Bilan CITES : Des avancées mais de fortes préoccupations qui demeurent

Alors que se termine aujourd’hui la conférence de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) à Lyon, le Comité français de l’UICN salue les décisions des Etats de renforcer les mesures pour lutter contre la surexploitation des espèces mais souligne les préoccupations importantes qui subsistent encore. Le trafic d’espèces sauvages figure parmi les principales menaces pour la biodiversité, affectant des milliers d’espèces animales et végétales classées dans la Liste rouge mondiale des espèces menacées de l’UICN. Ce trafic constitue aujourd’hui l’une des activités criminelles transnationales les plus lucratives au monde, représentant environ 20 milliards d’euros par an. Il apparaît souvent associé à d’autres activités illicites (blanchiment d’argent, corruption) et alimente parfois des groupes armés et des réseaux terroristes. Le Lambi est une des espèces les plus braconnées dans les Antilles françaises © L. Baraud Pour faire face à cette menace, la réunion du Comité permanent de la CITES a rassemblé près de 500 participants, du 7 au 11 mars à Lyon, représentant les Etats parties à la convention et des ONG du monde entier dont le Comité français de l’UICN. Le Comité permanent a pour fonction d’assurer un suivi des mesures mises en œuvre dans le cadre de la convention et de définir de futures orientations pour son application. Parmi les points à l’agenda cette année, figurait notamment la préparation de plusieurs projets de résolutions qui seront discutés en vue de leur adoption lors de la prochaine Conférence des Parties de la CITES (COP19) prévue du 14 au 25 novembre au Panama. Plusieurs sujets importants ont été abordés, comme la situation des éléphants d’Afrique et le commerce illégal de l’ivoire, la situation des requins et des raies, des grands félins, des lambis, des hippocampes, des coraux ou encore des forêts… Au terme de ces journées, le Comité français de l’UICN salue les décisions prises par les Etats pour accentuer la coopération internationale, renforcer les possibilités d’enquêtes et améliorer la lutte contre le trafic de nombreuses espèces victimes du braconnage et du commerce illégal. Ces actions vont dans le sens des recommandations du dernier Congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille sur la lutte contre la criminalité environnementale, ainsi que sur le trafic de lions, de tigres et d’oiseaux chanteurs d’Asie. La menace majeure que représentent ces trafics pour la santé humaine, avec le risque de propagation de pathogènes et d’émergence de futures zoonoses, a aussi été soulignée et fera partie des enjeux au cœur des discussions de la COP19 au Panama. Cela vient en écho à la recommandation de l’UICN demandant de développer l’approche « une seule santé » en s’attaquant aux causes de la perte de biodiversité. De vives discussions ont également eu lieu sur des sujets figurant au centre des attentions, tels que la capture et la vente d’éléphants vivants, comme vient de le réaliser la Namibie avec l’exportation de 22 éléphants aux Emirats Arabes Unis, sujet qui devra faire l’objet de décisions lors de la prochaine COP. Enfin, de fortes préoccupations demeurent sur le commerce illégal de nombreuses espèces, parmi lesquelles les pangolins, les rhinocéros, le tigre, le guépard, les requins ou des essences forestières comme le palissandre et le bois de rose. Face à l’ampleur des menaces, il est urgent de redoubler les efforts pour enrayer le braconnage et la surexploitation qui frappent la faune et la flore. Le Comité français de l’UICN propose 10 solutions concrètes pour renforcer la lutte contre le trafic d’espèces sauvages en impliquant davantage tous les acteurs, en particulier les autorités judiciaires (juges et magistrats), les agents de contrôle déployés sur le terrain (douanes), les transporteurs aériens et les aéroports. Plus d’informations – Communiqué de presse– Le rapport avec nos 10 recommandations concrètes – en anglais– La CITES– L’appel de décembre 2021 au renforcement de la lutte contre le trafic des espèces sauvages en france– Le programme « Politique de la biodiversité »– Le programme « Espèces »

