Mise à jour de la Liste rouge de l’UICN : des succès assombris par le déclin de nombreuses espèces
Des mesures de conservation réussies ont permis d’accroître les populations du Lynx ibérique et de l’Otarie de l’île Guadalupe, tandis que le Chat doré africain, le Lion de mer de Nouvelle-Zélande et le Lion sont confrontés à des dangers de plus en plus forts qui menacent leur survie, d’après la dernière mise à jour de la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN™. D’autre part, 99% des orchidées cypripèdes d’Asie tropicale, qui font partie des plantes ornementales les plus prisées de la planète, sont actuellement menacées d’extinction. Cette mise à jour, rendue publique aujourd’hui, montre également que la destruction des habitats et un prélèvement excessif font peser des pressions très fortes sur bon nombre de plantes médicinales. La Liste rouge de l’UICN comprend maintenant 77340 espèces évaluées, dont 22784 sont menacées d’extinction. La perte et la dégradation des habitats représentent les menaces les plus importantes pour 85% de l’ensemble des espèces décrites par la Liste rouge ; le commerce illicite et les espèces envahissantes sont également des causes majeures du déclin des populations. « Cette mise à jour de la Liste rouge nous rappelle que des actions de conservation efficaces peuvent faire des merveilles », déclare Mme Inger Andersen, Directrice générale de l’UICN. « Sauver le Lynx ibérique de l’extinction, tout en assurant des moyens de subsistance aux populations locales, en est un exemple parfait. » « Mais cette publication est aussi une sonnette d’alarme qui nous rappelle la vulnérabilité croissante de notre environnement naturel. La communauté internationale doit intensifier d’urgence ses efforts en matière de conservation si nous voulons sauvegarder cette biodiversité qui nous nourrit, nous inspire et nous surprend jour après jour. » Après six décennies de déclin, la population du Lynx ibérique (Lynx pardinus) est passée de 52 individus mâtures en 2002 à 156 en 2012. L’espèce, classée « En danger critique d’extinction », passe désormais en catégorie « En danger » sur la Liste rouge de l’UICN. Ce résultat a été atteint grâce à des actions intensives de conservation, allant de la restauration de population de lapins – la principale espèce proie du Lynx ibérique -, à la surveillance continue du piégeage illégal, en passant par l’élevage en captivité, ainsi que par des programmes de réintroduction et des mécanismes de compensation pour des propriétaires fonciers qui ont fait en sorte que les écosystèmes présents sur leurs propriétés soient compatibles avec les besoins du Lynx ibérique. L’espèce est présente dans deux régions du sud-ouest de l’Espagne ainsi qu’au sud-est du Portugal, où se trouve une petite population réintroduite. « C’est une excellente nouvelle pour le Lynx ibérique, et elle prouve également l’efficacité des mesures de conservation », indique Urs Breitenmoser, Co-président du Groupe de spécialistes des félidés de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN. « Cependant, beaucoup reste encore à faire, et nous devons poursuivre nos efforts de conservation pour assurer la croissance de la population de cette espèce et l’expansion de son aire de répartition à l’avenir ». L’état de conservation de l’Otarie de l’île Guadalupe (Arctocephalus townsendi), une espèce que l’on a cru éteinte à deux reprises, à la fin du 19e siècle et dans les années 1920, s’est amélioré. Elle passe de la catégorie « Quasi menacée » à celle de « Préoccupation mineure » grâce à la mise en oeuvre de mesures de protection de son habitat et à l’application de textes législatifs tels que la Loi de protection des mammifères marins des Etats-Unis. La population de l’espèce est passée de 200 à 500 individus dans les années 1950 à près de 20000 en 2010. Avant l’exploitation de l’espèce pour son épaisse fourrure, l’Otarie de l’île Guadalupe était probablement l’espèce de phoque la plus abondante des îles du sud de la Californie, avec une population qui était à 200 000 individus. D’après cette mise à jour de la Liste rouge, plusieurs espèces de mammifères sont exposées à des menaces croissantes du fait de la chasse et de la perte de leurs habitats. Le très discret Chat doré africain (Caracal aurata) est passé de la catégorie « Quasi menacé » à « Vulnérable » en raison du déclin de ses effectifs. Le Lion de mer de Nouvelle-Zélande (Phocarctos hookeri), l’un des lions de mer les plus rares de la planète, précédemment « Vulnérable », est reclassé « En danger », surtout en raison de maladies, de la modification des habitats due à la pêche et de morts accidentelles suite à des prises accessoires. L’espèce ne s’est jamais remise du grave déclin de ses effectifs dû à la chasse commerciale au début du 19e siècle. Malgré la réussite des mesures de conservation prises en Afrique du Sud, le Lion (Panthera leo) est toujours classé dans la catégorie « Vulnérable » sur le plan mondial à cause de son déclin dans d’autres régions. La sous-population d’Afrique de l’Ouest est classée « En danger critique » d’extinction en raison de la dégradation de son habitat, du déclin de ses proies dû à la chasse non durable et des conflits avec les humains. Un déclin rapide est également constaté en Afrique de l’Est, où l’espèce était pourtant historiquement abondante, principalement en raison des conflits avec les humains et du déclin de ses proies. Le commerce des os et d’autres parties du corps, utilisés en médecine traditionnelle, tant dans la région elle-même qu’en Asie, apparaît comme une nouvelle menace pour l’espèce. L’évaluation des 84 espèces d’orchidées cypripèdes d’Asie tropicale, qui comptent parmi les plus belles plantes ornementales de la planète, montre que 99% de ces espèces sont menacées d’extinction, essentiellement à cause d’une cueillette excessive à des fins horticoles et de la perte de leurs habitats. Tout commerce international de ces espèces est interdit en vertu de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), mais il persiste en raison de l’insuffisance des dispositifs d’application sur le plan national. Malgré le fait que ces espèces soient pour la plupart représentées dans les collections cultivées, leur perte à l’état sauvage porterait atteinte de façon importante à leur diversité génétique et à leur pérennité. Ainsi, Paphiopedilum purpuratum, une espèce rare présente au Vietnam, en Chine et à Hong Kong, est classée « En
La Liste rouge mondiale des espèces menacées a 50 ans
