Mettre la biodiversité au cœur de l’adaptation des forêts au changement climatique
Face au défi de l’adaptation des forêts au changement climatique, le Comité français de l’UICN recommande la mise en œuvre de solutions sylvicoles intégrant la biodiversité et la précaution dans le recours à la migration assistée des arbres et l’utilisation des espèces forestières exotiques. Le changement climatique influence fortement le fonctionnement des écosystèmes forestiers, il pourrait induire un déplacement en latitude des niches climatiques des essences forestières de 1 à 7 km par an, une vitesse bien plus élevée que la capacité des arbres à migrer. Il est estimé par exemple que les chênes ou les hêtres migrent de 100 km sur une période de plus de 500 ans. S’il est actuellement difficile de connaitre précisément l’ampleur de ces changements, les récentes publications scientifiques comme celles du CNRS (La biodiversité protège les forêts des effets du changement climatique | CNRS ) montrent que la biodiversité est le facteur clé de la résilience des forêts aux perturbations du climat. Ainsi, les gestionnaires des forêts actuelles, quel que soit l’objectif qu’ils se fixent (conservation, production, multifonctionnalité des forêts), se retrouvent face à des choix de gestion difficiles. Pour faire face à ces profonds changements, des solutions telles que la migration assistée des arbres ou l’introduction d’espèces forestières exotiques, sont sujettes à de nombreux débats. Pour apporter des éléments de réponse aux questionnements sur les solutions à privilégier pour l’adaptation des forêts au changement climatique, le Comité français de l’UICN, s’appuyant sur son groupe de travail « Forêts » et sur des experts du monde forestier, publie aujourd’hui 3 notes de position sur l’adaptation des forêts françaises au changement climatique : Les solutions sylvicoles intégrant la biodiversité pour l’adaptation des forêts au changement climatique La migration assistée des arbres Le recours aux espèces forestières exotiques dans le contexte du changement climatique Ces notes de position sont à destination des pouvoirs publics ainsi que des acteurs de la forêt et constituent la contribution du Comité français de l’UICN à la stratégie nationale de renouvellement forestier. Elles formulent au total 23 recommandations parmi lesquelles, « Suivre et évaluer les solutions sylvicoles utilisées en lien avec les organismes de recherche et de développement, pour comprendre les succès et les échecs », « Préserver les écosystèmes, la variabilité génétique au sein des essences autochtones, la diversité spécifique, et adapter les pratiques sylvicoles », « Déployer une approche écosystémique de la migration assistée » ou encore « Exclure la migration assistée et la plantation d’essences forestières exotiques des aires protégées de catégories I à IV de l’UICN ». Quelle que soit la gestion forestière envisagée, et face au fort degré d’incertitude, il est nécessaire de gérer la forêt en favorisant la diversité des approches et des solutions, en privilégiant les moins artificielles, et en prenant en compte que la préservation de la biodiversité est déterminante pour la résilience et l’adaptation des forêts face au changement climatique. Consulter les 3 notes de positionnement : Les solutions sylvicoles intégrant la biodiversité pour l’adaptation des forêts au changement climatique La migration assistée des arbres Le recours aux espèces forestières exotiques dans le contexte du changement climatique Photo bandeau : © S. Dupire
Biodiversité des sols : un guide pratique pour aider les agriculteurs à la préserver !
Le Comité français de l’UICN, l’association AGIR NC (AGroforestiers pour des Initiatives de Résilience) et la Direction de l’agriculture de Polynésie française publient un guide pratique intitulé « Boostez vos cultures », à l’attention des agriculteurs, dans le cadre du programme PROTEGE. Ce guide explique comment recourir aux mycorhizes et micro-organismes du sol pour améliorer la fertilité des sols et protéger les cultures sans recourir à des produits de synthèses. En écho à la note de synthèse publiée par l’UICN sur la santé des sols, qui souligne l’importance de la biodiversité des sols pour les cycles du carbone, de l’azote et de l’eau dont dépend la vie sur terre, le Comité français de l’UICN travaille depuis plusieurs années à la promotion de pratiques culturales vertueuses, permettant de regénérer la biodiversité des sols – notamment à Mayotte et en Polynésie française. En effet, la dégradation des terres, due en grande partie à la production agricole intensive alimentée par des produits chimiques, entraîne une perte de biodiversité dans les sols et compromet les services qu’ils fournissent lorsqu’ils sont en bonne santé. Les sols stockent par exemple les deux tiers de l’eau douce dans le monde, or cette fonction de stockage dépend du niveau de matière organique présente dans ces sols. Des sols dépourvus de biodiversité n’ont pas la même capacité d’infiltration et donc de stockage d’eau, ne permettant pas une production agricole soutenable et accélérant les impacts des sécheresses. Dans le cadre de ses travaux en Polynésie française, le Comité français de l’UICN a travaillé avec l’association AGIR NC de Nouvelle-Calédonie, et la Direction de l’Agriculture de Polynésie française pour documenter les meilleures pratiques en la matière, utilisées notamment en agroforesterie syntropique. Ces travaux ont donné naissance au guide pratique « Boostez vos cultures ! » à l’attention des agriculteurs. Conçu pour être facilement pris en main, ce guide pratique explique les étapes à suivre pour produire des mycorhizes, qui sont des champignons symbiotiques des racines – mais aussi alliés essentiels d’une agriculture à la fois productive, restauratrice des sols, économe en ressources et respectueuse de l’environnement et de la santé. Le guide déroule également un procédé simple de multiplication de micro-organismes, qui permettent de lutter contre les ravageurs. Ces protocoles ont été pensés, conçus et testés par l’agriculteur Mickaël Sansoni, agroforestier calédonien qui a pu mettre son expérience d’ingénieur en biotechnologie au profit de l’agroécologie. L’agroforesterie peut s’intégrer dans des projets des Solutions fondées sur la Nature pour renforcer la résilience au changement climatique et contribuer à l’alimentation locale des territoires insulaires. Le Comité français de l’UICN accompagne les agriculteurs pour la mise en place de parcelles agroforestières dans les outre-mer et plus récemment aux îles Fidji, dans un contexte coopération régionale et avec le soutien du Fonds Pacifique. Téléchargez le guide pratique BOOSTEZ VOS CULTURES – Produire ses mycorhizes et micro-organismes du sol Cette publication a été produite avec le soutien financier de l’Union européenne (11ème Fonds Européen de Développement régional) au travers du Projet Régional Océanien des Territoires pour une Gestion durable des Ecosystèmes (PROTEGE) mis en œuvre par la Communauté du Pacifique en Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et à Wallis et Futuna. Photo bandeau : © Marilyn Deas