Congrès français de la nature 2024 : 32 recommandations pour répondre aux enjeux mondiaux de la biodiversité

Plus de 250 expert/es et représentant/es des organisations membres du Comité français de l’UICN – Union internationale pour la conservation de la nature – se sont réunis hier à l’occasion du Congrès français de la nature 2024.  32 projets de recommandations ont été débattus pour répondre à des priorités internationales de conservation de la biodiversité. Ces recommandations seront proposées au Congrès mondial de la nature de l’UICN, qui se tiendra à Abu Dhabi en octobre 2025. Elles contribueront ainsi directement à façonner le programme, les positions et les actions de la plus grande organisation internationale de conservation de la nature, et à influer sur les politiques internationales de la biodiversité. L’excellence française en matière de gestion d’aires protégées récompensée à l’international Les gestionnaires de 9 espaces naturels français se sont également vus remettre leurs diplômes du label « Liste verte des aires protégées de l’UICN » célébrant leurs résultats en matière de conservation. Ce label international a pour but de récompenser les espaces naturels efficacement gérés. La France est le pays qui compte le plus grand nombre de sites labellisés dans la Liste verte internationale, avec 24 sites français au total. Pour poursuivre la dynamique, le Gouvernement de Nouvelle-Calédonie a annoncé la candidature du Parc naturel de la Mer de Corail, l’une des plus grandes aires marines protégées du monde, à la Liste verte des aires protégées de l’UICN. Pour en savoir plus : Le communiqué de presse du Congrès français de la nature 2024, Le communiqué de presse sur la remise des prix de la Liste verte des aires protégées de l’UICN, en présence de la ministre Agnès Pannier-Runnacher notamment, Un diaporama présentant ces 9 sites naturels français récompensés à l’international pour l’atteinte de leurs objectifs de conservation de la biodiversité. Crédits photographiques © Fabien Kufel Plus de 250 expert/es et représentant/es des organisations membres du Comité français de l’UICN étaient présents lors du Congrès français de la nature. © Fabien Kufel

