Financer la conservation de la biodiversité : 10 recommandations pour encadrer les certificats et crédits biodiversité

Face à l’accélération de l’érosion de la biodiversité, les besoins de financement n’ont jamais été aussi importants pour sa préservation et restauration. Alors qu’un déficit annuel de 700 milliards de dollars reste à combler au niveau mondial, l’identification et la diversification de nouvelles sources de financements sont essentielles. Dans ce contexte, les certificats et crédits biodiversité suscitent un intérêt croissant en tant que mécanismes de financement innovants, tout en soulevant de nombreuses questions sur leur efficacité, leur gouvernance et leur intégrité.

Le Comité français de l’UICN s’est ainsi emparé de la question avec la publication d’une note de position préparée à l’occasion de la COP 16 Biodiversité à Cali, et a porté, lors du dernier Congrès Mondial de la Nature de l’UICN, une motion visant à mieux réglementer ces mécanismes, adoptée par les membres en Assemblée générale.

Dans la continuité de ces travaux, le programme Coopération Internationale et le Groupe de Travail “Pays en Développement et Biodiversité” du Comité français de l’UICN, a organisé le 10 décembre 2025   le colloque “Financer la protection de la nature au Sud : le rôle des crédits et certificats biodiversité”.

Réunissant une centaine de participant.es, cette journée d’échanges a permis à des expert·es issu.es d’horizons variés de croiser leurs analyses autour de plusieurs enjeux majeurs à avec une attention particulière envers les pays du Sud : définir les certificats et crédits biodiversité, dresser un panorama des cadres existants, identifier les risques et les conditions d’intégrité à faire respecter, et enfin présenter plusieurs projets pilotes développés dans les pays.

Afin de capitaliser sur ces échanges et de les rendre accessibles au plus grand nombre, le Comité français de l’UICN publie aujourd’hui une synthèse du colloque. Ce document rassemble les principaux enseignements des discussions ainsi que des recommandations destinées à alimenter les réflexions des décideurs publics, des acteurs économiques, des porteurs de projets et de l’ensemble des parties prenantes.

Cette synthèse met en avant recommandations :

  • Clarifier les objectifs poursuivis par les mécanismes en distinguant explicitement la logique de compensation par les crédits de celle de contribution portée par les certificats biodiversité, afin d’éviter les confusions et usages inappropriés.
 
  • Mieux encadrer la compensation biodiversité, en renforçant les exigences (équivalence écologique, additionnalité, permanence) et en limitant son recours aux contextes disposant de cadres juridiques solides.
 
  • Valoriser les certificats comme instruments de contribution volontaire, destinés à financer des actions positives et additionnelles pour la biodiversité, en particulier celles fondées sur des pratiques favorables à la nature et alignées avec des stratégies territoriales.
 
  • Garantir des critères d’intégrité de l’offre élevés, reposant sur des méthodes transparentes d’évaluation des résultats, une gouvernance claire et la séparation des rôles entre porteur·ses de projets, certificateurs et financeurs.
 
  • Faire preuve d’une grande prudence quant au développement de marchés secondaires, afin d’éviter les dérives spéculatives, et de garantir un partage équitable de la valeur au bénéfice des porteur·ses de projets et des résultats écologiques supplémentaires.
 
  • Assurer une gouvernance multipartite et un ancrage territorial fort, incluant autorités publiques, acteur·ices économiques, société civile, peuples autochtones et communautés locales, 15 et la possibilité de politiques d’exclusion envers certain·es acheteur·ses, pour prévenir les atteintes aux droits humains et les risques d’une faible intégrité environnementale.
 
  • Orienter la demande des entreprises vers le financement de projets réduisant leurs impacts et ceux de leurs chaînes de valeurs, en articulant ces mécanismes avec leurs stratégies de transformation alignées sur les limites planétaires, ou contribuant à la préservation des territoires dans lesquels elles opèrent, et prévenir le greenwashing (intégrité de la demande).
 
  • Renforcer le rôle des États et décideur·ses public.que.s afin de définir des cadres règlementaires crédibles et d’assurer la cohérence avec les objectifs du Cadre Mondial de la Biodiversité.
 
  • Soutenir des projets pilotes et des démarches d’expérimentation, afin de tester les méthodes, les cadres de gouvernance et les modèles économiques des certificats et crédits biodiversité, d’en tirer des enseignements opérationnels, et d’alimenter progressivement les cadres réglementaires et méthodologiques.
 
  • Positionner les certificats et crédits biodiversité comme des outils complémentaires, et non comme des substituts aux financements publics et aux politiques de conservation, en les inscrivant dans une palette plus large de leviers financiers, notamment la réallocation des subventions néfastes pour la nature.
 

La synthèse est téléchargeable ici dans son intégralité.

Le Comité français de l’UICN remercie chaleureusement les intervenant·es et les membres comité de relecture pour leur précieux appui, ainsi ses partenaires stratégiques et financiers.

Les travaux se poursuivront dans les prochains mois avec les membres du Comité et son Groupe de travail « Pays en développement et biodiversité », dans le cadre des actions de plaidoyer menées sur ces enjeux. Le Comité continuera également à participer à des initiatives communes avec ses partenaires privés et publics et à porter ces recommandations lors de grands rendez-vous internationaux comme la COP 17 Biodiversité, qui se tiendra du 19 au 30 octobre 2026 à Erevan, en Arménie.

Ce colloque et sa synthèse ont été produits dans le cadre du programme ProBioDev, mis en œuvre par le Comité français de l’UICN, avec le soutien de AFD – Agence Française de Développement, de l’Office français de la biodiversité  et de la Fondation Audemars Piguet pour les Arbres.

Photo bandeau © Guy-ozenne