Les gouvernements en retard dans la mise en œuvre de leurs engagements pour la biodiversité

Quatre ans après l’adoption des 20 objectifs d’Aichi, les Etats signataires de la Convention sur la Diversité Biologique ont évalué les progrès réalisés dans leur mise en œuvre. S’ils ont réaffirmé leurs engagements et obtenu des avancées, des efforts supplémentaires importants sont nécessaires pour répondre à la crise d’extinction de la biodiversité.

 

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La quatrième édition des Perspectives mondiales de la diversité biologique qui a évalué à mi-parcours les résultats obtenus dans la mise en œuvre du Plan stratégique pour la diversité́ biologique 2011-2020, montre que malgré les progrès réalisés, les pays doivent clairement renforcer leurs actions et accélérer leur mise en œuvre.

« Beaucoup de réponses innovantes et intéressantes à la crise de la biodiversité ont été présentées, en soulignant comment la nature peut offrir des solutions aux nombreux défis de la société. Cependant, nous aurons besoin de voir une augmentation massive du travail entrepris dans les années restantes de cette Décennie des Nations Unies pour la diversité biologique afin d’avoir un impact » a déclaré la Directrice générale de l’UICN, Julia Marton-Lefèvre.

 

PRINCIPAUX RÉSULTATS

Le principal résultat de cette conférence internationale est l’entrée en vigueur du Protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable de leur utilisation, le 12 octobre 2014, grâce à sa ratification par 53 pays et l’Union Européenne. Un comité de conformité, instrument de mise en œuvre du Protocole, a également été créé.

Un autre résultat important est la réaffirmation de l’accord pris à Hyderabad (11ème Conférence des Parties) sur le doublement des flux financiers internationaux alloués à la biodiversité pour les pays en développement d’ici à 2015 et leur maintien jusqu’en 2020, en prenant comme référence la moyenne des fonds consacrés à la diversité biologique au cours de la période 2006-2010. Les gouvernements se sont aussi engagés à augmenter leurs financements nationaux en faveur de la biodiversité.

En matière de biodiversité marine, la Conférence des Parties a reconnu 150 zones à travers le monde comme répondant aux critères scientifiques « d’aires marines d’importance écologique ou biologique » (EBSA suivant leur acronyme anglais). Par ailleurs, la Conférence a adopté une décision comprenant :

  • des recommandations relatives aux impacts négatifs du bruit sous-marin d’origine anthropique sur la biodiversité marine et côtière ;
  • une liste d’actions prioritaires à entreprendre pour réduire les pressions exercées sur les récifs coralliens et les écosystèmes associés ;
  • un appel au renforcement des capacités des pays du Sud en matière de planification spatiale marine.

Par ailleurs, les Parties ont adopté la Feuille de route de Pyeonchang pour la mise en œuvre renforcée du plan stratégique et la réalisation des objectifs d’Aichi. Ces actions portent sur la mobilisation des ressources, le renforcement des capacités, la coopération scientifique et technique, le lien entre la biodiversité et l’éradication de la pauvreté, et le suivi du Plan stratégique pour la biodiversité.

Enfin, les décisions ont en outre été renforcées par l’appel lancé dans la Déclaration ministérielle de Gangwon (province de Pyeonchang), pour intégrer les objectifs d’Aichi comme contribution essentielle au programme de développement post-2015 des Nations Unies et à ses objectifs de développement durable.

 

AUTRES RÉSULTATS

La République de Corée, hôte de la Conférence a annoncé quatre nouvelles initiatives : l’initiative BioBridge pour la coopération technique et scientifique, l’Initiative de restauration des écosystèmes forestiers (FERI), l’initiative Paix et Biodiversité pour la coopération transfrontalière, ainsi qu’un soutien supplémentaire pour l’initiative Océan Durable.

D’autres décisions ont été prises notamment sur la santé et la biodiversité, laréduction des risques naturels et la restauration des écosystèmes.

De nouvelles étapes ont été adoptées pour atteindre l’objectif 3 d’Aichi : un calendrier et des activités concrètes pour l’élimination progressive et la réforme des subventions néfastes à la biodiversité, ainsi que pour la promotion d’une fiscalité incitative en faveur de la conservation et de l’utilisation durable des la diversité biologique.

En matière de biologie de synthèse, la Conférence des Parties rappelle la pertinence de « l’approche de précaution » et prévoit la mise en place d’un groupe de travail technique chargé d’éclairer les débats de la prochaine Conférence sur le sujet.

 

ENGAGEMENT DU SECTEUR PRIVE ET DES COLLECTIVITÉS TERRITORIALES

Les Parties ont également adopté des décisions pour renforcer le rôle du secteur privé et des collectivités territoriales pour l’atteinte des objectifs d’Aichi ; et deux événements qui se sont tenus en parallèles ont permis de progresser dans cette voie : le Forum sur les entreprises et la biodiversité et le Sommet de la biodiversité pour les villes et les gouvernements infranationaux.

