Le Comité français de l’UICN appelle à prendre en compte le patrimoine naturel et la biodiversité dans la reconstruction de Mayotte

A la suite du passage du cyclone Chido qui a dévasté Mayotte, le Comité français de l’UICN appelle le Gouvernement, les collectivités du territoire et le futur établissement public chargé de la coordination de la reconstruction, à élaborer un projet respectant la biodiversité unique de Mayotte. Ce projet doit identifier et mettre en œuvre des solutions adaptées, en évitant les actions aux conséquences écologiques négatives, grâce à l’expertise scientifique et à la mobilisation des acteurs environnementaux locaux. Un fort impact environnemental du cyclone Chido Le cyclone Chido a dévasté en grande partie les milieux naturels de Mayotte, tant au niveau terrestre que marin et côtier. Les conséquences indirectes du cyclone sont diverses et nombreuses : accumulation de déchets et polluants sur terre et arrivant jusqu’au lagon, forte dynamique d’installation de cultures illégales dans les espaces forestiers protégés conduisant à des incendies aujourd’hui encore en cours, développement des espèces exotiques envahissantes… Le cyclone s’est abattu sur un territoire déjà très fragilisé et aux capacités d’agir limitées malgré un tissu d’acteurs mobilisés et aux compétences affirmées en matière de gestion des espaces naturels, d’accompagnement scientifique des problématiques post-cyclone et de mobilisation de la société civile. Des enjeux forts de biodiversité à préserver ou restaurer L’archipel de Mayotte fait partie d’un des 36 « points chauds » de la planète en matière de biodiversité et présente à cet égard un endémisme particulièrement original et fragile. Côté terrestre, Mayotte possède des écosystèmes forestiers très menacés, qui rendent des services écologiques essentiels pour réguler la ressource en eau et empêcher l’envasement du lagon. Le Comité français de l’UICN avait précédemment alerté sur le taux de déforestation élevé et demandé à prendre les mesures nécessaires pour assurer un avenir pérenne à ces espaces naturels. Également, 43 % des plantes à fleurs étaient considérées comme menacées selon les critères de l’UICN. Côté marin, Mayotte possède également un lagon unique avec une double barrière récifale abritant une faune très riche dont le célèbre Dugong, dont il ne subsiste que quelques individus, ainsi qu’une diversité de poissons contribuant significativement aux besoins alimentaires locaux. Face à cette situation exceptionnelle, le Comité français de l’UICN : Souligne l’importance de la mobilisation générale du Gouvernement pour rétablir l’accès aux besoins essentiels des Mahorais/es et son ambition d’une reconstruction du territoire ; S’inquiète de la tentation de reconstruire en s’éloignant des standards et des règlementations en matière d’urbanisme et d’environnement et de la non prise en compte des enjeux de biodiversité ; Alerte les pouvoirs publics face à des propositions qui peuvent s’avérer être de « fausses bonnes solutions » et avoir des conséquences écologiques très négatives comme les reboisements avec des essences exotiques, car seuls des plants d’espèces indigènes du territoire et provenant de semences locales devraient venir en appui des mécanismes naturels de restauration; Appelle le Gouvernement, et particulièrement le ministre des Outre-mer en charge du dossier, mais aussi les collectivités et les acteurs socio-économiques de Mayotte à élaborer un projet de restauration qui s’appuie sur les atouts et respecte les enjeux de biodiversité, en s’appuyant notamment sur les Solutions fondées sur la Nature et sur les dynamiques naturelles ; Demande à associer la riche expertise scientifique locale et nationale existante en matière de restauration d’espaces naturels insulaires à ce projet ; Invite le futur établissement public chargé de la coordination de la reconstruction à s’appuyer sur les compétences des acteurs locaux et nationaux, et à consulter le public, pour accompagner les initiatives de reconstruction en cohérence avec les nécessités de conservation de la biodiversité unique de Mayotte. Une opportunité inédite est donnée aujourd’hui à la puissance publique de mobiliser les expertises scientifiques pour accompagner les meilleurs choix politiques et techniques en matière de planification et de prise en compte des enjeux de biodiversité dans cette reconstruction. Le Comité français de l’UICN, par l’intermédiaire de son antenne à Mayotte et avec ses organisations membres et ses experts, prendra toute sa part dans cette recherche des meilleures solutions pour rendre Mayotte et son extraordinaire biodiversité plus résilientes. Photo bandeau : Kelly064 — CC BY-SA 4.0
La moitié des forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse menacée par le changement climatique, selon la Liste rouge des écosystèmes en France