Gestion du risque requins : prévenir plutôt qu’abattre

Le sujet des risques avec les requins est une problématique majeure pour la sécurité humaine et la gestion des écosystèmes marins, particulièrement dans les outre-mer où des évènements tragiques ont lieu de plus en plus fréquemment ces dernières années. Le Comité français de l’UICN publie aujourd’hui une position officielle appelant à la mise en place de politiques de prévention du risque requin (systèmes de signalisation et moyens de surveillance proactifs et non létaux dans les zones touristiques et sportives, réglementations des déchets de pêche, amélioration des systèmes de collecte et de traitement des eaux usées et de ruissellement, adoption d’outils de gestion prévisionnels opposables…) à la place de mesures ayant des impacts sur l’environnement, en particulier l’abattage des grands requins, maillon essentiel des écosystèmes marins aujourd’hui menacés. La position du Comité français de l’UICN incite également les collectivités concernées à mettre en place des espaces de concertation et d’animations permettant une meilleure compréhension et acceptation des facteurs de risque par les populations locales, ainsi qu’une coopération internationale en matière de gestion du risque requin.  Les requins peuplent depuis des millions d’années l’océan et jouent un rôle fondamental dans le maintien de son équilibre, en tant que grand prédateur. La Liste rouge des espèces menacées de l’UICN indique cependant que 37% des espèces de requins et de raies sont désormais menacées d’extinction. Le respect et la rationalité sont la pierre angulaire d’une coexistence re-pacifiée pour un « mieux-vivre ensemble » avec le vivant, comme l’a souligné le Comité français de l’UICN dans son Manifeste éthique. Plus d’informations – Télécharger l’avis– Les travaux du groupe outre-mer Photo bandeau : Requin tigre à Rangiroa, Polynésie française © Bernard Beaussier

Motion du Comité français de l’UICN sur l’agression de l’Ukraine

Suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, le Comité français de l’UICN tient à exprimer et souligner les points suivants : – Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature fut créée en reconnaissant que la protection de la nature contribue à la paix dans le monde ; – L’avenir et la protection de la biosphère – notre avenir, objet de la mission de l’UICN, dépend de l’action solidaire des peuples et d’un monde en paix ; – L’Etat ukrainien est victime d’une agression intolérable par l’Etat de la Fédération de Russie ; – La guerre menée par le gouvernement russe en territoire souverain ukrainien a des conséquences terribles pour les populations civiles, victimes de bombardements, et aura aussi des conséquences majeures sur l’état de l’environnement ukrainien, terrestre et marin, par sa destruction et sa pollution ; – Cette guerre se déroule dans un pays fortement industrialisé avec de nombreuses usines chimiques, métallurgiques et centres de production d’énergie nucléaire dont l’ancien site de Tchernobyl. Les conséquences d’une attaque contre l’une de ces installations sont susceptibles de polluer durablement une partie du continent européen. Face à ce constat et en demandant instamment la fin immédiate de la guerre, le Comité français de l’UICN : – Demande aux Etats membres de l’UICN de soutenir la suspension immédiate des droits de participation du gouvernement de la Fédération de Russie de toutes les instances de l’UICN ; – Appelle l’UICN à reconsidérer l’invitation de la Fédération de Russie à accueillir en 2024 le Congrès mondial des parcs sur son territoire ; – Réaffirme son soutien inconditionnel aux organisations de protection de l’environnement ukrainiennes ainsi qu’à l’ensemble des experts ukrainiens participant aux travaux de l’UICN ; – Réaffirme son soutien à la société civile russe, et particulièrement à ses associations de protection de l’environnement et ses scientifiques, engagés pour faire progresser la conservation de la nature et la paix ; – Appelle les États européens à accueillir et assurer une protection effective de l’ensemble des ukrainiens fuyant les zones de conflits.   Nous n’avons qu’une seule Terre, les humains et les autres êtres vivants ont leurs destins liés : la solidarité, dans le respect de toute vie, est la seule option. L’UICN étant née pour que la conservation de la nature contribue à la paix mondiale, le Comité français de l’UICN condamne aujourd’hui plus fortement que jamais toutes guerres destructrices de la nature et des humains. Plus d’informations – La motion en français et en anglais sur l’agression de l’Ukraine– Le réseau mondial de l’UICN

