Les entreprises doivent davantage préserver le capital naturel

La crise sanitaire actuelle nous impose d’agir dès à présent en investissant dans la transition écologique au bénéfice simultané de l’économie, de la nature, du climat et de la société. Les entreprises ont une forte responsabilité pour engager cette transition et le Comité français de l’UICN les appelle à s’y engager résolument, en soulignant le rôle crucial de la biodiversité.    RESILIENCE DE LA BIODIVERSITÉ ET DES ECOSYSTEMES POUR UNE SANTE PLANETAIRE  La biodiversité et les écosystèmes sont la base de notre économie et de notre bien-être. Leur dégradation causée par nos modes de consommation et de production est, à l’inverse, source d’instabilité économique et sociale. « L’érosion mondiale de la biodiversité et le changement climatique qui se poursuivent vont continuer de favoriser l’émergence de nouvelles crises, des pandémies comme celle que nous connaissons actuellement, mais aussi des sécheresses, inondations, tempêtes, si nous n’agissons pas davantage pour la protection de la planète » déclare Sébastien Moncorps, Directeur du Comité français de l’UICN. Il est ainsi urgent de réduire nos pressions sur la nature (artificialisation des sols et dégradation des habitats naturels, surexploitation des ressources naturelles, commerce des espèces menacées, pollutions…) et d’agir résolument pour préserver et restaurer les écosystèmes afin de bénéficier de leurs services (stockage du carbone, quantité et qualité de l’eau, pollinisation, nourriture, médicaments, tourisme et loisirs etc).   LE NECESSAIRE ENGAGEMENT DES ENTREPRISES : L’ACTION DU COMITE FRANÇAIS DE L’UICN  Le Comité français de l’UICN accompagne depuis plus de 10 ans des entreprises en les accompagnant pour intégrer la préservation du capital naturel dans leurs stratégies et à y consacrer des ressources suffisantes pour déployer des plans d’actions pertinents et opérationnels. « Les entreprises doivent poursuivre leurs efforts pour répondre à la crise actuelle et prendre des mesures fortes pour inverser la courbe de dégradation de la biodiversité et construire une économie plus durable » souligne Florence Clap, responsable du programme Politiques de la biodiversité du Comité français de l’UICN.  Avec ses 8 partenaires « entreprises » qui sont : EDF, VEOLIA, ENGIE, Storengy (Groupe ENGIE), HeidelbergCement France, EQIOM (Groupe CRH), PRIMAGAZ et L’OCCITANE, le Comité français de l’UICN a : – rédigé des recommandations pour réaliser un reporting extra-financier sur la biodiversité de qualité, sujet d’importance désormais majeur pour les agences de notations en France comme à l’international ; – sensibilisé et mobilisé les collaborateurs en entreprise pour déployer l’action en interne et progresser vers un changement des comportements ; – réalisé des plans de gestion écologique sur les sites d’activités et le foncier des entreprises ; – identifié les impacts et dépendances à la biodiversité sur les chaines de valeur des entreprises afin de prendre les mesures garantissant sa préservation ; – aidé à la construction d’engagements dans le cadre des initiatives « act4nature international » et « Entreprises engagées pour la nature – act4nature France ».   LUNDI 15 JUIN 2020 : UN EVENEMENT MONDIAL INÉDIT POUR LES ENTREPRISES Co-organisé par la coalition Business for Nature dont fait partie l’UICN, le sommet Building business resilience :  How collective leadership will reverse nature loss se déroulera en visioconférence lundi 15 juin. Plus de 2500 participants sont inscrits pour renforcer la place de la nature dans le monde de l’après crise sanitaire.   Le Comité français de l’UICN compte sur l’engagement des entreprises françaises pour rejoindre cette mobilisation en faveur de la nature et montrer concrètement leurs innovations, réalisations et projets dans la perspective du Congrès mondial de la nature de l’UICN en janvier 2021 à Marseille qui va consacrer un événement spécial pour les chefs d’entreprises du monde entier.   Plus d’informations – Le communiqué de presse sur notre appel – La page dédiée à nos actions avec les entreprises – S’inscrire à la conférence du 15 juin – Le Congrès mondial de la nature de l’UICN 2020 – Contacts : Florence Clap, Chargée du programme Politiques de la biodiversité / Melina Gersberg, Chargée de mission “entreprises et biodiversité” – partenariats EDF, ENGIE, Veolia et L’Occitane / Fanny Brunstein, Chargée de mission “entreprises et biodiversité” – partenariats HeidelbergCement France, Eqiom et Primagaz

TRIBUNE « La résilience de notre économie passe par des territoires résilients »