 

Une conférence dédiée aux collectivités territoriales

logo_final-345x165Le 13 et le 14 octobre 2014 s’est déroulé le Sommet de la biodiversité pour les villes et les gouvernements infranationaux qui a conclu au besoin d’une plus grande coopération entre les collectivités territoriales, les gouvernement et autres acteurs et la poursuite des travaux sur la promotion de la biodiversité pour le développement durable. Organisé par ICLEI – Local Governments for Sustainability et le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique (CDB), en collaboration avec le gouvernement de la province de Gangwon, le Sommet a réuni plus de 200 représentants des collectivités locales, dont 40 élus de villes et gouvernement locaux (gouverneurs, maires, commissaires ou Vice-Présidents de Régions).

Le Sommet a fait le point sur les progrès accomplis depuis le Sommet précédent à la COP 11 à Hyderabad et a présenté les derniers outils et initiatives sur des sujets tels que les stratégies locales pour la biodiversité, l’économie verte et créative, la planification et l’aménagement du territoire, illustrant l’importance de la biodiversité et des services qu’elle rend dans les territoires. Le Comité français de l’UICN a participé à un atelier organisé par le Secrétariat de la CDB sur les stratégies régionales pour la biodiversité en présentant les Lignes directrices pour l’élaboration et la mise en œuvre des SRB.

Un des principaux résultats du Sommet est la Résolution de Gangwon / Pyeongchang pour les villes et les gouvernements infranationaux, qui a été soumise au nom des gouvernements locaux et sous-nationaux à la CDB et adoptée par les Parties.

On pourra noter que le document :

  • salue la Déclaration commune des associations françaises d’élus et de collectivités territoriales pour la biodiversité, adoptée à Hyderabad en octobre 2012, à la précédente Conférence des Parties ;
  • encourage le développement des stratégies locales et sub-nationales pour la biodiversité en adéquation avec les enjeux des stratégies nationales et des objectifs d’Aichi ;
  • souligne la nécessité de découpler nos modes de consommation et l’utilisation des ressources naturelles de la qualité de vie et de l’économie locale, en particulier à travers la promotion des activités économiques non extractives, le développement des politiques qui internalisent les coûts environnementaux et sociaux, l’intégration de la biodiversité dans la planification et l’aménagement du territoire, la cohérence entre les politiques sectorielles, et la restauration des écosystèmes ;
  • demande aux Parties de soutenir les villes et gouvernements subnationaux dans l’application de programmes innovants et d’incitations fiscales en faveur de la biodiversité.

Une conférence dédiée au secteur privé

Du 12 au 14 octobre 2014 s’est déroulé le Forum sur les entreprises et la biodiversité avec le thème général « Intégrer la biodiversité : des opportunités innovantes pour les entreprises ». Les discussions ont couvert de nombreuses sujets tels que : l’accès et le partage des avantages issus des ressources génétiques, la mobilisation des ressources, le tourisme durable, la certification et les standards, le reporting, les indicateurs et la communication, l’évaluation économique de la biodiversité, l’intégration de la biodiversité dans les politiques des entreprises pour contribuer à la mise en œuvre du Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020 et les objectifs d’Aichi … Une réunion du Partenariat mondial pour les Entreprises et la Biodiversité s’est tenu en clôture pour discuter de ses orientations et activités futures et la plateforme française a également été présentée comme une contribution au partenariat mondial.

L’UICN France a participé à une table ronde sur le reporting des entreprises en matière de biodiversité abordant les questions de transparence, de précision, de méthodes communes, de chaines de production et de réglementation etc. L’étude sur le Reporting biodiversité des entreprises et ses indicateurs qui a fait l’objet d’une traduction en anglais Corporate biodiversity reporting and indicators a été présentée et distribuée aux participants.

Les événements de ce forum ont démontré les nombreuses possibilités pour les entreprises d’intégrer la biodiversité tout en prenant en compte les défis auxquels elles font face. Les entreprises ont aussi été encouragées à contribuer aux objectifs d’Aichi en prenant des actions innovantes et concrètes pour une utilisation durable de la biodiversité et en réalisant un reporting intégré et transparent sur le sujet de la biodiversité. Les attentes vis-à-vis des entreprises sont donc fortes pour intégrer davantage la biodiversité dans leurs activités.

 

Pour plus d’informations concernant la COP 12 : https://www.cbd.int/cop2014/
Pour télécharger le communiqué de presse de l’UICN sur les résultats de la COP 12 : http://iucn.org/ ?18485/1/Governments-still-behind-on-commitments-to-avert-biodiversity-crisis
Pour plus d’informations concernant le Business and Biodiversity Forum : https://www.cbd.int/business/bc/cop12.shtml
Pour plus d’informations concernant le Biodiversity Summit for Cities & Subnational Governments 2014 : http://biodivercity-summit.org/eng

Contact

Florence CLAP Chargée de Programme « Politiques de la Biodiversité »

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