Aujourd’hui, une espèce de mammifère sur quatre est menacée d’extinction au niveau mondial. C’est également le cas pour un oiseau sur huit, plus d’un amphibien sur trois, un tiers des requins et des coraux constructeurs de récifs, et plus d’une espèce de conifères sur trois. Comment le sait-on ? Grâce au travail des 9 000 experts de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) qui compilent les informations disponibles et alimentent en permanence la Liste rouge des espèces menacées, créée par l’UICN en 1964. Dans la dernière édition, qui vient d’être publiée, 76 199 espèces sont recensées, parmi lesquelles 22 413 sont menacées ! Pour faire de la Liste rouge un véritable « Baromètre de la Vie », il faut désormais accroître le nombre et la diversité des espèces évaluées pour obtenir un réel tableau de l’état de la biodiversité. Pour franchir un nouveau cap décisif, l’objectif fixé est d’atteindre 160 000 espèces évaluées à l’horizon 2020. La Liste rouge est l’outil de référence utilisé par les gouvernements et les ONG pour orienter les priorités de conservation. Ainsi, l’initiative internationale SOS (Sauvons nOs espèceS) porte secours aux espèces les plus menacées et aux habitats naturels dont elles dépendent. Piloté par l’UICN, SOS sélectionne et finance les meilleurs projets de terrain – 87 à ce jour – qui permettent de préserver des centaines d’espèces menacées à travers le monde. En France, la Liste rouge nationale identifie les plantes et les animaux menacés en métropole et en outre-mer. Pour sa réalisation, le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’histoire naturelle peuvent compter sur l’implication de nombreuses organisations et de plusieurs centaines de scientifiques et de naturalistes. Cet état des lieux est d’autant plus important que la France figure parmi les 10 pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces mondialement menacées. A l’occasion du 50e anniversaire de la Liste rouge mondiale, Terre sauvage publie un numéro exceptionnel, entièrement consacré à la Liste rouge, aux espèces qui y sont recensées, et aux initiatives conduites pour les sauver. A travers le monde, les reporters et les photographes de Terre sauvage racontent comment on tente de sauver l’antilope saïga au Kazakhstan, le palissandre du Siam en Thaïlande, ou les vautours un peu partout ! Contacts Dora Godinho, UICN International, tel. +41 (0) 22 999 02 44 Florian Kirchner, UICN France, tel. 06 89 29 72 89 Emmanuelle Kerbati, Terre sauvage, tel. 04 79 26 27 60 Liens La Liste rouge mondiale Pour en savoir plus sur la Liste rouge mondiale L’initiative SOS La Liste rouge nationale Le numéro spécial de Terre sauvage Documents joints Communiqué : La Liste rouge des espèces menacées a 50 ans
Liste rouge de l’UICN : l’appétit mondial pour les ressources pousse de nouvelles espèces vers l’extinction
Pour satisfaire notre appétit insatiable de ressources, la pêche, l’exploitation du bois, les activités minières et l’agriculture, entre autres, menacent la survie du thon rouge du Pacifique, du fugu chinois, de l’anguille d’Amérique et du cobra chinois. Alors que la destruction des habitats naturels a déjà causé l’extinction d’un mollusque malaisien et du plus grand perce-oreille connu au monde, elle menace toujours la survie de beaucoup d’autres espèces, selon la Liste rouge de l’UICN des espèces menacées™ qui vient d’être mise à jour et qui a été présentée aujourd’hui au Congrès mondial des parcs de l’UICN, à Sydney, en Australie. La Liste rouge de l’UICN, qui célèbre cette année son 50ème anniversaire, comprend maintenant 76199 espèces évaluées, dont 22413 sont menacées d’extinction. Comme près de la moitié des nouvelles espèces évaluées se trouvent dans des aires protégées, l’UICN appelle à une meilleure gestion de ces sites pour empêcher tout nouveau déclin de la biodiversité. « A chaque mise à jour de la Liste rouge de l’UICN, force est de constater que notre planète continue de perdre la diversité incroyable de la vie qu’elle porte, essentiellement à cause de nos actions destructrices pour satisfaire notre appétit insatiable pour les ressources » déclare Julia Marton-Lefèvre, Directrice générale de l’UICN.« Mais nous avons des preuves scientifiques attestant que les aires protégées peuvent jouer un rôle vital dans le renversement de cette tendance. Les experts affirment que les espèces menacées mal représentées dans les aires protégées déclinent deux fois plus vite que celles qui y sont bien représentées. Nous avons le devoir d’augmenter le nombre d’aires protégées et de veiller à leur gestion efficace pour qu’elles puissent aider à sauver la biodiversité de notre planète. » Dans la nouvelle liste, le thon rouge du Pacifique (Thunnus orientalis) est passé de la catégorie « Préoccupation mineure » à « Vulnérable », ce qui signifie qu’il est désormais menacé d’extinction. L’espèce fait l’objet d’une pêche intensive pour le marché des sushis et des sashimis, surtout en Asie. La plupart des poissons capturés sont des juvéniles qui n’ont pas encore eu le temps de se reproduire et l’on estime que la population a subit un déclin de 19 à 33% depuis 22 ans. Les aires marines protégées n’assurent pas une protection suffisante à l’espèce. Les experts de l’UICN estiment que des aires marines protégées dans les 200 milles à partir du littoral et intégrant les zones de reproduction pourraient contribuer à la conservation de l’espèce. « La valeur marchande du thon rouge du Pacifique ne cesse d’augmenter » déclare Bruce Collette, Président du Groupe de spécialistes des thonidés et istiophoridés de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN.« Tant que les pêcheries n’appliqueront pas les mesures de conservation et de gestion élaborées pour l’océan Pacifique occidental et central, notamment la réduction des captures de juvéniles, nous ne pourrons nous attendre à ce que l’état de ce poisson s’améliore à court terme. » Le fugu (Takifugu chinensis), un poisson-globe chinois, a fait son entrée sur la Liste rouge de l’UICN, dans la catégorie « En danger critique ». On estime que sa population mondiale a diminué de 99,99% depuis 40 ans en raison de la surexploitation. Mets populaire au Japon, il fait partie des quatre principales espèces de fugu consommées en sashimis. Le fugu est un des poissons les plus toxiques du monde et doit être préparé de façon experte avant d’être consommé. Le fugu chinois est présent dans plusieurs aires marines protégées le long du littoral de la Chine. Des mesures de conservation, telles que la création d’aires marines protégées soumises à une fermeture annuelle de la pêche au chalut, ont été mises en œuvre. Toutefois, selon les experts de l’UICN, le prélèvement