Interview d’Osiris Doumbé, SEKAKOH

Osiris, parlez-nous un peu de l’histoire de SEKAKOH et de sa création : quelle est la raison d’être de l’organisation, sa genèse et à quoi renvoie le nom de l’ONG ? Tout est parti du Projet Ellioti. Le but de ce projet que j’ai lancé en 2013 était de mener une étude sur la distribution du plus rare et moins connu des chimpanzés, le chimpanzé d’Elliot (Pan troglodytes ellioti), et d’étudier la diversité des singes de la région du Nord-Ouest Cameroun. Cette région est très anthropisée, et trop peu de projets de conservation y sont menés. En plus de l’aspect scientifique, nous avons eu une démarche de sensibilisation des habitants des villages entourant les derniers fragments de forêt, en contact plus ou moins direct avec les chimpanzés. Après deux années d’études et de marche dans le Nord-Ouest, j’ai créé avec des amis passionnés de l’environnement SEKAKOH, afin de poursuivre les efforts engrangés par le projet. Les objectifs de SEKAKOH sont de protéger les animaux sauvages et leurs milieux tout en aidant les habitants à utiliser leurs ressources de manière durable. SEKAKOH signifie « souvenez-vous d’eux » en Balikumbat, une langue du Nord-Ouest Cameroun. Le logo de l’ONG est un rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest – sous-espèce dont les derniers individus sont désormais éteints au Cameroun. Il est peint en blanc, la couleur du deuil dans ce pays.   Depuis le démarrage des activités, quelles ont été vos axes d’actions prioritaires ? Quelles sont les actions déjà menées et celles dont vous êtes le plus heureux et fier ? Depuis 2015, au sein de SEKAKOH nous avons principalement travaillé dans la forêt de Kom, dans le Département de Boyo, à une vingtaine de kilomètres de Bamenda. Cette petite forêt située dans les basses montagnes en bordure de la chaîne montagneuse de Bamenda est le refuge d’au moins deux groupes de chimpanzés et de 12 autres primates selon nos études. Une recherche ethnobotanique nous a permis de mettre en évidence plus de 90 espèces de plantes utilisées par les habitants des 4 villages alentours pour l’alimentation, la médecine, le bois de construction, et le bois de chauffe. Même si jusqu’ici nous avons privilégié la recherche, nous n’avons pas négligé le rapport avec les communautés locales avec qui nous entretenons de bons rapports à travers des activités de sensibilisation (distribution de livres scolaires sur l’environnement camerounais) et de développement (construction de fours améliorés et don de moulin pour moudre les grains de maïs). Je pense que l’activité qui m’a personnellement rendu le plus fier était le don du moulin au village de Baiso. Cette machine a ainsi permis aux villageois de ne plus avoir à envoyer leurs enfants à Fundong (à plusieurs kilomètres de Baiso) pour y moudre les grains de maïs, aliment de base de la région.   Quelles sont les perspectives en cours pour l’année 2018 ? Quelles activités particulièrement excitantes envisagez-vous de mettre en œuvre ? Pour 2018, SEKAKOH a plusieurs activités prévues à Kom, la plus grande partie financée par PPI-5. Ces activités seront développées en collaboration avec une autre ONG, SURUDEV, qui apportera son expertise en matière d’agroforesterie. Au sein de SEKAKOH, nous poursuivrons nos recherches en mettant un accent particulier sur la diversité des plantes et l’alimentation des chimpanzés. En plus de cela, nous avons prévu de construire un centre de recherche, qui permettra aux scientifiques d’avoir un lieu où se poser dans un village isolé, proche de la forêt. De plus, nous allons commencer un projet de reforestation en bordure de forêt, très excitant selon moi. En effet, la question de reboiser les forêts tropicales est souvent débattue mais rarement efficace sur le terrain, notamment à cause des feux de brousse saisonniers. Nous espérons innover et trouver une solution durable, permettant de planter diverses espèces d’arbres utiles aussi bien aux hommes qu’aux primates de la forêt.   Un mot à propos de la société civile… Quel est selon vous le rôle de cette dernière dans le combat en cours pour protéger la biodiversité africaine et sauver certaines espèces emblématiques, telles que notamment le chimpanzé Nigéria-Cameroun ? La société civile est très importante pour la conservation de l’environnement et des espèces menacées. Elle a prouvé son utilité à nombreuses reprises. Un bon exemple est celui d’ERuDEF, au Sud-Ouest Cameroun, qui a été le maître d’œuvre du processus de création du Sanctuaire de Tofala Hills, une Aire Protégée où vivent des gorilles de la Cross River (Gorilla gorilla diehli), en Danger Critique, et des chimpanzés d’Elliot. Le Cameroun a la chance d’avoir une société civile active et c’est un atout que le pays se doit d’utiliser à bon escient, notamment pour la protection de P. t. ellioti. Avec probablement moins de 6,000 individus dans le monde, et surement pas plus de 4,000 au Cameroun, cette sous-espèce de chimpanzés est une richesse régionale que nous devons sauver. Malheureusement, le Ministère des Forêts et de la Faune du Cameroun bénéficie d’un trop petit budget pour protéger efficacement la biodiversité au niveau national. Ainsi, qui d’autre que les sociétés civiles, proches des communautés locales qui partagent leur environnement avec les chimpanzés, peuvent travailler avec elles et promouvoir ce changement de comportement qui  redonnerait une chance aux générations futures d’observer librement leurs plus proches cousins dans la nature ?   Plus d’informations – Site internet de SEKAKOH : https://sekakoh.org – La fiche de présentation du projet porté par SEKAKOH et SURUDEV

