Près de deux fois plus de sites naturels du Patrimoine mondial menacés par le changement climatique
Le nombre de sites naturels du Patrimoine mondial menacés par le changement climatique est passé de 35 à 62 en seulement trois ans et il est devenu la menace la plus préoccupante à laquelle ces sites sont confrontés, selon un rapport publié le 13 novembre par l’UICN à l’occasion de la COP23 , la conférence de l’ONU sur le changement climatique à Bonn, Allemagne. Pour la première fois, l’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN 2 – version actualisée du rapport sur l’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN de 2014 – évalue comment les perspectives de conservation des 241 sites naturels du patrimoine mondial changent au fil du temps. Il analyse les menaces, la protection et la gestion des sites ainsi que l’état de leurs valeurs, caractéristiques uniques qui justifient leur statut prestigieux de sites du patrimoine mondial. Selon cette évaluation, les conséquences du changement climatique, telles que le blanchissement des coraux et la fonte des glaciers, touchent un quart des sites, contre un sur sept en 2014, et situent les récifs coralliens et les glaciers parmi les écosystèmes les plus menacés. D’autres écosystèmes, comme les zones humides, les deltas à faible altitude, le pergélisol et les écosystèmes sensibles au feu sont également touchés. Le rapport signale que le nombre de sites naturels du patrimoine mondial affectés par le changement climatique risque d’augmenter davantage car le changement climatique reste la plus grande menace potentielle pour le patrimoine mondial naturel. « La protection des sites du patrimoine mondial est une responsabilité internationale qui incombe aux gouvernements signataires de l’Accord de Paris, » déclare Inger Andersen, Directrice générale de l’UICN. « Ce rapport de l’UICN adresse un message clair aux délégués réunis ici à Bonn : le changement climatique agit vite et n’épargne pas les trésors de notre planète. La rapidité et l’échelle à laquelle il dégrade notre patrimoine naturel met en évidence à quel point une implication urgente et ambitieuse des nations est indispensable pour mettre en œuvre l’Accord de Paris. » Au cours des trois dernières années, les récifs coralliens classés au patrimoine mondial, comme l’Atoll d’Aldabra dans l’océan Indien, deuxième plus grand atoll corallien au monde, le Récif de la barrière du Belize dans l’Atlantique, le plus grand récif-barrière de l’hémisphère nord, et la Grande barrière de corail, qui est le plus grand récif de la planète, ont été touchés par des épisodes dévastateurs de blanchissement massif des coraux suite à la hausse des températures marines. La Grande barrière de corail, par exemple, a subi un blanchissement qui a touché jusqu’à 85% des récifs observés en 2016. Le recul des glaciers, qui est également dû à la hausse des températures, menace des sites tels que le Parc national du Kilimandjaro, où se situe le plus haut sommet d’Afrique, et celui des Alpes suisses Jungfrau-Aletsch, qui abrite le plus grand glacier des Alpes. « Les sites naturels du patrimoine mondial jouent un rôle crucial pour soutenir les économies locales et apporter des moyens de subsistance », explique Tim Badman, Directeur du Programme du patrimoine mondial de l’UICN. « Leur destruction peut donc avoir des conséquences dévastatrices qui vont au-delà de leur beauté exceptionnelle et de leur valeur naturelle. Dans le Parc national de Huascarán au Pérou, par exemple, la fonte des glaciers perturbe l’approvisionnement en eau et les métaux lourds qui se trouvaient sous la glace contaminent l’eau et le sol. Cela accentue l’urgence du défi qu’il faut relever pour protéger ces lieux. » Outre ce constat, le rapport présente encore d’autres défis à relever pour le patrimoine mondial. Des menaces, telles que les espèces envahissantes, le tourisme non durable ou le développement d’infrastructures, sont également en augmentation. Elles affectent les processus écologiques et menacent la survie des espèces dans les sites. Les espèces exotiques envahissantes constituent la menace la plus répandue. Leur impact est souvent aggravé par le changement climatique qui facilite leur propagation et leur installation. Globalement, le rapport estime que 29 % des sites du patrimoine mondial sont confrontés à de graves préoccupations et que 7 % ont un avenir menacé. Cela est notamment le cas du Parc national des Everglades aux États-Unis et du Lac Turkana au Kenya. Il prévoit que deux tiers des sites, c’est-à-dire la même proportion qu’en 2014, ont de grandes chances d’être bien conservés dans un avenir proche. Le rapport révèle également que la qualité et l’efficacité de la gestion des sites naturels du patrimoine mondial ont chuté depuis 2014, notamment en raison de ressources financières insuffisantes. Moins de la moitié des sites ont un bon niveau de gestion. Toutefois, le rapport évoque aussi des