doit être contrôlé de toute urgence pour empêcher l’extinction de l’espèce. L’anguille d’Amérique (Anguilla rostrata), inscrite dans la catégorie « En danger », est menacée par les obstacles à sa migration, le changement climatique, des parasites, la pollution, la perte de l’habitat et le prélèvement à des fins commerciales. Compte tenu du déclin de l’anguille du Japon (Anguilla japonica), également inscrite dans la catégorie « En danger », les élevages industriels intensifs d’anguilles, en Asie de l’Est, tentent de reconstituer les stocks d’ensemencement avec d’autres espèces, telles que l’anguille d’Amérique. En conséquence, les rapports sur le braconnage de l’anguille d’Amérique aux Etats-Unis se sont multipliés. Toutes ces menaces se conjuguent pour exercer des pressions sur l’espèce mais des mesures de conservation dynamiques pourraient améliorer son état. Le cobra chinois (Naja atra) vient d’être évalué et placé dans la catégorie « Vulnérable ». Sa population a décliné de 30 à 50% depuis 20 ans. On trouve le cobra chinois dans le sud-est de la Chine, à Taiwan, dans le nord du Viet Nam et en RDP Lao, et il figure parmi les principales espèces animales exportées de Chine continentale vers Hong Kong pour le marché alimentaire. Le cobra chinois est présent dans des aires protégées telles que la Réserve naturelle d’Ailaoshan, la Réserve naturelle de Daweishan (Yunnan) et le Parc national Kenting (Taiwan). Bien que le commerce international de l’espèce soit réglementé, il est urgent de renforcer les initiatives nationales de conservation pour garantir sa survie. « Le marché alimentaire en pleine expansion exerce des pressions non durables sur cette espèce, parmi d’autres » déclare Jane Smart, Directrice du Groupe mondial pour la biodiversité de l’UICN.« Il faut, sans délai, imposer des limites strictes sur le prélèvement et prendre les mesures appropriées pour protéger les habitats. » La mise à jour de la Liste rouge met également en vedette plusieurs espèces touchées par la destruction de leur habitat, notamment les 66 espèces de caméléons menacées, bien que certaines soient présentes dans des aires protégées. Le caméléon Kinyongia matschiei, endémique des monts Usambara orientaux de Tanzanie, est classé dans la catégorie « En danger ». Comme beaucoup d’autres caméléons, cette espèce utilise la couleur pour communiquer. Il s’obscurcit également lorsqu’il est stressé et enroule sa queue autour des branches pour se sécuriser. Présent dans la Réserve naturelle Amani, une aire protégée, ce reptile est menacé par le déboisement pour l’agriculture, la production de charbon de bois et l’exploitation de
La Liste rouge des espèces menacées de l’UICN dresse un état des lieux toujours plus alarmant
Selon la dernière mise à jour de la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN™, près de 80% des orchidées à labelle en forme de sabot des zones tempérées (de la sous-famille des Cypripedioideae) et plus de 90% des lémuriens sont menacés d’extinction. L’Anguille du Japon, une espèce récemment évaluée, a été classée dans la catégorie « En danger » et le Tatou à trois bandes du Brésil, la mascotte de la Coupe du Monde 2014 de la FIFA, dont la population est en déclin constant, conserve son statut d’espèce « Vulnérable ». La Liste rouge de l’UICN, qui fête son 50ème anniversaire cette année, porte à 73 686 le nombre d’espèces évaluées, dont 22 103 sont menacées d’extinction. « Au cours des cinquante dernières années, la Liste rouge de l’UICN a orienté le travail de conservation. Rares sont les actions positives qui ne s’appuient pas sur la Liste rouge, véritable point de départ des actions de conservation », affirme Julia Marton-Lefèvre, Directrice générale de l’UICN. « Cette réussite n’est pas sans importance, mais il reste encore beaucoup à faire. Nous devons absolument élargir nos connaissances sur les espèces au niveau mondial pour mieux appréhender les défis auxquels nous sommes confrontés, établir les priorités en matière de conservation mondiale et mettre en œuvre des actions concrètes pour enrayer la crise de la biodiversité ». L’évaluation mondiale des orchidées de la sous-famille des Cypripedioideae des zones tempérées de l’hémisphère nord, dont fait partie le fameux Sabot de Vénus, révèle que 79% de ces plantes ornementales prisées sont menacées d’extinction. Cette situation est en grande partie due à la destruction de leur habitat et à la cueillette excessive des espèces sauvages pour le commerce local et international, et ce malgré le fait que le commerce international de toutes les espèces d’orchidées de cette sous-famille soit réglementé. Avec leurs fleurs caractéristiques en forme de sabot, destinées à piéger les insectes pour assurer leur pollinisation, ces orchidées comptent parmi les plantes à fleurs les plus connues et emblématiques. « Le plus surprenant dans cette évaluation, c’est le degré de menace qui pèse sur ces orchidées », souligne Hassan Rankou, de l’Autorité pour la Liste rouge de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN (SSC), représentante du groupe de spécialistes des orchidées.« Les orchidées de la sous-famille des Cypripedioideae sont des espèces prisées dans le commerce horticole mondial, un secteur qui pèse plusieurs millions de dollars. Même si cette industrie est alimentée par des plantes issues de stocks cultivés, la conservation des espèces sauvages est vitale pour son avenir. » L’orchidée Cypripedium lentiginosum, classée « En danger », ne compte plus que 100 spécimens dans le sud-est du Yunnan, en Chine, et dans la province de l’Ha Giang, au Vietnam. Une cueillette excessive et la déforestation ont conduit au déclin de cette espèce. Egalement classé « En danger », le Cypripède de Dickinson (C. dickinsonianum) se rencontre uniquement sous la forme de quelques populations isolées au Mexique, au Guatemala et au Honduras. Son habitat naturel, les forêts claires, est détruit pour les besoins de l’agriculture, et à cela s’ajoute l’élagage des arbres qui modifie les conditions environnementales nécessaires au bon développement des orchidées et des autres plantes des sous-bois. Cette mise à jour de la Liste rouge de l’UICN vient confirmer les rapports selon lesquels 94% des lémuriens sont menacés d’extinction. Parmi les 101 espèces de lémuriens existantes, 22 sont « En danger critique », dont la plus grande espèce vivante de lémuriens, l’Indri à queue courte (Indri indri), et 48 sont « En danger », notamment le plus petit primate du monde, le Microcèbe de Mme Berthe (Microcebus berthae). Et 20 espèces sont classées comme « Vulnérables ». Les lémuriens comptent ainsi parmi les groupes de vertébrés les plus menacés de la planète. Les lémuriens sont menacés d’extinction principalement en raison de la destruction de leur habitat naturel, la forêt tropicale de Madagascar, où l’instabilité politique et la pauvreté croissante ont accéléré l’exploitation illégale du bois. Récemment, la chasse de ces animaux pour l’alimentation est également devenue une menace majeure. « Malgré l’accentuation des menaces déjà lourdes qui pèsent sur les lémuriens, causée par la crise politique qui secoue Madagascar, nous pensons qu’il y a encore lieu de garder espoir », affirme le Professeur Christoph Schwitzer, Vice-président pour Madagascar du Groupe de spécialistes des primates de la SSC de l’UICN et Directeur des programmes de conservation de la Société zoologique de Bristol.