RETOURS SUR L’ATELIER DES GESTIONNAIRES D’ESPACES NATURELS DE MAYOTTE

Restauration écologique des Milieux Terrestres – Septembre 2018 Les 19 et 20 septembre dernier se tenaient  deux journées d’atelier consacrées aux gestionnaires d’espaces naturels de Mayotte. Organisé par le Comité français de l’UICN et la DEAL de Mayotte avec le soutien de TeMeUm, près de 40 représentants de l’Etat, du département, du secteur privé et du monde associatif (DEAL, Parc Marin de Mayotte, ONF, Conseil Départemental, Lycée Agricole de Coconi, CNFPT) se sont regroupés autour de la thématique de la restauration écologique des milieux terrestres. Une grande mobilisation des organisations de la société civile est à noter avec la moitié des structures présentes: Conservatoire Botanique Nationale des Mascarins, Gepomay, Naturalistes, Association Mangrove Environnement, Les Gardiens HAR (Honneur Amour Respect), Jardin de Mtsangamouji. Des experts du Parc National de la Réunion (projet Life+ Forêt Sèche), de la Mauritian Wildlife Foundation et de l’ONG Dahari aux Comores avaient notamment fait le déplacement pour cette occasion. Un programme bien chargé alternant présentations en salle et sorties de terrain était prévu comme par exemple la visite d’une parcelle anciennement exploitée et revégétalisée par l’ONF en forêt du Mont Combani ou e ncore celle de la pépinière Pot Concept dans le sud de l’île. La manifestation s’est soldée par des ateliers participatifs  permettant aux participants de construire ensemble une note regroupant des lignes directrices permettant de mener des projets de réhabilitation ou de restauration avec succès. Un évènement ayant reçu des retours très positifs des participants et qui espérons-le permettra de déboucher sur des projets partenariaux et régionaux. Documents à consulter: Liste des participants Programme de l’évènement Présentations: DEAL – introduction & concepts DEAL – Eviter, Réduire, compenser ONF – Retours sur la FOP CDL – Projets de restauration de la forêt sèche (SNB) UICN France – Guide technique de restauration des mangroves (Pôle relais zones humides tropicales) Parc National de la Réunion – Projet Corexerun et Life + Forêt Sèche Dahari – Projets de conservation Mauritian Wildlife Foundation – Restauration de l’Ile Ronde et l’Ile aux Aigrettes Quelles clés pour une restauration/réhabilitation écologique réussie? – Restitution des ateliers participatifs (disponible prochainement) Pour plus d’information, contacter: mayotte@uicn.fr  

