Gestion du risque requins : prévenir plutôt qu’abattre

Le sujet des risques avec les requins est une problématique majeure pour la sécurité humaine et la gestion des écosystèmes marins, particulièrement dans les outre-mer où des évènements tragiques ont lieu de plus en plus fréquemment ces dernières années. Le Comité français de l’UICN publie aujourd’hui une position officielle appelant à la mise en place de politiques de prévention du risque requin (systèmes de signalisation et moyens de surveillance proactifs et non létaux dans les zones touristiques et sportives, réglementations des déchets de pêche, amélioration des systèmes de collecte et de traitement des eaux usées et de ruissellement, adoption d’outils de gestion prévisionnels opposables…) à la place de mesures ayant des impacts sur l’environnement, en particulier l’abattage des grands requins, maillon essentiel des écosystèmes marins aujourd’hui menacés. La position du Comité français de l’UICN incite également les collectivités concernées à mettre en place des espaces de concertation et d’animations permettant une meilleure compréhension et acceptation des facteurs de risque par les populations locales, ainsi qu’une coopération internationale en matière de gestion du risque requin. Les requins peuplent depuis des millions d’années l’océan et jouent un rôle fondamental dans le maintien de son équilibre, en tant que grand prédateur. La Liste rouge des espèces menacées de l’UICN indique cependant que 37% des espèces de requins et de raies sont désormais menacées d’extinction. Le respect et la rationalité sont la pierre angulaire d’une coexistence re-pacifiée pour un « mieux-vivre ensemble » avec le vivant, comme l’a souligné le Comité français de l’UICN dans son Manifeste éthique. Plus d’informations – Télécharger l’avis– Les travaux du groupe outre-mer Photo bandeau : Requin tigre à Rangiroa, Polynésie française © Bernard Beaussier
Un quart des requins et des raies menacés d’extinction au niveau mondial
Un quart des requins et des raies sont menacés d’extinction au niveau mondial selon la Liste rouge des espèces menacées ™ de l’UICN, les raies étant à un niveau de risque plus élevé que les requins. Ces résultats font partie de la première analyse mondiale de ces espèces effectuée par le Groupe de spécialistes des requins de l’UICN. Cette étude, qui marque le début de l’année du 50e anniversaire de la Liste rouge de l’UICN, a été publiée dans la revue eLIFE. Elle inclut l’analyse de l’état de conservation de 1041 espèces de requins, raies et chimères (groupe d’espèces proche des requins et raies). Selon les résultats, les requins, les raies et les chimères présentent un risque d’extinction considérablement plus élevé que la plupart des autres groupes d’animaux. Ce groupe présente la plus faible proportion d’espèces considérées comme étant en bonne situation – seulement 23 % des espèces sont classées en catégorie « Préoccupation mineure ». « Notre analyse montre que les requins et les espèces qui leur sont proches sont confrontés à un risque alarmant d’extinction », a déclaré le Dr Nick Dulvy, co-président du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN et titulaire d’une chaire de recherche du Canada à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique.« Les grandes espèces de raies et de requins sont les espèces les plus en péril, en particulier celles qui vivent dans des eaux peu profondes, accessibles à la pêche. « L’article indique également que la surpêche est la principale menace pesant sur ces espèces. Les captures déclarées de requins, raies et chimères ont atteint un pic en 2003, les raies représentant la part la plus importante sur les 40 dernières années. De plus, les captures réelles sont susceptibles d’être largement sous-évaluées. Les prises non-intentionnelles représentent une grande partie des captures de requins et de raies, mais le développement des marchés émergents et la diminution des stocks des espèces ciblées par les pêcheries font de ces « prises accessoires » des prises de plus en plus convoitées. L’abattage intentionnel des requins et des raies lié au fait qu’ils sont perçus comme un risque pour les personnes, l’impact des engins de pêche et les captures ciblées sont les causes du classement en catégories menacées d’au moins 12 espèces. « Étonnamment, nous avons constaté que les raies, y compris les poissons-scie, les raies guitare et les raies pastenagues, sont généralement moins bien loties que les requins, les raies représentant cinq des sept familles les plus menacées » a déclaré le Dr Colin Simpfendorfer, co – président du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN et professeur en sciences de l’environnement à l’Université James Cook du Queensland en Australie.« Alors que l’attention du public, des médias et des gouvernements se penche de plus en plus sur le sort des requins, le déclin généralisé des raies passe totalement inaperçu. Les mesures de conservation en faveur des raies sont très en retard, ce qui accroît notre inquiétude sur la situation de ce groupe d’espèces « . Le marché mondial des ailerons de requins, pour la préparation de soupe d’ailerons, est un facteur important du déclin des requins, mais aussi de certaines raies à ailerons valorisables, comme les raies guitare. Les requins, raies et chimères sont également recherchés pour leur viande. D’autres produits sont fabriqués à partir de ces espèces : fortifiant chinois à base de branchies de raies manta, ou produits pharmaceutiques à base de foie de requins de profondeur. L’Indo-Pacifique, en particulier le golfe de Thaïlande, et la mer Méditerranée sont les deux « points chauds » où le déclin des requins et des raies est le plus alarmant. Selon les experts, la mer Rouge abrite également un nombre relativement élevé de requins et de raies menacés. « Les requins, les raies et les chimères se développent généralement lentement et produisent peu de petits, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la surpêche », affirme Sonja Fordham, vice-présidente du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN et présidente de « Shark Advocates International », un projet de « The Ocean Fondation », basée à Washington DC.« Des progrès politiques significatifs ont été accomplis au cours des deux dernières décennies, mais pour une conservation efficace de ces espèces, une accélération importante de la dynamique et un élargissement de la portée des mesures sont nécessaires pour prendre en compte toute la diversité de ces espèces exceptionnelles. Notre analyse démontre clairement que la nécessité d’une telle action est urgente ». Les requins, raies et chimères sont appelés « poissons cartilagineux » en raison de leurs squelettes constitués de cartilage plutôt que d’os. Ils sont l’un des groupes d’animaux les plus anciens et les plus écologiquement diversifiés au monde. L’étude est le résultat d’une collaboration de 302 experts de 64 pays différents. Toutes les informations sur la situation mondiale des requins, raies et chimères : http://www.iucn.org/fr/ ?14311/A-quarter-of-sharks-and-rays-threatened-with-extinction Plus d’informations sur la situation en France métropolitaine de ces espèces : http://uicn.fr/liste-rouge-nationale-les-requins-et-raies-de-france-metropolitaine-menaces-par-une-peche-non-durable/
Liste rouge nationale : les requins et raies de France métropolitaine menacés par une pêche non durable

D’après la Liste rouge des espèces menacées en France, au moins 11 espèces de requins et de raies sont menacées dans les eaux de France métropolitaine. L’état des lieux réalisé met en évidence l’impact de la pêche intensive, principale cause du déclin de ces espèces. Les analyses ont porté sur l’ensemble des poissons dits « cartilagineux », comprenant les requins, les raies et les chimères. Etabli avec la contribution d’un panel de spécialistes, ce bilan a été conduit par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle. Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale DOCUMENTS ET LIENS • Communiqué de presse (décembre 2013)• Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf)• Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN)• Rapport d’évaluation• Publication : UICN France, MNHN (2013). La Liste rouge des espèces menacées en France – Chapitre Requins, raies et chimères de France métropolitaine. Paris, France. Photo bandeau :Requin-pèlerin © François Würz – Les Aquanautes