« Les succès antérieurs démontrent que la collaboration entre les communautés locales, les organisations non gouvernementales et les chercheurs peut mener à protéger efficacement les espèces de primates en péril. Nous invitons d’urgence tous les acteurs à se joindre à nos efforts pour préserver les lémuriens et la richesse biologique, culturelle et économique qu’ils représentent. » L’Anguille du Japon (Anguilla japonica), un mets fin traditionnel japonais et le poisson de consommation le plus cher du pays, a été classée « En danger » en raison de la perte de son habitat, de la surpêche, mais aussi des obstacles à la migration, de la pollution et des modifications des courants océaniques. L’Asie de l’Est est la plaque tournante de l’élevage, de la commercialisation et de la consommation de cette espèce. Son déclin s’est traduit par l’augmentation de la commercialisation d’autres espèces d’anguilles, notamment de l’Anguille à nageoire courte (ou Anguille bicolore, A. bicolor). « Alors que la situation concernant cette espèce est préoccupante, l’évaluation de l’Anguille du Japon et des autres anguilles représente un premier pas extrêmement important », affirme le Professeur Matthew Gollock, Président du sous-groupe de spécialistes des anguillidés de l’UICN.« Cette information nous permettra de prioriser les efforts de conservation des espèces d’anguilles et de façon plus générale des écosystèmes d’eau douce dont ces espèces dépendent. » L’actualisation de la Liste rouge de l’UICN comprend également la réévaluation de la mascotte de la Coupe du Monde 2014 de la FIFA, le Tatou à trois bandes du Brésil (Tolypeutes tricinctus). Le nombre de spécimens de cette espèce aurait décliné de plus d’un tiers au cours des 10 à 15 dernières années, en raison d’une perte de 50% de son habitat, la végétation arbustive sèche de la Caatinga. Elle conserve donc son statut
Publication de la Liste rouge des oiseaux de Mayotte
L’état des lieux réalisé définit le risque de disparition de l’ensemble des oiseaux nicheurs et visiteurs présents à Mayotte, dans le cadre de la Liste rouge des espèces menacées en France. Les résultats montrent que plusieurs espèces sont menacées à Mayotte. C’est le cas du Martinet noir africain, une espèce nicheuse, ou du Héron de Humblot, espèce visiteuse régulière, tous deux classés « En danger ». Le Crabier blanc, autre oiseau nicheur, est classé « En danger critique », et le Drongo de Mayotte, espèce endémique de l’île, est en catégorie « Vulnérable ». Au total, 25% des oiseaux nicheurs de Mayotte sont menacés. Etablies grâce à la participation d’un panel de spécialistes, ces évaluations ont été conduites par le Comité français de l’UICN et le Muséum national d’Histoire naturelle, en partenariat avec le Groupe d’études et de protection des oiseaux de Mayotte (GEPOMAY). Tous les résultats sont disponibles en téléchargement ci-dessous. >> Retour à la Liste rouge nationale Documents et liens • Tableau synthétique avec catégories et critères (pdf) • Tableau synthétique avec catégories et critères (sur l’INPN) • Rapport d’évaluation Photo bandeau : Crabier blanc © Gilles Adt / Gepomay
Mauvaises nouvelles pour les bourdons d’Europe
Selon une étude récente qui évalue le statut des espèces au niveau européen, 24% des espèces de bourdons d’Europe sont menacées d’extinction sur la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN™. L’étude porte sur les 68 espèces de bourdons présentes en Europe. Elle fait partie du projet Statut et tendances des pollinisateurs européens (STEP) et de la Liste rouge européenne des pollinisateurs, tous deux financés par la Commission européenne. Les bourdons, à l’instar des autres pollinisateurs, jouent un rôle crucial dans la production alimentaire. Ils permettent la reproduction des végétaux et améliorent la production agricole, notamment celle d’aliments tels que les tomates, les poivrons et de nombreux autres fruits, légumes et graines que nous consommons. Sur les cinq principaux pollinisateurs des cultures européennes, trois sont des bourdons. Avec d’autres pollinisateurs, les bourdons apportent à l’agriculture européenne plus de 22 milliards d’euros par an. « Nous sommes très préoccupés par ces conclusions. Une proportion si élevée de bourdons menacés peut avoir des conséquences graves pour notre production alimentaire », dit Ana Nieto, spécialiste de la biodiversité européenne à l’UICN et coordinatrice de l’étude.« Il faut protéger les espèces de bourdons et leurs habitats, restaurer les écosystèmes dégradés et promouvoir des pratiques agricoles respectueuses de la biodiversité afin d’inverser ces tendances négatives chez les populations européennes de bourdons. » D’après l’étude, les effectifs de 46% des espèces de bourdons d’Europe sont en déclin, 29% sont stables et 13% en croissance. Le changement climatique, l’intensification de l’agriculture et les changements dans l’utilisation des terres agricoles sont les menaces principales auxquelles ces espèces sont confrontées. La pollution découlant des déchets agricoles et la destruction de leurs habitats liée à l’urbanisation contribuent aussi à leur régression. « Le déclin des bourdons européens est un problème qui doit être abordé sur tous les fronts. L’Union européenne a interdit récemment l’usage de certains pesticides qui sont dangereux pour les abeilles, et elle finance des recherches sur le statut de conservation des pollinisateurs », dit Janez Potoċnik, Commissaire européen à l’environnement.