La Liste rouge des écosystèmes en France évalue pour la première fois les forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse. Parmi les 19 écosystèmes évalués selon les critères de l’UICN, 10 sont menacés et 6 apparaissent quasi-menacés, principalement par le changement climatique. Ces résultats sont le fruit d’analyses coordonnées par le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), l’Office français de la biodiversité (OFB) et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), fondées sur les connaissances existantes et l’expertise de nombreux écologues forestiers. Cette évaluation a également bénéficié de la collaboration avec plusieurs Conservatoires botaniques nationaux (CBN) et l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN). Cette étude porte sur les écosystèmes forestiers rencontrés aux étages montagnard (zone des forêts mixtes) et subalpin (étage le plus élevé avec des forêts) des différents massifs montagneux de l’Hexagone (Alpes, Jura, Massif central, Pyrénées, Vosges) et de Corse. Parmi les 19 écosystèmes forestiers de montagne qui ont été évalués, 8 relèvent des forêts mixtes (mélanges de Hêtres et de Sapins blancs) qui caractérisent l’étage montagnard, 6 relèvent de forêts de Sapins blancs ou d’Épicéas communs qui marquent la transition entre l’étage montagnard et l’étage subalpin, et 5 d’écosystèmes de forêts de pins (Pin sylvestre, Pin cembro, Pin à crochets), typiques des espaces les plus écologiquement contraints, par la sécheresse ou le froid. Au sein de chacun de ces écosystèmes, les essences forestières dominantes sont accompagnées de tout un cortège d’espèces végétales et fongiques (arbres, arbustes, plantes herbacées, mousses, lichens et champignons) et d’une faune forestières spécifiques. Des bouleversements inédits marqués par le changement climatique Malgré une augmentation de la surface des forêts depuis le milieu du XIXème siècle, les forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse connaissent aujourd’hui des bouleversements liés à de multiples pressions d’origine anthropique, locales ou globales : épisodes de dépérissement ou diminution du renouvellement forestier, modification des communautés d’espèces (ensemble des populations d’espèces qui interagissent ensemble dans un espace donné), etc. En particulier, elles sont exposées à des conditions climatiques qui diffèrent de plus en plus de celles qui ont permis leur développement. C’est notamment le cas des hêtraies et des cembraies-mélézins (forêts de Pins cembros et de Mélèzes) de l’étage subalpin qui sont 2 écosystèmes de forêts de montagne classés « En danger » montrant des mutations de leurs végétations. 8 autres écosystèmes de l’étage montagnard sont classés « Vulnérable » et 6 sont « Quasi menacé ». Le changement climatique est un facteur déterminant des résultats de cette évaluation. Des incertitudes sur l’avenir des forêts de montagne C’est l’un des autres constats de cette étude : malgré une abondance de recherches sur les forêts, il reste difficile de prédire les trajectoires futures des forêts de montagne de l’Hexagone et de Corse face au cocktail de pressions qu’elles subissent. Les forêts actuelles sont l’héritage de la sylviculture et de déprises d’activités agricoles et pastorales : anciens alpages reconquis par de jeunes forêts, forêts plantées ou semées, futaies de sapins pour le bois d’œuvre, taillis de hêtres pour le bois de chauffage, ou encore forêts anciennes et matures à préserver… Un même type d’écosystème forestier peut être différent d’un endroit à un autre, et, selon les contextes, les pressions sont indépendantes ou constituent un ensemble dont il est difficile de prédire les effets sur le fonctionnement des écosystèmes des forêts de montagne et leur risque de disparition. Agir pour la résilience des forêts de montagne et le renforcement des connaissances Les montagnes hébergent une biodiversité unique, héritée des dernières ères glaciaires avec des populations d’espèces « reliques » adaptées à des conditions extrêmes. Les caractéristiques écologiques, géographiques et historiques des montagnes en font des territoires à enjeux pour la protection du patrimoine naturel. Face aux menaces actuelles et aux défis à venir, il est donc nécessaire d’agir afin d’assurer l’avenir des forêts de montagne et des services écosystémiques qu’elles rendent en : – favorisant la naturalité des forêts de montagne en privilégiant la restauration et la préservation de la biodiversité forestière et des processus propres à ces écosystèmes, – assurant la pérennité des programmes de surveillance des forêts, qui constituent une source d’information essentielle pour mettre en place des actions efficaces et les adapter aux évolutions. Consulter la publication La Liste rouge des écosystèmes en France – les forêts de montagne, Hexagone et Corse Les résultats détaillés sont disponibles sur : la page de la Liste rouge des écosystèmes du Comité français de l’UICN et sur la page dédiée sur le site de l’INPN Le communiqué de presse Photo bandeau : Hêtraie-sapinière sur granit, sols podzoliques, forêt de Cornimont (Vosges) ; © T. Gauquelin
Congrès mondial de la nature 2025 : 45 recommandations de la France pour répondre aux enjeux mondiaux de la biodiversité

Le Comité français de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) a coordonné la rédaction de 32 motions françaises, portées par ses organisations membres (principalement des établissements publics et des associations de protection de la nature). Ces motions sont le fruit d’un travail collectif, entamé au printemps 2024, qui a également mobilisé plus de 300 expert/es du Comité français de l’UICN et a donné lieu à des échanges riches avec ses partenaires internationaux. Elles seront proposées pour adoption au prochain Congrès mondial de la nature de l’UICN, qui se tiendra à Abu Dhabi en octobre 2025, avec pour objectif d’enrayer l’effondrement de la biodiversité. Le Congrès mondial de la nature : un rendez-vous majeur en matière de négociations internationales Les motions débattues lors des Congrès mondiaux de la nature ont pour but de façonner le programme et les actions de l’UICN – la plus grande organisation internationale de conservation de