Interview de Gaétan Quesne

Directeur Europe et Responsable thématique biodiversité, forêts et Solutions fondées sur la Nature au sein du Groupe-conseil Baastel et membre du Bureau du Groupe de travail Pays en développement & Biodiversité Gaétan, vous travaillez aujourd’hui en tant que Directeur Europe et responsable thématique biodiversité, forêts et Solutions fondées sur la Nature au sein du cabinet de conseil Baastel. Pouvez-vous vous présenter, et préciser notamment les raisons qui vous ont conduit à travailler dans la protection de la nature ? J’ai passé toute mon enfance au contact de la nature, dans une ferme familiale dans le Nord-Ouest de la France. Le remembrement agricole dans les années 70-80 avait déjà modifié substantiellement le paysage rural français, mais j’ai passé mon enfance à crapahuter dans les espaces naturels et les bosquets proches de la ferme familiale, à participer à des classes vertes dans un Centre de Protection de la Nature et à observer la nature environnante. J’ai certainement développé ma sensibilité environnementale et à la protection de la nature durant cette période. J’ai ensuite effectué des études en agronomie, puis en agro-économie internationale et enfin en économie des ressources naturelles, qui m’ont permis d’orienter mon parcours professionnel à l’international et dans le domaine de la protection de la nature. Quel est votre parcours professionnel et quelles sont vos plus belles expériences ? C’est à travers ma formation que mon orientation professionnelle s’est dessinée. D’un stage dans une plantation de bananes en Martinique dans le cadre d’un diplôme universitaire technologique en agronomie, à des stages dans un centre de recherche sur la canne à sucre en Afrique du Sud et auprès de petits producteurs de café au Honduras dans le cadre de mon diplôme d’ingénieur en agro-économie internationale (ISTOM), j’ai effectué une dernière année de master en économie des ressources naturelles au CERDI et un dernier stage sur la thématique de l’adaptation au changement climatique au Fonds Français pour l’Environnement Mondial. C’était il y 20 ans, cette thématique était assez nouvelle et avec une attention grandissante donc très formateur ! Dans la continuité de ce stage, j’ai été en poste pendant 2 ans à l’Agence française de développement (AFD) à Cotonou au Bénin dans le cadre d’un Volontariat international en administration. Je suivais le portefeuille développement rural et environnement, y compris un projet d’appui au Parc National de la Pendjari, mais également le montage des premiers projets soumis au Programme des Petites Initiatives (PPI) qui était à cette époque géré par l’AFD et mobilisait le personnel en agence pour accompagner les organisations de la société civile dans le montage de leur proposition de projet. J’ai donc eu la chance d’accompagner le montage des premiers projets PPI, avant que cette gestion ne soit ensuite confiée au Comité Français de l’UICN. Cette expérience au Bénin restera unique pour moi, que ce soit d’un point de vue professionnel mais également personnel. J’ai ensuite décidé de rejoindre le cabinet de conseil Baastel au Canada. J’ai débarqué tout frais du Bénin le 3 janvier 2009 à Gatineau au Québec sous une grosse tempête de neige. La transition était intense ! J’ai passé 5 années au Québec pour Baastel, à travailler principalement sur des projets d’adaptation au changement climatique en Afrique sub-saharienne et en Amérique Latine et à profiter des grands espaces canadiens. J’ai ensuite contribué à développer les activités de Baastel et nos équipes en Europe, à Bruxelles. Je suis depuis devenu l’un des associés du cabinet et ai pris la responsabilité de nos activités sur la protection de la biodiversité et les forêts. Je suis impliqué avec nos équipes sur des études de faisabilité de financement pour la protection de la biodiversité, la mise en place de systèmes et processus de suivi-évaluation, l’assistance technique et la mise en œuvre de projets et programmes, et enfin l’évaluation. Une belle diversité de prestations dans des géographies diverses ! Pourquoi avez-vous décidé de vous engager dans la conservation de la biodiversité à l’international et en particulier dans les pays en développement ? C’est également à travers mon parcours académique et professionnel que mon engagement dans la conservation de la biodiversité dans les pays en développement s’est façonné. Cette décision a été alimentée par une soif de découverte, d’échange et clairement d’aventure. Cet engagement a évolué dans le temps, et est ancré aujourd’hui autour de la nécessaire et très urgente protection d’espaces naturels soumis à des pressions et menaces croissantes et à la contribution que nous pouvons y apporter, avec nos équipes à notre échelle, à travers l’expertise que Baastel met à contribution sur des projets et programmes de conservation variés dans les différentes régions du monde en développement en particulier. Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui et quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confronté dans le cadre de vos actions ? Les réalisations dont vous êtes le plus fier ? Dans mon activité aujourd’hui ce que j’apprécie beaucoup est la diversité des initiatives, des géographies et des partenaires avec lesquels nous collaborons. Nous travaillons par exemple sur le montage de financement pour le développement et la gestion d’aires protégées terrestres et marines, la protection d’espèces spécifiques ou la réduction de pressions et menaces qui portent sur elles, mais aussi le développement d’outils de financement tels que les Fonds fiduciaires pour la conservation ou la finance biodiversité, l’assistance technique auprès de gouvernements et de partenaires ainsi que l’évaluation de projets, programmes et politiques publiques. L’initiative sur laquelle je suis le plus mobilisé aujourd’hui est un programme pour le développement résilient au changement climatique et sensible au genre du Parc National de Conkouati-Douli au Congo et du Complexe d’Aires Protégées de Binder-Léré au Tchad, mené conjointement par Noé, Baastel et Développement International Desjardins. Du fait de mon parcours personnel et professionnel, ma capacité de lier, avec l’appui de mon équipe, la problématique des changements climatiques à la conservation de la biodiversité et au développement des territoires ruraux, constitue certainement une valeur ajoutée. Quel est votre espèce favorite et pourquoi ? Je n’ai pas réellement d’espèce favorite. La biodiversité est grande, menacée et à

Conservation de la biodiversité dans les territoires d’outre-mer : le programme BESTLIFE2030 annonce les lauréats de son premier appel à projets