« Cependant, il est clair qu’il faut intensifier les efforts à travers, entre autres, une meilleure intégration de l’environnement dans les autres politiques, mais aussi en sensibilisant aux avantages apportés par les pollinisateurs. » « Un grand nombre de ces espèces vivent dans des zones très restreintes et leurs effectifs sont faibles », dit Pierre Rasmont, membre de l’équipe de l’étude STEP et du Groupe de spécialistes des bourdons de la Commission de la sauvegarde des espèces de l’UICN. « Elles sont souvent extrêmement spécialisées sur leurs plantes hôtes, ce qui les rend vulnérables à tout changement environnemental. » Le changement climatique, avec des températures en hausse et de longues périodes de sécheresse, est à l’origine de modifications importantes de l’habitat des bourdons. Bombus hyperboreus, le deuxième bourdon d’Europe par la taille, classé dans la catégorie Vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN et strictement limité aux régions arctiques et subarctiques, ne vit que dans la toundra scandinave et dans l’extrême nord de la Russie. Le changement climatique risque de réduire considérablement l’étendue de son habitat, ce qui aurait pour conséquence un déclin de sa population. Les modifications de l’utilisation des sols et des pratiques agricoles ayant pour résultat la destruction de l’environnement naturel des espèces représentent aussi une menace grave pour de nombreux bourdons du continent européen. La zone de répartition géographique de Bombus cullumanus, une espèce classée En danger critique d’extinction, a été énormément réduite depuis dix ans en raison de la fragmentation de son habitat et des modifications des pratiques agricoles, dont la disparition des emblavures de trèfle, la plante fourragère que l’espèce butine principalement. En conséquence, la population a subi un déclin de plus de 80% pendant la décennie écoulée. Très répandue dans le passé, elle n’est plus présente que dans un petit nombre de sites dispersés en Europe. Le bourdon le plus grand d’Europe, Bombus fragrans, classé En danger, est aussi menacé par l’intensification de l’agriculture, qui détruit ses habitats naturels dans les steppes d’Ukraine et de Russie. « Le rôle joué par les bourdons en matière de sécurité alimentaire et de maintien de la biodiversité végétale dans son ensemble est un élément très important du capital européen », dit Simon Potts, coordinateur du projet STEP. « Or, ce capital est exposé à des menaces croissantes et les résultats de cette évaluation de la Liste rouge représentent un outil important pour aider à protéger une composante indispensable de la biodiversité. » Un certain nombre de mesures, notamment la mise en place de bordures et de bandes-tampons autour des terres agricoles riches en fleurs et en espèces sauvages, ainsi que la préservation des prairies, sont considérées comme des outils efficaces pour contrecarrer le déclin rapide des espèces de bourdons. Elles peuvent permettre aux abeilles de butiner et aider à maintenir des populations stables de pollinisateurs, dont la survie est essentielle pour la sécurité alimentaire européenne. Cette étude est publiée alors que l’on examine l’avancement de la mise en œuvre de la stratégie européenne destinée à arrêter la perte de biodiversité. Elle souligne qu’il est nécessaire d’intensifier les efforts de conservation et de mettre pleinement en œuvre la Stratégie européenne pour la biodiversité à l’horizon 2020, afin d’atteindre l’objectif 2020 d’arrêt de la perte de biodiversité et de la dégradation des services des écosystèmes, défini par les dirigeants européens en mars 2010. Contacts Ewa Magiera, Relations médias UICN, t +41 22 999 0346, m +41 79 856 76 26 Angelika Pullen, Bureau de représentation de l’UICN auprès de l’Union européenne, m +32 473 947 966. Joe Hennon, Commission européenne, t +32 2 295 35 93
Destruction de 3 tonnes d’ivoire illicite par la France
L’UICN France salue l’action du gouvernement français pour la destruction d’un stock de 3 tonnes d’ivoire illicite saisi en France et sa détermination à renforcer la lutte contre le commerce illégal de la faune sauvage. Ce matin, Philippe Martin, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, en présence de Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète, a procédé à la destruction par concassage d’un stock de 3 tonnes d’ivoire illicite saisi en France entre 1987 et 2007 sur le champ de Mars, à Paris. Après avoir été concassés, les débris d’ivoire seront incinérés afin que plus rien n’en subsiste. Cette action spectaculaire concrétise l’engagement du Président de la République, pris lors de la table ronde organisée le 5 décembre dernier en marge du Sommet pour la Paix et la Sécurité en Afrique : détruire systématiquement l’ivoire saisi pour envoyer un message de fermeté et d’autorité sans équivoque aux trafiquants comme aux acheteurs et marquer la solidarité du gouvernement français aux pays africains. La France est le premier pays européen à détruire ses stocks depuis l’entrée en vigueur en 1989 du moratoire sur le commerce de l’ivoire. A l’avenir, toutes les pièces illégalement mises sur le marché seront confisquées puis détruites. Par ailleurs, le ministre a précisé que la multiplication par 10 des amendes encourues en cas d’infraction simple (passage de 15 000 à 150 000 euros) et par cinq en cas de trafic en bande organisée (passage de 150 000 à 750 000 euros) serait inscrite dans le projet de loi « Biodiversité ». Le Comité français de l’UICN salue cette action en faveur de l’Eléphant d’Afrique, espèce classée dans la Liste rouge mondiale des espèces menacées, à laquelle il a été associé. Son Groupe de spécialistes de l’Eléphant d’Afrique tient à jour les informations les plus récentes sur la situation de l’espèce et apporte son expertise pour assurer sa préservation. Avec 22000 éléphants abattus en 2012 et probablement plus en 2013, sur une population totale d’environ 500 000 individus, l’UICN estime qu’un cinquième des éléphants d’Afrique va disparaître dans les 10 prochaines années si rien n’est fait. En décembre dernier, l’UICN a convié au Botswana les principaux Etats et ONG concernés pour un Sommet sur l’Eléphant d’Afrique, à l’issu duquel 14 mesures d’urgence ont été adoptées pour renforcer la lutte contre le commerce illégal de l’ivoire et la protection des populations d’éléphants africains. Depuis 2007, le Comité français de l’UICN gère également le Programme de Petites Initiatives (PPI) du Fonds Français pour l’Environnement Mondial, destiné à renforcer les capacités de la société civile des pays d’Afrique occidentale et centrale, de Madagascar et du Mozambique en matière de conservation et de développement local. Ce programme se traduit par la mise en oeuvre d’environ 150 petits projets, qui portent notamment sur la protection des espèces menacées, les conflits homme/animal et la mise en application des lois sur la faune.