ANUE-5 : Une nouvelle étape pour confirmer les engagements environnementaux

A l’occasion de la 5ème session de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (ANUE-5) qui se tient à Nairobi du 28 février au 2 mars, le Comité français de l’UICN appelle à poursuivre la dynamique impulsée par le dernier Congrès mondial de la nature et mettre en œuvre ses recommandations.   LA NATURE DOIT ETRE AU CŒUR DE LA RECONSTRUCTION POUR UN MONDE RESILIENT ET DURABLE Face aux crises interconnectées du changement climatique et de l’érosion de la biodiversité, il est crucial de renforcer les actions pour la nature afin d’atteindre les objectifs de développement durable. Une déclaration ministérielle finale doit engager les Etats sur des mesures ambitieuses et concrètes. La France, actuellement vice-présidente de l’ANUE, doit mobiliser la communauté internationale pour assurer un renforcement du droit de l’environnement et une mise en œuvre effective et efficace des instruments juridiques internationaux.   LE DROIT DE L’ENVIRONNEMENT EST UN LEVIER D’ACTION ESSENTIEL POUR METTRE LA BIODIVERSITE SUR LA VOIE DU RETABLISSEMENT Le Comité français de l’UICN appelle la France et les autres pays à élever le niveau d’ambition en vue de l’adoption du nouveau cadre mondial pour la biodiversité actuellement négocié au sein de la Convention sur la Diversité Biologique. Le projet de Déclaration de l’ANUE offre une occasion de consacrer une nouvelle génération de droits fondamentaux liés à la protection de l’environnement, en particulier le droit humain à un environnement sain en lien avec la résolution 48/13 du Conseil des Droits de l’homme. Le Comité français de l’UICN appelle aussi les membres de l’ANUE à développer des accords régionaux pour le droit à l’information, à la participation et à l’accès à la justice en matière d’environnement. Pour mieux protéger l’océan, il appelle à soutenir l’adoption cette année d’un accord international ambitieux pour la protection de la haute mer dans le cadre de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Et pour garantir une sécurité sanitaire mondiale et durable, Il demande à soutenir l’approche globale “Une seule santé / “One health” combinant santé humaine, animale et de l’environnement, en s’attaquant aux causes de la perte de la biodiversité.   LA NECESSITE D’UN TRAITE INTERNATIONAL POUR LUTTER CONTRE LA POLLUTION PLASTIQUE MARINE Face à l’impact majeur de la pollution de déchets plastiques sur le milieu marin et côtier, le Comité français de l’UICN demande aux Etats de s’engager pour un traité international contraignant sur la lutte contre la pollution plastique marine. Comme annoncé par le Président de la République lors du One Ocean Summit, l’ANUE-5 devra lancer les négociations intergouvernementales sur cet accord mondial, suite au projet de résolution présenté par le Pérou et le Rwanda soutenu par les 27 membres de l’Union européenne. Les Etats doivent s’engager collectivement pour éliminer la production et l’utilisation des plastiques non-nécessaires, en particulier les plastiques à usage unique. Le traité devra également prévoir la prise de mesures pour investir dans une gestion responsable et mettre fin aux déversements de déchets plastiques dans les océans. Enfin, le Comité français de l’UICN soutient le recours aux Solutions fondées sur la Nature, telles que définies et encadrées par l’UICN, pour atteindre les Objectifs de Développement Durable d’ici 2030. Plus d’informations – Télécharger le communiqué de presse– L’ANUE-5– Les conclusions du Congrès mondial de la nature de l’UICN (septembre 2021)

Natura 2000, quel bilan après 30 ans de service pour la nature ?

