Les requins, les rhinocéros et les éléphants ressortent gagnants du sommet de la CITES sur le commerce des espèces sauvages
Un vote historique pour améliorer la durabilité du commerce international de huit espèces de requins et de raies, inscrites dans la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN, est l’une des principales décisions prises lors de la conférence de la CITES sur le commerce des espèces sauvages qui s’est tenue à Bangkok. Parmi les autres décisions prises lors de la 16e réunion de la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES), certaines concernent aussi des mesures pour réduire le braconnage et le commerce illégal de l’ivoire et des cornes de rhinocéros, qui ont augmenté de façon dramatique ces dernières années. « Les décisions prises à la CITES permettront d’améliorer la survie de nombreuses espèces menacées dans la nature », explique la Directrice générale de l’UICN, Julia Marton-Lefèvre. « Nous sommes ravis de voir que l’expertise scientifique sur la biologie, la conservation et le commerce des espèces fournie à la Convention par la Commission de Sauvegarde des Espèces de l’UICN et par TRAFFIC a été précieuse pour les prises de décision de la réunion de Bangkok. » La conférence a vu un nombre record de pays voter pour réglementer le commerce international du Requin Océanique, de trois espèces de requins-marteaux, du Requin-taupe commun et des deux espèces existantes de raies Manta. Les parties ont également voté pour l’interdiction du commerce international du Poisson-scie (Pristis microdon), qui est classé en Danger critique d’extinction. La demande croissante d’ailerons, de viande et de plaques branchiales de requins, ainsi que d’individus pour les aquariums, menace sérieusement la survie de ces espèces. Près de 1,2 millions de requins océaniques, pêchés pour leurs grandes nageoires, transitent à travers les marchés de l’Asie du Sud Est chaque année et plus de 4000 raies Manta sont harponnées pour prélever leurs branchies. « Il s’agit d’une étape historique vers une meilleure protection de ces espèces marines », explique Nick Dulvy, co-président du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN. « Maintenant, après presque deux décennies de progrès lents et fragmentaires, les Parties ont convenu que la CITES peut compléter les mesures nationales de pêche afin de s’assurer que le commerce mondial est durable et légal. » Pour faire face à la hausse des niveaux de braconnage des éléphants d’Afrique et du commerce illégal de l’ivoire, les Parties ont convenu de mesures pour améliorer le contrôle du commerce illégal mondial de l’ivoire, comprenant le développement d’actions spécifiques par pays. Un soutien a également été réaffirmé pour les systèmes mondiaux de surveillance qui permettent d’appuyer les décisions prises dans le cadre de la Convention, ainsi que pour le Plan d’action pour l’Eléphant d’Afrique. La conservation des éléphants d’Asie a également été abordée, notamment à travers une plus grande reconnaissance du commerce illégal d’éléphants vivants et le développement d’une stratégie de conservation de l’Eléphant d’Asie avec tous les pays de son aire de répartition d’ici novembre 2013. La conférence a identifié le commerce illégal des cornes de rhinocéros comme un enjeu nécessitant des actions urgentes de la part de plusieurs pays. Selon le Groupe de spécialistes des rhinocéros d’Afrique de l’UICN, leur braconnage a augmenté de 43% entre 2011 et 2012 et le commerce illicite des cornes continue de constituer une menace sérieuse pour les rhinocéros dans le monde entier. Les délégués à Bangkok sont également entendus sur des contrôles plus stricts du commerce international d’espèces de bois à Madagascar, tels que bois de rose (Dalbergia spp.) et d’ébène (Disopyros spp.). Ils ont aussi adopté des mesures pour réduire l’impact du commerce sur certaines espèces de tortues d’eau douce et terrestres de façon à augmenter leurs chances de survie. D’autres décisions concernent plusieurs espèces de crocodiles et de serpents, la surveillance du commerce des pangolins et l’engagement renouvelé de gérer durablement la pêche au Napoléon, une espèce en danger qui fut l’une des premières espèces de poissons faisant l’objet d’une pêche commerciale à être considérée par la CITES.