Un quart des requins et des raies menacés d’extinction au niveau mondial
Un quart des requins et des raies sont menacés d’extinction au niveau mondial selon la Liste rouge des espèces menacées ™ de l’UICN, les raies étant à un niveau de risque plus élevé que les requins. Ces résultats font partie de la première analyse mondiale de ces espèces effectuée par le Groupe de spécialistes des requins de l’UICN. Cette étude, qui marque le début de l’année du 50e anniversaire de la Liste rouge de l’UICN, a été publiée dans la revue eLIFE. Elle inclut l’analyse de l’état de conservation de 1041 espèces de requins, raies et chimères (groupe d’espèces proche des requins et raies). Selon les résultats, les requins, les raies et les chimères présentent un risque d’extinction considérablement plus élevé que la plupart des autres groupes d’animaux. Ce groupe présente la plus faible proportion d’espèces considérées comme étant en bonne situation – seulement 23 % des espèces sont classées en catégorie « Préoccupation mineure ». « Notre analyse montre que les requins et les espèces qui leur sont proches sont confrontés à un risque alarmant d’extinction », a déclaré le Dr Nick Dulvy, co-président du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN et titulaire d’une chaire de recherche du Canada à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique.« Les grandes espèces de raies et de requins sont les espèces les plus en péril, en particulier celles qui vivent dans des eaux peu profondes, accessibles à la pêche. « L’article indique également que la surpêche est la principale menace pesant sur ces espèces. Les captures déclarées de requins, raies et chimères ont atteint un pic en 2003, les raies représentant la part la plus importante sur les 40 dernières années. De plus, les captures réelles sont susceptibles d’être largement sous-évaluées. Les prises non-intentionnelles représentent une grande partie des captures de requins et de raies, mais le développement des marchés émergents et la diminution des stocks des espèces ciblées par les pêcheries font de ces « prises accessoires » des prises de plus en plus convoitées. L’abattage intentionnel des requins et des raies lié au fait qu’ils sont perçus comme un risque pour les personnes, l’impact des engins de pêche et les captures ciblées sont les causes du classement en catégories menacées d’au moins 12 espèces. « Étonnamment, nous avons constaté que les raies, y compris les poissons-scie, les raies guitare et les raies pastenagues, sont généralement moins bien loties que les requins, les raies représentant cinq des sept familles les plus menacées » a déclaré le Dr Colin Simpfendorfer, co – président du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN et professeur en sciences de l’environnement à l’Université James Cook du Queensland en Australie.« Alors que l’attention du public, des médias et des gouvernements se penche de plus en plus sur le sort des requins, le déclin généralisé des raies passe totalement inaperçu. Les mesures de conservation en faveur des raies sont très en retard, ce qui accroît notre inquiétude sur la situation de ce groupe d’espèces « . Le marché mondial des ailerons de requins, pour la préparation de soupe d’ailerons, est un facteur important du déclin des requins, mais aussi de certaines raies à ailerons valorisables, comme les raies guitare. Les requins, raies et chimères sont également recherchés pour leur viande. D’autres produits sont fabriqués à partir de ces espèces : fortifiant chinois à base de branchies de raies manta, ou produits pharmaceutiques à base de foie de requins de profondeur. L’Indo-Pacifique, en particulier le golfe de Thaïlande, et la mer Méditerranée sont les deux « points chauds » où le déclin des requins et des raies est le plus alarmant. Selon les experts, la mer Rouge abrite également un nombre relativement élevé de requins et de raies menacés. « Les requins, les raies et les chimères se développent généralement lentement et produisent peu de petits, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la surpêche », affirme Sonja Fordham, vice-présidente du Groupe de spécialistes des requins de l’UICN et présidente de « Shark Advocates International », un projet de « The Ocean Fondation », basée à Washington DC.« Des progrès politiques significatifs ont été accomplis au cours des deux dernières décennies, mais pour une conservation efficace de ces espèces, une accélération importante de la dynamique et un élargissement de la portée des mesures sont nécessaires pour prendre en compte toute la diversité de ces espèces exceptionnelles. Notre analyse démontre clairement que la nécessité d’une telle action est urgente ». Les requins, raies et chimères sont appelés « poissons cartilagineux » en raison de leurs squelettes constitués de cartilage plutôt que d’os. Ils sont l’un des groupes d’animaux les plus anciens et les plus écologiquement diversifiés au monde. L’étude est le résultat d’une collaboration de 302 experts de 64 pays différents. Toutes les informations sur la situation mondiale des requins, raies et chimères : http://www.iucn.org/fr/ ?14311/A-quarter-of-sharks-and-rays-threatened-with-extinction Plus d’informations sur la situation en France métropolitaine de ces espèces : http://uicn.fr/liste-rouge-nationale-les-requins-et-raies-de-france-metropolitaine-menaces-par-une-peche-non-durable/
L’Okapi, la « girafe des forêts », rejoint le nombre croissant d’espèces menacées de la Liste rouge de l’UICN