A l’initiative de la Présidence française de l’Union Européenne, les États membres se réunissent les 24 et 25 février 2022, à Strasbourg, pour célébrer les 30 ans du réseau Natura 2000, plus vaste réseau d’espaces naturels terrestres et marins protégés et gérés du monde. A l’origine centré sur les sites terrestres, en application des directives européennes Oiseaux (1979, révisée en 2009) et Habitats faune flore (1992), le réseau a été déployé en mer à partir de 2008, avec un double objectif de préserver la diversité biologique et de valoriser le patrimoine naturel des territoires, tout en tenant compte des activités économiques, sociales et culturelles, ainsi que des particularités régionales. En Europe, les sites Natura 2000 couvrent actuellement 18,15 % de la surface terrestre et 9,8% des eaux marines. Sur le territoire français, il s’agit de 13% de la surface terrestre (7 millions d’hectares) et 35,7% de la surface marine de la ZEE. La France a une responsabilité importante dans ce réseau tant par la diversité de ses paysages que par la richesse de la faune et de la flore qu’ils abritent. A ce jour, ce sont 132 types d’habitats naturels d’intérêt communautaire (57 % des habitats naturels européens), 102 espèces animales identifiées à l’annexe II de la directive Habitats faune flore (20 % des espèces annexe II), 63 espèces végétales identifiées à l’annexe II de la directive Habitats faune flore (10 %) et 123 espèces d’oiseaux identifiées à l’annexe I de la directive Oiseaux (62 %). Natura 2000 est une avancée majeure pour la conservation de la nature en Europe mais reste confrontée à de nombreux défis car la biodiversité terrestre et marine continue de subir de fortes pressions liées aux activités humaines. Or son objectif est d’assurer un bon état de conservation pour tous les habitats et espèces d’intérêt communautaire.  Selon le Centre d’expertise et de données sur le patrimoine naturel (PatriNat), environ 70% des espèces et plus de 90% des habitats des écosystèmes humides et aquatiques sont dans un état défavorable-mauvais ou défavorable-inadéquat de conservation. L’intensification agricole est identifiée comme étant le principal facteur de pression sur ce milieu ainsi que l’urbanisation et l’industrialisation. Elles menacent également nos écosystèmes littoraux, dont moins de 10% des habitats et environ 20% des espèces sont dans un état de conservation favorable. Quant au milieu marin, 40% de la mer territoriale est aujourd’hui couverte par le réseau Natura 2000, auquel il faut ajouter le réseau Natura 2000 au large. Cette évolution surfacique récente demande de renforcer les moyens humains et financiers pour améliorer la conservation de la biodiversité marine, comme le suggère le rapport de la cour des comptes européenne qui conclue que les aires marines protégées en Europe, qui sont en grande partie des sites Natura 2000, offrent peu de protection. Les sites Natura 2000 constituent par ailleurs une opportunité pour la mise en œuvre de l’objectif des 10% de zones de protection stricte, adoptée par la stratégie européenne pour la biodiversité d’ici 2030, en y adossant progressivement des réglementations.  Plus d’informations – Le site internet de Nature 2000– La conférence ministérielle 30 ans du réseau Natura 2000– Le programme « Aires protégées » du Comité français de l’UICN Photo bandeau : Bassin du Drugeon, site Natura 2000 labellisé sur la Liste Verte des aires protégées © Varot (4VENTS,2008)

