et critères (xlsx)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Publication : UICN France, FCBN, AFB & MNHN (2018). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Flore vasculaire de France métropolitaine. Paris, France. Photo bandeau :Armérie de Belgentier © Yves Morvant
Liste rouge de la flore de Mayotte : près d’une espèce sur deux est menacée
L’analyse inédite conduite sur la flore de Mayotte montre que 43% des espèces sont menacées. Ces nouveaux résultats de la Liste rouge nationale portent sur l’ensemble des espèces composant la flore vasculaire indigène de Mayotte (fougères, arbres, orchidées et autres plantes à fleurs). Pour la première fois, ils permettent de connaître le risque de disparition et les menaces pesant sur chacune des 610 espèces de l’île. L’état des lieux a été réalisé avec un panel de botanistes, experts de la flore mahoraise. Il a été mené par le Comité français de l’UICN, le Conservatoire botanique national de Mascarin (CBNM), la Fédération des conservatoires botaniques nationaux (FCBN) et le Muséum national d’Histoire naturelle. Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale Documents et liens • Dossier de presse (juillet 2014) • Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf) • Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN) Photo bandeau : Vanilla humbloti © Guillaume Viscardi
Premiers résultats de la Liste rouge nationale pour la flore de Martinique
Au terme d’un état des lieux établi avec les compétences d’une douzaine de botanistes, les analyses réalisées permettent de connaître le risque de disparition de 162 espèces de la flore de Martinique. Ces résultats constituent une première étape vers l’évaluation de l’ensemble des plantes supérieures de l’île. Parmi les espèces menacées, la Liane à canots (Tanaecium crucigerum) et le Banga (Acrocomia karukerana) sont classés « En danger critique ». Le Bois chandelle (Zanthoxylum spinifex) et l’orchidée Oncidium altissimumsont en catégorie « Vulnérable ». Le Caca-ravet (Cybianthus dussii) et le Bois-moussara (Drypetes dussii), tous deux endémiques de l’île, ont été classés « En danger ». Ces évaluations ont été menées par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle, en partenariat avec le Conservatoire botanique de Martinique (CBMQ) et la Fédération des conservatoires botaniques nationaux (FCBN). Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale Documents et liens • Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf) • Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN) Photo bandeau : Banga (Acrocomia karukerana) © CBIG