Récifs coralliens : un enjeu pour l’humanité

Dans le cadre de l’Année Internationale pour les Récifs Coralliens (IYOR 2018), une exposition unique sur les récifs coralliens va être installée à Paris, Gare de Lyon, du 15 septembre au 9 novembre 2018. L’exposition « Récifs coralliens : un enjeu pour l’humanité » en visite libre offre aux visiteurs la possibilité de s’immerger visuellement dans l’univers merveilleux et peu connu des récifs coralliens.   Les récifs coralliens, des écosystèmes exceptionnels Les récifs coralliens, grandioses et pourtant fragiles, font partie des écosystèmes les plus menacés. Les spécialistes estiment qu’aujourd’hui plus de la moitié sont en situation critique. Les coraux sont en effet très sensibles aux modifications de leur milieu naturel. Ils supportent mal la hausse des températures, l’acidification des océans et les pollutions liées aux diverses activités humaines. Et quand le corail succombe, les espèces animales et végétales qui composent les communautés récifales sont en danger. Or celles-ci représentent un tiers de la biodiversité marine dans le monde. Et il y en a encore beaucoup à découvrir. Les détruire revient à perdre un patrimoine naturel inestimable, à menacer toute la chaîne alimentaire marine et mettre en péril la vie des populations humaines actuelles et à venir. En effet, la vie d’un demi-milliard de personnes dépend de la bonne santé des récifs coralliens. Ces nurseries géantes qu’ils constituent sont essentielles aux poissons, et donc aux hommes qui s’en nourrissent. Plus largement, l’économie littorale des zones tropicales est directement tributaire de la protection des barrières de corail (tourisme, protection des côtes contre les cyclones…). Afin de mettre à l’honneur ces écosystèmes, Alexis ROSENFELD a utilisé une technique d’images pour restituer ces paysages sous-marins dans toute leur beauté et révéler leur importance pour chacun de nous. Jamais les récifs coralliens n’ont été montrés de cette façon.   L’année internationale pour les récifs coralliens et la France La France abrite près de 10 % des récifs et 20% des atolls du monde dans ses collectivités d’Outre-mer. La biodiversité de ces écosystèmes est unique : 1km2 de récifs coralliens abrite autant d’espèces que l’ensemble des côtes littorales de France métropolitaine. La France détient ainsi une responsabilité locale, nationale et mondiale en matière de conservation des récifs et des mangroves et herbiers qui leur sont associés. L’Année Internationale pour les Récifs Coralliens (IYOR 2018) est une opportunité pour la France de sensibiliser le grand public, notamment métropolitain, sur cette responsabilité, et d’encourager tous les acteurs – qu’ils soient en métropole ou en outre-mer – à s’engager pour les préserver. L’initiative Internationale pour les Récifs coralliens (ICRI) a déclaré 2018 l’Année Internationale pour les Récifs Coralliens (IYOR 2018) pour la troisième fois. L’objectif de cette célébration internationale est double : premièrement, sensibiliser le grand public sur la valeur des écosystèmes coralliens et leurs écosystèmes associés (mangroves et herbiers), et sur les menaces qui pèsent sur eux. Ensuite, faciliter les échanges entre porteurs d’enjeux pour favoriser l’émergence de stratégies efficaces de conservation de ces écosystèmes exceptionnels. A cette fin, tout au long de l’année, de nombreuses actions de sensibilisation répondant à cet objectif seront rassemblées sous le label IYOR 2018. Le Comité français de l’UICN participe à la promotion et l’organisation d’événements tout au long de l’Année Internationale pour les Récifs Coralliens.   Plus d’informations – Dossier de presse de l’exposition – Site internet d’Alexis Rosenfeld – Les actions du Comité français de l’UICN dans les Outre-mer – Le site internet de l’IFRECOR – Le site internet de l’IYOR2018 crédit photo © Alexis Rosenfeld