Liste rouge mondiale 2011 : un autre pas vers le baromètre de la vie
Rendue publique le 10 novembre 2011, la dernière mise à jour de la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées illustre les efforts entrepris par l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) et par ses partenaires pour accroître le nombre et la diversité des espèces évaluées, en améliorant la qualité des informations afin de dresser un meilleur tableau de l’état de la biodiversité. Avec plus de 61 900 espèces étudiées à ce jour, un autre pas de géant a été franchi pour faire de la Liste rouge un véritable « Baromètre de la Vie », que d’éminents experts appelaient de leurs vœux dans le magazine Science de 2010. « Cette mise à jour nous apporte de bonnes et de mauvaises nouvelles sur le statut de nombreuses espèces du monde entier » dit Jane Smart, Directrice du Programme mondial de l’UICN pour les espèces. « Nous savons que les efforts de conservation donnent des résultat s’ils sont mis en oeuvre à temps, mais sans un ferme soutien politique associé à des efforts ciblés et à des ressources suffisantes, les merveilles de la nature et les services qu’elle nous offre pourraient être perdus pour toujours. » Malgré les actions des programmes de conservation, 25% des mammifères sont menacés d’extinction. Par exemple, la réévaluation de plusieurs espèces de rhinocéros révèle que la sous-espèce de rhinocéros noir d’Afrique de l’Ouest (Diceros bicornis longipes) est désormais officiellement déclarée Eteinte. La sous-espèce de rhinocéros blanc d’Afrique centrale, le rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni), est aujourd’hui à la limite de l’extinction et a été classée parmi les espèces Peut-être éteintes à l’état sauvage. Le rhinocéros de Java (Rhinoceros sondaicus) livre lui aussi sa dernière bataille : la sous-espèce Rhinoceros sondaicus annasmiticus s’est probablement Eteinte au Vietnam, en 2010, suite au braconnage de ce que l’on pense avoir été le dernier spécimen. Même si cela ne signe pas la fin du rhinocéros de Java, cela réduit néanmoins l’espèce à une unique population minuscule et toujours en déclin sur l’île de Java. Les menaces majeures qui pèsent sur ces animaux sont le manque de volonté et de soutien politique en faveur des efforts de conservation dans de nombreux habitats de rhinocéros, les groupes criminels internationaux organisés qui les ciblent, la demande illégale sans cesse croissante de corne de rhinocéros et le braconnage. « Les hommes sont les gardiens de la terre, et nous sommes responsables de la protection des espèces qui partagent notre environnement » dit Simon Stuart, Président de la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN.« Dans les cas du rhino noir de l’Ouest et du rhino blanc du Nord, la situation aurait pu avoir des résultats très différents si les mesures de conservation suggérées avaient été mises en place. Il faut renforcer ces mesures maintenant, et particulièrement gérer les habitats de façon à améliorer les résultats de la reproduction, pour empêcher que d’autres, tel le rhinocéros de Java, disparaissent à leur tour. » La conservation a déjà connu plusieurs succès, comme celui de la sous-espèce de rhinocéros blanc du Sud (Ceratotherium simum simum) dont on estime que la population sauvage est passée de moins de 100 individus à la fin du 19ème siècle à plus de 20 000 aujourd’hui. Le cheval de Prjevalski (Equus ferus) est aussi une belle réussite : il a vu passer son statut de En danger critique d’extinction à En danger. Au départ, en 1996, il était classé comme Eteint à l’état sauvage, mais grâce à un programme de reproduction en captivité et à un programme réussi de réintroduction, on estime que la population sauvage compte aujourd’hui plus de 300 individus. Les reptiles constituent une composante importante de la biodiversité, particulièrement dans les habitats arides et sur les îles un peu partout dans le monde. Ces dernières années, de nombreuses nouvelles espèces de reptiles ont été évaluées, notamment la plupart de ceux que l’on trouve à Madagascar. Les résultats, alarmants, révèlent que 40% des reptiles terrestres de Madagascar sont menacés. Les 22 espèces identifiées comme étant En danger critique d’extinction, une catégorie comprenant des caméléons, des geckos, des scinques et des serpents, sont aujourd’hui un vrai défi pour la conservation de la nature. Ces nouvelles informations aident à guider la planification de la préservation de la biodiversité et permettent de faire une évaluation de la protection que les réserves naturelles malgaches offrent aux reptiles. Il est encourageant de savoir que de nouvelles zones de conservation sont créées à Madagascar et qu’elles aideront à préserver une proportion significative des espèces En danger critique d’extinction, comme le caméléon Tarzan (Calumma tarzan), le caméléon au nez bizarre (Calumma hafahafa) et le scinque apode (Paracontias fasika). En raison de leur statut sur la Liste rouge, des espèces qui, de tout temps, ont été ignorées par les efforts de conservation, comme les geckos En dangerParoedura masobe et Uroplatus pietschmanni, figureront de façon plus voyante dans les nouveaux plans. Les plantes sont des ressources essentielles pour le bien-être des hommes ; elles sont des composantes critiques des habitats sauvages. Elles sont pourtant sous-représentées dans la Liste rouge de l’UICN. Le travail actuellement en cours pour améliorer leur connaissance inclut une évaluation de tous les conifères. A ce stade, les résultats révèlent certaines tendances troublantes. Le sapin d’eau chinois (Glyptostrobus pensilis), par exemple, qui était jadis très répandu en Chine et au Vietnam, est passé de En danger à En danger critique d’extinction. La principale cause de déclin est la perte d’habitat au profit de l’agriculture intensive, et il semble bien qu’en Chine, il ne subsiste aucun plant sauvage. La plus grande des populations récemment découverte au Laos a été détruite par l’inondation créée par la construction d’un projet hydraulique et très peu d’arbres sur le sol vietnamien, s’il en reste, produisent encore des semences viables, ce qui signifie que cette espèce se dirige rapidement vers le statut Eteint à l’état sauvage. Un autre exemple, le Taxus contorta, qui est utilisé pour la production de Taxol, un médicament utilisé en chimiothérapie, est passé de Vulnérable à En danger à cause de sa surexploitation à des fins médicinales