Dans une tribune publiée sur le JDD, des représentants d’espaces naturels et de zones protégées en France appellent à une reprise économique prenant en compte climat et biodiversité. Bernard Cressens, Président du Comité français de l’UICN est un des co-signataires. Le coronavirus n’est que l’un des symptômes du dysfonctionnement de nos sociétés mondialisées dont l’une des conséquences est la transmission facilitée d’agents infectieux entre les animaux sauvages et l’humain. Même si la littérature scientifique en fait déjà état depuis plusieurs dizaines d’années, il n’est plus possible d’ignorer les liens existants entre déforestation, commerce d’espèces sauvages, agriculture intensive ou artificialisation des sols et incidence de maladies infectieuses chez l’homme. La presse nationale et internationale s’est d’ailleurs très largement faite le relais de ces constats et l’ensemble de la classe politique semble s’être rangé derrière les appels croissants à un changement de société, socialement et environnementalement plus juste. Comment ne pas formuler ce vœu ? Face à cette crise sanitaire, et à la crise économique majeure qui s’annonce, il est frappant de trouver une communauté d’origine avec la crise climatique et le déclin dramatique de la biodiversité. Nous nous devons de profiter du « jour d’après » pour tenter de résoudre transversalement l’équation, d’autant que nos efforts en la matière restent pour le moins insuffisants. Cette réalité est appréhendée de façon différente selon nos sensibilités mais elle se traduit déjà par des projets de relance de l’économie d’une ampleur jamais atteinte et par des projets de relocalisation massifs. Que notre gouvernement se consacre à cette priorité est tout à fait légitime mais nous croyons qu’il est tout aussi légitime de privilégier dans sa démarche la construction d’une économie résiliente, centrée sur la préservation de la nature et des services qu’elle nous rend. « Le répit que vit la planète pendant que nous sommes confinés ne doit pas se transformer en sursis » Ainsi, quel que soit le plan qui sera retenu il est impératif que les États ne privilégient pas des stratégies de relance à court terme au détriment de leurs engagements climatiques et environnementaux. En d’autres termes, le répit que vit la planète pendant que nous sommes confinés ne doit pas se transformer en sursis. La France est entrée en récession et il nous sera extrêmement difficile de soutenir une économie dont la vulnérabilité est exacerbée par les effets du changement climatique. Nous savons qu’il est déjà impossible à certains territoires d’accueillir de nouvelles entreprises, faute d’une ressource en eau de qualité, en quantité suffisante. L’an dernier, en France, 85 départements faisaient l’objet de restrictions d’usage du fait d’une sécheresse généralisée et les pénuries, qui se multiplient dans un contexte climatique changeant, remettent aujourd’hui en question la pérennité d’activités économiques historiques. Notre capacité à rembourser la dette que nous allons contracter pour relancer notre économie est fortement conditionnée à la capacité de notre pays à s’adapter au changement climatique. C’est une priorité, car des territoires vulnérables, dont les fonctionnalités écologiques ont été dégradées, sont eux même le support d’un tissu économique fragile. En toute logique, si nous voulons rebâtir une économie résiliente, nos territoires ruraux et urbains doivent eux aussi êtres résilients aux effets du changement climatique, capables de protéger la ressource en eau (en préservant les stocks naturels et en l’épurant), de conserver leur stock de carbone naturel, de préserver les paysages, les espaces et les espèces, non pas uniquement pour leur intérêt propre mais parce qu’ils sont indispensables à toute vie et à toute activité économique. Il en va ainsi de l’ensemble des écosystèmes et notamment des milieux humides : des marais, des mangroves, des récifs coralliens, des tourbières, des prairies inondables, des lagunes, des mares et des étangs, en passant par l’ensemble des cours d’eau, ruisseaux et chevelus de tête de bassins versants (qui sont les châteaux d’eau naturels de la France). « Des territoires vulnérables aux aléas climatiques sont le support d’activités économiques fragiles » Depuis des années, nous détruisons nos espaces naturels. 7m² de nature sont bétonnés chaque seconde dans le monde. Ce qui est vrai au Brésil l’est aussi chez nous, d’autant que nous contribuons à cette destruction en important des produits issus de la déforestation. Depuis le début du 18e siècle, ce sont 87 % des zones humides mondiales qui ont été détruites ou dégradées. Selon le Secrétariat de la Convention de Ramsar, entre 1970 et 2015, environ 35 % des zones humides de la planète ont disparu et le rythme de disparition s’est accéléré depuis 2000. Aucune région n’est épargnée. Nous ne pouvons plus nous permettre l’indécence de détruire notre planète dans une logique de profit à court terme et, avec elle, les services vitaux qu’elle nous rend gratuitement. Il s’agirait d’une perte à moyen-long-terme. Après la crise sanitaire, il existe un véritable risque pour que la destruction de nos écosystèmes se poursuive dans l’indifférence générale. Les responsables politiques doivent aujourd’hui prendre conscience que la relance de notre économie est illusoire si elle contribue à neutraliser les services que nous rend la nature, et si elle se fait au mépris des solidarités territoriales. Au-delà de ses multiples conséquences sociales et économiques, cette crise nous offre en effet l’opportunité de faire de l’atténuation et de l’adaptation au changement climatique les nouveaux déterminants de nos politiques publiques, dans lesquelles les zones humides ont un rôle majeur à jouer. Ces terres d’eau sont des territoires pionniers pour la transition écologique et sociale et, comme « Solutions fondées sur la Nature » (SFN), elles sont plus que pertinentes pour répondre aux grands défis sociétaux : santé, sécurité alimentaire, approvisionnement en eau … Définies par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), les SfN consistent à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes pour relever directement les défis de société. Elles sont à ce titre plébiscitées dans les derniers rapports du GIEC, de l’IPBES et des Nations Unies sur l’eau et le changement climatique, comme étant indispensables pour répondre à de nombreux enjeux planétaires relatifs à l’eau, et apporter dans le même temps