la nature et la seule organisation environnementale à disposer d’un statut d’observateur à l’ONU – et d’émettre des recommandations afin d’influer sur les politiques internationales et nationales. Par le passé, les Congrès mondiaux de la nature ont permis des avancées considérables : – Définition des bases de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES), règlementant le trafic des espèces menacés (1960), – Rédaction des fondements de la Convention du Patrimoine mondial de l’UNESCO, permettant le classement de sites naturels au Patrimoine mondial de l’humanité (1966), – Soutien décisif à la Convention de Ramsar sur les zones humides d’importance internationale, qui constitue un réseau mondial de sites pour les protéger (1972), – Rédaction des principes de la Convention pour la Diversité Biologique, concernant la conservation de la biodiversité, son utilisation durable et à son partage juste et équitable entre tous les pays (1981). Le Congrès mondial de la nature de l’UICN a lieu tous les 4 ans. Il s’agit d’un événement majeur où les 1.400 organisations membres de l’UICN, présentes dans plus de 160 pays, définissent les priorités d’action de l’Union pour les 4 prochaines années et influencent la législation et les décisions politiques des différents pays. La prochaine édition se tiendra du 9 au 15 octobre 2025 aux Emirats Arabes Unis et interviendra dans un riche agenda international, après la COP16 Biodiversité de novembre 2024 en Colombie et la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan qui se tiendra à Nice en juin 2025 (UNOC 3). Le précédent Congrès mondial s’est tenu à Marseille en 2021. A cette occasion, 148 recommandations avaient été adoptées, dont 18 avaient été portées par le Comité français de l’UICN avec ses membres. Ces dernières portaient notamment sur la protection des mammifères marins et des vieilles forêts d’Europe, la lutte contre la déforestation importée, la planification des activités en mer, la lutte contre la pollution plastique et l’exploitation minière dans les grands fonds marins, avec la demande d’un moratoire. A titre d’exemple, la résolution visant à mettre fin à la crise de la pollution plastique dans les milieux marins a été suivie par l’ouverture de négociations pour la mise en place d’un traité mondial dont la dernière session de négociations a eu lieu en décembre à Busan en Corée du Sud. Le règlement européen sur la déforestation importée a été finalisé en 2022 puis promulgué en 2023 afin d’interdire la mise sur le marché ou l’exportation depuis l’Union européenne des produits ayant contribué à la déforestation ou à la dégradation des forêts. Suite à l’adoption de la résolution demandant un moratoire sur l’exploitation minière des fonds marins, la France s’est prononcée en 2022 en faveur de son interdiction dans ses eaux et dans les eaux internationales. Le Comité français de l’UICN a également fait adopter une motion créant une nouvelle catégorie de membre pour les collectivités locales, qui peuvent désormais adhérer à l’UICN. Avec 45 motions françaises, la France est l’un des principaux pays contributeurs à l’échelle internationale o 32 motions portées par le Comité français de l’UICN et ses organisations membres Elles sont portées par le Comité français de l’UICN grâce aux travaux de ses organisations membres (établissements publics et associations) et ses 300 expert/es des commissions et groupes de travail, sur des thématiques diverses. « Après le succès du Congrès mondial de l’UICN à Marseille, ces motions montrent une nouvelle fois la forte contribution de notre communauté française de la conservation de la nature à identifier les enjeux et proposer des solutions d’actions pour la biodiversité mondiale », souligne Sébastien Moncorps, directeur du Comité français de l’UICN. « Ce nombre record de motions déposées est une réussite collective pour notre comité national, plateforme de dialogue et de négociation française entre les différents acteurs et actrices de la protection de la nature en France, directement connectée à l’international », ajoute quant à elle Maud Lelièvre, présidente du Comité français de l’UICN. Ces motions ont été au total soutenues par 111 organismes de 43 pays différents et portent sur les 8 thématiques suivantes :– conservation et restauration des écosystèmes terrestres,– conservation et restauration des écosystèmes marins,– conservation et restauration des écosystèmes d’eau douce,– conservation des espèces,– aires protégées,– amélioration des cadres politiques, juridiques et règlementaires,– économie et financements pour la nature,– éducation et engagement de la société civile. → Retrouvez les 32 motions déposées par le Comité français de l’UICN o 13 motions complémentaires portées directement par des organisations membres du Comité français de l’UICN 5 motions ont été également déposées par le ministère français des affaires étrangères (criminalité environnementale, genre, rangers, haies, bioéconomie circulaire et durable) et 8 autres motions par des membres français sur des sujets variés : l’océan, le surtourisme, l’implication de la jeunesse, la biologie de synthèse, la taxonomie, les aires protégées régionales, la plantation d’arbres ou le pacte international sur les droits environnementaux. Le Comité français de l’UICN Le Comité français de l’UICN est le réseau des organismes et des expert/es de l’UICN en France. Regroupant au sein d’un partenariat original 2 ministères, 7 organismes publics, 8 collectivités et 61 organisations non gouvernementales, il joue