One Ocean Summit : Le bilan

Annoncé lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN de Marseille par le Président Emmanuel Macron, le One Ocean Summit s’est tenu du 9 au 11 février à Brest. Les deux premières journées d’ateliers ont été l’occasion pour le Comité français de l’UICN d’appeler à la concrétisation de 8 engagements forts, basés sur les recommandations du Congrès mondial de l’UICN de Marseille. Une délégation du Comité français de l’UICN a participé aux 3 jours de Sommet composée de la Présidente, du Directeur, du Chargé de mission « biodiversité marine » et du président du Groupe « Mer & littoral ». De nombreux membres et experts du Comité français de l’UICN étaient également présents pour rappeler l’urgence de la protection de l’océan (WWF France, Office français de la biodiversité, Conservatoire du littoral, Océanopolis, Nausicaa, Muséum National d’Histoire Naturelle, IRD, Te Mana O Te Moana, Fondation Yves Rocher…). Le One Ocean Summit s’est achevé ce vendredi midi à Brest par le segment de haut niveau réunissant, autour du Président de la République, de nombreux chefs d’Etats, de responsables d’institutions multilatérales, de chefs d’entreprises et de décideurs de la société civile, dont le Comité français de l’UICN, représenté par sa Présidente. Le Président Macron y a invité les participants à « prendre des engagements fermes en faveur de l’Océan ». Les principaux engagement du segment de haut niveau Premier des quatre thèmes du segment de haut niveau, la protection de la biodiversité marine a été consacrée par l’engagement de nombreux chefs d’Etat (Malte, Chypre, Irlande, Portugal, Colombie…) à poursuivre la création d’aires marines protégées et à soutenir l’objectif mondial de 30% d’aires marines protégées d’ici 2030 dans la nouvelle stratégie mondiale de la biodiversité qui sera adoptée par la COP 15 Biodiversité. Le Président a appelé les Etats à rejoindre la Coalition de la haute ambition pour la Nature et les peuples qui regroupe actuellement 83 pays et à prendre des engagements très clairs sur la protection des AMP. Le Comité français de l’UICN salue à ce titre l’atteinte par la France de l’objectif ciblé de 30 % d’aires marines protégées grâce à l’extension de la Réserve Naturelle des Terres Australes Françaises et 4% de protection forte sachant que l’objectif de 10% est refixé pour 2030 (initialement fixé en 2022). Le Président a annoncé une stratégie polaire et son soutien à la demande de classement de la Mer de Weddell et de l’Antarctique Est en AMP, qui nécessite d’engager des négociations avec la Chine et de la Russie.   Le Président de la Polynésie Française Édouard Fritch a quant à lui annoncé la multiplication des réserves de biosphère, la protection de 500 000 Km² de zones côtières réservées à la pêche traditionnelle et vivrière, la protection de toutes les espèces de récifs coralliens, le classement de toute la ZEE de la Polynésie française en Zone Marine Particulièrement Vulnérable, et l’organisation en 2023 d’un One Island Summit.  Rappelant la mort de milliers de dauphins communs par an, due aux captures accidentelles dans les filets de pêche dans le Golfe de Gascogne, le président Macron a annoncé l’accélération de la recherche scientifique et le déploiement des équipements des navires par des pingers, sans toutefois proposer de fermeture saisonnière des pêches, comme le recommande l’UICN, le Conseil international pour l’Exploration de la mer et les ONG. Il a également soutenu la mise en place de TED (Turtle Excluder Device) pour réduire les prises accidentelles des tortues marines. Sur la surpêche, le Président a demandé à ce que la 12ème conférence ministérielle de l’OMC qui se tiendra à Genève aboutisse à un accord supprimant les subventions publiques qui contribuent à la surpêche et la pêche illicite. Ce traité serait le premier accord biodiversité sous l’égide de l’OMC et permettrait de synchroniser pour la première fois les agendas biodiversité, climat et commerce. Le leadership de l’Union européenne a été rappelé pour construire une gouvernance des océans pour protéger les zones de non droit écologique et aboutir à un traité « universel, opérationnel et efficace » sur la haute mer lors des négociations BBNJ qui ont été lancées il y a 10 ans et qui se tiendront en mars à New York. A ce titre, le Président a lancé avec la Présidente de la Commission Européenne une coalition pour soutenir l’adoption de cet accord. La nécessité de lancer les négociations sur la lutte contre la pollution plastique a fait consensus, pour engager la rédaction d’un traité international contraignant, à l’ANUE 5 qui se tiendra fin février à Nairobi. La France et l’Inde étant d’ores et déjà engagées pour l’élimination des plastiques à usage unique. Par ailleurs, le Président Macron a annoncé vouloir régler la problématique des décharges littorales et a identifié une cinquantaine de sites prioritaires en métropole et en outre mer et s’engage à agir, dès 2022, sur les sites de Dollemard, Fouras et Anse Charpentier (Martinique). Le One Ocean Summit a également été l’occasion de rappeler la place primordiale des sciences océaniques et de la nécessité de mieux « comprendre les secrets de l’océan ». L’Unesco, tout comme le Shom, se sont engagés à passer de 20 à 80 % des fonds marins connus et cartographiés d’ici 2030.  Le Président Macron a insisté sur le fait que la connaissance scientifique est la condition sine qua non à la protection des grands fonds marins et annoncé le lancement de grandes missions d’exploration des fonds marins – et des pôles – en déclarant « On ne peut pas protéger ce que l’on ne connait pas ». Mais il n’a pas pris position sur l’exploration et l’exploitation minière suite à l’adoption de la demande de moratoire au Congrès mondial de la nature de l’UICN de Marseille. Le One Ocean Summit marque le début de l’année 2022 qui sera bien l’année de l’Océan. Les prochains événements internationaux qui vont jalonner l’année (les négociations BBNJ qui se tiendront en mars à New York, l’ANUE 5, la conférence de Palau, la COP 15 Biodiversité, la conférence des Nations Unies sur l’Océan à Lisbonne en juin puis la COP27 Climat qui se tiendra à Charm