exemples de réussite qui montrent l’impact positif et concret que peut donner une bonne gestion. Le Parc National de Comoé en Côte d’Ivoire, par exemple, a vu sa population d’éléphants et de chimpanzés se rétablir grâce à une gestion efficace et au soutien international, suite à la stabilisation politique du pays. Par conséquent, ses perspectives de conservation se sont sensiblement améliorées au cours des trois dernières années. Il s’agit de l’un des 14 sites dont le classement a progressé depuis le rapport sur L’Horizon du patrimoine mondial de l’UICN de 2014. Plus d’informations Télécharger le rapport ici. Célia Zwahlen, Programme du Patrimoine mondial de l’UICN, Celia.Zwahlen@iucn.org, +41229990716 Ewa Magiera, Relations avec les médias, UICN, Ewa.Magiera@iucn.org, +41765053378 Page dédiée du programme Aires Protégées de l’UICN France
L’UICN approuve l’engagement de Total de ne pas mener d’opérations dans les sites du Patrimoine mondial
La société Total a confirmé qu’elle ne mènera pas d’opérations extractives dans les sites naturels du Patrimoine mondial, comprenant le parc national des Virunga. L’UICN approuve cette décision et demande à toutes les sociétés pétrolières et gazières de suivre cet engagement. L’UICN, qui est l’organisme consultatif officiel auprès de l’UNESCO sur les sites naturels du Patrimoine mondial, a lancé des appels répétés dans le passé auprès des industries extractives et des gouvernements qui délivrent des permis miniers afin d’arrêter les activités d’exploration et de l’exploitation du pétrole et du gaz dans les sites du Patrimoine mondial. Le Comité français de l’UICN avait alerté le PDG de Total en mai 2012 sur la cette situation et demandé à l’entreprise de s’engager à respecter les limites du parc national et plus largement les sites du Patrimoine mondial. Jusqu’à présent, la société Royal Dutch Shell était la seule entreprise pétrolière et gazière à avoir pris un tel engagement. L’engagement de Total a été officiellement communiqué dans un courrier adressé au Centre du Patrimoine mondial de l’UNESCO. « L’engagement de Total montre clairement que de telles activités dans les sites du patrimoine mondial n’est pas une option pour des industries extractives responsables », dit Julia Marton- Lefèvre, Directrice générale de l’UICN. « Il nous donne l’espoir que les secteurs du pétrole, du gaz et des mines, dans leur ensemble, s’engagent à assumer pleinement leur responsabilité partagée pour la conservation des endroits les plus précieux et irremplaçables de notre planète. Nous appelons toutes les entreprises extractives et les gouvernements qui régulent ce secteur, à déclarer les sites du Patrimoine mondial comme des zones « interdites » ». Les menaces générées par l’industrie extractive sont particulièrement graves en Afrique, où un site naturel sur quatre est affecté. Le parc national des Virunga en République Démocratique du Congo a été le site soumis aux risques les plus élevés au cours des dernières années, après que le gouvernement congolais ait accordé des permis pour procéder à l’exploration dans le parc. L’engagement de Total relâche une partie de la pression sur le parc national des Virunga. Il indique également que l’entreprise respectera les limites actuelles du parc, même si une partie de la protection du parc est retirée. Malgré l’annonce de Total, une autre entreprise basée au Royaume-Uni, SOCO, poursuit des activités extractives dans une zone chevauchant celle du parc des Virunga. « Les États Parties à la Convention du Patrimoine mondial et les entreprises privées doivent respecter le principe établi de longue date statuant que les sites du patrimoine mondial doivent rester hors d’atteinte de l’industrie extractive », dit Tim Badman, Directeur du Programme du patrimoine mondial de l’UICN. « Nous nous félicitons de l’étape positive franchie par Total en faveur de la protection du patrimoine naturel mondial et en particulier pour le parc national des Virunga et sa faune et flore spectaculaires. » Le parc national des Virunga abrite quelque 100 individus des derniers gorilles de montagne et se place parmi les plus grands sites de biodiversité en Afrique. Il a été établi en 1925 comme le premier parc national de l’Afrique et en 1979 il est devenu l’un des premiers sites du Patrimoine mondial. Il figure également sur la liste des zones humides d’importance internationale de la Convention de Ramsar. En dépit d’être répertorié comme un site du Patrimoine mondial en péril depuis 20 ans, les menaces sur le parc restent très critiques et comprennent l’exploration pétrolière, les conflits armés, le commerce illégal d’espèces sauvages et l’occupation illicite. La réponse globale à apporter aux menaces qui pèsent sur les sites du Patrimoine mondial et d’autres aires protégées à travers le monde sera discutée lors du prochain Congrès mondial des parcs de l’UICN, qui se tiendra du 12 au 19 novembre 2014 à Sydney, en Australie.