L’Okapi – un symbole national de la République démocratique du Congo, également connu sous le nom de « girafe des forêts » – et le Râle à miroir – l’un des oiseaux les plus rares d’Afrique – sont maintenant proches de l’extinction, selon la dernière mise à jour de la Liste rouge des espèces menacées™ de l’UICN. Deux espèces d’albatros, la Tortue luth et le Renard gris insulaire des Îles Channel de Californie montrent quant à eux des signes d’amélioration. Un total de 71 576 espèces ont été évaluées, dont 21 286 sont menacées d’extinction. La mise à jour met en évidence un sérieux déclin de la population de l’Okapi (Okapia johnstoni), un proche parent de la girafe, vivant uniquement dans les forêts tropicales de la République démocratique du Congo (RDC). L’espèce est aujourd’hui « En danger », proche de la catégorie la plus élevée de risque d’extinction, avec des effectifs en baisse dans son aire de répartition. Le braconnage et la perte des habitats naturels, ainsi que la présence de rebelles, de braconniers d’éléphants et de mineurs illégaux, sont les principales menaces à sa survie. « L’Okapi est vénéré au Congo comme un symbole national – il figure même sur les billets de banque en francs congolais, » déclare le Dr Noëlle Kümpel, co-présidente du Groupe de spécialistes des Girafes et de l’Okapi de l’UICN, et gestionnaire du projet de conservation de l’Okapi de la Société Zoologique de Londres.« Malheureusement, la RDC a été prise dans la guerre civile et ravagée par la pauvreté pendant près de deux décennies, conduisant à une dégradation généralisée de l’habitat de l’Okapi et à l’augmentation de la chasse pour sa viande et sa peau. Soutenir les efforts du gouvernement pour lutter contre la guerre civile et l’extrême pauvreté dans la région est essentiel pour assurer sa survie ». Selon la mise à jour de la Liste rouge, près de 200 espèces d’oiseaux sont maintenant « En danger critique », rencontrant le risque le plus élevé d’extinction. Le Râle à miroir (Sarothrura ayresi), un petit oiseau discret qui se reproduit en Ethiopie, au Zimbabwe et en Afrique du Sud, est la dernière espèce à rejoindre cette catégorie. La destruction et la dégradation de son habitat, comprenant le drainage des zones humides, la conversion des terres pour l’agriculture, l’extraction d’eau, le surpâturage par le bétail et la coupe de végétation dans les marais, l’ont conduit à cet état précaire. Une action urgente est maintenant nécessaire pour mieux comprendre l’écologie de l’espèce et répondre à ces menaces. Bien que la situation de la population mondiale de la Tortue luth (Dermochelys coriacea) – la plus grande de toutes les tortues vivantes – se soit améliorée, passant de la catégorie « En danger critique » à « Vulnérable », l’espèce continue à faire face à de graves menaces au niveau de plusieurs de ses sous-populations. La Tortue luth est une espèce unique, comportant globalement sept sous-populations biologiquement et géographiquement distinctes. La sous-population de l’océan Atlantique Nord-Ouest est abondante et en augmentation grâce à des initiatives de conservation réussies dans la région. En revanche, la sous-population de l’océan Pacifique Est, qui pond le long de la côte Pacifique des Amériques, et la sous-population de l’océan Pacifique Ouest, présente en Malaisie, en Indonésie, en Papouasie-Nouvelle-Guinée et dans les Îles Salomon, sont toutes deux en forte baisse en raison d’importantes récoltes des œufs et des captures accidentelles par les engins de pêche. Des efforts de conservation ciblés sont nécessaires pour éviter leur effondrement. Cette mise à jour de la Liste rouge de l’UICN apporte aussi de bonnes nouvelles pour certaines des espèces évaluées. Deux espèces d’albatros – l’une des familles d’oiseaux les plus menacées de la planète – sont maintenant à un plus faible risque d’extinction en raison de l’augmentation de leurs populations.L’Albatros à sourcils noirs (Thalassarche melanophrys) est passé de la catégorie « En danger » à « Quasi menacé » et l’Albatros à pieds noirs (Phoebastria nigripes) est passé de « Vulnérable » à « Quasi menacé ». Les prises accessoires par les pêcheries sont la principale menace pour ces espèces. Le Renard gris insulaire (Urocyon littoralis), auparavant « En danger critique », a également vu son statut s’améliorer et est maintenant classé comme « Quasi menacé ». Présent sur six des îles Channel de Californie, au large de la côte sud de la Californie, quatre sous-espèces de ce renard ont subi des baisses catastrophiques au milieu des années 1990, principalement en raison de maladies et de la prédation par des espèces non indigènes, comme l’Aigle royal. Les quatre sous-espèces ont maintenant récupéré ou approchent du seuil de récupération. Ceci est principalement dû à des actions de conservation réussies, engagées par le National Park Service des USA, membre de l’UICN, qui comprenaient l’élevage en captivité, la réintroduction, la vaccination contre les maladies canines et la relocalisation des aigles royaux. « Cette mise à jour de la Liste rouge de l’UICN montre quelques réussites de conservation fantastiques, dont nous devons nous inspirer pour les futurs efforts de conservation », indique Jane Smart, Directrice mondiale du groupe de Conservation de la Biodiversité de l’UICN.« Cependant, le message global reste sombre. Avec chaque mise à jour, tandis que nous voyons certaines espèces améliorer leur statut, un nombre beaucoup plus grand d’espèces apparaissent dans les catégories menacées. Le monde doit de manière urgente décupler ses efforts pour éviter cette dégradation ». Pour en savoir plus http://www.iucnredlist.org Liste rouge mondiale des espèces menacées Contacts Florian Kirchner, Chargé de programme « espèces », UICN France, +33 1 40 79 48 09 Ewa Magiera, IUCN Media Relations, tel +41 22 999 0346, mobile +41 79 856 76 26 Lynne Labanne, IUCN Species Programme Communications Officer, tel +41 22 999 0153, mobile +41 79 527 7221 Jonathan Hulson, IUCN Species Programme Communications, tel +41 22 999 0154
Liste rouge mondiale 2013 : les plus anciennes et les plus grandes espèces du monde sont en déclin