One Ocean Summit : 8 engagements forts pour l’océan

Lors du dernier Congrès mondial de la nature de l’UICN en septembre 2021 à Marseille, le Président de la République française a annoncé l’organisation d’un One Ocean Summit qui se tiendra du 9 au 11 février 2022 à Brest. Plusieurs initiatives doivent être lancées pour une meilleure gouvernance des océans, la protection des écosystèmes marins, la lutte contre les pollutions, notamment plastique, et la lutte contre le changement climatique. « Le Congrès mondial de la nature à Marseille a lancé une nouvelle dynamique internationale pour la protection de la biodiversité. Le One Ocean Summit est une opportunité de la renforcer en faveur de l’océan avec des enjeux cruciaux puisqu’il représente 70% de la surface de notre planète. » Maud Lelièvre, Présidente du Comité français de l’UICN. Le Comité français de l’UICN rappelle l’urgence de la protection de l’océan compte tenu que les deux tiers de sa superficie sont aujourd’hui considérés comme sévèrement altérés par les activités humaines (IPBES 2019). Présent à Brest au One Ocean Summit, le Comité français de l’UICN appelle à la concrétisation de 8 engagements en réponse aux recommandations du Congrès mondial de l’UICN portant sur l’océan : 1. Achever les négociations de l’accord international sur la biodiversité marine des zones hors juridiction nationale (haute mer) le plus tôt possible, en mars 2022, et que le texte final intègre la mise en place et la gestion d’un réseau écologiquement représentatif, bien connecté et bien géré d’aires marines protégées efficaces, dont une part substantielle hautement et entièrement protégées, ainsi que des études d’impact environnemental basées sur un système rigoureux, intégré, indépendant et fondé sur la science d’évaluation, de gestion et de suivi des effets individuels et cumulatifs des activités humaines et du changement climatique sur la biodiversité marine de la haute mer. 2. Combattre la pollution plastique par l’élimination de la production et de l’utilisation des plastiques non-nécessaires, en particulier les plastiques à usage unique, et par la promotion de l’innovation sur toute la chaîne de valeur, facilitant la gestion responsable des déchets et débris plastiques, et mettant fin aux déversements dans la nature et les océans. L’UICN demande de parvenir rapidement à un accord mondial pour combattre cette pollution plastique marine. 3. Appliquer des démarches rigoureuses de planification des espaces maritimes pour qu’elles soient garantes de la préservation et de la protection à long terme des écosystèmes marins, en insistant sur l’évitement et la réduction des impacts environnementaux. 4. Réduire l’incidence de la pêche sur la biodiversité marine, en particulier, en mettant en oeuvre des dispositifs d’exclusion des tortues (TED) dans la pêche à la crevette tropicale et améliorer la gestion des dispositifs de concentration de poissons (DCP) dérivants, une méthode nuisible pour l’environnement qui a considérablement augmenté partout dans le monde. 5. Adopter un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, tant que les conditions n’ont pas été définies pour garantir la protection des écosystèmes et de la biodiversité des grands fonds marins. 6. Renforcer les mesures de protection des espèces marines comme les mammifères marins et les requins et raies, dont respectivement 25% et 37% sont menacées selon la Liste rouge mondiale de l’UICN, en agissant en particulier sur la réduction des captures accidentelles. 7. Poursuivre la création d’aires marines protégées et soutenir collectivement l’objectif mondial  de 30% d’aires marines protégées d’ici 2030 dans la nouvelle stratégie mondiale de la biodiversité qui sera adoptée par la COP 15 Biodiversité, en insistant sur le respect des catégories mondiales des aires protégées de l’UICN, la qualité de leur gestion conformément au standard mondial de la Liste verte des aires protégées de l’UICN, et la protection forte. 8. Respecter l’Accord de Paris sur le Climat pour limiter les impacts du changement climatique sur l’océan et à développer des solutions fondées sur la nature en renforçant la conservation et la restauration des écosystèmes marins qui jouent un rôle important pour le carbone bleu, comme les récifs coralliens, les mangroves, les marais salants et les herbiers marins. PLUS D’INFORMATIONS – Communiqué de presse en français et en anglais– La note complète sur les 8 recommandations en français et en anglais– Les travaux du groupe de travail mer et littoral – Le One Ocean Summit– Les recommandations du Congrès mondial de l’UICN– La mobilisation du Comité français de l’UICN pour le Congrès de l’UICN (Septembre 2021)

Tribune « Pour une politique forestière qui s’appuie sur le fonctionnement des écosystèmes »