Le programme BESTLIFE2030 de l’Union européenne accorde 5,57 millions d’euros de subventions pour la conservation de la biodiversité dans les régions ultrapériphériques et les pays et territoires d’outre-mer. Ce financement, qui prendra la forme de 58 subventions dans le cadre du premier des quatre appels à projets prévus, vise des initiatives à petite échelle essentielles à la protection des écosystèmes uniques mais fragiles de ces régions. Ces actions permettront aux acteurs locaux de mettre en oeuvre des projets de conservation ciblés, renforçant ainsi l’engagement de l’Union européenne en faveur du cadre mondial pour la biodiversité (CMB) de la Convention sur la diversité biologique (CDB), et notamment de l’objectif 3, qui vise à assurer une conservation équitable et efficace par zone de 30 % de la planète d’ici à 2030, également connu sous le nom d’objectif « 30×30 ». Soutien régional ciblé Les subventions seront réparties entre sept régions clés, chacune étant confrontée à des défis distincts en matière de biodiversité : Pacifique (Polynésie française, Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna) : L’allocation la plus importante, soit 1,39 million d’euros, sera consacrée à la conservation des espèces, à la restauration des écosystèmes, à la gestion des espèces envahissantes, à la gestion durable et aux zones protégées, avec des projets sur la gestion du trafic océanique et l’adaptation au changement climatique. Amazonie : 420 000 euros seront consacrés à la conservation des espèces et aux zones protégées en Guyane française, afin de résoudre des problèmes cruciaux tels que la coexistence entre l’homme et la faune et la perte d’habitat. Caraïbes néerlandaises : 551 000 euros soutiendront la gestion durable, la conservation des espèces et la restauration des écosystèmes, y compris les solutions fondées sur la nature et les pratiques agroforestières durables. Caraïbes françaises : avec 989 000 euros, cette région donnera la priorité à la restauration des écosystèmes, à la conservation des espèces et à la gestion des espèces exotiques envahissantes, en s’attaquant à la dégradation des habitats et en renforçant les stratégies de conservation. Océan Indien : Avec 1,18 million d’euros, les subventions financeront la restauration des écosystèmes, la conservation des espèces, la gestion durable et la gestion des espèces envahissantes, y compris les infrastructures agroécologiques et la pollution côtière. Macaronésie : 697 000 euros seront consacrés à la conservation des espèces, à la gestion des espèces envahissantes et aux zones protégées, avec des efforts de contrôle des prédateurs et de sensibilisation du public. Atlantique Nord : 299 000 euros, dont 100 000 euros pour Saint-Pierre-et-Miquelon, seront consacrés à la conservation des espèces, à la gestion des espèces envahissantes et à la restauration des écosystèmes, dans le cadre d’une pêche durable et de la lutte contre l’eutrophisation. L’évolution de l’initiative BEST Depuis 2011, l’Initiative BEST (Biodiversity and Ecosystem Services in Territories of European Overseas) a renforcé la conservation de la biodiversité dans les régions ultrapériphériques et les territoires d’outre-mer de l’UE, en octroyant plus de 17,73 millions d’euros par le biais de 153 subventions. L’initiative est née du « Message de l’île de la Réunion » et a débuté par l’action préparatoire BEST, qui a jeté les bases de stratégies de conservation régionales. Elle a depuis évolué vers les programmes BEST 2.0, BEST RUP, LIFE4BEST et BEST 2.0+, élargissant le soutien aux efforts de conservation sur le terrain. Le Comité français de l’UICN, activement impliqué dans la mise en oeuvre de l’Initiative BEST, a notamment coordonné le hub régional Pacifique de l’Initiative de 2014 à 2020.  Il continue aujourd’hui à jouer ce rôle dans le cadre de BESTLIFE2030. Dans la région Pacifique, le programme BESTLIFE2030  bénéficie du soutien de la Socredo. Un deuxième appel à propositions devrait être lancé au cours du premier trimestre 2025, afin de renforcer l’implication locale dans les efforts mondiaux en faveur de la biodiversité. Photo bandeau : JeanKape