La dernière mise à jour de la Liste rouge des espèces menacées de l’UICN™ fait état du déclin inquiétant des conifères – les organismes les plus anciens et les plus grands du monde –, des crevettes d’eau douce, des cônes ou coquillages du genre Conus, et du marsouin aptère du Yang Tsé. Le scinque géant du Cap-Vert, le Cyprinodon de Santa Cruz et une espèce de crevette d’eau douce sont déclarés éteints. Cette mise à jour porte à 4807 le nombre d’espèces qui ont été ajoutées à la Liste rouge de l’UICN et à 70294 le nombre total d’espèces évaluées, dont 20934 sont menacées d’extinction. « Grâce à la Liste rouge de l’UICN, nous disposons d’un niveau de connaissance sur l’état de la biodiversité dans le monde jamais atteint auparavant », explique Jane Smart, Directrice mondiale du Groupe de conservation de la biodiversité de l’UICN. « Mais le tableau d’ensemble est alarmant. Nous devons exploiter pleinement ces connaissances, en déployant des efforts de conservation ciblés et efficaces, si nous voulons vraiment juguler la crise de l’extinction qui continue à menacer la vie sur Terre. » Cette mise à jour comprend la première réévaluation mondiale des conifères. D’après les résultats de celle-ci, 34% des cèdres, cyprès, sapins et autres conifères sont actuellement menacés d’extinction, soit une augmentation de 4% depuis la dernière évaluation complète en 1998. Le statut de conservation de 33 espèces de conifères s’est dégradé, notamment celui du pin de Monterey (Pinus radiata), le pin le plus communément planté au monde, apprécié pour sa croissance rapide et pour les qualités de sa pulpe. Cet arbre est passé du statut « Préoccupation mineure », une catégorie utilisée pour les espèces ne courant qu’un risque d’extinction relativement faible, à « En danger », menacé principalement par des chèvres sauvages et par les attaques d’un agent pathogène invasif. Une autre espèce de conifère auparavant classée dans la catégorie « Préoccupation mineure », le cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica), originaire de l’Atlas algérien et marocain, est actuellement « En danger » en raison de sa surexploitation. Et sa population réduite est menacée par différents parasites. D’un autre côté, des mesures de conservation ont permis d’améliorer le statut du cyprès de Lawson (Chamaecyparis lawsoniana). Cet arbre, qui a fait l’objet d’un commerce important à un moment donné, est actuellement classé espèce « Quasi menacée », grâce à l’amélioration des pratiques de gestion en Californie et dans l’Oregon, avec entre autres la plantation d’individus résistants aux maladies. Si les mesures de conservation se poursuivent, ce conifère pourrait être classé dans la catégorie « Préoccupation mineure » d’ici 10 ans. « Les efforts de conservation portent leurs fruits et les résultats obtenus pour le cyprès de Lawson sont rassurants », précise Aljos Farjon, président du Groupe de spécialistes des conifères au sein de la Commission de la sauvegarde des espèces (CSE) à l’UICN. « Néanmoins, il est clair que cela ne suffit pas. Nous devons d’urgence effectuer des recherches plus poussées sur le statut et la distribution de nombreuses espèces. Nous supposons qu’il y a encore de nombreuses nouvelles espèces qui n’ont pas été décrites à ce jour, mais elles ne seront probablement jamais découvertes vu le rythme auquel la déforestation progresse et auquel leur habitat est converti en plantations destinées à la production d’huile de palme. » Les conifères sont les plus anciennes et les plus grandes espèces de notre planète. Le pin Bristlecone (Pinus longaeva), par exemple, peut vivre près de 5000 ans, et le séquoia (Sequoia sempervirens) atteint une hauteur de 110 mètres. A l’exception des zones humides, les forêts de conifères capturent plus de carbone que tout autre biome – trois fois plus que les forêts tempérées et tropicales. Leur valeur économique est immense : les résineux sont utilisés pour la production de bois et de papier, et l’agent anti-cancéreux Taxol® est dérivé de l’écorce de nombreuses espèces d’ifs. Cette mise à jour de la Liste rouge de l’UICN fournit les résultats de la toute première évaluation mondiale des crevettes d’eau douce, dont 28% des espèces sont menacées d’extinction. Dix pour cent sont utilisées pour la consommation humaine, notamment la chevrette, ou crevette géante d’eau douce (Macrobrachium rosenbergii), et elles jouent un rôle important dans les réseaux trophiques d’eau douce. La pollution, la modification de leur habitat et le commerce aquariophile sont quelques-unes des grandes menaces auxquelles l’espèce est confrontée. Les conidés, présents dans les milieux marins tropicaux, ont eux aussi fait l’objet d’une évaluation pour la première fois, et 8% sont menacés d’extinction. En tant que prédateurs, ils constituent un élément important des écosystèmes marins. De plus, leurs toxines mortelles sont très précieuses, car elles servent à l’élaboration de nouveaux médicaments destinés au traitement de la douleur irréductible. Enfin, les belles coquilles de ces animaux sont prisées par les collectionneurs depuis des siècles, certains spécimens rares ayant été vendus pour des milliers de dollars. La perte de leur habitat et la pollution représentent les plus grandes menaces qui pèsent sur ces espèces. « Cette évaluation marque un tournant rendu possible par la collaboration innovante entre les négociants en coquillages et les experts scientifiques », explique Howard Peters de l’Université de York, membre du Groupe de spécialistes des mollusques au sein de la Commission de la sauvegarde des espèces (CSE) à l’UICN. « Leur travail conjoint a permis de mieux connaître la distribution, le commerce et les menaces qui pèsent sur chaque espèce. Ces informations seront capitales pour nos futurs efforts de conservation. » Le marsouin aptère du Yang Tsé (Neophocaena asiaeorientalis asiaeorientalis), une sous-espèce du marsouin aptère et l’un des derniers cétacés d’eau douce au monde, qui vit dans le fleuve Yang Tsé en Chine et dans deux lacs adjacents, les lacs Poyang et Donting, a également été évalué. Sa population, estimée à environ 1800 individus en 2006, baisse de plus de 5% par an depuis les années 1980 et est considérée comme « En danger critique d’extinction ». Ces marsouins sont de plus en plus menacés, entre autres par la pêche clandestine, la circulation de nombreux navires, l’exploitation du sable et la pollution. Le pécari à lèvres blanches (Tayassu pecari), un membre de la famille du