Nos forêts souffrent des effets du dérèglement climatique et pourtant nous n’avons peut-être jamais eu autant besoin d’elles. Fixation et stockage de carbone, production de bois, genèse et stabilisation des sols, régulation des cycles de l’eau, habitats pour la flore et la faune : les forêts offrent de nombreux services, le plus souvent gratuitement. Pourtant, comme le montrent les dernières statistiques de l’Institut National de l’Information Géographique et Forestière – et pour la première fois depuis le milieu du XIXe siècle – la progression du volume de bois en forêt ralentit sous l’effet d’une triple pression : baisse de la croissance, hausse des prélèvements de bois, aggravation de la mortalité de certaines espèces d’arbres. Cette crise n’est pas passagère, elle constitue une nouvelle donne qui déstabilise et interroge les pratiques de gestion forestière. Dans un contexte d’incertitude croissante, sur quelles bases fonder une nouvelle politique forestière ? L’Europe a ouvert la réflexion en adoptant une stratégie pour les forêts proposant une vision forte : s’appuyer sur la biodiversité pour renforcer la résilience des forêts. Une vision qui ne signifie pas une sanctuarisation des forêts, mais qui acte que les forêts sont des écosystèmes dont le bon état de fonctionnement écologique doit être maintenu ou restauré car il représente la seule véritable garantie de résilience et de résistance face aux aléas annoncés. Or, malgré l’engagement international de l’Europe dans le cadre de la Convention sur la Diversité Biologique, les politiques publiques mises en œuvre n’ont pas réussi à enrayer l’érosion de la biodiversité ou à restaurer la qualité de nos écosystèmes. Si cette érosion est particulièrement forte dans les milieux agricoles, la forêt ne fait pas exception : d’après la dernière évaluation effectuée dans le cadre de la directive habitats-faune-flore, plus de trois habitats forestiers suivis sur quatre sont dans un état de conservation défavorable. Les pratiques permettant de concilier exploitation forestière et biodiversité sont connues, et les débats lors des Assises nationales de la forêt et du bois ont permis de constater qu’elles étaient assez consensuelles : maintien de l’ambiance forestière, mélange d’espèces, conservation et restauration des mécanismes permettant d’avoir une diversité génétique, présence de très gros bois dans les peuplements et, plus généralement, diversité de diamètres, trames de bois mort, debout et au sol. Tout l’enjeu est désormais de les placer au cœur d’une nouvelle politique forestière en conditionnant mieux les aides publiques, en modernisant la fiscalité forestière ou encore en renforçant le volet biodiversité et climat des documents de gestion, en forêt publique comme en forêt privée. Des premières leçons peuvent être tirées de l’expérience du plan de renouvellement et d’adaptation des forêts au changement climatique lancé par le gouvernement à l’automne 2020. Critères de diversification très insuffisants, introduction d’essences exotiques sans une évaluation scientifique rigoureuse, délais d’exécution trop rapides rendant impossible l’approvisionnement en plants adaptés mais surtout confusion sur l’objectif : une stratégie d’adaptation ne peut se résumer à un programme massif de plantations pour remplacer les forêts existantes. Nous pensons qu’une stratégie d’adaptation prometteuse et efficace est d’abord d’essayer d’accompagner et d’améliorer les peuplements en place à chaque fois que cela est possible. Cette approche, certes plus technique, propose entre autres de maintenir au maximum le couvert forestier et son sous-bois, d’enrichir et de diversifier les peuplements considérés pauvres d’un point de vue productif mais qui fournissent d’autres services, ceux qui sont homogènes ou monospécifiques, et d’accentuer les mesures de protection des sols qui sont indispensables à la durabilité de l’écosystème forestier. Malheureusement, ce type de sylviculture est proportionnellement très peu soutenu par les pouvoirs publics. Il ne s’agit pourtant pas d’un choix idéologique mais pragmatique : avec des sécheresses estivales de plus en plus fréquentes, les coupes rases de grandes surfaces suivies de plantations sont un pari de plus en plus risqué, comme le montrent les taux records de mortalité dans les jeunes plantations ces dernières années. L’intérêt climatique de cette pratique interroge surtout lorsqu’elle est associée à un travail du sol et une valorisation uniquement énergétique du bois, ce qui augmente les émissions immédiates de carbone et est donc contre-productif. Lorsque des plantations en plein sont indispensables, la priorité doit également être d’essayer de restaurer le plus rapidement possible une dynamique naturelle avec un mélange d’essences adaptées aux évolutions climatiques et réduisant l’exposition aux risques, notamment incendie. Préserver la biodiversité et le fonctionnement écologique des forêts ne signifie pas renoncer à la production de bois. C’est, au contraire, la garantir sur le long terme, sans exclure les autres services offerts par les forêts. Alors que le gouvernement s’apprête à prendre des arbitrages suite aux Assises nationales de la forêt et du bois, nous, scientifiques, associatifs, acteurs de la filière forêt-bois, l’appelons à faire des choix forts pour enfin concilier une politique de production de bois et politique de conservation de la biodiversité dans une seule et même politique forestière. Premiers signataires, représentants de structures : Véronique Andrieux, directrice générale du WWF France Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux Daisy Copeaux, présidente du collectif Ensemble, sauvons la forêt de Chantilly Elisabeth Dodinet, présidente de la Société botanique de France Maud Lelièvre, présidente du comité français de l’UICN Emmanuel Michau, vice-président de Réserves Naturelles de France Xavier Morin, président de Canopée et directeur de recherche au CNRS Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement Evrard de Turckheim, expert forestier, président de Pro Silva France Michaël Weber, président de la Fédération des Parcs naturels régionaux de France Premiers signataires, signataires individuels : Isabelle Chuine, directrice de recherche au CNRS et membre de l’Académie d’Agriculture de France Guillaume Decocq, professeur à l’Université de Picardie Jules Verne Alexis Ducousso, Ingénieur de Recherches à l’INRAE Hervé Jactel, directeur de recherche à l’INRAE et membre de l’Académie d’Agriculture de France Nicolas Luigi, expert forestier Nicolas Martin-Saint Paul, chargé de recherche à INRAE Serge Muller, professeur émérite au Muséum National d’Histoire Naturelle Didier Paillereau, expert forestier Yoan Paillet, Ingénieur de Recherche à INRAE Marc-André Selosse, professeur au Muséum National d’Histoire Naturelle > Cliquez ici pour la