Un site naturel du Patrimoine mondial sur dix est en péril, d’après l’UICN
La session annuelle du Comité du Patrimoine mondial de l’UNESCO, qui s’ouvre à Saint-Pétersbourg dimanche, va examiner l’inscription de 36 nouveaux sites sur la Liste en tant que bien naturels ou culturels, ainsi qu’un certain nombre de rapports de suivi sur des sites déjà inscrits. Cependant, si les recommandations de l’UICN visant à inscrire quatre nouveaux sites sur la Liste du Patrimoine mondial en péril sont acceptées, 21 sur les 211 sites naturels du Patrimoine mondial, soit un sur dix, sera officiellement « en danger ». « Les sites du Patrimoine mondial ont une valeur emblématique pour la conservation sur la planète, mais ils se trouvent pourtant soumis à des pressions croissantes », dit Tim Badman, Directeur du Programme du Patrimoine mondial à l’UICN. « La Convention, qui fête ses 40 ans cette année, devra en faire beaucoup plus pour protéger les sites inscrits sur la Liste dans les dix années à venir, tout particulièrement pour ceux qui sont en péril, si l’on veut que l’inscription sur la Liste du Patrimoine mondial reste un modèle de référence incontestable. Pour célébrer ses 40 années d’existence, la Convention a choisi le thème des communautés, et nous pensons que les avantages apportés par le Patrimoine mondial aux populations concernées représentent un élément clé du succès de la conservation des sites. » L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), organe consultatif du Patrimoine mondial pour la nature, présentera des recommandations techniques relatives à quatre nouveaux sites naturels et les résultats de ses missions de suivi sur des sites du Patrimoine mondial dont la valeur est menacée. L’UICN propose l’inscription de quatre sites naturels : le Trinational de la Sangha, un complexe partagé par le Cameroun, la République centrafricaine et le Congo, les lacs d’Ounianga (Tchad), le site fossilifère de Chengjiang (Chine) et le lagon sud des îles Chelbacheb (Palaos). En outre, des rapports seront présentés sur 56 autres sites emblématiques, notamment sur les problèmes que rencontrent les îles Galápagos, la Grande Barrière de corail australienne et le Serengeti. L’UICN recommande l’inscription des Parcs nationaux du Lac Turkana (Kenya), de la Zone de gestion des Pitons (Sainte-Lucie), des Forêts vierges de Komi (Fédération de Russie), de la Réserve de faune du Dja (Cameroun) et des Parcs du lac Turkana (Kenya) sur la Liste du Patrimoine mondial en péril. Les sites du Patrimoine naturel d’Afrique centrale et occidentale comptent parmi les plus menacés, en raison des activités minières, du braconnage et des conflits armés. Des sites emblématiques, tels que le Parc national Niokolo-Koba au Sénégal et le Parc national du Manovo-Gounda St Floris en République Centrafricaine sont en danger imminent de perdre leur Valeur universelle exceptionnelle. Dix sur les seize sites naturels et mixtes (naturels et culturels) de la région sont inscrits sur la Liste du Patrimoine en péril. « Le besoin de mesures urgentes pour sauver ce qui reste de ces parcs est évident », dit Mariam Kenza Ali, responsable de la conservation du Patrimoine mondial à l’UICN. « Ainsi, au Niokolo-Koba au Sénégal, la population d’éléphants est presque inexistante, il reste très peu de lions et la population de la plupart des espèces d’antilopes a été décimée. La situation est la même au Parc national de la Comoé en Côte d’Ivoire et elle est également critique dans bien d’autres aires protégées de la région. Il est difficile de trouver du financement pour des plans de sauvetage et, parfois, la volonté politique manque cruellement. » La prospection minière, pétrolière et gazière à l’intérieur des sites du Patrimoine mondial se développe également, d’après l’UICN. Ces activités sont en train de causer des dommages irréversibles à des sites d’une valeur exceptionnelle, comme le Parc national des Virunga en RDC et les forêts vierges de Komi en Russie. Un rapport indépendant sur les sites du Patrimoine mondial et les industries extractives sera présenté pendant la session du Comité à Saint-Pétersbourg. Il recommande notamment d’établir des règles égales pour tous les acteurs, de façon à ce que les politiques liées aux industries extractives soient aussi homogènes que possible, indépendamment du pays où se trouve le site concerné du Patrimoine mondial.