Interview d’Emmanuel WIRSIY, CAMGEW

Interview Emma - PPI

Emmanuel WIRSIY au milieu

Emma, ​​tu reviens de New York, où tu devais recevoir le Prix Equateur 2019 pour le travail avec CAMGEW. Félicitations … Que signifie cette récompense pour vous?

CAMGEW remportant le prix Equateur 2019 est la reconnaissance du fait que CAMGEW est une organisation sérieuse, à laquelle on peut faire confiance. Cela rend notre équipe fière de son engagement et de son acceptation par la communauté et cela nous encourage à travailler plus fort. Ce succès ne serait pas possible sans l’engagement des communautés forestières de Kilum-Ijim.

CAMGEW est fière de l’appropriation communautaire de son travail qui assure la durabilité. Ce prix vient renforcer la solidarité communautaire et montrer que les actions locales peuvent avoir des impacts dans la lutte contre le changement climatique au niveau mondial. Le prix est venu encourager l’équipe de CAMGEW et les communautés forestières à faire plus et à ne jamais relâcher les efforts. CAMGEW est fier de l’engagement citoyen dans la conservation de la forêt de Kilum-Ijim qui se traduit par la réduction des feux de brousse, une menace majeure pour la forêt, ceux-ci passant de 7 en 2012 à zéro en 2018 et 2019. Cela démontre que la solidarité communautaire peut être leur assurance pour s’attaquer aux défis que ces derniers rencontrent.

Nos actions locales, en particulier dans la régénération des forêts et l’agroforesterie, ont également montré qu’elles ont un impact en matière d’adaptation au changement climatique, ce qui a simplement encouragé nos populations à continuer de travailler. Notre équipe peut désormais voir que son engagement a un lien fort avec la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies.

Que retenez-vous de votre séjour à New York, y compris les réunions avec les autres lauréats du prix? Ce voyage a-t-il changé votre vision et quelles sont les leçons apprises?

New York est une ville différente. J’ai pu voir la diversité des personnes et la gestion de l’espace à travers les gratte-ciels par exemple. La première fois que j’ai dormi au 50ème étage, j’ai pu regarder le monde depuis une autre dimension et il m’a fallu moins d’une minute pour me rendre au 50e étage avec un ascenseur. C’était incroyable mais j’ai été attristé car j’y ai vu peu de nature et d’arbres. La nuit et le jour étaient éclairés de la même façon, avec la même lumière.

La cérémonie de remise du prix Equateur du PNUD a eu lieu pendant la semaine de l’Assemblée Générale des Nations Unies qui a réuni des peuples autochtones et locaux ainsi que leurs représentants de tous les continents. C’étaient des gens de cultures, mode vestimentaire, langues, comportements, religions et solutions différentes, qui cherchent à faire du monde un endroit meilleur.

C’était génial de voir chaque gagnant se déplacer dans la rue de New York avec son habillage et parler toutes ces langues. Les habitants de New York nous regardaient avec un grand étonnement, mais sans que cela soit si important pour nous.

J’ai quitté New York profondément satisfait des efforts déployés par d’autres personnes pour résoudre les problèmes que rencontre actuellement la planète Terre. Les lauréats utilisent tous différentes méthodes pour résoudre les problèmes environnementaux, culturels, sociaux et économiques actuellement observés au niveau planétaire et sont passionnés par leur travail, confiants dans leur aptitude à mettre fin aux défis de la terre.

J’avais confiance en ma propre méthodologie, mon engagement est clair mais ce rassemblement global, réunissant  gouvernement, acteurs économiques, populations autochtones et locales m’a montré que nous pouvons encore trouver une solution. Je suis parti convaincu que les solutions locales sont reconnues comme un moyen de s’attaquer aux problèmes globalement rencontrés, que la solution au changement climatique est entre nos mains et que la guerre peut être gagnée grâce à une action concertée.

CAMGEW et 21 autres lauréats rejoindront un réseau de 223 communautés de 78 pays ayant reçu le prix Equateur depuis sa création en 2002 pour continuer à partager et à apprendre les uns des autres. En tant que lauréat, CAMGEW recevra 10.000 USD pour poursuivre les activités de conservation des forêts et d’amélioration des moyens de subsistance dans la zone forestière de Kilum-Ijim. Nous remercions les partenaires ayant permis de débloquer ces fonds.

Quels sont les défis pour CAMGEW en ce moment, les perspectives et priorités pour les années à venir? Votre séjour vous a-t-il donné de nouvelles idées à expérimenter sur le terrain?

L’un des plus grands défis est la crise socio-politique dans les régions anglophones qui rend le travail actuellement très difficile. Nous prions pour qu’une solution soit trouvée à ce problème. Malgré la crise, CAMGEW a continué de fonctionner mais son financement, qui provenait fortement du PPI-FFEM, a pris fin.

CAMGEW doit à nouveau s’engager dans la collecte de fonds pour ses activités et a pour cela besoin d’un renforcement de ses capacités institutionnelles notamment en matière de gestion financière et de stratégie de communication.

CAMGEW a besoin de plus de financement pour faciliter le développement de la chaîne de valeur du miel et a besoin de renforcer les capacités communautaires en matière d’apiculture, agroforesterie et régénération forestière. CAMGEW souhaite également promouvoir des activités de bonne gouvernance forestière. CAMGEW doit travailler en synergie avec d’autres organisations pour développer et exécuter des propositions collectives.

Ce prix reconnaît les individus et leur leadership. Selon toi, être un bon leader, c’est quoi?

Le leadership, c’est la prise de décision. Il s’agit d’être un modèle dans votre communauté que les autres peuvent imiter. Le leadership signifie diriger par l’exemple ou dans la pratique. Il s’agit d’écouter les autres, rendre compte, partager des informations et être prêt à répondre aux questions en cas de besoin. Le leadership consiste à promouvoir l’esprit d’équipe et à impliquer les bénéficiaires du projet dans la planification, la rédaction, l’exécution, le suivi et l’évaluation du projet. C’est un appel à servir et pas à être servi.

Des conseils à donner aux jeunes acteurs de la société civile africaine souhaitant travailler sur les questions environnementales en Afrique centrale?

Les jeunes acteurs doivent partir de petit et grandir progressivement. Ils doivent rester concentrés et croire au fait que la petite échelle est une bonne échelle. Ils doivent apprendre à utiliser peu d’argent pour atteindre l’objectif de leur projet, à partager des informations et compétences entre eux et à apprendre de ceux ayant plus d’expérience qu’eux.

Ils doivent penser positivement, travailler dur et être engagés, savoir que l’avenir est entre leurs mains et faire en sorte que la planète soit remise à la génération future de la même manière voire même dans un meilleur état. Ils doivent créer divers partenariats variés pour renforcer leurs capacités institutionnelles, améliorer la collecte de fonds, renforcer les capacités du personnel, la gestion financière et la communication.

Vous trouverez plus d’informations avec cette vidéo.

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