Appel au renforcement de la lutte contre le trafic des espèces sauvages en France

A l’occasion d’une opération de contrôle des douanes à l’arrivée des vols internationaux au terminal T2 de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, une délégation du Comité français de l’UICN a pu constater l’importance du trafic des espèces sauvages arrivant en France et appelle à une action renforcée pour le juguler. Le trafic d’espèces sauvages figure parmi les principales menaces pour la biodiversité, affectant des milliers d’espaces animales et végétales classées dans la liste rouge mondiale des espèces menacées de l’UICN. Il constitue aujourd’hui l’une des activités criminelles transnationales les plus lucratives au monde (représentant environ 20 milliards d’euros par an), souvent associé à d’autres activités illicites (blanchiment d’argent, corruption), et alimente parfois des groupes armés et des réseaux terroristes. La France est concernée en premier lieu, représentant le pays de destination et de transit de nombreux vols internationaux notamment originaires de l’Afrique francophone. Cette année 2021, pour le seul terminal T2 de Roissy Charles de Gaulle, 36 tonnes de produits illégaux issus d’espèces sauvages ont été saisies, dont 17 tonnes d’espèces animales. Ces saisies ne représentent qu’une infime partie des trafics, car seule une équipe de 20 douaniers contrôle les bagages d’un flux représentant 24 000 passagers par jour pour le seul terminal T2. La nature des espèces et leur provenance inquiètent également sur le plan sanitaire, avec le risque important d’importation et de développement de zoonoses. La France accueillera le Comité permanent de la CITES à Lyon en mars 2022, où seront préparées les décisions de la prochaine COP CITES de novembre 2022 au Panama. Cette convention internationale, issue d’une recommandation de l’UICN, a pour objectif de réglementer le commerce international des espèces de faune et de flore menacées. Cet enjeu majeur a fait l’objet de décisions adoptées lors du Congrès mondial de la nature de l’UICN à Marseille en septembre dernier, à travers deux recommandations : l’une sur la lutte contre la criminalité organisée ayant un impact sur l’environnement, l’autre sur l’implication du secteur privé dans la lutte contre le trafic d’espèces sauvages. Le gouvernement français et les compagnies aériennes doivent renforcer leurs actions pour lutter contre ce trafic comprenant les moyens des Douanes, l’information des voyageurs et les sanctions, ainsi que la limitation du poids des bagages. Le Comité français de l’UICN soutient aussi le développement de stations d’accueil des animaux saisis et mènera en 2022 avec le Groupe ADP (Paris Aéroports) une opération de sensibilisation sur le trafic des espèces sauvages. Plus d’informations – Communiqué de presse– La CITES– L’appui du Comité français de l’UICN aux politiques et aux conventions sur les espèces– Le programme « Coopération internationale » Photo bandeau : Pangolin sur un marché au Congo-Brazzaville © Paul Estève